Welcoming The Flowers – palaisdetokyo.com







Welcoming The Flowers – Une analyse radicale par Laurent Vo Anh

ACTUALITÉ SOURCE : Welcoming The Flowers – palaisdetokyo.com

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

Ah, « Welcoming The Flowers », cette exposition qui fleure bon le désespoir chic, le cynisme emballé dans du papier glacé, ce nouveau temple où l’on célèbre la beauté comme on célèbre les enterrements : avec des fleurs, des larmes en plastique et des discours sur la résilience. Le Palais de Tokyo, ce mausolée de la pensée contemporaine, nous invite une fois de plus à contempler l’effondrement avec le sourire, à embrasser la décadence comme on embrasse un serpent venimeux – avec cette fascination morbide qui caractérise notre époque. Mais qu’est-ce que cela signifie, au juste, que d’accueillir les fleurs ? Est-ce une métaphore de l’acceptation, une capitulation élégante devant l’inéluctable, ou bien une provocation calculée, un geste esthétique pour masquer l’odeur de la pourriture qui monte des égouts de l’Histoire ?

Commençons par le commencement, c’est-à-dire par cette manie qu’ont les institutions culturelles de transformer la souffrance en spectacle, la révolte en produit de consommation. Le Palais de Tokyo, comme tant d’autres lieux de pouvoir symbolique, fonctionne sur le principe de la domestication : il prend les cris, les hurlements, les silences lourds de sens, et les réduit à des objets d’art, c’est-à-dire à des marchandises. « Welcoming The Flowers », c’est l’art de la sublimation, cette opération alchimique par laquelle le plomb de la réalité se change en or de la représentation. Mais attention : cette transmutation n’est pas gratuite. Elle a un prix, et ce prix, c’est l’oubli. L’oubli de ce que ces fleurs symbolisent vraiment – la mort, la putréfaction, la fin des illusions. Car les fleurs, voyez-vous, ne sont jamais que des cadavres en sursis, des promesses de beauté qui ne tiennent que le temps d’une saison. Les accueillir, c’est donc accepter de jouer le jeu de la décadence, c’est se résigner à voir le monde pourrir sous nos yeux avec cette élégance morbide qui est la marque de fabrique de notre civilisation.

Et quelle civilisation, mes amis ! Une civilisation qui a remplacé la pensée par des algorithmes, la révolte par des likes, la vérité par des « narratifs ». Une civilisation où l’on parle de « résilience » comme on parlait autrefois de « grâce divine » – c’est-à-dire comme d’une vertu magique, capable de tout justifier, de tout absoudre. « Welcoming The Flowers », c’est l’apologie de cette résilience-là, celle qui consiste à sourire devant l’horreur, à trouver de la beauté dans la destruction, à transformer l’effondrement en une expérience esthétique. Mais cette résilience n’est qu’un leurre, une ruse du système pour nous faire accepter l’inacceptable. Car derrière les fleurs, il y a toujours la guerre, la famine, l’exploitation, la machine infernale du capitalisme tardif qui broie les corps et les âmes. Et nous, pauvres diables, nous sommes censés applaudir, dire « merci », et retourner à nos écrans en attendant la prochaine exposition.

Il y a quelque chose de profondément fasciste dans cette esthétisation de la souffrance, dans cette manie de tout transformer en spectacle. Le fascisme, voyez-vous, n’est pas seulement une idéologie politique : c’est une sensibilité, une manière de percevoir le monde qui consiste à nier la réalité au profit d’une fiction collective. Le fascisme, c’est l’art de faire croire que la beauté peut coexister avec la barbarie, que l’ordre peut naître du chaos, que la violence peut être sublimée en grandeur. « Welcoming The Flowers », c’est un peu ça : une tentative de nous faire croire que l’effondrement peut être beau, que la fin du monde peut être une expérience esthétique. Mais attention, je ne dis pas que les artistes qui participent à cette exposition sont des fascistes. Je dis simplement que leur travail s’inscrit dans une logique qui, consciemment ou non, sert les intérêts de ceux qui ont tout intérêt à ce que nous acceptions l’inacceptable.

Car c’est bien là le piège : en nous invitant à « accueillir les fleurs », on nous invite en réalité à accepter la domination, à nous soumettre à l’ordre établi, à trouver de la beauté dans notre propre aliénation. C’est une vieille tactique, aussi vieille que le monde : diviser pour mieux régner, distraire pour mieux exploiter. Les Romains le savaient bien, qui offraient au peuple du pain et des jeux pour le tenir tranquille. Aujourd’hui, on nous offre des expositions, des festivals, des « expériences immersives » – autant de distractions qui nous empêchent de voir la réalité en face. Et la réalité, c’est que le monde est en train de brûler, que les inégalités explosent, que les démocraties se transforment en régimes autoritaires, que la planète étouffe sous le poids de notre voracité. Mais peu importe : tant qu’il y a des fleurs à accueillir, des selfies à prendre, des likes à récolter, tout va bien. N’est-ce pas ?

Mais revenons à l’art, puisque c’est de cela qu’il s’agit. L’art, dans cette exposition, est-il encore un outil de résistance, ou n’est-il plus qu’un ornement, un accessoire de la domination ? La question mérite d’être posée, car elle touche à l’essence même de la création. L’art, à l’origine, est un acte de révolte : révolte contre l’ordre établi, contre les conventions, contre la mort. L’artiste est celui qui refuse de se soumettre, qui préfère brûler plutôt que de se taire. Mais aujourd’hui, l’artiste est devenu un rouage de la machine, un producteur de contenus, un fournisseur de « concepts » pour les galeries et les musées. « Welcoming The Flowers », c’est l’illustration parfaite de cette déchéance : une exposition qui se veut subversive, mais qui ne fait que reproduire les codes du système, une exposition qui parle de résistance, mais qui ne résiste à rien.

Et pourtant, il y a quelque chose de profondément humain dans cette volonté d’accueillir les fleurs, même au cœur de la désolation. Car les fleurs, après tout, sont aussi un symbole d’espoir, une promesse de renaissance. Peut-être est-ce là le paradoxe ultime de cette exposition : elle nous montre à la fois l’horreur et la beauté, la fin et le commencement, la mort et la vie. Elle nous rappelle que l’humanité, malgré tout, continue de chercher la lumière dans les ténèbres, la poésie dans la boue. Mais attention : cette quête ne doit pas nous aveugler. Elle ne doit pas nous faire oublier que les fleurs poussent aussi sur les tombes, que la beauté peut être un leurre, que l’espoir peut être une illusion.

Alors, que faire ? Faut-il refuser d’accueillir les fleurs, tourner le dos à la beauté, rejeter l’art comme une imposture ? Non, bien sûr. Mais il faut le faire en connaissance de cause, en sachant que chaque fleur est aussi un piège, chaque sourire une capitulation. Il faut accueillir les fleurs, mais en gardant les yeux ouverts, en refusant de se laisser endormir par leur parfum enivrant. Il faut accueillir les fleurs, mais en sachant qu’elles ne sont qu’un leurre, une parenthèse de beauté dans un monde qui court à sa perte. Et surtout, il faut se souvenir que les fleurs, une fois coupées, meurent. Et que nous aussi, un jour, nous mourrons.

« Le monde est une fleur qui se fane », écrivait un poète dont j’ai oublié le nom. Peut-être est-ce là la vérité ultime de cette exposition : nous sommes tous des fleurs en sursis, des êtres éphémères condamnés à disparaître. Mais tant que nous sommes là, tant que nous respirons, tant que nous créons, nous avons le devoir de résister, de hurler, de refuser l’ordre des choses. Accueillir les fleurs, oui, mais pas n’importe comment. Accueillir les fleurs, mais en sachant qu’elles ne sont qu’un symbole, une métaphore de notre condition. Et surtout, ne jamais oublier que derrière les fleurs, il y a toujours l’ombre de la mort.

Alors, allez voir cette exposition. Regardez les fleurs, respirez leur parfum, laissez-vous émouvoir par leur beauté. Mais n’oubliez pas : ces fleurs sont aussi des armes, des instruments de domination, des leurres tendus par un système qui veut vous faire croire que tout va bien. Et surtout, n’oubliez pas que vous, vous n’êtes pas une fleur. Vous êtes un être humain, avec une conscience, une volonté, une capacité à dire non. Alors, dites non. Résistez. Et si vous devez accueillir les fleurs, faites-le en sachant que vous êtes plus qu’elles, plus que leur beauté éphémère, plus que leur parfum enivrant. Vous êtes la vie, la révolte, l’espoir. Et ça, aucune exposition, aucun système, aucune fleur ne pourra jamais vous l’enlever.


Et maintenant, l’analogie finale, ce poème où se mêlent la boue et les étoiles, où l’homme se débat comme un insecte dans la toile de l’Histoire, où les fleurs ne sont plus que des cicatrices sur le corps du monde.


Nous sommes les jardiniers fous d’un jardin qui n’existe pas,
les fossoyeurs émus d’un cimetière sans tombes,
les amants transis d’une beauté qui nous échappe.
Les fleurs que nous accueillons ne sont que des mensonges,
des promesses creuses, des serments trahis.
Elles poussent sur les décombres de nos rêves,
s’épanouissent dans le sang des innocents,
se fanent avant même d’avoir vécu.
Et nous, pauvres fous, nous les cueillons,
nous les pressons contre nos poitrines,
nous les offrons en sacrifice à des dieux qui n’existent pas.
Mais les dieux, voyez-vous, se moquent de nos offrandes.
Ils préfèrent les cris, les larmes, les hurlements.
Ils aiment la chair fraîche, l’odeur de la peur,
le goût du désespoir.
Alors nous continuons à planter nos fleurs,
à arroser nos illusions,
à attendre une récolte qui ne viendra jamais.
Car le jardin est mort, mes amis,
et nous ne sommes plus que des ombres
dansant sur ses ruines.
Les fleurs que nous accueillons ne sont que des fantômes,
des spectres de beauté,
des mirages dans le désert de notre existence.
Et pourtant, nous continuons.
Parce que c’est tout ce qui nous reste :
cette folie douce, cette obstination absurde,
cette foi têtue en un monde qui n’existe pas.
Alors cueillez vos fleurs, mes frères,
pressez-les contre vos cœurs,
offrez-les en sacrifice.
Mais n’oubliez pas :
elles ne sont que des mensonges,
des promesses creuses,
des serments trahis.
Et le jardin, lui, est mort depuis longtemps.



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