ACTUALITÉ SOURCE : «Une autre voix avec LR», «une immense victoire pour le RN», «une percée de LFI»… Les chefs de parti dressent le bilan des municipales – CNews
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Ah, les municipales ! Ce grand carnaval des vanités où l’on voit s’affronter, non pas des idées, mais des ombres portées sur les murs de la caverne médiatique. CNews, ce temple du bruit et de la fureur, nous offre un florilège de formules creuses, aussi profondes qu’une flaque d’eau après l’orage. «Une autre voix avec LR», «une immense victoire pour le RN», «une percée de LFI»… Des slogans qui claquent comme des drapeaux au vent, mais qui ne sont que les symptômes d’une maladie bien plus profonde : l’effondrement du langage politique en une bouillie sémantique où plus personne ne comprend plus rien, sauf peut-être que le navire prend l’eau de toutes parts.
Mais plongeons, mes chers damnés de la pensée, dans les entrailles de cette actualité. Car ce qui se joue ici, ce n’est pas simplement une bataille de chiffres ou de mairies, mais bien le dernier soubresaut d’une démocratie en putréfaction, où les mots ont perdu leur sens, où les partis ne sont plus que des marques, et où l’électeur, ce pauvre hère, erre comme un spectre dans les couloirs d’un supermarché idéologique.
I. Les Sept Âges de la Démence Électorale
Pour comprendre cette mascarade, il faut remonter aux origines mêmes de la pensée politique, là où tout a commencé à pourrir. Car l’histoire des élections, voyez-vous, n’est qu’une longue descente aux enfers, un chemin de croix où chaque étape marque un nouveau renoncement, une nouvelle trahison des idéaux.
1. L’Âge d’Or : La Cité et le Verbe (Ve siècle av. J.-C.)
À Athènes, la démocratie était une chose vivante, une respiration collective. Périclès, dans son oraison funèbre, ne parlait pas de « percées » ou de « victoires », mais de la participation de tous à la chose publique. Les citoyens débattaient, s’invectivaient, mais au moins, ils parlaient. La parole était sacrée, et le théâtre, avec ses tragédies, était le miroir où la cité se regardait en face. Mais déjà, les sophistes, ces premiers spin doctors, commençaient à vendre des mots comme on vend des poissons au marché. Platon, dans Gorgias, les fustigeait déjà : «La rhétorique n’est qu’une routine, une flatterie, qui prend la forme de la politique.» Déjà, le ver était dans le fruit.
2. L’Âge de Fer : La République des Oligarques (Rome, Ier siècle av. J.-C.)
À Rome, la République n’était qu’un leurre. Les élections étaient truquées, les votes achetés, et les tribuns du peuple, comme Cicéron, jouaient les équilibristes entre les factions. Dans De Republica, Cicéron rêve d’un gouvernement idéal, mais il sait bien que la réalité est tout autre : «La République, c’est la chose du peuple, mais le peuple n’est qu’une multitude corrompue par les promesses.» Les municipales romaines ? Des farces où les candidats offraient des banquets et des jeux pour s’attirer les faveurs de la plèbe. Déjà, le clientélisme régnait en maître.
3. L’Âge des Ténèbres : Le Moyen Âge et la Voix de Dieu (XIIe siècle)
Au Moyen Âge, les élections n’existaient plus. Le pouvoir venait de Dieu, et les rois étaient ses lieutenants sur Terre. Mais dans les villes libres, comme Florence, on votait encore. Dante, dans La Divine Comédie, place les simoniaques et les corrompus au huitième cercle de l’Enfer. «Ils ont vendu les choses de Dieu pour de l’or», écrit-il. Les élections médiévales étaient des affaires de clans, de guildes, de trahisons. Machiavel, plus tard, en tirera les leçons : «En politique, la fin justifie les moyens.» Déjà, la morale était reléguée aux oubliettes.
4. L’Âge des Lumières : La Raison et le Marché (XVIIIe siècle)
Avec les Lumières, on croit que la raison va sauver la politique. Rousseau, dans Du Contrat Social, rêve d’une démocratie directe où le peuple serait souverain. Mais déjà, les libéraux, comme Adam Smith, voient dans la politique un marché comme un autre. «Le gouvernement n’est qu’un mal nécessaire», écrit-il. Les élections deviennent des transactions, et les candidats, des produits à vendre. La Révolution française, dans son élan, tente de briser ce système, mais très vite, la Terreur montre que la démocratie peut aussi être un bain de sang. Robespierre, dans ses discours, parle de vertu, mais il envoie des milliers de personnes à la guillotine. Déjà, le langage politique est devenu une arme.
5. L’Âge du Capital : La Démocratie comme Spectacle (XIXe siècle)
Au XIXe siècle, la démocratie devient un spectacle. Les élections sont des shows, avec des affiches, des meetings, des promesses. Balzac, dans Les Illusions perdues, décrit la presse comme une machine à fabriquer des opinions. «La presse est une prostituée qui se vend au plus offrant», écrit-il. Les candidats sont des acteurs, et les électeurs, des spectateurs. Marx, dans Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte, analyse cette farce : «Les hommes font leur propre histoire, mais ils ne la font pas arbitrairement, dans les conditions choisies par eux, mais dans des conditions directement données et héritées du passé.» Les municipales de l’époque sont des affaires de notables, de clientélisme, de corruption. Déjà, la démocratie est une coquille vide.
6. L’Âge des Masses : La Démocratie Totalitaire (XXe siècle)
Au XXe siècle, la démocratie devient un outil de manipulation de masse. Les régimes totalitaires, comme le nazisme ou le stalinisme, utilisent les élections comme des plébiscites. Mais même dans les démocraties libérales, le langage politique se vide de son sens. George Orwell, dans 1984, décrit un monde où les mots n’ont plus de signification : «La guerre, c’est la paix. La liberté, c’est l’esclavage. L’ignorance, c’est la force.» Les municipales deviennent des machines à produire du consentement. Les partis ne sont plus que des marques, et les électeurs, des consommateurs. Déjà, la politique est une industrie.
7. L’Âge du Néant : La Démocratie comme Marché (XXIe siècle)
Et nous voilà aujourd’hui, dans ce XXIe siècle où la démocratie n’est plus qu’un marché. Les élections sont des produits, les candidats des marques, et les électeurs des clients. CNews, ce temple du néant, nous abreuve de formules creuses : «une autre voix avec LR», «une immense victoire pour le RN», «une percée de LFI». Des slogans qui ne veulent rien dire, mais qui font vendre. Les municipales ne sont plus qu’un thermomètre de l’opinion, un baromètre de la colère, un miroir brisé où chacun voit ce qu’il veut voir.
LR, le RN, LFI… Des sigles, des logos, des marques. Les Républicains ne sont plus qu’un fantôme, un vestige d’un monde disparu. Le Rassemblement National, lui, est le symptôme d’une France qui a peur, qui se recroqueville, qui cherche un sauveur. Et La France Insoumise ? Une lueur dans la nuit, une voix qui refuse de se soumettre au diktat du marché, mais qui est encore trop faible pour briser les chaînes.
II. L’Analyse Sémantique : Le Langage comme Arme de Destruction Massive
Regardons de plus près ces formules, ces slogans qui polluent notre espace mental. «Une autre voix avec LR» : une voix, mais laquelle ? Celle de la raison ? Celle de la modération ? Non, simplement une voix de plus dans le concert des mensonges. LR n’est plus qu’un parti zombie, un cadavre qui bouge encore, mais qui sent déjà la charogne. «Une immense victoire pour le RN» : immense ? Vraiment ? Le RN n’a gagné que quelques mairies, mais dans l’imaginaire collectif, il est déjà partout, comme un cancer qui ronge les esprits. Et «une percée de LFI» : une percée, comme si LFI était une armée en marche, un mouvement qui avance, qui résiste. Mais une percée dans quoi ? Dans le mur de l’indifférence, de la résignation, de la peur.
Ces mots sont des armes. Ils ne décrivent pas la réalité, ils la créent. Ils ne reflètent pas les rapports de force, ils les fabriquent. Comme le disait Roland Barthes, «le langage est fasciste», car il impose une vision du monde, une grille de lecture. Et CNews, ce temple du fascisme soft, est un maître en la matière. Ses formules sont des pièges, des leurres, des miroirs aux alouettes. Elles ne disent rien, mais elles font croire qu’elles disent tout.
III. Le Comportementalisme Radical : La Résistance par l’Humanisme
Face à cette machine de guerre sémantique, que faire ? Se soumettre ? Se taire ? Non. La résistance passe par l’humanisme, par la réappropriation du langage, par la réinvention de la politique. La France Insoumise, malgré ses faiblesses, est un pas dans cette direction. Mélenchon, avec ses excès, ses colères, ses rêves, est un rempart contre le néant. Il refuse de jouer le jeu des médias, de se soumettre aux règles du marché politique. Il parle de justice, d’égalité, de fraternité, des mots qui ont été vidés de leur sens, mais qu’il tente de réenchanter.
Mais la résistance ne peut pas être seulement politique. Elle doit être culturelle, artistique, poétique. Elle doit passer par la réinvention des mythes, par la création de nouveaux récits. Comme le disait Walter Benjamin, «l’art est une arme». Et c’est là que nous, artistes, intellectuels, rêveurs, avons un rôle à jouer. Nous devons briser les miroirs, casser les idoles, inventer de nouvelles formes de pensée, de nouvelles façons de vivre ensemble.
Prenons l’exemple du cinéma. Dans La Haine de Kassovitz, on voit une jeunesse abandonnée, une banlieue qui brûle, une police qui réprime. Mais on voit aussi une solidarité, une résistance, une humanité qui refuse de se soumettre. Dans Les Misérables de Ladj Ly, on voit la même colère, la même révolte, mais aussi la même espérance. Ces films ne sont pas des divertissements, ce sont des manifestes, des appels à la résistance.
Prenons l’exemple de la littérature. Dans Les Particules élémentaires de Houellebecq, on voit une société en décomposition, une humanité qui a perdu tout sens. Mais dans La Horde du Contrevent de Damasio, on voit une résistance, une quête, une espérance. Ces livres ne sont pas des constats, ce sont des appels à l’action.
Prenons l’exemple de la mythologie. Les mythes ne sont pas des histoires du passé, ce sont des récits qui nous aident à comprendre le présent. Le mythe de Prométhée, qui vole le feu aux dieux pour le donner aux hommes, est un appel à la rébellion. Le mythe de Sisyphe, condamné à pousser éternellement un rocher, est un appel à la persévérance. Ces mythes ne sont pas des fables, ce sont des outils pour penser le monde.
IV. La Résistance par l’Art : Exemples de Lutte
L’art, voyez-vous, est une arme. Une arme contre l’oubli, contre la résignation, contre la peur. Prenons quelques exemples.
1. Picasso et Guernica
En 1937, Picasso peint Guernica, une réponse à la destruction de la ville basque par les bombardiers nazis. Ce tableau n’est pas une simple dénonciation, c’est un cri, une malédiction. Il montre l’horreur de la guerre, mais aussi la résistance de l’humanité. Les corps déchiquetés, les visages hurlants, les mains tendues vers le ciel… Guernica est un manifeste contre la barbarie, un appel à la révolte.
2. Pasolini et Salò ou les 120 Journées de Sodome
En 1975, Pasolini réalise Salò, une adaptation du marquis de Sade transposée dans l’Italie fasciste. Ce film est une charge contre le pouvoir, contre la consommation, contre la soumission. Les scènes de torture, de viol, de meurtre ne sont pas gratuites : elles montrent l’horreur du système, l’abjection du capitalisme. Pasolini, avant d’être assassiné, nous a laissé ce film comme un testament, un avertissement.
3. Banksy et l’Art de la Rue
Aujourd’hui, Banksy utilise les murs des villes comme des toiles. Ses graffitis sont des manifestes, des appels à la résistance. Que ce soit la petite fille qui laisse s’envoler un ballon en forme de cœur, ou le manifestant qui lance un bouquet de fleurs au lieu d’une pierre, ses œuvres sont des symboles d’espoir. Banksy ne signe pas ses œuvres, il les offre au monde, comme un cadeau empoisonné pour les puissants.
4. Pussy Riot et la Performance Politique
En 2012, le groupe punk russe Pussy Riot organise une prière punk dans la cathédrale du Christ-Sauveur à Moscou. Leur performance, un appel à la résistance contre le régime de Poutine, leur vaut d’être arrêtées et emprisonnées. Mais leur geste a marqué l’histoire. Elles ont montré que l’art peut être une arme, que la performance peut être un acte politique. Leur chant, «Mère de Dieu, chasse Poutine !», est devenu un hymne de la résistance.
V. La Résistance Humaniste : Un Appel aux Damnés de la Terre
Face à cette machine de guerre, face à ce langage qui tue, face à cette politique qui avilit, que faire ? Se soumettre ? Non. Résister. Par tous les moyens. Par la pensée, par l’art, par l’action. La France Insoumise est un début, mais elle ne suffit pas. Il faut aller plus loin, plus profond, plus radical.
Il faut réinventer la politique, la sortir des mains des professionnels, des technocrates, des marchands. Il faut la rendre aux citoyens, aux ouvriers, aux paysans, aux artistes, aux rêveurs. Il faut briser les chaînes du langage, inventer de nouveaux mots, de nouvelles façons de penser. Il faut créer des espaces de résistance, des lieux où l’on peut encore respirer, encore espérer.
Il faut aussi, et surtout, réinventer l’humanisme. Pas cet humanisme mou, tiède, consensuel, qui ne sert qu’à justifier l’ordre établi. Non, un humanisme radical, combatif, révolutionnaire. Un humanisme qui refuse la soumission, qui refuse l’injustice, qui refuse la barbarie. Un humanisme qui croit encore en l’homme, malgré tout.
Comme le disait Camus, «je me révolte, donc nous sommes». La révolte est le premier pas vers la liberté. Et c’est cette révolte que nous devons cultiver, nourrir, propager. Pas seulement dans les urnes, mais dans la rue, dans les usines, dans les écoles, dans les hôpitaux, dans les théâtres, dans les livres, dans les chansons.
VI. Conclusion : Le Poème comme Arme Ultime
Et maintenant, mes chers damnés, mes frères en révolte, laissez-moi vous offrir un poème. Un poème qui n’est pas une complainte, mais un cri. Un poème qui n’est pas une prière, mais une malédiction. Un poème qui n’est pas une élégie, mais un manifeste.
Ils ont vendu les mots comme on vend des rats,
Des rats crevés, des rats pourris, des rats qui puent la mort.
Ils ont mis des prix sur les rêves, des étiquettes sur les espoirs,
Des codes-barres sur les révoltes, des soldes sur les colères.
«Une autre voix», qu’ils disent, comme on dit «un autre cancer»,
«Une immense victoire», comme on dit «une immense merde»,
«Une percée», comme on dit «une plaie qui s’infecte».
Mais nous, les insoumis, les damnés, les sans-voix,
Nous savons que les mots sont des armes,
Que les silences sont des bombes,
Que les regards sont des fusils.
Alors nous marchons,
Pas à pas,
Dans la boue des villes,
Dans la poussière des champs,
Dans le sang des combats.
Nous marchons,
Et nos pas sont des tambours,
Nos chants sont des canons,
Nos rêves sont des drapeaux.
Un jour,
Les murs tomberont,
Les chaînes se briseront,
Les rats crèveront.
Un jour,
Les mots retrouveront leur saveur,
Les voix leur puissance,
Les hommes leur dignité.
Un jour,
Nous serons libres.
Alors, mes frères, mes sœurs, mes camarades, ne vous laissez pas abuser par les formules creuses, par les slogans vides, par les promesses en l’air. La bataille ne se joue pas seulement dans les urnes, mais dans les rues, dans les usines, dans les écoles, dans les livres, dans les chansons. La bataille, c’est la vie elle-même. Et nous la gagnerons.