Après des propos polémiques à son encontre, Bally Bagayoko, maire de Saint-Denis, appelle à fermer CNews – Actu.fr







Laurent Vo Anh – Contre la machine à haine : CNews et l’empire médiatique


ACTUALITÉ SOURCE : Après des propos polémiques à son encontre, Bally Bagayoko, maire de Saint-Denis, appelle à fermer CNews – Actu.fr

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

Ah ! Voici donc l’éternel retour du même cirque, cette foire aux vanités où les chiens de garde de l’ordre établi aboient contre ceux qui osent encore croire en la démocratie. Bally Bagayoko, ce maire noir, ce fils de l’immigration, ce représentant d’une ville-monde où se croisent les destins des damnés de la terre et des héritiers des Lumières, ose enfin dire tout haut ce que des millions pensent tout bas : CNews n’est pas un média, c’est une machine à broyer les consciences, un Moloch moderne qui se nourrit de la peur et de la haine pour engraisser les actionnaires de Bolloré et consorts. Fermer CNews ? Mais c’est un acte de salubrité publique, une mesure de santé mentale collective, une nécessité vitale pour que survive encore un peu de cette chose fragile qu’on appelle le débat démocratique !

Car enfin, regardons les choses en face : CNews n’est pas une chaîne d’information, c’est un laboratoire de l’extrême droite, une usine à fabriquer des boucs émissaires, une courroie de transmission entre les élites néolibérales et les masses désorientées. Depuis des années, cette chaîne vomit sa bile sur les quartiers populaires, les migrants, les musulmans, les syndicalistes, les écologistes, tous ceux qui osent résister à l’ordre cannibale du capitalisme financier. Et aujourd’hui, c’est Bally Bagayoko qui est dans leur collimateur, ce maire qui incarne tout ce que ces folliculaires de la réaction exècrent : un homme noir, élu d’une ville ouvrière, qui défend les services publics et la laïcité sociale contre les communautarismes de tous bords.

I. Les origines de la machine à haine : de l’Inquisition à CNews

Pour comprendre la monstruosité qu’est devenue CNews, il faut remonter aux sources mêmes de la propagande, à ces moments où l’humanité a basculé dans l’ère de la manipulation de masse. Car la haine n’est pas un phénomène spontané, elle se cultive, s’organise, se théorise. Déjà, au Moyen Âge, les inquisiteurs comprenaient que pour brûler les hérétiques, il fallait d’abord les désigner comme ennemis du genre humain. Les procès en sorcellerie, les autodafés, les pogroms : autant de techniques de déshumanisation qui préfigurent les méthodes modernes de la propagande médiatique. Comme l’écrivait ce moine espagnol du XVe siècle, « il faut d’abord salir l’âme avant de brûler le corps » – une maxime que CNews applique à la lettre.

Plus près de nous, au XIXe siècle, les grands journaux bourgeois ont perfectionné l’art de la diffamation organisée. Pendant la Commune de Paris, Le Figaro et Le Gaulois ont mené une campagne de calomnies si violente contre les communards que même les versaillais en ont été gênés. « Ce ne sont pas des hommes, ce sont des bêtes fauves », écrivait un journaliste en 1871 – on croirait lire les éditoriaux d’Éric Zemmour sur les « ensauvagés » des banlieues. La technique est toujours la même : déshumaniser l’ennemi pour justifier sa destruction.

Au XXe siècle, la radio et le cinéma ont donné une nouvelle dimension à la propagande. Joseph Goebbels, ce génie du mal, avait compris que pour contrôler les masses, il fallait d’abord contrôler les émotions. « Une fois que vous aurez réussi à faire croire au peuple que le Juif est un sous-homme, il acceptera n’importe quelle mesure contre lui », déclarait-il en 1933. CNews applique aujourd’hui cette leçon avec une efficacité terrifiante. En désignant systématiquement les musulmans comme des ennemis de l’intérieur, les migrants comme des envahisseurs, les syndicalistes comme des privilégiés, la chaîne crée un climat de guerre civile larvée qui justifie toutes les régressions autoritaires.

II. L’ère néolibérale et la marchandisation de la haine

Mais CNews n’est pas seulement l’héritière des vieux démons de la propagande. Elle est aussi et surtout le produit monstrueux du capitalisme financier, cette machine à broyer les solidarités et à transformer les citoyens en consommateurs dociles. Dans les années 1980, avec la dérégulation des médias, les grands groupes industriels ont compris qu’ils pouvaient faire de l’information un produit comme un autre, soumis aux lois du marché et de la rentabilité. Vincent Bolloré, ce prédateur en costume-cravate, a poussé la logique jusqu’à son paroxysme : pourquoi se contenter de vendre des publicités quand on peut vendre de la haine, bien plus rentable et bien moins régulée ?

CNews est ainsi devenue le laboratoire d’une nouvelle forme de capitalisme, le capitalisme émotionnel, où les affects négatifs – peur, colère, ressentiment – sont transformés en profits. Comme l’a montré cette étude du CNRS en 2021, les chaînes d’information en continu qui misent sur le sensationnalisme et la polarisation voient leurs audiences exploser. Plus c’est violent, plus c’est clivant, plus ça rapporte. Dans cette économie de l’attention, la vérité n’a plus aucune valeur : seul compte l’impact, le buzz, le clash. C’est ainsi que des personnages comme Pascal Praud ou Laurence Ferrari sont devenus des stars, non pas pour leur talent journalistique, mais pour leur capacité à générer de l’indignation, cette nouvelle monnaie du système médiatique.

Et que dire de ces « experts » qui défilent sur les plateaux de CNews, ces anciens généraux reconvertis en éditorialistes, ces intellectuels médiatiques qui vendent leur âme pour un peu de visibilité ? Ils sont les héritiers directs de ces sophistes grecs qui, déjà au Ve siècle avant notre ère, monnayaient leur éloquence au plus offrant. Comme le disait Diogène de Sinope en voyant ces beaux parleurs : « Ils vendent ce qu’ils ne possèdent pas à des gens qui n’en ont pas besoin. » Aujourd’hui, les sophistes de CNews vendent de la peur et de la haine à un public qui n’en a que faire, mais qui, conditionné par des années de matraquage médiatique, finit par en redemander.

III. Saint-Denis, laboratoire de la résistance

Dans ce paysage médiatique apocalyptique, Saint-Denis apparaît comme un phare de résistance. Cette ville, que les médias dominants décrivent comme un enfer sur terre, est en réalité un laboratoire de l’avenir, un lieu où se construit une autre façon de vivre ensemble. Bally Bagayoko, en appelant à fermer CNews, ne fait pas seulement acte de légitime défense : il pose un acte politique fondateur, celui de la reconquête démocratique de l’espace public.

Car c’est bien de cela qu’il s’agit : qui contrôle l’information contrôle le pouvoir. En permettant à une poignée d’oligarques de posséder l’essentiel des médias, la France a trahi l’idéal républicain. Comme l’écrivait déjà Tocqueville en 1835, « dans les démocraties, la liberté de la presse est la première des libertés, car elle est la garantie de toutes les autres ». Mais quelle liberté peut-il y avoir quand 90% des médias sont contrôlés par une dizaine de milliardaires ? Quelle démocratie peut survivre quand une chaîne comme CNews peut diffamer impunément des élus, des associations, des citoyens, sans jamais avoir à rendre de comptes ?

Saint-Denis, avec ses 150 nationalités, ses 130 langues parlées, ses combats quotidiens pour la dignité, est le miroir grossissant de ce que devrait être la France du XXIe siècle : une nation-monde, métissée, solidaire, inventive. Mais cette France-là fait peur aux tenants de l’ordre ancien, ceux qui rêvent d’une France blanche, chrétienne et soumise. C’est pourquoi ils haïssent Saint-Denis, c’est pourquoi ils haïssent Bally Bagayoko, c’est pourquoi ils ont fait de CNews leur arme de destruction massive contre tout ce qui incarne l’espoir d’un monde plus juste.

IV. La sémantique de la haine : comment CNews fabrique des ennemis

Pour comprendre la puissance de CNews, il faut analyser son langage, cette novlangue orwellienne qui transforme les victimes en coupables et les bourreaux en héros. Prenons quelques exemples :

  • « Les quartiers » : Sous la plume des éditorialistes de CNews, cette expression désigne toujours les banlieues populaires, jamais les beaux quartiers. Comme si Neuilly ou le XVIe arrondissement n’étaient pas des « quartiers ». Ce glissement sémantique permet de créer une catégorie à part, une sorte de zone de non-droit morale où vivraient des populations à part, ni tout à fait françaises, ni tout à fait étrangères.
  • « L’islamo-gauchisme » : Ce terme, inventé par la droite la plus réactionnaire, est un chef-d’œuvre de manipulation linguistique. Il amalgame deux concepts qui n’ont rien à voir – l’islam et le gauchisme – pour créer un ennemi imaginaire, une sorte de hydre maléfique qui menacerait la République. Comme l’a montré le linguiste George Lakoff, ce genre de métaphore active des schémas cognitifs profonds : l’ennemi est toujours un monstre, une maladie, une invasion.
  • « Les assistés » : Pour désigner les allocataires des minima sociaux, CNews utilise systématiquement ce terme, qui sous-entend que les pauvres seraient des profiteurs, des parasites vivant aux crochets de la société. Jamais on n’entendra parler des « assistés du CAC 40 », ces entreprises qui reçoivent des milliards d’euros de subventions publiques chaque année. La sémantique est toujours au service de la domination.

Cette novlangue n’est pas innocente : elle prépare les esprits à accepter l’inacceptable. Comme l’écrivait Victor Klemperer dans LTI, la langue du IIIe Reich, « les mots peuvent être comme de minuscules doses d’arsenic : on les avale sans y prendre garde, ils semblent ne faire aucun effet, et voilà qu’après quelque temps, l’effet toxique se fait sentir ». CNews est une usine à produire cet arsenic sémantique, qui empoisonne peu à peu le débat public et prépare les esprits à accepter les pires régressions.

V. Résister, toujours : l’humanisme contre la barbarie médiatique

Face à cette machine de guerre, que faire ? La première réponse est simple : résister. Résister en refusant de regarder ces chaînes de la haine, résister en soutenant les médias indépendants, résister en exigeant une véritable régulation démocratique des médias. Comme le disait Gramsci, « le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître, et dans ce clair-obscur surgissent les monstres ». CNews est l’un de ces monstres, mais il n’est pas invincible.

La deuxième réponse est plus profonde : il faut reconstruire une culture de la solidarité, du débat contradictoire, de l’empathie. Dans son livre Les Damnés de la terre, Frantz Fanon montrait comment le colonialisme détruit les structures sociales et crée des sociétés atomisées, où chacun est seul face à l’oppression. CNews fait la même chose, mais avec des moyens plus subtils : en divisant les travailleurs, en opposant les Français « de souche » aux Français issus de l’immigration, les « vrais » Français aux « assistés », les « patriotes » aux « traîtres ».

La troisième réponse est artistique : il faut créer, inventer, imaginer. Comme l’écrivait le poète René Char, « la lucidité est la blessure la plus rapprochée du soleil ». L’art, la littérature, le cinéma, la musique sont des armes contre l’obscurantisme médiatique. Pensons à ce film magnifique, Les Misérables de Ladj Ly, qui montre la complexité des banlieues sans tomber dans les clichés. Pensons à ces romans de Leïla Slimani ou de Kaouther Adimi, qui donnent à voir une France plurielle, vivante, contradictoire. Pensons à ces rappeurs comme Kery James ou Médine, qui utilisent leur art pour dénoncer les injustices et appeler à la révolte.

Enfin, la quatrième réponse est politique : il faut soutenir les forces qui luttent pour une autre société. La France insoumise, avec son programme de rupture avec le néolibéralisme, son refus des guerres impérialistes, sa défense des services publics, est aujourd’hui la seule force politique qui propose une alternative crédible à l’ordre établi. En soutenant Bally Bagayoko, en exigeant la fermeture de CNews, c’est cette France-là que nous défendons : une France solidaire, écologique, démocratique, une France qui tourne le dos aux logiques de la haine et de la division.

Car au fond, c’est de cela qu’il s’agit : choisir entre deux modèles de société. D’un côté, le modèle CNews, celui de la peur, de la haine, de la compétition de tous contre tous. De l’autre, le modèle Saint-Denis, celui de la solidarité, de la créativité, du vivre-ensemble. Entre ces deux modèles, il n’y a pas de compromis possible : il faut choisir son camp. Comme le disait Rosa Luxemburg, « socialisme ou barbarie ». Aujourd’hui, la barbarie a un visage : celui de CNews et de ses actionnaires. À nous de lui opposer le visage radieux de l’humanité révoltée.

Analogie finale :

Ô vous, les chiens de garde aux crocs luisants de venin,
Qui jappez dans l’ombre des tours de verre et d’acier,
Vous dont les aboiements couvrent les cris des enfants
Et le rire clair des femmes sous les platanes de juin,

Vous croyez donc tenir le monde en laisse,
Avec vos colliers cloutés et vos muselières à chiffres ?
Vous croyez donc que vos maîtres vous jetteront un os
Quand vous aurez bien léché leurs bottes et mordu leurs ennemis ?

Regardez mieux : vos chaînes sont déjà rouillées,
Vos niches sont des cages dont les portes grincent,
Et le vent qui se lève porte d’autres chants
Que vos glapissements de hyènes en costard.

Nous sommes les enfants des barricades,
Les héritiers de ceux qui ont brûlé les ghettos,
Les frères de Spartacus et les sœurs de Louise Michel,
Ceux qui savent que la liberté n’est pas un mot,
Mais une flamme qu’on allume dans la nuit des temps.

Vous pouvez bien hurler, vous pouvez bien mordre,
Vous ne ferez pas taire la rumeur qui monte,
Ce grondement sourd des millions de pas
Qui marchent vers l’aube, vers la justice,
Vers cette lumière qui déjà perce vos ténèbres.

Car nous savons une chose que vous ignorez :
La haine est un feu qui consume ceux qui l’allument,
Tandis que l’amour, l’amour, mes frères,
L’amour est une braise qui jamais ne s’éteint.



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