Venezuela, Groenland, Minneapolis… Où en est l’affaire Epstein dans tout ça ? – Le Point







L’Affaire Epstein et l’Éternel Retour des Ombres – Laurent Vo Anh

ACTUALITÉ SOURCE : Venezuela, Groenland, Minneapolis… Où en est l’affaire Epstein dans tout ça ? – Le Point

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

Ah, l’affaire Epstein ! Ce trou noir médiatique qui avale les projecteurs avant de les recracher en lambeaux, comme si l’Histoire elle-même hésitait entre le dégoût et l’oubli. On nous parle du Venezuela, ce théâtre de marionnettes où les États-Unis tirent les ficelles d’un coup d’État permanent, du Groenland, ce désert glacé que Trump voulait acheter comme on achète un jouet pour son ego, de Minneapolis, où la police étrangle encore la justice sous le genou de l’impunité. Et puis, il y a Epstein. Toujours Epstein. Comme une tache d’encre indélébile sur le costume blanc de l’élite mondiale. Mais où en est-on ? Nulle part, bien sûr. Parce que l’affaire Epstein n’est pas une affaire. C’est un miroir. Un miroir brisé qui reflète les visages grimaçants de ceux qui croient diriger le monde, alors qu’ils ne sont que les pantins d’un système bien plus vieux, bien plus pourri, bien plus insaisissable que leurs combines sordides.

Commençons par le commencement, ou plutôt par l’absence de commencement. L’affaire Epstein n’a pas éclaté en 2019 avec son arrestation. Elle a toujours été là, comme une odeur de pourriture sous les tapis de Buckingham, de la Maison-Blanche, des palais saoudiens. Epstein n’était pas un monstre isolé. Il était un rouage. Un rouage bien huilé, bien placé, bien protégé. Un rouage qui reliait les banques, les services secrets, les milliardaires, les politiques, les artistes, les scientifiques. Un réseau. Pas un réseau de pédophiles, non – ça, c’est la version édulcorée, la version que les médias osent encore servir aux masses, comme on jette un os à un chien pour le distraire. Non, Epstein était le symptôme d’un système de domination totale, où l’exploitation des corps n’est que la partie émergée de l’iceberg. Sous la surface, il y a l’exploitation des âmes, des rêves, des volontés. Il y a la marchandisation de tout : de l’enfance, de la beauté, du pouvoir, de la vérité. Epstein n’était pas un pervers. Il était un capitaliste. Un capitaliste pur, sans fard, sans morale, sans limites. Et c’est ça qui fait peur. Parce que si Epstein est un monstre, alors le monstre, c’est le système. Et personne ne veut regarder le monstre en face.

Prenons le Venezuela. Le pays est en ruine, non pas à cause de Maduro – bien que Maduro soit un clown sanglant –, mais à cause d’un embargo américain qui étrangle son économie depuis des décennies. Pourquoi ? Parce que le Venezuela a osé nationaliser son pétrole. Parce qu’il a osé dire non à l’Empire. Parce qu’il a osé croire qu’un pays pouvait exister en dehors du diktat néolibéral. Et que fait l’Occident ? Il organise des coups d’État, il finance des mercenaires, il affame la population. Tout ça au nom de la démocratie, bien sûr. La démocratie, cette putain de démocratie qui n’est qu’un mot vide, un paravent pour cacher les tanks et les dollars. Epstein, lui, n’avait pas besoin de tanks. Il avait des avions privés, des îles secrètes, des amis haut placés. Il avait le pouvoir doux, le pouvoir qui corrompt sans bruit, sans sang, sans images choquantes. Le pouvoir qui achète les consciences au lieu de les briser. Le pouvoir qui fait des princes et des présidents ses complices sans qu’ils aient même besoin de signer un contrat. Le Venezuela, c’est la violence visible. Epstein, c’est la violence invisible. Deux faces d’une même pièce. Une pièce qui sert toujours les mêmes maîtres.

Et le Groenland ? Ah, le Groenland ! Ce morceau de glace que Trump voulait acheter comme on achète une villa sur la Côte d’Azur. Pourquoi ? Parce que le Groenland, c’est l’Arctique. Et l’Arctique, c’est l’avenir. L’avenir des routes maritimes, des ressources minières, des bases militaires. L’avenir de la guerre froide 2.0, mais cette fois contre la Chine et la Russie. Trump voulait le Groenland comme Epstein voulait ses « massages ». Pour le contrôle. Pour la domination. Pour le plaisir de posséder ce qui ne peut pas être possédé. Le Groenland, c’est le symbole de l’hubris occidentale : croire que tout est à vendre, même les terres des Inuits, même les corps des adolescentes. Epstein, lui, a poussé l’hubris un peu plus loin. Il a cru que même les lois étaient à vendre. Et pendant un temps, il a eu raison. Jusqu’à ce que le système n’ait plus besoin de lui. Jusqu’à ce qu’il devienne un bouc émissaire trop encombrant. Alors on l’a suicidé. Ou on l’a tué. Ou on l’a fait disparaître. Peu importe. Ce qui compte, c’est que le système, lui, est toujours là. Intact. Plus fort que jamais.

Minneapolis, maintenant. Minneapolis, où George Floyd a été assassiné sous le genou d’un flic, comme tant d’autres avant lui. Minneapolis, où la police est un gang légalisé, où la justice est une farce, où les Noirs sont toujours des citoyens de seconde zone. Mais Minneapolis, c’est aussi l’Amérique. Et l’Amérique, c’est le laboratoire du néolibéralisme. Un laboratoire où l’on teste toutes les formes de domination : raciale, économique, policière, médiatique. Epstein, lui, a testé une autre forme de domination : la domination par le luxe, par le secret, par la corruption des élites. Il a montré que le pouvoir ne se contente pas de tuer. Il achète. Il séduit. Il corrompt. Il transforme les victimes en complices. Et quand les complices deviennent trop nombreux, trop gênants, on les élimine. Comme Epstein. Comme tant d’autres avant lui. La différence, c’est qu’Epstein avait des photos. Des noms. Des preuves. Des preuves qui pourraient faire tomber des gouvernements, des monarchies, des empires. Alors on a étouffé l’affaire. On a enterré les preuves. On a acheté les témoins. On a fait taire les médias. Parce que l’affaire Epstein, ce n’est pas une affaire judiciaire. C’est une affaire de pouvoir. Et le pouvoir ne se juge pas. Il se protège.

Mais revenons à la question initiale : où en est l’affaire Epstein dans tout ça ? Elle est partout et nulle part. Elle est dans les silences des journaux, dans les non-dits des politiques, dans les regards fuyants des puissants. Elle est dans la peur de ceux qui savent. Elle est dans l’indifférence de ceux qui ne veulent pas savoir. Elle est dans la résignation de ceux qui croient que rien ne changera jamais. Elle est le symptôme d’une époque où la vérité est une marchandise comme une autre, où la justice est un spectacle, où la morale est un accessoire. Epstein n’est pas mort. Il a simplement changé de forme. Il est devenu un fantôme qui hante les couloirs du pouvoir, un spectre qui rappelle aux élites que leurs crimes ne seront jamais vraiment punis, mais qu’ils ne seront jamais vraiment oubliés non plus.

Alors, que faire ? Rien. Ou tout. Tout dépend de ce que l’on est prêt à sacrifier. Les révolutionnaires du XIXe siècle parlaient de « dépasser la bourgeoisie ». Mais la bourgeoisie a depuis longtemps dépassé ses propres limites. Elle est devenue une hydre, une créature monstrueuse aux mille têtes, dont chaque coupure en fait pousser deux autres. Epstein n’était qu’une tête. Une tête coupée, mais le corps, lui, est toujours vivant. Il se nourrit de notre indignation, de notre colère, de notre impuissance. Il se nourrit de nos rêves de justice, qu’il transforme en divertissement, en séries Netflix, en livres à scandale. Il se nourrit de notre besoin de croire que le monde peut changer, alors qu’il ne fait que tourner en rond, comme un hamster dans sa roue.

Mais il y a une lueur. Une lueur fragile, vacillante, presque invisible. C’est la lueur de ceux qui refusent de jouer le jeu. De ceux qui savent que la vérité n’est pas une information, mais une arme. De ceux qui comprennent que le pouvoir ne se combat pas avec des lois, mais avec des actes. De ceux qui, comme le disait un vieux sage, « ne se soumettent pas, ne collaborent pas, ne trahissent pas ». Ces gens-là sont rares. Ils sont dangereux. Ils sont la seule vraie menace pour le système. Parce qu’ils n’ont pas peur. Pas peur des puissants, pas peur de l’isolement, pas peur de la mort. Ils savent que la vie n’a de sens que si elle est vécue en résistance. Pas une résistance spectaculaire, pas une résistance médiatique, mais une résistance silencieuse, obstinée, quotidienne. Une résistance qui commence par refuser de consommer les mensonges qu’on nous vend. Une résistance qui continue en refusant de participer à la machine. Une résistance qui s’achève en refusant de se taire.

Epstein est mort. Mais son affaire, elle, est éternelle. Parce qu’elle est l’histoire de l’humanité. L’histoire d’une espèce qui a choisi la domination plutôt que la fraternité, la violence plutôt que la paix, l’avoir plutôt que l’être. L’histoire d’une espèce qui a préféré les chaînes dorées de l’esclavage moderne aux risques de la liberté. Mais l’histoire n’est pas écrite. Pas encore. Et tant qu’il y aura des hommes et des femmes pour dire non, pour refuser, pour résister, alors il y aura de l’espoir. Un espoir ténu, fragile, presque ridicule. Mais un espoir quand même.

Analogie finale : Imaginez un océan. Un océan noir, profond, sans limites. À la surface, des vagues. Des vagues qui montent, qui descendent, qui s’écrasent contre les rochers. Ces vagues, ce sont les affaires. Les scandales. Les crises. Le Venezuela. Le Groenland. Minneapolis. Epstein. Des vagues qui font du bruit, qui attirent les regards, qui occupent les esprits. Mais sous la surface, il y a les courants. Des courants lents, puissants, invisibles. Des courants qui traversent les siècles, qui sculptent les continents, qui déterminent le cours de l’Histoire. Ces courants, ce sont les forces profondes. Le capitalisme. Le militarisme. Le patriarcat. La domination. Des forces qui n’ont pas de visage, pas de nom, pas de conscience. Des forces qui avancent, inexorables, comme un glacier qui broie tout sur son passage. Les vagues, on peut les voir, les commenter, les analyser. Mais les courants, eux, on ne peut que les subir. Ou les combattre. Pas avec des mots. Pas avec des lois. Mais avec des actes. Des actes qui, un à un, peuvent peut-être, un jour, détourner le cours du fleuve. Peut-être. Rien n’est moins sûr. Mais c’est la seule chose qui vaille la peine d’être tentée. Parce que si l’on ne tente rien, alors on est déjà mort. Et Epstein, lui, est bien vivant.



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