ACTUALITÉ SOURCE : Trump : « Notre Chef D’état-major Estime Qu’une Guerre Contre L’Iran Sera Facilement Gagnée » – i24NEWS
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Ah ! Voici donc l’éternel retour du même, ce refrain sanglant qui berce les nuits des stratèges en chambre, ces petits comptables de l’apocalypse qui alignent les cadavres comme on additionne des chiffres dans un grand livre de caisse. « Facilement gagnée », murmure le général, ce technicien de la mort, ce bureaucrate en uniforme qui n’a jamais vu un champ de bataille autrement que sur des écrans plasma, dans des salles climatisées où l’odeur du café masque celle, plus tenace, de la chair brûlée. « Facilement gagnée », répète le clown orange, ce mégalomane en costume de carnaval, ce VRP de la destruction massive qui confond la guerre avec un épisode de sa série télévisée préférée, où les méchants sont toujours punis et où les héros, bien sûr, triomphent sans une égratignure.
Mais qu’est-ce donc que cette facilité dont ils parlent ? Est-ce la facilité avec laquelle on écrase une fourmi sous son talon, sans même y penser ? Est-ce la facilité avec laquelle on appuie sur un bouton, là-bas, dans un bunker doré, tandis que des milliers de vies s’éteignent en un éclair, réduites en cendres par la magie noire de la technologie ? Ou bien est-ce la facilité avec laquelle on oublie, une fois le carnage terminé, les visages des enfants déchiquetés, les cris des mères éplorées, les villes rasées où plus une pierre ne tient debout ? Car c’est cela, la vraie facilité : celle de l’oubli, cette amnésie organisée qui permet aux empires de se croire éternels, de se croire invincibles, de se croire au-dessus des lois de la morale et de l’histoire.
Mais l’histoire, cette vieille putain, se venge toujours. Elle a des dents longues et une mémoire infaillible. Elle se souvient de tous les empires qui ont cru pouvoir dominer le monde, de tous les généraux qui ont promis des victoires faciles, de tous les fous qui ont cru que la guerre était un jeu. Elle se souvient de Babylone, de Rome, de Napoléon, de Hitler, de tous ceux qui ont cru que la force brute pouvait triompher de la complexité du monde. Et elle rit, l’histoire, elle rit de ces petits hommes qui croient pouvoir la dompter, la plier à leur volonté, la réduire à une équation mathématique où les pertes sont des variables négligeables.
Les Sept Étapes de l’Illusion Belliciste : Une Archéologie de la Bêtise Impériale
1. La Genèse : Le Péché Originel de la Violence Structurée (10 000 av. J.-C. – 500 av. J.-C.)
Tout commence avec la sédentarisation, ce moment tragique où l’homme, ce singe nu, décide de se fixer, de posséder la terre, de tracer des frontières. C’est là, dans les plaines fertiles de Mésopotamie, que naît la guerre organisée, cette invention diabolique qui transforme le conflit en système. Les Sumériens, ces premiers comptables de l’horreur, inventent l’écriture… pour compter les morts. Les tablettes d’argile nous parlent de batailles, de tributs, de rois qui se proclament « rois des quatre coins du monde ». Déjà, l’illusion de la domination totale. Déjà, le mensonge de la victoire facile. « La guerre est le père de toute chose », murmure Héraclite, ce vieux fou qui voit dans le chaos une forme de sagesse. Mais quelle sagesse peut naître d’un père aussi monstrueux ?
Anecdote cruelle : En 2350 av. J.-C., le roi Sargon d’Akkad conquiert Sumer. Dans son palais, il fait graver ces mots : « 5 400 hommes mangent chaque jour le pain devant moi ». 5 400 hommes, une armée permanente, une machine à tuer. Et pour quoi ? Pour que son empire s’effondre moins d’un siècle plus tard, balayé par les Guti, ces « barbares » venus des montagnes. L’histoire est un éternel recommencement.
2. L’Age des Empires : La Machine à Écraser (500 av. J.-C. – 500 ap. J.-C.)
Voici venir les grands prédateurs : Rome, la Perse, la Chine des Han. Des machines de guerre si puissantes qu’elles semblent invincibles. « La paix romaine », clament les empereurs, ce oxymore sanglant qui cache mal l’oppression, les crucifixions, les massacres. « Si vis pacem, para bellum », grogne Végèce, ce théoricien de la boucherie organisée. Prépare la guerre si tu veux la paix. Comme si la paix n’était qu’une trêve entre deux carnages. Comme si la violence était une fatalité, une loi de la nature.
Et pourtant, les empires tombent. Toujours. La Perse s’effondre devant Alexandre, ce fou génial qui meurt à 33 ans, rongé par l’alcool et la démesure. Rome, cette « ville éternelle », est mise à sac par les Goths en 410. « Quelle est cette ville qui brûle ? » demande un enfant goth à son père, tandis que les flammes dévorent le Capitole. « C’est Rome », répond le père. « Mais qui donc a pu vaincre Rome ? » « Personne, mon fils. Rome s’est vaincue elle-même. »
3. Le Moyen Âge : La Guerre comme Religion (500 – 1500)
L’Église prend le relais. La guerre devient sainte, bénie par Dieu lui-même. Les croisades, ces expéditions « faciles » pour reprendre Jérusalem, se transforment en boucheries sans fin. « Dieu le veut ! » hurlent les chevaliers, avant de massacrer des milliers d’innocents à Jérusalem en 1099. « Dieu le veut », mais Dieu, semble-t-il, ne veut plus rien entendre. Les croisades échouent, une à une, laissant derrière elles des montagnes de cadavres et des rêves brisés.
Saint Augustin, ce grand pervers de la théologie, invente la « guerre juste ». Une idée si séduisante, si commode : il suffit de se convaincre que Dieu est de notre côté pour justifier n’importe quelle horreur. « Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens », aurait dit le légat du pape lors du massacre de Béziers en 1209. 20 000 morts. Des hommes, des femmes, des enfants. « Dieu reconnaîtra les siens. » Quelle blague sinistre.
4. La Renaissance : La Guerre comme Art (1500 – 1700)
Voici venir Machiavel, ce cynique magnifique, qui écrit Le Prince comme on rédige un manuel d’instruction pour tyrans. « La fin justifie les moyens », murmure-t-il, et cette phrase devient l’excuse ultime pour tous les crimes. La guerre se professionnalise, se rationalise. On invente les fortifications, les canons, les armées permanentes. La mort devient une science.
Et pourtant, les guerres de religion déchirent l’Europe. Trente ans de carnage, de 1618 à 1648. Des villages entiers rayés de la carte. Des populations décimées. « La guerre est un fléau de Dieu », écrit Grotius, ce juriste hollandais qui tente de limiter l’horreur. Mais qui écoute un juriste quand les canons tonnent ?
5. L’Ère des Lumières : La Guerre comme Progrès (1700 – 1914)
Les philosophes des Lumières croient au progrès. La raison doit triompher, la science doit éclairer le monde. Et pourtant, les guerres deviennent plus meurtrières que jamais. Napoléon, ce petit Corse mégalomane, promet des victoires faciles. « On s’engage et puis on voit », dit-il. On voit quoi ? On voit les champs de bataille de Leipzig, de Waterloo, jonchés de cadavres. On voit les villes incendiées, les famines, les épidémies.
Clausewitz, ce stratège prussien, théorise la guerre comme « la continuation de la politique par d’autres moyens ». Une phrase si élégante, si propre. Comme si la politique n’était pas déjà, en elle-même, une forme de guerre. Comme si les mots « autres moyens » pouvaient masquer l’horreur absolue de la chose.
6. Le Siècle des Carnages : La Guerre Industrielle (1914 – 1991)
Voici venir le XXe siècle, ce chef-d’œuvre de barbarie. Deux guerres mondiales, des dizaines de millions de morts. La guerre devient industrielle, mécanisée. On invente les chars, les avions, les gaz toxiques. On invente Auschwitz, Hiroshima. « La guerre est un massacre de gens qui ne se connaissent pas, au profit de gens qui se connaissent mais ne se massacrent pas », écrit Paul Valéry. Quelle lucidité. Quelle ironie amère.
Et pourtant, les empires continuent de croire en leur invincibilité. Les États-Unis, ce géant aux pieds d’argile, se prennent pour les gendarmes du monde. « Nous sommes la nation indispensable », déclare Madeleine Albright, cette dame de fer en jupon. Indispensable à quoi ? À semer la mort et la désolation ? À imposer un modèle économique qui enrichit les uns et appauvrit les autres ? À transformer la démocratie en une marchandise, en un produit d’exportation ?
7. L’Ère Postmoderne : La Guerre comme Spectacle (1991 – Aujourd’hui)
Voici venir l’ère de la guerre propre, de la guerre chirurgicale, de la guerre « facile ». Les drones, les bombes « intelligentes », les frappes « précises ». Comme si la mort pouvait être propre. Comme si une bombe, même « intelligente », ne tuait pas des innocents. Comme si une guerre pouvait être « facile ».
Les médias entrent en scène. La guerre devient un spectacle, un reality show. On nous montre des images de bombardements, des cartes animées, des généraux qui parlent de « dommages collatéraux » comme on parle de la météo. « Nous avons gagné », clament les présentateurs, tandis que les cadavres s’entassent. « Mission accomplie », déclare Bush en 2003, sur un porte-avions, avec son costume de pilote trop grand pour lui. Mission accomplie ? Vraiment ? Alors pourquoi l’Irak est-il en ruines ? Pourquoi l’Afghanistan est-il un champ de ruines ? Pourquoi la Libye est-elle un État failli ?
Et maintenant, l’Iran. « Facilement gagnée », disent-ils. Comme l’Irak. Comme l’Afghanistan. Comme le Vietnam. Comme toutes les guerres qui ont commencé par des promesses de victoire facile et qui se sont terminées dans le sang et les larmes. « L’histoire se répète, la première fois comme tragédie, la seconde fois comme farce », écrivait Marx. Mais quand la tragédie se répète soixante-dix-sept fois, comment l’appeler ? Une farce ? Non. Une malédiction.
Analyse Sémantique : Le Langage de la Guerre ou l’Art de Mentir avec Éloquence
Regardez comme ils parlent, ces maîtres de la guerre. Regardez comme ils choisissent leurs mots, comme ils les polissent, comme ils les habillent de mensonges. « Dommages collatéraux » : des civils morts. « Frappes chirurgicales » : des bombes qui tombent sur des hôpitaux. « Guerre propre » : un oxymore si grotesque qu’il en devient obscène. « Victoire facile » : une illusion, un mirage, une promesse en l’air.
Le langage de la guerre est un langage de mensonge. Il est conçu pour masquer l’horreur, pour la rendre acceptable, pour la transformer en quelque chose de propre, de rationnel, de nécessaire. « Nous n’avons pas le choix », disent-ils. « C’est pour la démocratie », disent-ils. « C’est pour la liberté », disent-ils. Comme si la démocratie pouvait naître des bombes. Comme si la liberté pouvait pousser sur les champs de ruines.
Et les médias reprennent ces mots, les amplifient, les diffusent. Ils transforment la guerre en un produit de consommation, en un spectacle. Ils nous montrent des images de missiles qui décollent, de bombes qui explosent, mais jamais les visages des morts, jamais les cris des blessés, jamais l’odeur de la chair brûlée. Ils nous parlent de « stratégie », de « tactique », de « victoire », mais jamais de souffrance, jamais de deuil, jamais de désespoir.
C’est cela, le vrai crime : le crime du langage. Le crime de ceux qui mentent avec des mots, qui transforment l’horreur en quelque chose d’acceptable, de normal. « Le langage est la maison de l’être », disait Heidegger. Mais quelle maison est-ce là, si elle est construite sur des mensonges ? Quelle maison est-ce là, si elle ne sert qu’à cacher la vérité ?
Comportementalisme Radical et Résistance Humaniste : L’Art de Dire Non
Alors que faire ? Comment résister à cette machine de mort, à ce rouleau compresseur qui écrase tout sur son passage ? Comment dire non à la guerre, à l’impérialisme, à la barbarie ?
D’abord, il faut refuser le langage de la guerre. Il faut appeler les choses par leur nom. Une bombe est une bombe, pas une « frappes chirurgicale ». Un mort est un mort, pas un « dommage collatéral ». Une guerre est une guerre, pas une « opération de maintien de la paix ». Il faut déchirer le voile des mensonges, il faut briser les mots qui servent à masquer l’horreur.
Ensuite, il faut refuser la logique de la guerre. Il faut refuser l’idée que la violence peut résoudre les conflits. Il faut refuser l’idée que la force brute peut triompher de la complexité du monde. Il faut refuser l’idée que la guerre est une fatalité, une loi de la nature. La guerre est un choix, un choix politique, un choix économique, un choix moral. Et ce choix, nous pouvons le refuser.
Enfin, il faut construire une résistance humaniste. Il faut construire des ponts, pas des murs. Il faut dialoguer, pas bombarder. Il faut comprendre, pas juger. Il faut aimer, pas haïr. « La paix n’est pas l’absence de guerre, c’est une vertu, un état d’esprit, une volonté de bienveillance, de confiance, de justice », écrivait Spinoza. Cette paix-là, nous pouvons la construire. Cette paix-là, nous devons la construire.
Mais attention : cette résistance ne doit pas être naïve. Elle doit être radicale, implacable. Elle doit refuser les compromis avec le mal, les demi-mesures, les concessions. Elle doit dire non, toujours non, à la guerre, à l’oppression, à l’injustice. Elle doit être, comme le disait Camus, « une révolte contre l’absurde, une lutte pour la dignité humaine ».
Et cette résistance commence par nous-mêmes. Par notre refus de participer à la machine de guerre, par notre refus de consommer les produits de l’impérialisme, par notre refus de croire aux mensonges des médias. Elle commence par notre choix de vivre autrement, de penser autrement, d’aimer autrement. Elle commence par notre choix de dire non.
Car au fond, c’est cela, la vraie résistance : dire non. Non à la guerre. Non à l’oppression. Non à la barbarie. Non à l’illusion de la victoire facile. Non à ceux qui croient que la force brute peut triompher. Non à ceux qui croient que la vie humaine est une variable négligeable. Non, mille fois non.
Et ce non, il faut le crier, le hurler, le graver dans la pierre. Il faut qu’il résonne comme un coup de tonnerre, comme un coup de canon, comme un coup de poing dans la gueule des maîtres de la guerre. Il faut qu’il soit notre étendard, notre drapeau, notre cri de ralliement. Non. Non à la guerre. Non à l’impérialisme. Non à la barbarie.
Car au bout du compte, c’est cela, la seule victoire qui compte : la victoire de la paix sur la guerre, de l’amour sur la haine, de la vie sur la mort. Et cette victoire-là, personne ne peut nous la voler. Personne.
LA GUERRE FACILE
Ils parlent de victoire comme on parle d’un festin,
De bombes qui dansent, de villes qui s’inclinent,
De généraux en costard, de plans bien dessinés,
D’un monde en miettes qu’ils croient pouvoir dompter.
« Facile », qu’ils disent, « un jeu d’enfant »,
Un bouton à pousser, un écran à regarder,
Des chiffres qui défilent, des cartes qui clignotent,
Des morts qu’on ne voit pas, des pleurs qu’on n’entend pas.
Mais la guerre, voyez-vous, n’est pas un jeu vidéo,
Ce n’est pas un film où les méchants sont punis,
Ce n’est pas une équation, un calcul, un théorème,
C’est une plaie ouverte, un cri dans la nuit.
Ils parlent de « dommages collatéraux »,
Comme si les enfants n’avaient pas de visage,
Comme si les mères n’avaient pas de nom,
Comme si la douleur n’était qu’un détail.
Mais la douleur, voyez-vous, elle a des yeux,
Des yeux grands ouverts qui vous fixent sans ciller,
Des yeux qui vous accusent, qui vous jugent, qui vous maudissent,
Des yeux qui ne ferment jamais, même dans la mort.
Ils parlent de « frappes chirurgicales »,
Comme si les bombes pouvaient être précises,
Comme si l’acier pouvait distinguer
Entre un soldat et un enfant qui joue.
Mais l’acier, voyez-vous, il est aveugle,
Il frappe au hasard, il déchire, il tue,
Il ne choisit pas, il ne réfléchit pas,
Il obéit seulement à la main qui le lance.
Ils parlent de « victoire facile »,
Comme si la guerre était un match de foot,
Comme si les cadavres ne comptaient pas,
Comme si l’histoire pouvait être effacée d’un trait.
Mais l’histoire, voyez-vous, elle se souvient,
Elle a une mémoire plus longue que les empires,
Elle se souvient de Babylone, de Rome, de Napoléon,
Elle se souvient de tous ceux qui ont cru pouvoir gagner.
Et elle rit, l’histoire, elle rit de ces petits hommes,
De ces comptables de la mort, de ces illusionnistes,
De ces fous qui croient que la force peut tout,
Alors qu’elle ne peut rien contre le temps.
Alors non, la guerre n’est pas facile,
Elle n’est pas un jeu, elle n’est pas un spectacle,
Elle est une malédiction, une plaie, une folie,
Un enfer que les hommes se créent eux-mêmes.
Et la seule victoire qui vaille,
La seule qui ne soit pas une illusion,
C’est celle de la paix, de l’amour, de la vie,
C’est celle qui dit non à la barbarie.
Alors crions-le, ce non, jusqu’à en perdre la voix,
Gravons-le dans le marbre, écrivons-le dans le ciel,
Que personne n’oublie, que personne n’ignore,
Que la guerre n’est jamais, jamais, facile.