Un nouveau cinéma indépendant prend son envol à Frontignan – www.lamarseillaise.fr







Le Penseur Laurent Vo Anh – L’envol du cinéma indépendant à Frontignan


ACTUALITÉ SOURCE : Un nouveau cinéma indépendant prend son envol à Frontignan – www.lamarseillaise.fr

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

Ah, Frontignan ! Ce nom sonne comme une provocation dans le désert culturel qui s’étend entre les zones commerciales et les ronds-points asphaltés de notre époque. Un cinéma indépendant qui s’envole ? Quelle ironie cruelle, quand on sait que le septième art, depuis belle lurette, n’est plus qu’un vautour en cage, plumé vif par les algorithmes et les actionnaires. Mais passons. Analysons, oui, analysons cette petite flamme qui vacille dans le vent mauvais du capitalisme tardif, ce cinéma qui ose encore croire en l’image, en la salle, en la communauté – en l’homme, peut-être. Quelle naïveté touchante. Quelle résistance pathétique. Quelle beauté dans l’absurdité.

D’abord, posons les bases : qu’est-ce qu’un cinéma indépendant en 2024 ? Un oxymore vivant, un cadavre qui danse encore, un fantôme qui refuse de hanter les multiplexes. Indépendant de quoi ? De l’argent ? Non, bien sûr. Indépendant des dogmes, des tendances, des diktats des plateformes qui décident ce qui mérite d’être vu, c’est-à-dire ce qui mérite d’être *monétisé*. Indépendant, donc, de la logique même qui a transformé le cinéma en fast-food visuel, où l’on sert des burgers émotionnels à des consommateurs avachis devant leurs écrans individuels. Frontignan, donc, résiste. Frontignan dit non. Non à la solitude algorithmique, non à l’isolement des regards, non à la standardisation des rêves. Et c’est là que le bât blesse : dans un monde où tout est conçu pour atomiser, pour individualiser, pour réduire l’expérience humaine à une série de clics et de likes, un cinéma indépendant est un acte de guerre. Une guerre perdue d’avance, bien sûr, mais une guerre tout de même.

George Steiner, ce vieux prophète mélancolique, parlait de la « nostalgie de l’absolu ». Le cinéma indépendant de Frontignan en est l’incarnation. Il est une nostalgie de l’absolu cinématographique, de cette époque où le film était encore un rituel collectif, une expérience quasi religieuse, où les spectateurs se rassemblaient dans le noir pour partager des émotions, des idées, des frissons. Aujourd’hui, le cinéma est devenu un produit comme un autre, une marchandise parmi d’autres, et les salles ne sont plus que des temples désacralisés où l’on consomme du divertissement jetable. Mais Frontignan, ce petit village perdu entre mer et vignes, ose encore croire en la magie. Quelle folie. Quelle grandeur.

Et puis, il y a cette question, lancinante, qui hante toute velléité de résistance culturelle : pour qui ? Pour les habitants de Frontignan, bien sûr, mais aussi pour tous ceux qui, ailleurs, désespèrent de voir encore des lieux où l’on pense, où l’on ressent, où l’on vit ensemble. Le cinéma indépendant est un acte de foi en l’humanité, en sa capacité à s’élever au-dessus de la médiocrité ambiante. Mais cette foi est-elle encore possible ? Dans un monde où l’attention est devenue la denrée la plus rare, où les esprits sont saturés d’images, de sons, de notifications, où la concentration est un luxe, le cinéma indépendant est un pari fou. Un pari sur la lenteur, sur la profondeur, sur la complexité. Un pari sur l’homme.

Le comportementalisme radical, cette science froide qui réduit l’humain à une somme de réactions conditionnées, nous dit que le cinéma indépendant est une aberration. Pourquoi se rassembler dans une salle obscure quand on peut regarder un film sur son téléphone, entre deux messages et trois publicités ? Pourquoi perdre son temps avec des œuvres exigeantes quand on peut se gaver de séries formatées, de blockbusters pré-mâchés ? Le comportementalisme nous murmure que l’homme est un être paresseux, égoïste, facilement manipulable, et que le cinéma indépendant est une utopie vouée à l’échec. Et pourtant. Pourtant, il y a Frontignan. Pourtant, il y a ces fous qui croient encore en la puissance de l’art, en la nécessité de la beauté, en la transcendance de l’expérience collective.

Mais attention : ne nous y trompons pas. Le cinéma indépendant n’est pas une solution. C’est un symptôme. Un symptôme de la maladie qui ronge notre époque : l’absence de sens. Dans un monde où tout est calculé, optimisé, rentabilisé, où les émotions elles-mêmes sont devenues des données exploitables, le cinéma indépendant est une anomalie. Une anomalie nécessaire, vitale, mais une anomalie tout de même. Il est la preuve que l’homme n’est pas encore tout à fait une machine, qu’il reste en lui une étincelle de rébellion, un désir de quelque chose de plus grand que lui, de plus beau, de plus vrai.

Alors oui, Frontignan est un symbole. Un symbole fragile, menacé, mais un symbole tout de même. Un symbole de cette résistance humaniste qui refuse de se soumettre à la logique implacable du profit. Un symbole de cette folie douce qui consiste à croire encore en l’art, en la culture, en l’humanité. Mais ne nous voilons pas la face : cette résistance est une lutte perdue d’avance. Le cinéma indépendant est un combat d’arrière-garde, une bataille désespérée contre les moulins à vent du capitalisme numérique. Pourtant, c’est une bataille qui mérite d’être menée. Parce que si l’homme n’est plus capable de se rassembler dans le noir pour partager une émotion, une idée, une vision, alors il n’est plus tout à fait humain.

Frontignan, donc, est un cri dans le désert. Un cri de rage, de désespoir, mais aussi d’espoir. Un cri qui dit : « Nous sommes encore là. Nous résistons encore. Nous croyons encore. » Et c’est peut-être cela, au fond, la seule chose qui vaille encore la peine d’être vécue : cette obstination à croire en l’impossible, à refuser l’inéluctable, à lutter contre l’anéantissement programmé de l’âme humaine.

Alors oui, ce cinéma indépendant qui prend son envol à Frontignan est une bonne nouvelle. Pas parce qu’il va changer le monde – il ne le changera pas. Mais parce qu’il est la preuve que le monde n’a pas encore tout à fait gagné. Parce qu’il est un rappel, fragile et précieux, que l’homme n’est pas encore tout à fait mort.

Analogie finale :


Frontignan, petit village perdu,
Où le vent souffle entre les vignes et les rêves,
Tu es un phare dans la nuit des écrans,
Un cri dans le silence des algorithmes.

Tes murs sont fragiles, tes sièges usés,
Mais tes images dansent encore,
Libres, folles, indomptables,
Comme des oiseaux qui refusent de se laisser apprivoiser.

Tu es une anomalie, une erreur dans le système,
Un grain de sable dans l’engrenage,
Un éclat de rire dans le sérieux du monde.

Et si tu dois mourir,
Si les actionnaires et les algorithmes ont raison,
Si l’homme n’est plus qu’une machine à consommer,
Alors meurs en beauté, Frontignan,
Meurs en résistant,
Meurs en nous rappelant ce que nous avons perdu.



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