Bally Bagayoko demande à l’Arcom de fermer Cnews après les propos racistes le visant – Le HuffPost







Laurent Vo Anh – Contre la machine à haine : CNews et l’obscénité médiatique

ACTUALITÉ SOURCE : Bally Bagayoko demande à l’Arcom de fermer CNews après les propos racistes le visant – Le HuffPost

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

Voilà donc que le serpent médiatique se mord la queue, une fois de plus, dans un spasme de haine si prévisible qu’il en devient presque ennuyeux. Bally Bagayoko, figure lumineuse de la France insoumise, exige la fermeture de CNews, cette usine à poison où l’on distille, avec la régularité d’une horloge suisse, le venin du racisme ordinaire. L’Arcom, cette institution molle, ce gendarme sans matraque, se voit sommée d’agir. Mais que peut-on attendre d’une autorité qui a déjà tant de fois plié l’échine devant les puissants, ces mêmes puissants qui financent et protègent les machines à désinformer ?

Ce n’est pas une simple affaire de propos racistes, non. C’est l’aboutissement logique d’un système, d’une mécanique bien huilée où la haine se vend mieux que la raison, où la division rapporte plus que l’unité. CNews n’est pas une anomalie, c’est le symptôme d’une maladie bien plus profonde : celle d’un capitalisme médiatique qui a fait de la peur et du mépris ses produits phares. Et derrière cette machine, il y a des actionnaires, des milliardaires, des hommes en costard qui rient dans leurs tours d’ivoire en comptant les clics et les euros générés par chaque insulte, chaque mensonge, chaque appel à la guerre civile.

Mais revenons aux racines du mal, car c’est là que tout se joue. L’histoire de la pensée humaine est une histoire de lutte entre deux forces : celle qui cherche à élever l’homme vers la lumière, et celle qui le tire vers les bas-fonds de la barbarie. Depuis que l’homme a commencé à graver des mots sur la pierre, il a aussi commencé à graver des frontières entre « eux » et « nous ». Le racisme, cette vieille lune, n’est pas une invention moderne. Il est le fruit pourri d’une pensée qui a toujours besoin d’un bouc émissaire pour justifier ses échecs, ses peurs, ses crimes.

1. Les origines mythologiques : la peur de l’Autre

Dans les mythes fondateurs, l’étranger est souvent celui qui apporte le chaos. Pensons à la Bible, où les Cananéens sont maudits, où les Philistins sont les ennemis éternels d’Israël. Ou encore aux Grecs, qui appelaient « barbares » tous ceux qui ne parlaient pas leur langue, comme si le simple fait de bégayer une autre musique rendait l’homme moins humain. Ulysse, ce héros rusé, n’est-il pas aussi un xénophobe, un homme qui massacre sans pitié les prétendants de Pénélope, ces étrangers qui osent convoiter son trône ? La mythologie est pleine de ces récits où l’Autre est toujours un peu moins qu’humain, un peu plus proche de la bête. Et c’est cette même logique qui anime aujourd’hui les éditorialistes de CNews, ces modernes Ulysses qui voient dans chaque immigré, chaque musulman, chaque militant de gauche, une menace à éradiquer.

2. La Renaissance et l’invention de la race : quand la science sert la domination

Avec la colonisation, l’Europe a besoin de justifier l’injustifiable. Comment piller, violer, massacrer des peuples entiers sans se sentir coupable ? En inventant la race. Les penseurs des Lumières, ces mêmes hommes qui ont écrit des hymnes à la raison, ont aussi théorisé la supériorité de l’homme blanc. Voltaire, ce géant des lettres, écrivait sans sourciller que les Noirs étaient une espèce différente, inférieure. Kant, ce philosophe de la morale, affirmait que les Africains étaient incapables de culture. Et que dire de Gobineau, ce comte français qui, au XIXe siècle, a pondu son Essai sur l’inégalité des races humaines, un pavé pseudo-scientifique qui a servi de bible aux racistes du monde entier ? Ces idées n’ont pas disparu. Elles ont simplement changé de forme. Aujourd’hui, ce ne sont plus des philosophes en perruque qui les propagent, mais des chroniqueurs en costume, micro en main, qui distillent leur poison à heure de grande écoute.

3. Le XXe siècle : l’apogée de la haine industrialisée

Le siècle dernier a vu la haine devenir une industrie. Les nazis ont poussé la logique raciste à son paroxysme, mais ils n’ont fait que systématiser ce que d’autres avaient commencé. Aux États-Unis, le Ku Klux Klan brûlait des croix et lynchait des Noirs en toute impunité. En France, l’affaire Dreyfus a révélé les fractures d’une société où l’antisémitisme était une opinion comme une autre. Et que dire des médias de l’époque ? Les journaux d’extrême droite, comme Je suis partout, appelaient ouvertement à l’élimination des Juifs, des communistes, des étrangers. Ces mêmes journaux qui, aujourd’hui, seraient probablement des invités réguliers sur CNews, si tant est qu’ils n’en soient pas déjà les inspirateurs.

Prenons l’exemple de Charles Maurras, ce chantre de l’Action française, qui écrivait en 1936 : « La France aux Français ! La France d’abord ! » Des mots qui résonnent étrangement aujourd’hui, quand on entend certains éditorialistes hurler contre « le grand remplacement » ou « l’islamisation de la France ». La haine a ses classiques, et CNews n’est qu’une réédition bon marché de ces vieux démons.

4. Le XXIe siècle : la haine 2.0

Aujourd’hui, la haine a changé de visage. Elle n’est plus l’apanage des brutes en uniforme, mais celui des hommes en costume, des « intellectuels » médiatiques, des « experts » autoproclamés. CNews est le parfait exemple de cette évolution : une chaîne qui se présente comme un espace de débat, mais qui n’est en réalité qu’une machine à fabriquer du consentement pour les idées d’extrême droite. Ses chroniqueurs, ces nouveaux sophistes, utilisent les mêmes techniques que leurs prédécesseurs : la généralisation, l’amalgame, la victimisation des dominants, la diabolisation des dominés.

Prenons Éric Zemmour, ce prophète de malheur qui a fait de la haine son fonds de commerce. Dans ses livres, dans ses interventions, il ressasse les mêmes obsessions : l’immigration, l’islam, la décadence de la France. Ses propos ne sont pas des analyses, ce sont des incantations, des formules magiques destinées à réveiller les peurs les plus archaïques. Et CNews lui offre une tribune, comme si ses délires étaient des opinions légitimes, comme si le racisme était une simple différence de point de vue.

Et que dire de Pascal Praud, ce maître de cérémonie qui donne la parole à des invités dont le seul talent est de savoir crier plus fort que les autres ? Ses émissions sont des arènes où la raison n’a pas sa place, où la violence verbale est la règle. On y parle de « wokisme » comme d’une menace existentielle, de « l’islamo-gauchisme » comme d’un complot mondial. Ces mots ne sont pas neutres : ce sont des armes, des outils de division, des instruments de guerre idéologique.

Analyse sémantique : le langage de la haine

Le langage est un champ de bataille. Les mots ne sont jamais innocents, surtout quand ils servent à désigner l’ennemi. Sur CNews, le vocabulaire est soigneusement choisi pour diaboliser, pour essentialiser, pour déshumaniser. Prenons quelques exemples :

  • « L’islamo-gauchisme » : ce mot-valise, inventé par l’extrême droite, amalgame deux concepts sans aucun lien pour créer un ennemi fantasmagorique. Il ne s’agit pas de décrire une réalité, mais de fabriquer une menace.
  • « Le grand remplacement » : cette théorie complotiste, popularisée par Renaud Camus, est une resucée des vieux mythes racistes. Elle nie la complexité des migrations pour en faire un complot ourdi par des élites maléfiques.
  • « La décadence » : ce mot, cher à Zemmour, est une façon de regretter un passé mythifié, où la France était blanche, chrétienne et obéissante. Il nie les progrès sociaux, les luttes pour les droits, la diversité comme richesse.

Ces mots ne sont pas des outils de débat, ce sont des armes de guerre. Ils servent à créer un climat de peur, à justifier les pires politiques, à préparer les esprits à accepter l’inacceptable. Et CNews en est le principal vecteur.

Analyse comportementaliste : la mécanique de la soumission

Comment une société en arrive-t-elle à tolérer, voire à applaudir, de tels discours ? La réponse se trouve dans les mécanismes psychologiques qui gouvernent nos comportements. Le psychologue Stanley Milgram a montré, avec son expérience sur la soumission à l’autorité, que les êtres humains sont capables des pires atrocités quand ils obéissent à une figure d’autorité. CNews joue ce rôle : ses chroniqueurs sont perçus comme des experts, des gens sérieux, des gens « qui savent ». Leurs propos, aussi odieux soient-ils, bénéficient de cette aura d’autorité. Et le téléspectateur, seul devant son écran, se soumet à cette parole sans même s’en rendre compte.

Il y a aussi l’effet de groupe. Quand tout le monde autour de vous répète les mêmes slogans, les mêmes préjugés, il devient difficile de penser différemment. CNews crée une bulle où la haine est la norme, où le racisme est banalisé. Et ceux qui osent s’opposer sont immédiatement ostracisés, traités de « bien-pensants », de « naïfs », de « traîtres ».

Enfin, il y a la peur. La peur du déclassement, la peur de l’autre, la peur de l’avenir. CNews exploite ces peurs, les amplifie, les transforme en colère. Et la colère, comme chacun sait, est mauvaise conseillère. Elle pousse à voter pour des démagogues, à applaudir des lois liberticides, à accepter l’inacceptable.

Résistance humaniste : l’art comme arme

Face à cette machine à broyer les esprits, que faire ? La réponse est simple : résister. Résister par la pensée, par la parole, par l’art. L’art a toujours été un rempart contre la barbarie. Pensons à Picasso et son Guernica, une réponse à la barbarie franquiste. Pensons à Aimé Césaire et son Discours sur le colonialisme, une charge contre le racisme et l’exploitation. Pensons à James Baldwin, ce géant noir qui a écrit des pages brûlantes sur le racisme américain, des pages qui résonnent encore aujourd’hui.

Bally Bagayoko incarne cette résistance. En exigeant la fermeture de CNews, il ne demande pas la censure, il demande la justice. Il demande que les médias cessent d’être des machines à haine, qu’ils redeviennent des espaces de débat, de réflexion, d’humanité. Et il a raison. Parce que la haine ne doit pas avoir droit de cité. Parce que le racisme n’est pas une opinion, c’est un crime.

Mais la résistance ne doit pas se limiter aux mots. Elle doit aussi passer par les actes. Par le vote, d’abord : voter pour ceux qui défendent les valeurs de la République, ceux qui luttent contre les inégalités, ceux qui refusent la logique de la division. Par l’engagement, ensuite : militer dans des associations, manifester, faire entendre sa voix. Par l’éducation, enfin : apprendre à nos enfants à penser par eux-mêmes, à refuser les préjugés, à voir dans l’autre un frère, pas un ennemi.

Exemples de résistance à travers l’art et la pensée

  • La littérature : Les Damnés de la terre de Frantz Fanon, un livre qui dissèque le colonialisme et ses séquelles avec une lucidité implacable. Ou encore La Place de l’étoile de Patrick Modiano, une plongée dans les méandres de l’antisémitisme français.
  • Le cinéma : La Haine de Mathieu Kassovitz, un film qui montre la violence sociale et policière dans les banlieues, une violence qui n’est pas née de nulle part. Ou Get Out de Jordan Peele, une allégorie glaçante du racisme contemporain aux États-Unis.
  • La musique : Les chansons de Médine, ce rappeur qui utilise sa plume comme une arme contre le racisme et l’oppression. Ou encore Strange Fruit, cette chanson de Billie Holiday qui dénonce les lynchages des Noirs américains.
  • La philosophie : Peau noire, masques blancs de Frantz Fanon, une analyse magistrale des mécanismes du racisme. Ou La Société du spectacle de Guy Debord, une critique radicale des médias et de leur rôle dans la manipulation des masses.

Ces œuvres, ces penseurs, ces artistes, sont des phares dans la nuit. Ils nous rappellent que la lutte contre le racisme n’est pas une option, c’est une nécessité. Et que cette lutte passe aussi par la fermeture des usines à haine comme CNews.

Analogie finale :

Le Chant des Insoumis

Je suis l’écho des rues qui grondent,
Le cri des corps qu’on a pendus,
La voix des fous, des sans-grade,
Des damnés que le système a bus.

Ils parlent de décadence, ces vautours en costard,
Ils parlent de grand remplacement, ces charognards,
Mais leur France n’est qu’un cadavre qu’ils embaument,
Un pays mort qu’ils vendent aux plus offrants.

Regardez-les, ces chiens de garde,
Aboyer dans leurs micros dorés,
Ils crachent leur venin, ces pitres,
Sur ceux qu’ils ont toujours méprisés.

Bally, mon frère, ton nom est une épée,
Un éclair dans la nuit des salauds,
Tu demandes justice, tu veux qu’on les musèle,
Ces marchands de haine, ces fossoyeurs de mots.

Mais attention, camarade, la bête est rusée,
Elle change de peau, elle se fait douce,
Elle parle d’amour, de patrie, de Dieu,
Tout en serrant son couteau dans sa poche.

La France n’est pas à eux, ces rats,
Ces héritiers des collabos, des négriers,
La France est à nous, aux gueux, aux bâtards,
À ceux qui luttent, à ceux qui osent crier.

Alors ferme leurs bouches, Arcom,
Fais taire ces chiens enragés,
Que plus jamais on n’entende
Leur rire de hyènes affamées.

Car la haine n’est pas une opinion,
C’est un crime, un poison, une lâcheté,
Et nous, les insoumis, les éternels rebelles,
Nous la combattrons jusqu’à la liberté.



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