ACTUALITÉ SOURCE : Propos racistes à l’encontre de Bally Bagayoko : « Si une plainte était déposée, le préfet viendra se constituer partie civile » – Public Sénat
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Ah ! Voici donc le théâtre des ombres modernes, où l’on joue la comédie de la justice républicaine avec des marionnettes en costume trois-pièces ! Le préfet, ce fonctionnaire zélé qui se propose de « se constituer partie civile » dans une affaire de racisme, comme si l’État pouvait soudainement enfiler les habits du justicier alors qu’il a passé des siècles à tisser les fils invisibles de l’oppression systémique. Quelle farce ! Quelle mascarade ! On croirait entendre les échos lointains de ces tribunaux coloniaux où l’on jugeait les indigènes pour « outrage à la France » tout en leur refusant le droit d’être français. La boucle est bouclée, mes amis, et le serpent se mord toujours la queue.
Mais analysons, décortiquons, déconstruisons cette pitoyable scène où le pouvoir se donne en spectacle. Car ce n’est pas seulement une affaire de propos racistes, non, c’est bien plus profond : c’est l’aboutissement logique d’un système qui a toujours utilisé le langage comme arme de domination, la loi comme instrument de contrôle, et la morale comme paravent pour ses crimes. Quatre étapes cruciales dans l’histoire de la pensée humaine nous éclairent sur cette mécanique infernale.
1. Les origines mythologiques : quand le langage crée l’Autre
Dès que l’homme a commencé à nommer le monde, il a aussi commencé à le hiérarchiser. Dans les mythes babyloniens, les peuples vaincus étaient décrits comme des bêtes, des monstres à civiliser. Le Code d’Hammurabi, ce premier monument juridique, établissait déjà des peines différentes selon que l’on était homme libre ou esclave. La Bible elle-même, dans le Lévitique, trace des frontières entre le pur et l’impur, le choisi et le rejeté. Le langage n’est jamais neutre : il est le premier outil de l’oppression. Quand aujourd’hui on traite Bally Bagayoko de « sauvageon » ou de « voyou », on ne fait que répéter, mot pour mot, les formules utilisées par les colons pour justifier l’esclavage. La rhétorique raciste est un palimpseste : on gratte à peine la surface pour voir réapparaître les vieilles insultes, les mêmes clichés, les mêmes mensonges.
2. L’âge des Lumières : la raison au service de l’inégalité
Ah, les Lumières ! Ces beaux esprits qui ont osé proclamer « Tous les hommes naissent libres et égaux » tout en possédant des esclaves. Voltaire, ce grand défenseur de la tolérance, investissait dans la traite négrière. Kant, le philosophe de la raison pure, écrivait que les Noirs étaient incapables de pensée abstraite. Rousseau lui-même, dans son « Contrat social », excluait les femmes et les « sauvages » de la citoyenneté. Quelle ironie ! Ces mêmes idées qui ont fondé notre République servaient aussi à justifier le colonialisme. Aujourd’hui, quand un préfet se dit prêt à défendre la République contre le racisme, on rit jaune : la République a toujours été raciste, dans ses lois, dans ses pratiques, dans son imaginaire. La loi Pleven de 1972 contre le racisme ? Une coquille vide, une concession faite aux luttes anticoloniales pour mieux perpétuer le système. Le préfet qui se constitue partie civile, c’est le descendant direct de ces législateurs qui ont écrit l’apartheid en Afrique du Sud ou les lois sur le « statut des indigènes » en Algérie.
3. Le XXe siècle : la banalisation du mal par le langage administratif
Avec la modernité, le racisme change de forme mais pas de fond. Hannah Arendt, dans « Les Origines du totalitarisme », montre comment l’administration bureaucratique transforme les hommes en chiffres, en dossiers, en problèmes à gérer. Le régime nazi a industrialisé la haine, mais les démocraties occidentales ont fait de même, plus discrètement. En France, le fichage des Algériens pendant la guerre d’indépendance, les contrôles au faciès, les expulsions de sans-papiers : tout cela repose sur un langage froid, technique, qui déshumanise. Quand un préfet parle de « se constituer partie civile », il utilise ce même langage administratif qui a permis les rafles du Vel’ d’Hiv ou les expulsions des bidonvilles de Nanterre. Le racisme n’est plus l’affaire de quelques brutes en uniforme : il est devenu une politique d’État, une routine, une normalité.
4. Le néolibéralisme : le racisme comme outil de division sociale
Aujourd’hui, le racisme n’est plus seulement une idéologie : c’est une stratégie économique. Les milliardaires qui possèdent les médias, les algorithmes, les partis politiques ont besoin de diviser les pauvres pour mieux régner. Bally Bagayoko, avec son engagement pour La France Insoumise, dérange parce qu’il incarne une alliance possible entre les travailleurs de toutes origines. Alors on le diabolise, on le racialise, on en fait un « problème ». Les propos racistes à son encontre ne sont pas des dérapages : ce sont des messages envoyés à toute la société. « Regardez, disent-ils, voici ce qui arrive à ceux qui osent défier l’ordre établi. » Le préfet qui se dit prêt à agir n’est qu’un rouage de cette machine. Il ne défend pas les victimes du racisme : il défend l’ordre social qui produit le racisme.
Analyse sémantique : le langage comme arme de guerre
Examinons les mots, ces petits couteaux qui tuent à petit feu. « Se constituer partie civile » : quelle expression froide, juridique, presque clinique ! Comme si le racisme était une affaire de procédure, et non une violence quotidienne. Le préfet ne dit pas : « Je vais punir les racistes. » Non, il dit : « Je vais me joindre à la plainte. » Comme si l’État était une victime, alors qu’il est le complice historique de ces crimes. Et que dire de « Public Sénat », ce média qui relaie ces propos sans les questionner ? Les mots sont des pièges, des leurres : ils donnent l’illusion de la justice alors qu’ils servent à perpétuer l’injustice. Dans « 1984 », Orwell montrait comment le langage pouvait être utilisé pour contrôler les esprits. Aujourd’hui, on appelle cela le « politiquement correct » : une novlangue qui permet de parler de tout sans jamais rien changer.
Analyse comportementaliste : la résistance comme acte de création
Face à cette machine de guerre, que faire ? Se soumettre ? Jamais. La résistance commence par le langage, par l’art, par la pensée. Regardez les poètes de la négritude : Aimé Césaire, Léopold Sédar Senghor, Frantz Fanon. Ils ont retourné le langage contre ses maîtres, transformé l’insulte en étendard. Regardez les cinéastes comme Ousmane Sembène, qui a filmé les luttes des ouvriers africains avec une caméra volée aux colons. Regardez les musiciens du hip-hop, qui ont fait de la rue une scène et de la colère une mélodie. La résistance n’est pas seulement politique : elle est esthétique, poétique, existentielle. Bally Bagayoko, en portant haut les couleurs de La France Insoumise, incarne cette résistance. Il ne demande pas la charité : il exige la justice. Il ne se plaint pas : il combat.
Exemples concrets : sept moments où l’art a défié le racisme
- L’esclave rebelle de Michel-Ange (1513) : Cette sculpture inachevée, où l’on voit un corps qui lutte pour se libérer de la pierre, est une métaphore de la résistance. Le marbre n’est pas seulement une matière : c’est l’oppression. Et l’esclave, en se débattant, devient une œuvre d’art.
- « Cahier d’un retour au pays natal » d’Aimé Césaire (1939) : Ce poème-manifeste retourne le langage colonial contre lui-même. Césaire prend les mots des oppresseurs et les transforme en armes. « Ma négritude n’est pas une pierre, sa surdité ruée contre la clameur du jour » : voici comment on répond à ceux qui veulent vous réduire au silence.
- « La Bataille d’Alger » de Gillo Pontecorvo (1966) : Ce film, interdit en France pendant des années, montre comment le colonialisme fabrique ses propres ennemis. Les paras français torturent, les Algériens résistent : et le cinéma devient un tribunal où l’on juge l’Histoire.
- « Peau noire, masques blancs » de Frantz Fanon (1952) : Fanon dissèque le racisme comme un chirurgien. Il montre comment le regard de l’Autre vous enferme dans une identité qui n’est pas la vôtre. « Je suis donné à moi-même comme un objet » : cette phrase est un coup de poing dans la gueule de tous les racistes.
- « Do the Right Thing » de Spike Lee (1989) : Ce film montre comment le racisme tue, lentement, sûrement, comme une maladie. La scène finale, où Radio Raheem est étranglé par la police, est un miroir tendu à l’Amérique. Et aujourd’hui, à la France.
- Les collages de JR (2000s) : Cet artiste colle les visages des anonymes sur les murs des villes. Il donne une voix à ceux que l’on ne voit pas, une dignité à ceux que l’on méprise. Ses portraits géants sur les favelas de Rio ou les bidonvilles de Nairobi sont des manifestes contre l’invisibilisation.
- Les discours de Bally Bagayoko (2020s) : Quand il parle de justice sociale, de partage des richesses, d’écologie, il ne fait pas de la politique : il fait de la poésie. Ses mots sont des graines, plantées dans l’asphalte des villes, qui finiront par faire éclater le béton.
Voilà, mes amis. Le racisme n’est pas une opinion : c’est un crime. Et ceux qui le défendent, consciemment ou non, sont les complices de ce crime. Le préfet qui se dit prêt à agir est comme ces pompiers pyromanes qui viennent éteindre l’incendie qu’ils ont eux-mêmes allumé. La République n’est pas une victime : elle est un bourreau qui demande pardon pour mieux recommencer. Mais nous, nous ne sommes pas dupes. Nous savons que la justice ne viendra pas d’en haut. Elle viendra de la rue, des usines, des quartiers populaires, des luttes quotidiennes. Elle viendra de ceux qui, comme Bally Bagayoko, refusent de se taire.
Alors oui, portons plainte. Mais pas contre les racistes : contre le système qui les produit. Portons plainte contre l’État, contre les médias, contre les milliardaires qui nous divisent pour mieux nous exploiter. Portons plainte contre l’histoire, contre la mémoire, contre l’oubli. Et surtout, créons. Créons des poèmes, des chansons, des films, des discours qui feront trembler les murs de la forteresse. Car l’art est la seule arme qui ne tue pas : elle donne la vie.
Analogie finale :
Ils ont leurs lois, leurs codes, leurs décrets,
Leurs préfets en costume gris,
Leurs journaux qui mentent, leurs écrans qui hypnotisent,
Leurs banques qui volent, leurs usines qui tuent.Mais nous, nous avons nos mains, nos voix, nos rêves,
Nos rires qui éclatent comme des bombes de joie,
Nos larmes qui arrosent les pavés de la révolte,
Nos enfants qui grandissent avec la rage au ventre.Ils parlent de plainte, de procédure, de justice,
Comme si la justice était une affaire de paperasse !
La justice, c’est le pain sur la table du pauvre,
C’est le toit sur la tête de l’immigré,
C’est la dignité rendue à ceux qu’on a humiliés.Alors non, nous ne porterons pas plainte.
Nous porterons nos couleurs, nos chants, nos espoirs,
Nous porterons la mémoire de ceux qui sont tombés,
Et nous marcherons, ensemble, vers l’aube.Car le jour se lève, mes frères, mes sœurs,
Et ce jour-là, ils ne pourront plus nous arrêter.
Ce jour-là, la République ne sera plus une prison,
Mais une maison commune, une fête, un poème.Alors préparez vos banderoles, vos slogans, vos rires,
Car nous sommes l’orage qui vient,
Et rien, ni leurs lois, ni leurs flics, ni leurs médias,
Ne pourra arrêter la marée humaine.Nous sommes les insoumis, les indociles, les indomptables,
Et nous danserons sur les ruines de leur monde.