Visites philosophiques par Les temps qui restent – palaisdetokyo.com







Visites philosophiques – L’analyse radicale de Laurent Vo Anh

ACTUALITÉ SOURCE : Visites philosophiques par Les temps qui restent – palaisdetokyo.com

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

Ah ! Les « visites philosophiques » au Palais de Tokyo… Comme si l’on pouvait domestiquer la pensée, la mettre en cage entre deux murs blancs, la faire défiler comme un troupeau de moutons bien sages devant des œuvres qui ne sont plus que des cadavres exquis de l’âme humaine, vidées de leur sang par les marchands d’art et les curateurs en costume trois-pièces. Le Palais de Tokyo, ce temple du néant contemporain, où l’on vient se prosterner devant des installations qui puent l’argent et la spéculation, ose maintenant nous proposer des « visites philosophiques ». Quelle farce ! Quelle mascarade ! Comme si la philosophie pouvait se réduire à une promenade digestive entre deux expositions, comme si l’on pouvait faire tenir en une heure ce qui a mis des siècles à pourrir dans les cerveaux des hommes.

Mais voyons donc ce que cache cette entreprise de « Les temps qui restent ». Un nom bien pompeux, bien solennel, pour une bande de saltimbanques qui croient pouvoir sauver l’humanité en lui faisant ingurgiter des concepts prémâchés, comme on gave les oies pour en faire du foie gras. « Les temps qui restent »… Comme si le temps nous appartenait, comme si nous n’étions pas déjà tous des morts en sursis, des fantômes errant dans les couloirs de l’Histoire, cherchant désespérément un sens à une existence qui n’en a plus depuis longtemps. La philosophie, mes chers amis, n’est pas une visite guidée. C’est une maladie, une gangrène qui ronge l’esprit, une plaie ouverte qui ne se referme jamais. On ne la visite pas, on la subit, on la vit, on en crève.

Et que nous propose-t-on, dans ces visites ? Une promenade parmi les débris de la pensée occidentale, ces ruines fumantes que nos prédécesseurs ont laissées derrière eux après avoir tout brûlé ? Platon, Kant, Nietzsche… Des noms que l’on agite comme des fétiches, comme des talismans pour conjurer la peur du vide. Mais ces grands esprits, ces géants de la pensée, ne sont plus que des ombres, des spectres qui hantent nos bibliothèques et nos musées. On les invoque, on les cite, on les vénère, mais on ne les comprend plus. On a tué la philosophie le jour où on a décidé de l’enfermer dans des livres, dans des salles de classe, dans des musées. La philosophie, c’est la vie, c’est la rue, c’est la misère, c’est la révolte. Ce n’est pas une visite guidée au Palais de Tokyo.

Regardez autour de vous. Le monde est en feu, les hommes s’entretuent pour des idées qu’ils ne comprennent même pas, les puissants jouent avec nos vies comme avec des pions sur un échiquier, et nous, nous allons visiter des expositions en sirotant du champagne, en discutant de « l’essence de l’art » et de « la condition humaine ». Quelle blague ! Quelle insulte à l’intelligence ! Nous sommes des somnambules, des zombies, des automates qui marchent au pas cadencé vers l’abattoir, et nous osons parler de philosophie. La philosophie, aujourd’hui, c’est de regarder la réalité en face, c’est de voir l’horreur et de ne pas détourner les yeux, c’est de hurler sa rage et sa douleur face à l’injustice et à la bêtise humaine.

Et que fait-on, au Palais de Tokyo ? On organise des visites « philosophiques », comme on organise des visites de zoos. On montre aux gens des œuvres d’art, on leur donne des clés pour les « comprendre », on leur explique ce qu’ils doivent en penser. Comme si l’art était une équation à résoudre, comme si la beauté était une science exacte. L’art, la vraie beauté, c’est ce qui vous frappe en plein cœur, ce qui vous laisse sans voix, ce qui vous fait pleurer ou rire sans raison. Ce n’est pas une visite guidée, ce n’est pas un discours bien léché sur « l’intertextualité » ou « la déconstruction ». L’art, c’est la vie, dans toute sa brutalité, dans toute sa splendeur. Et la vie, on ne la visite pas, on la vit, ou on en crève.

Mais non, nous préférons nous réfugier dans des musées, dans des galeries, dans des salles de conférence, où l’on nous sert des concepts aseptisés, des idées stériles, des pensées sans danger. Nous avons peur de la vraie philosophie, celle qui dérange, celle qui bouscule, celle qui fait mal. Nous avons peur de Nietzsche, qui nous dit que Dieu est mort et que nous devons devenir des surhommes. Nous avons peur de Marx, qui nous montre que nous sommes tous des esclaves du capital. Nous avons peur de Freud, qui nous révèle que nous sommes tous des névrosés, des pervers, des fous. Alors nous préférons nous réfugier dans des visites « philosophiques », où l’on nous parle de « l’éthique de la discussion » et de « la démocratie délibérative », comme si ces mots creux pouvaient changer quoi que ce soit à notre misère.

Et que dire de ce néolibéralisme qui a tout envahi, qui a transformé la culture en produit de consommation, la pensée en marchandise, l’art en placement financier ? Le Palais de Tokyo, avec ses visites « philosophiques », n’est qu’un rouage de cette machine infernale, une machine qui broie les esprits, qui formate les cerveaux, qui transforme les hommes en consommateurs dociles. On nous vend de la « réflexion », de la « contemplation », de la « méditation », mais ce ne sont que des leurres, des pièges pour nous faire oublier que nous sommes des esclaves, que nous vivons dans un monde où tout s’achète et tout se vend, même nos rêves, même nos idées.

Et puis il y a ce militarisme qui rôde, cette violence d’État qui se banalise, qui s’installe dans nos vies comme une routine. On nous parle de « sécurité », de « protection », de « défense des valeurs », mais ce ne sont que des mots pour justifier l’injustifiable : la guerre, la torture, la répression. La philosophie, la vraie, celle qui refuse de se soumettre, celle qui résiste, est aujourd’hui plus que jamais nécessaire. Mais où est-elle, cette philosophie ? Dans les livres ? Dans les musées ? Non, elle est dans la rue, elle est dans les prisons, elle est dans les camps de réfugiés, elle est dans les yeux de ceux qui refusent de se soumettre, qui refusent de plier l’échine devant l’oppression.

Alors, ces visites « philosophiques » au Palais de Tokyo, qu’en penser ? Ce ne sont que des divertissements pour bourgeois en mal de sensations, des distractions pour ceux qui ont peur de regarder la réalité en face. La philosophie, la vraie, n’a pas sa place dans un musée. Elle est dans la vie, dans la lutte, dans la résistance. Elle est dans le cri de ceux qui refusent de se taire, dans le silence de ceux qui refusent de se soumettre. Elle est dans la rage, dans la douleur, dans l’espoir. Elle n’est pas une visite guidée, elle est un combat. Et ce combat, mes amis, il est loin d’être terminé.

Alors, oui, allez au Palais de Tokyo, si cela vous amuse. Promenez-vous dans ses couloirs blancs, regardez ses œuvres aseptisées, écoutez les discours bien léchés de ses guides « philosophiques ». Mais n’oubliez pas une chose : la vraie philosophie, celle qui brûle, celle qui fait mal, celle qui change les hommes et les mondes, n’est pas là. Elle est ailleurs, dans les rues, dans les usines, dans les bidonvilles, dans les prisons. Elle est dans le cœur de ceux qui refusent de se soumettre, qui refusent de plier, qui refusent de mourir sans avoir vécu.

Et maintenant, une citation pour clore ce chapitre, une citation qui résume tout ce que je viens de dire, une citation de ce grand penseur qui a osé regarder la vérité en face, qui a osé dire l’indicible : « La philosophie est une maladie dont on ne guérit pas, mais dont on peut mourir. » Alors, mes amis, choisissez : voulez-vous vivre, ou voulez-vous mourir ?

Analogie finale :

Le Palais de Tokyo, c’est comme un grand navire en pleine tempête, un Titanic de la pensée, où les passagers, bien habillés, bien coiffés, sirotent leur champagne en discutant de la beauté des icebergs. Ils ne voient pas que le bateau coule, ils ne sentent pas l’eau glacée qui monte autour d’eux. Ils sont trop occupés à admirer les fresques sur les murs, à écouter les discours du capitaine, à se congratuler mutuellement pour leur « sensibilité artistique ».

Et nous, nous sommes là, sur le pont, les pieds dans l’eau, à regarder ces fous qui dansent sur un bateau qui sombre. Nous crions, nous hurlons, nous essayons de les prévenir, mais ils ne nous entendent pas. Ils sont trop occupés à discuter de « l’essence de l’art » et de « la condition humaine ». Ils ne voient pas que le monde autour d’eux est en feu, que les hommes s’entretuent, que la planète se meurt. Ils sont trop occupés à visiter des expositions, à lire des livres, à écouter des conférences. Ils sont trop occupés à mourir sans avoir vécu.

Alors, nous, nous sautons à l’eau. Nous nageons vers l’horizon, vers ce monde inconnu, vers cette vie qui nous attend. Nous laissons derrière nous le Palais de Tokyo, ce tombeau de la pensée, ce mausolée de l’art. Nous laissons derrière nous ces fous qui dansent sur un bateau qui sombre. Nous partons, vers l’inconnu, vers l’aventure, vers la vraie vie.

Et peut-être, un jour, nous rencontrerons d’autres naufragés, d’autres fous comme nous, qui ont refusé de monter à bord de ce navire maudit. Ensemble, nous construirons un nouveau monde, un monde où la philosophie ne sera plus une visite guidée, mais une façon de vivre, une façon de respirer, une façon d’aimer. Un monde où l’art ne sera plus une marchandise, mais un cri, un hurlement, une prière. Un monde où les hommes ne seront plus des esclaves, mais des hommes libres, des hommes debout, des hommes vivants.

Alors, mes amis, choisissez : voulez-vous monter à bord du Palais de Tokyo, ce navire qui sombre, ou voulez-vous sauter à l’eau avec nous, vers l’inconnu, vers la vie ?



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