Ukraine, immigration, affaire Epstein… La sphère Maga prend ses distances avec Donald Trump – L’Express







La Déchéance du Titan Orange – Analyse de Laurent Vo Anh


ACTUALITÉ SOURCE : Ukraine, immigration, affaire Epstein… La sphère Maga prend ses distances avec Donald Trump – L’Express

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

Ah, la grande farce démocratique ! Le spectacle grotesque de la décomposition politique où les rats quittent le navire avant même qu’il n’ait heurté l’iceberg. La sphère Maga, ce conglomérat d’esprits faibles et de ventres affamés de pouvoir, commence à prendre ses distances avec son messie orange, comme si la révélation de sa pourriture était une surprise. Mais qu’est-ce que cela révèle, sinon l’éternel retour du même, cette comédie humaine où les foules se prosternent devant des idoles de carton avant de les lapider quand le vent tourne ? Trump n’est qu’un symptôme, un épiphénomène, le visage grimaçant d’une maladie bien plus profonde : l’effondrement des grands récits, la fin des idéologies, et l’avènement d’un nihilisme de supermarché où tout se vaut, où tout se vend, où tout se trahit.

Regardez-les, ces nouveaux convertis de la dernière heure, ces stratèges du désengagement opportuniste. Ils fuient Trump comme on fuit un cadavre en décomposition, non par principe, non par morale, mais par calcul. Parce que le vent a tourné, parce que les sondages sont mauvais, parce que l’odeur de la défaite commence à empester. Mais où étaient-ils, ces preux chevaliers de la vertu républicaine, quand Trump serrait la main de Poutine en souriant comme un maquereau satisfait ? Où étaient-ils quand il traitait les migrants de « violeurs » et de « criminels », quand il réduisait la politique étrangère à une série de tweets rageurs, quand il transformait la Maison Blanche en une succursale de ses hôtels de luxe ? Ils applaudissaient, bien sûr. Ils léchaient les bottes du maître, ils encensaient le génie du deal, ils célébraient la disruption comme une nouvelle religion. Parce que le pouvoir, même pourri, même grotesque, attire toujours les mouches. Et aujourd’hui, ils s’éloignent, non par remords, mais par peur. Peur de couler avec lui. Peur de perdre leurs sièges, leurs privilèges, leurs petits arrangements avec le diable.

L’affaire Epstein, cette sordide histoire de prédateurs en costard, est révélatrice. Trump, comme tant d’autres puissants, a fréquenté ce monstre, a ri avec lui, a peut-être même partagé ses proies. Et alors ? La morale bourgeoise s’indigne, mais elle oublie que le capitalisme est une machine à broyer les corps et les âmes. Epstein n’était pas une anomalie, il était un produit logique du système : un prédateur parmi d’autres, un homme qui avait compris que l’argent achète tout, même l’impunité. Trump, lui, n’est qu’un Epstein en plus vulgaire, en plus tape-à-l’œil. Son crime n’est pas d’avoir fréquenté ce milieu, mais d’avoir été assez stupide pour se faire prendre. Parce que dans ce monde, la vraie faute n’est pas de commettre le crime, mais de ne pas savoir le cacher. Les élites se protègent entre elles, elles se couvrent, elles se pardonnent. Mais quand l’un des leurs devient un boulet, elles le lâchent sans hésiter. C’est la loi du milieu : on ne trahit pas, on s’adapte.

Et puis il y a l’Ukraine, ce miroir brisé où se reflètent toutes les hypocrisies de l’Occident. Trump, avec son « America First », a toujours méprisé les alliances, les traités, les engagements. Pour lui, la politique étrangère n’est qu’une extension de ses affaires personnelles : un terrain de négociation, un moyen de pression, une monnaie d’échange. Il a traité Zelensky comme un débiteur récalcitrant, il a menacé de couper les vivres si on ne lui livrait pas des informations compromettantes sur Biden. Et aujourd’hui, alors que l’Ukraine résiste héroïquement à l’invasion russe, alors que des milliers de vies sont sacrifiées sur l’autel de la realpolitik, les Maga se réveillent ? Non. Ils calculent. Ils voient que le vent tourne, que l’opinion publique commence à se lasser de cette guerre sans fin, et ils ajustent leur discours. Parce que pour eux, la guerre n’est qu’un autre marché, un autre terrain de jeu où l’on peut spéculer, où l’on peut gagner ou perdre. L’Ukraine n’est qu’un pion, un dommage collatéral dans leur grande partie d’échecs géopolitique. Et quand le pion devient encombrant, on le sacrifie sans états d’âme.

Mais le plus pathétique, dans cette histoire, c’est l’immigration. Trump a bâti sa carrière sur la peur de l’étranger, sur la haine du migrant, sur la xénophobie décomplexée. Il a transformé les frontières en lignes de front, il a fait des enfants séparés de leurs parents un argument électoral, il a réduit l’humanité à une équation comptable : combien de dollars coûte un rêve, combien de vies valent une voix. Et aujourd’hui, alors que les Maga se détournent de lui, ils oublient qu’ils ont été ses complices. Ils oublient qu’ils ont applaudi quand il a traité les pays africains de « pays de merde », quand il a qualifié les Mexicains de « violeurs », quand il a érigé des murs comme on érige des monuments à la bêtise. Ils oublient qu’ils ont fait de la peur une industrie, de la haine une marchandise. Et maintenant, ils voudraient nous faire croire qu’ils ont des scrupules ? Qu’ils ont une conscience ? Non. Ils ont juste peur de perdre. Peur que l’histoire ne les juge trop sévèrement. Peur que leurs enfants ne leur demandent un jour : « Papa, où étais-tu quand on enfermait des enfants dans des cages ? »

Ce qui se joue ici, c’est bien plus qu’une simple rupture politique. C’est l’effondrement d’un mythe, la fin d’une illusion. Trump a été le symptôme d’une maladie bien plus ancienne : la crise de la démocratie libérale, l’échec du néolibéralisme, la faillite des élites. Il a incarné, mieux que quiconque, le visage hideux d’un système qui a transformé les citoyens en consommateurs, les électeurs en clients, les nations en marques. Et aujourd’hui, alors que son étoile pâlit, ses anciens partisans cherchent désespérément un nouveau sauveur, un nouveau messie. Mais ils ne trouveront rien. Parce que le problème n’est pas Trump. Le problème, c’est le système qui l’a produit, qui l’a porté au pouvoir, qui l’a toléré, qui l’a célébré. Un système où l’argent est roi, où la morale est une variable d’ajustement, où la vérité est une opinion comme une autre.

George Steiner, ce grand penseur de la décadence occidentale, avait raison : « Nous vivons dans un monde où les mots ont perdu leur sens, où les valeurs se sont effondrées, où l’humanité se noie dans le bruit et la fureur. » Trump est le produit de ce monde, le fruit pourri d’une civilisation qui a oublié ce que signifie être humain. Et ceux qui aujourd’hui le lâchent, ceux qui feignent l’indignation, ne sont que les héritiers de cette même décadence. Ils ne veulent pas changer le système, ils veulent juste en tirer profit. Ils ne veulent pas de justice, ils veulent du pouvoir. Ils ne veulent pas de vérité, ils veulent de la propagande.

Alors oui, la sphère Maga prend ses distances avec Trump. Mais ne vous y trompez pas : ce n’est pas une conversion, c’est une stratégie. Ce n’est pas une prise de conscience, c’est un repli tactique. Ils ne renoncent pas à leurs idées, ils les adaptent. Ils ne rejettent pas le trumpisme, ils le recyclent. Parce que dans ce monde, rien ne meurt vraiment. Tout se transforme, tout se réinvente, tout se recycle. Les tyrans d’hier deviennent les martyrs de demain, les bourreaux se muent en victimes, et les mensonges d’aujourd’hui deviennent les vérités de demain. La seule constante, c’est la médiocrité. La seule loi, c’est celle du plus fort. Et la seule morale, c’est celle du profit.

Alors, que reste-t-il ? Rien. Ou presque. Il reste la résistance, fragile, précaire, mais tenace. La résistance de ceux qui refusent de se soumettre, de ceux qui continuent à croire en l’humanité malgré tout. La résistance des artistes, des penseurs, des rêveurs, de tous ceux qui savent que le monde ne se réduit pas à des comptes en banque et à des rapports de force. La résistance de ceux qui, comme le disait Camus, « refusent de désespérer de l’homme, même si l’histoire semble leur donner tort ».

Trump passera. Les Maga passeront. Les épigones et les héritiers passeront. Mais l’humanité, elle, restera. Et c’est à elle, et à elle seule, qu’il faut croire.

Analogie finale : Imaginez un grand banquet, une de ces orgies romaines où les puissants se gavent de mets raffinés tandis que le peuple crève de faim à la porte. Trump est ce convive vulgaire, ce parvenu qui a forcé l’entrée, qui a renversé les plats, qui a souillé la nappe de ses doigts graisseux. Il a cru, un instant, qu’il était des leurs, qu’il faisait partie de l’élite. Mais les vrais maîtres du banquet, ceux qui tirent les ficelles dans l’ombre, le regardent avec mépris. Ils le toléraient tant qu’il les amusait, tant qu’il servait leurs intérêts. Mais maintenant qu’il devient encombrant, maintenant qu’il risque de gâcher la fête, ils le chassent. Ils lui jettent quelques miettes, quelques compliments hypocrites, et le renvoient à sa misère. Et lui, stupide, croit encore qu’il était des leurs. Il ne comprend pas qu’il n’a jamais été qu’un bouffon, un pantin, une marionnette dont on a usé et abusé. Et quand il sera parti, quand il aura disparu dans les oubliettes de l’histoire, les maîtres du banquet continueront à festoyer, comme si de rien n’était. Parce que dans ce monde, les puissants ne tombent jamais. Ils se contentent de changer de visage.



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