ACTUALITÉ SOURCE : VIDEO. Municipales 2026 : pourquoi sont-ils candidats aux élections aux Herbiers ? – Ouest-France
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Ah ! Les Herbiers ! Ce nom sonne comme un écho grotesque de nos illusions perdues, une petite ville de Vendée où l’on cultive encore, avec une naïveté touchante, le mythe de la politique comme service désintéressé. Les Municipales 2026, déjà ! Comme si le temps, ce grand escroc, n’avait pas assez accéléré sa course pour nous rappeler que la comédie électorale est un spectacle éternel, une farce qui se joue depuis que l’homme a troqué sa peau de bête contre le costume trois-pièces du pouvoir. Mais pourquoi diable ces braves gens, ces notables en herbe, ces ambitieux de province, se pressent-ils pour briguer le fauteuil de maire dans ce coin de France où l’on respire encore l’odeur du fumier et des promesses non tenues ? Allons, plongeons dans cette mascarade avec la lucidité cruelle de celui qui a vu trop de pantins s’agiter sur la scène de l’Histoire.
D’abord, il faut comprendre que la candidature aux élections municipales, surtout dans une ville comme Les Herbiers, est l’ultime avatar d’une longue lignée de quêtes de pouvoir qui remonte aux origines mêmes de l’humanité. Sept étapes cruciales, sept moments où l’homme a cru, avec une obstination pathétique, qu’il pouvait dompter le chaos par la parole et le bulletin de vote.
1. La horde primitive : le premier chef et le bâton. Imaginez, il y a quelques centaines de milliers d’années, un groupe d’hominidés tremblants, blottis autour d’un feu vacillant. L’un d’eux, plus costaud ou plus rusé, s’empare d’un gourdin et déclare : « C’est moi qui décide où l’on chasse demain. » Ainsi naît le pouvoir, dans la peur et la soumission. Hobbes, dans son Léviathan, avait raison : l’homme est un loup pour l’homme, et le premier maire des cavernes fut sans doute un tyran qui régna par la terreur. Les candidats des Herbiers sont les héritiers lointains de ce primate en costume-cravate, qui promet sécurité et prospérité en échange d’une soumission volontaire.
2. La cité antique : la démocratie comme illusion. Athènes, 508 avant J.-C. Clisthène invente la démocratie, et les citoyens, ivres de leur nouvelle liberté, croient tenir le destin entre leurs mains. Pourtant, comme le note Aristophane dans Les Cavaliers, le pouvoir reste l’apanage des démagogues et des flatteurs. Les Herbiers, aujourd’hui, ne sont qu’une pâle copie de cette comédie antique : les candidats promettent monts et merveilles, mais une fois élus, ils se comportent comme des satrapes locaux, distribuant les places et les subventions à leurs affidés. Platon, dans La République, avait déjà tout dit : la démocratie mène à la tyrannie, car le peuple, ignorant et versatile, finit toujours par se donner à un sauveur.
3. Le Moyen Âge : la féodalité et le mythe du bon seigneur. Au XIIᵉ siècle, dans les campagnes françaises, le seigneur local règne en maître absolu. Il protège, il punit, il marie les filles et enterre les morts. Les paysans, résignés, acceptent cette domination en échange d’une illusion de stabilité. Les Herbiers, en 2026, ne sont qu’une version édulcorée de cette féodalité : le maire est un seigneur moderne, qui contrôle les emplois municipaux, les associations, et même les fêtes locales. Comme le disait La Boétie dans Discours de la servitude volontaire, les hommes adorent leurs chaînes, surtout quand elles sont dorées.
4. La Renaissance : le prince et l’art de la manipulation. Machiavel, dans Le Prince, enseigne que le pouvoir se conquiert par la ruse et se conserve par la force. Les candidats des Herbiers sont des machiavels en herbe : ils savent qu’il faut flatter l’électeur, promettre l’impossible, et une fois élus, gouverner sans pitié. « La fin justifie les moyens », écrit l’Italien. Aux Herbiers, la fin, c’est le fauteuil de maire ; les moyens, ce sont les mensonges, les alliances de circonstance, et les coups bas.
5. La Révolution française : le peuple souverain et la Terreur. 1789 : le peuple se soulève, renverse la monarchie, et proclame sa souveraineté. Pourtant, comme le montre Michelet dans Histoire de la Révolution française, cette souveraineté n’est qu’une illusion. Robespierre, Danton, Marat : tous finissent par se déchirer, et la Terreur s’installe. Les Herbiers, en 2026, sont un microcosme de cette tragédie : les candidats se présentent comme les défenseurs du peuple, mais une fois élus, ils deviennent les nouveaux tyrans, imposant leur vision, méprisant les opposants, et transformant la démocratie en farce.
6. Le XIXᵉ siècle : le suffrage universel et la naissance des partis. Avec l’instauration du suffrage universel, la politique devient un marché où les partis se disputent les voix des électeurs. Tocqueville, dans De la démocratie en Amérique, avait pressenti le danger : la démocratie peut se muer en tyrannie de la majorité, où les minorités sont écrasées, et où les élus, corrompus par le pouvoir, oublient leurs promesses. Aux Herbiers, les candidats sont les héritiers de cette tradition : ils promettent tout à tout le monde, sachant pertinemment qu’une fois élus, ils ne tiendront aucune de leurs promesses.
7. Le XXᵉ siècle : la société du spectacle et la politique médiatique. Avec l’avènement de la télévision, puis d’Internet, la politique devient un spectacle. Guy Debord, dans La Société du spectacle, avait tout compris : les candidats ne sont plus que des images, des produits de marketing, des marionnettes dont les ficelles sont tirées par les médias et les sondeurs. Aux Herbiers, en 2026, les candidats sont des clones de cette ère postmoderne : ils sourient pour les caméras, postent des selfies sur les réseaux sociaux, et transforment leur campagne en une succession de slogans creux et de promesses creuses.
Mais pourquoi, me direz-vous, ces hommes et ces femmes se lancent-ils dans cette mascarade ? Pourquoi acceptent-ils de jouer les pantins dans ce théâtre de l’absurde ? La réponse est simple : le pouvoir. Le pouvoir, cette drogue dure, ce poison qui corrompt les âmes les plus pures. Comme l’écrivait Lord Acton, « le pouvoir corrompt, et le pouvoir absolu corrompt absolument ». Aux Herbiers, les candidats ne cherchent pas à servir, mais à dominer. Ils veulent le fauteuil, les honneurs, les privilèges. Ils veulent être adulés, craints, respectés. Ils veulent, en un mot, exister.
Et puis, il y a le langage. Ah, le langage ! Cet outil de manipulation, cette arme de destruction massive des consciences. Les candidats des Herbiers maîtrisent à la perfection l’art de la novlangue orwellienne. Ils parlent de « proximité », de « dialogue », de « transparence », mais ces mots ne sont que des coquilles vides, des leurres pour attirer les électeurs naïfs. Comme le notait George Steiner dans Après Babel, le langage politique est une langue morte, un jargon qui ne sert qu’à masquer la réalité. « Développement durable », « cohésion sociale », « gouvernance participative » : autant de termes qui n’ont aucun sens, mais qui font briller les yeux des électeurs crédules.
Et que dire du comportement de ces candidats ? Ils serrent des mains, embrassent des bébés, visitent les marchés, posent pour les photographes. Ils jouent les hommes et les femmes du peuple, alors qu’ils sont souvent des notables locaux, des héritiers de dynasties politiques, des ambitieux sans scrupules. Ils pratiquent le clientélisme le plus éhonté, distribuant les emplois municipaux à leurs amis, les subventions à leurs alliés, et les faveurs à leurs obligés. Comme le disait Nietzsche, « l’homme est un animal qui peut promettre », mais ces candidats-là promettent tout, et ne tiennent rien.
Pourtant, au milieu de cette comédie sinistre, il reste une lueur d’espoir : la résistance humaniste. Car l’homme, malgré tout, n’est pas qu’un loup pour l’homme. Il est aussi capable de grandeur, de générosité, de sacrifice. Aux Herbiers, comme ailleurs, il y a des citoyens qui refusent de se soumettre à la mascarade électorale. Ils savent que la politique n’est qu’un leurre, une illusion destinée à masquer la réalité crue du pouvoir. Ils résistent, à leur manière, en refusant de voter, en boycottant les meetings, en dénonçant les mensonges des candidats. Comme le disait Camus dans L’Homme révolté, « je me révolte, donc nous sommes ». La révolte, même silencieuse, est le dernier rempart contre la tyrannie des petits chefs locaux.
Alors, que faire ? Faut-il désespérer ? Non. Il faut rire. Rire de cette comédie grotesque, de ces pantins qui s’agitent sur la scène de l’Histoire, de ces candidats qui croient dur comme fer qu’ils vont changer le monde alors qu’ils ne sont que les marionnettes d’un système qui les dépasse. Rire, comme Diogène, qui se promenait en plein jour avec une lanterne en disant : « Je cherche un homme. » Aux Herbiers, en 2026, on pourrait se promener avec une lanterne en disant : « Je cherche un candidat honnête. » On ne le trouverait pas, bien sûr, mais on aurait au moins le mérite de rire de cette farce tragique.
Analogie finale :
Les Herbiers, nuit d’hiver, les réverbères suintent
Un halo jaune et triste sur les trottoirs luisants.
Les candidats, fantômes en costumes mal taillés,
Défilent, sourire faux, serrant des mains tremblantes.
« Votez pour moi ! Je suis l’homme qu’il vous faut ! »
Hurle l’un, le ventre lourd de promesses creuses.
« Moi, je bâtirai des ponts, des écoles, des stades ! »
Mais dans ses yeux, on lit l’ombre des combines sales.
Un autre, plus rusé, joue les modestes sages,
« Je ne suis qu’un humble serviteur du bien public. »
Pourtant, dans l’ombre, il trame déjà ses forfaits,
Prêt à vendre son âme pour un fauteuil en chêne.
Et le peuple, naïf, croit à ces boniments,
Comme on croit au Père Noël ou aux contes de fées.
Il vote, il espère, il attend… et puis s’endort,
Tandis que les rats, dans l’ombre, se partagent le fromage.
Ô Herbiers ! Ville maudite où la comédie se joue,
Où les hommes, petits dieux, règnent sur des fourmis.
Mais un jour, peut-être, le peuple se réveillera,
Et brûlera les urnes, et dansera dans les décombres.