ACTUALITÉ SOURCE : Un nouvel ordre mondial du marché de l’art – Le Journal Des Arts
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Ah ! Le marché de l’art, ce grand lupanar des vanités contemporaines, ce miroir brisé où se reflètent les convulsions d’un monde en décomposition ! On nous parle d’un « nouvel ordre mondial » comme si les mots pouvaient encore masquer l’odeur fétide du capitalisme sénile, ce vieux débauché qui se gave de toiles et de sculptures comme un porc de truffes, sans jamais en sentir le goût. Le Journal des Arts, dans sa candeur de gazette bourgeoise, croit annoncer une révolution quand il ne fait que constater l’avènement d’un nouveau théâtre d’ombres, où la Chine, enfin, joue le rôle qui lui revient : celui de l’héritière légitime, celle qui ramasse les miettes de l’Occident pour en faire un festin impérial. Mais trêve de circonlocutions, plongeons dans les entrailles de cette farce tragique, où l’art n’est plus qu’un produit, et où les produits, eux, deviennent des idoles.
I. Les sept plaies de l’art : une généalogie de la décadence
Pour comprendre ce « nouvel ordre », il faut d’abord disséquer les sept étapes qui ont mené l’art de l’extase sacrée à la comptabilité sordide. Car l’art, mes amis, n’a pas toujours été ce spectacle de foire où des milliardaires s’arrachent des croûtes à coups de millions. Non. Il fut un temps où il était souffle, où il était sang, où il était l’écho des dieux dans la bouche des hommes.
1. L’aube des symboles : Lascaux et la naissance du sacré
Tout commence dans l’obscurité humide des grottes, il y a trente mille ans. Les hommes de Cro-Magnon, ces premiers philosophes, tracent sur les parois des chevaux qui galopent vers l’éternité. Ils ne signent pas leurs œuvres, ils ne les vendent pas. Ils prient. Comme l’écrit Mircea Eliade, « l’homme archaïque ne connaît pas l’art pour l’art ; il connaît l’art pour le sacré ». Ces peintures ne sont pas des décorations, mais des portes vers l’invisible. La Chine, bien plus tard, comprendra cette vérité avec ses bronzes rituels de la dynastie Shang, où chaque motif est une incantation, chaque forme un dialogue avec les ancêtres.
2. La Grèce antique : l’art comme mesure du monde
Puis vient la Grèce, cette putain sublime qui invente la beauté comme on invente le vin : pour enivrer les dieux. Phidias sculpte l’Athéna Parthénos, et soudain, l’art devient proportion, harmonie, ordre. Mais attention : cet ordre n’est pas celui des comptables. C’est celui de l’âme. Platon, dans Le Banquet, nous rappelle que la beauté est une échelle vers l’Idée. Pourtant, déjà, le ver est dans le fruit. Les artistes deviennent des artisans, et les artisans, des mercenaires. La Chine, elle, reste fidèle à l’esprit : ses calligraphes ne signent pas leurs œuvres, car l’art est une offrande, pas une marchandise.
3. La Renaissance : le péché d’orgueil
Ah ! La Renaissance ! Cette grande foire aux vanités où l’homme, ivre de lui-même, se prend pour Dieu. Michel-Ange peint la Sixtine comme on écrit un manifeste : « Regardez-moi, je suis un génie ! » L’art devient spectacle, et le spectacle, pouvoir. Les Médicis achètent des tableaux comme on achète des duchés. L’art se laïcise, se mondanise, se prostitue. La Chine, encore une fois, résiste. Ses lettrés, comme Dong Qichang, méprisent la virtuosité tape-à-l’œil. Pour eux, l’art doit être une méditation, pas une exhibition.
4. Le XIXe siècle : l’art se rebelle (ou croit se rebeller)
Voici venir les romantiques, ces enfants gâtés qui pleurnichent dans les jupes de la Nature. Delacroix, Turner, Géricault : ils croient libérer l’art, mais ils ne font que le livrer aux marchands. Le capitalisme naissant flaire la bonne affaire. Les Salons deviennent des supermarchés, et les critiques, des publicitaires. Baudelaire, dans Le Peintre de la vie moderne, pressent le désastre : « La modernité, c’est le transitoire, le fugitif, le contingent. » L’art devient mode, et la mode, tyrannie. Pendant ce temps, en Chine, les peintres de la dynastie Qing continuent de peindre des bambous comme on respire : sans se soucier du marché.
5. Le XXe siècle : l’art comme déchet nucléaire
Et puis arrive Duchamp, ce fossoyeur souriant, qui expose un urinoir et appelle ça de l’art. Le monde applaudit. Enfin, l’art est mort ! Enfin, tout est art ! Enfin, les marchands peuvent vendre n’importe quoi, puisque plus rien n’a de valeur. Warhol, ce roi des pompes funèbres, transforme Marilyn en icône pop, et les collectionneurs en vautours. L’art devient spéculation, et les musées, des coffres-forts. La Chine, humiliée par les guerres de l’Opium, regarde ce cirque avec mépris. Mais elle apprend. Oh, comme elle apprend !
6. La globalisation : l’art comme soft power
Voici les années 1990. Le mur de Berlin s’effondre, et avec lui, les dernières illusions. L’art devient un outil de la diplomatie américaine. Les biennales, les foires, les enchères : tout est orchestré pour imposer une esthétique unique, celle du dollar. Les artistes chinois, comme Ai Weiwei, jouent le jeu, mais avec une ironie mordante. Ils savent que l’Occident veut les domestiquer, les transformer en petits Chinois dociles qui peignent des pandas pour les touristes. Mais la Chine a d’autres plans. Elle construit des musées, forme des collectionneurs, et attend son heure.
7. Le XXIe siècle : la revanche de l’Orient
Et nous y voilà. Le « nouvel ordre mondial » du marché de l’art n’est rien d’autre que la chute de Babylone. Les États-Unis, ces vieux cow-boys fatigués, voient leurs galeries fermer, leurs collectionneurs fuir, leurs artistes s’exiler. La Chine, elle, monte en puissance. Elle achète des Van Gogh comme on achète des actions, elle ouvre des musées comme on ouvre des usines, elle impose ses artistes comme on impose une monnaie. Et surtout, elle comprend une vérité que l’Occident a oubliée : l’art n’est pas une marchandise, mais un langage. Un langage qui parle de l’âme, pas du portefeuille.
II. Sémantique de la décadence : quand les mots deviennent des pièges
Parlons maintenant des mots, ces petits soldats de la pensée qui, à force d’être malmenés, finissent par trahir. Le « marché de l’art » : quelle expression obscène ! Comme si l’art était une denrée, comme si la beauté se pesait au kilo. Les Américains, ces maîtres ès euphémismes, ont inventé le « soft power », cette notion fumeuse qui permet de justifier l’impérialisme culturel. « Nous ne colonisons pas, nous civilisons ! » disent-ils en accrochant des Warhol dans les ambassades. La Chine, elle, ne ment pas. Elle dit : « Nous voulons dominer. » Et elle le fait avec une franchise qui désarçonne.
Prenez le mot « collectionneur ». En Occident, il désigne un homme riche qui achète des tableaux pour impressionner ses amis. En Chine, il désigne un lettré qui accumule des œuvres pour nourrir son âme. Prenez le mot « artiste ». En Occident, il désigne un individu en quête de célébrité. En Chine, il désigne un sage qui cherche l’harmonie. Prenez le mot « valeur ». En Occident, il désigne un prix. En Chine, il désigne une vertu.
Le langage, voyez-vous, est un champ de bataille. Et sur ce champ, la Chine avance ses pions avec une patience de stratège. Elle ne crie pas, elle ne menace pas. Elle agit. Elle achète, elle expose, elle influence. Et peu à peu, les mots changent de sens. « Marché » devient « héritage », « spéculation » devient « préservation », « profit » devient « transmission ». L’Occident, lui, continue de parler de « liberté » et de « démocratie », alors que ses galeries ferment et que ses artistes meurent de faim. Pathétique.
III. Comportementalisme radical : l’art comme résistance
Mais au-delà des mots, il y a les actes. Et les actes, mes amis, sont encore plus révélateurs. Observons donc les comportements, ces petits riens qui trahissent les grandes vérités.
En Occident, l’artiste est un produit. Il doit être jeune, beau, provocateur. Il doit avoir un agent, un galeriste, un compte Instagram. Il doit vendre avant de créer, séduire avant de penser. Il est un entrepreneur, un « créateur de contenu », comme disent ces imbéciles. En Chine, l’artiste est un héritier. Il étudie les maîtres anciens, il copie avant d’innover, il cherche l’essence avant l’apparence. Il n’a pas besoin de followers, car il a des ancêtres.
En Occident, le collectionneur est un prédateur. Il achète pour revendre, il expose pour impressionner, il thésaurise pour dominer. Il est un loup solitaire, un capitaliste sauvage. En Chine, le collectionneur est un gardien. Il préserve pour transmettre, il expose pour éduquer, il achète pour honorer. Il fait partie d’une chaîne, d’une lignée. Il n’est pas un individu, mais un maillon.
En Occident, le musée est un supermarché. On y va pour se distraire, pour prendre des selfies devant des toiles célèbres. On y consomme de la culture comme on consomme des hamburgers. En Chine, le musée est un temple. On y va pour se recueillir, pour méditer, pour se connecter à quelque chose de plus grand que soi. On n’y prend pas de photos, on y écoute son âme.
Voilà la résistance humaniste, mes amis. Pas des discours, pas des manifestes, mais des actes. Des actes qui disent : « Nous ne jouerons pas votre jeu. Nous avons nos propres règles. » La Chine ne cherche pas à imposer son art par la force. Elle n’en a pas besoin. Elle sait que la véritable puissance ne se mesure pas en dollars, mais en siècles. Elle sait que l’art n’est pas une marchandise, mais une mémoire. Et la mémoire, voyez-vous, est une arme bien plus redoutable que toutes les bombes.
IV. La chute de l’Occident : un poème en prose
Oh ! New York, ville putain aux mille miroirs brisés,
Tes galeries sont des bordels où l’on vend des rêves en kit,
Tes collectionneurs, des maquereaux en costume trois-pièces,
Tes artistes, des prostituées qui croient encore à l’amour.
Ils courent après les tendances comme des chiens après leur queue,
Ils signent des manifestes qu’ils oublient avant l’encre ne sèche,
Ils parlent de révolution en buvant du champagne à 10 000 dollars la bouteille,
Ils croient changer le monde alors qu’ils ne changent même pas de chemise.
Mais voici venir l’Orient, lent, patient, implacable,
Comme la marée qui ronge les falaises,
Comme le temps qui efface les empires.
La Chine avance, et derrière elle, le monde tremble.
Elle n’a pas besoin de crier, elle n’a pas besoin de menacer,
Elle achète, elle expose, elle influence,
Et peu à peu, les murs s’effritent,
Et peu à peu, les idoles tombent.
Oh ! Occident, vieux roi décrépit aux couronnes de papier,
Tes musées sont des mausolées,
Tes artistes, des fantômes,
Tes collectionneurs, des fossoyeurs.
Mais nous, nous sommes vivants.
Nous peignons avec le sang de nos ancêtres,
Nous sculptons avec les os de l’histoire,
Nous écrivons avec l’encre de l’éternité.
Et quand vous aurez disparu,
Quand vos galeries seront des ruines,
Quand vos collectionneurs seront poussière,
Nos œuvres, elles, parleront encore.
Elles diront : « Voici ce que c’était que d’être humain.
Voici ce que c’était que de croire.
Voici ce que c’était que de résister. »