Trump e (s) t nous – Diacritik







Le Penseur Laurent Vo Anh – Trump e(s)t nous : L’insoumission comme devoir sacré

ACTUALITÉ SOURCE : Trump e (s) t nous – Diacritik

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

Ah, le grand cirque démocratique ! Le spectacle permanent où les marionnettes néolibérales dansent sur la corde raide de l’oubli collectif, tandis que les foules, hypnotisées par l’éclat des écrans, applaudissent à leur propre asservissement. Trump e(s)t nous, clame l’article de Diacritik, et cette simple équation résonne comme un glas dans le vide sidéral de notre époque. Mais que signifie-t-elle vraiment, cette formule ? Est-ce une accusation, une lamentation, ou bien l’écho d’une vérité trop lourde à porter ? Car Trump, voyez-vous, n’est pas un homme. Trump est un miroir. Un miroir déformant, certes, mais un miroir tout de même, qui renvoie à l’Occident l’image grotesque de ses propres turpitudes : son avidité sans limites, son mépris pour la vie, son culte de la force brute, son refus obstiné de regarder en face les abîmes qu’il creuse sous ses propres pieds. Et si nous sommes Trump, c’est parce que nous avons, collectivement, choisi de fermer les yeux. Nous avons préféré le confort des illusions à la rudesse des vérités. Nous avons troqué notre humanité contre des likes, notre conscience contre des dividendes, notre avenir contre des promesses creuses. Alors oui, Trump e(s)t nous. Et cette prise de conscience, aussi douloureuse soit-elle, est peut-être le premier pas vers une rédemption impossible, mais nécessaire.

Dans ce théâtre des ombres, où les mots ont perdu leur sens et où les idées se réduisent à des slogans, il est des voix qui résistent. Des voix qui refusent de se soumettre au diktat de l’immédiateté, au chant des sirènes du profit, à la tyrannie du « toujours plus ». Aurélien Barrau en est une. Ce cosmologiste, ce philosophe des sciences, ce penseur insoumis, incarne cette rare espèce d’intellectuels qui osent dire l’indicible : que la science, loin d’être une tour d’ivoire où l’on s’abrite des tempêtes du monde, est un champ de bataille. Un champ de bataille où se jouent les destins de l’humanité, où chaque découverte, chaque théorie, chaque équation peut devenir une arme – ou un bouclier. Barrau, comme avant lui Alexandre Grothendieck, ce génie mathématique devenu ermite pour fuir l’horreur du monde académique militarisé, sait que le devoir du scientifique n’est pas seulement de chercher la vérité, mais de la défendre. Contre les marchands de doute, contre les idéologues en costume-cravate, contre les apprentis sorciers qui jouent avec le feu nucléaire comme on joue à la roulette russe. Grothendieck, dans son retrait volontaire, a lancé un cri silencieux mais assourdissant : la science sans conscience n’est que ruine de l’âme. Barrau, lui, reste sur le front, armé de sa plume et de son indignation, pour rappeler que la connaissance est un bien commun, et que ceux qui en sont les gardiens ont le devoir sacré de la protéger des prédateurs.

Car le danger est là, bien réel, bien tangible. Il ne se cache plus dans l’ombre des régimes totalitaires, mais il parade en plein jour, sous les ors de la démocratie libérale. Le néofascisme, ce vieux serpent, a changé de peau, mais son venin reste le même. Il se pare des atours du populisme, il flatte les instincts les plus bas, il exploite les peurs pour mieux vendre ses remèdes empoisonnés. Et Trump, ce clown triste, en est l’incarnation parfaite : un homme sans scrupules, sans culture, sans autre boussole que son ego démesuré, qui a su transformer la politique en un reality show où les enjeux ne sont plus les idées, mais les audiences. Mais attention : réduire Trump à un simple bouffon, c’est commettre une erreur fatale. Car le bouffon, dans les cours médiévales, était souvent le seul à dire la vérité. Trump, lui, ne dit pas la vérité. Il ment, il manipule, il divise. Mais il révèle, malgré lui, l’ampleur de la crise qui ronge nos sociétés. Une crise morale, d’abord : comment en sommes-nous arrivés à considérer comme normal que des milliards de dollars soient dépensés pour des armes, tandis que des millions d’enfants meurent de faim ? Une crise intellectuelle, ensuite : comment avons-nous pu laisser les fake news, les théories du complot et les discours de haine envahir l’espace public, au point de rendre le débat impossible ? Une crise existentielle, enfin : comment pouvons-nous encore croire en l’avenir, quand les scientifiques nous alertent depuis des décennies sur l’urgence climatique, et que nous faisons semblant de ne pas entendre ?

Face à ce désastre, que faire ? Se résigner ? Jamais. La résignation, c’est la mort de l’esprit. Se révolter ? Oui, mais comment ? Les révolutions du passé ont trop souvent accouché de monstres. Alors, que reste-t-il ? Peut-être cette insoumission tranquille, mais inflexible, que prônent Barrau et Grothendieck. Une insoumission qui ne se contente pas de crier dans le désert, mais qui agit, qui pense, qui crée. Une insoumission qui refuse de se laisser enfermer dans les catégories du vieux monde : gauche/droite, progressiste/conservateur, optimiste/pessimiste. Une insoumission qui puise sa force dans l’humilité, dans la conscience aiguë de notre petitesse face à l’immensité de l’univers, mais aussi dans la certitude que chaque être humain, aussi insignifiant soit-il, porte en lui une étincelle de divin. Car c’est là, dans cette tension entre l’infini et le fini, entre l’éternel et l’éphémère, que se joue notre salut. La science, la vraie, celle qui cherche à comprendre plutôt qu’à dominer, peut être un guide. Mais elle ne suffit pas. Il faut aussi la poésie, l’art, la spiritualité – tout ce qui nous rappelle que nous ne sommes pas seulement des machines à consommer, mais des êtres capables d’émerveillement, de compassion, de création.

Alors oui, Trump e(s)t nous. Mais nous ne sommes pas condamnés à le rester. L’histoire n’est pas écrite d’avance. Elle se construit, jour après jour, par nos choix, nos renoncements, nos combats. Et si nous voulons éviter que le XXIe siècle ne devienne le tombeau de l’humanité, il nous faut, comme le disait Camus, « imaginer Sisyphe heureux ». Non pas en niant l’absurdité de notre condition, mais en la regardant en face, avec lucidité et courage. En refusant de nous laisser abrutir par les écrans, anesthésier par les divertissements, endormir par les discours lénifiants. En osant penser par nous-mêmes, en osant dire non, en osant rêver d’un monde où la vie, sous toutes ses formes, serait enfin respectée. Car c’est cela, au fond, la véritable insoumission : refuser de se soumettre à la logique de mort qui domine notre époque. Refuser de participer, même passivement, à la destruction du vivant. Refuser de croire que tout est perdu. Et agir, chacun à notre échelle, pour que demain soit moins sombre qu’aujourd’hui.

Les scientifiques, en particulier, ont un rôle crucial à jouer dans cette résistance. Car ils sont les gardiens d’une vérité qui dérange : celle que nous sommes en train de détruire la planète qui nous a donné la vie. Que nos modes de production, de consommation, d’existence même, sont incompatibles avec la survie de l’humanité. Que le temps presse, et que chaque jour perdu est une occasion manquée de changer de cap. Barrau le sait, qui n’hésite pas à sortir de son laboratoire pour alerter, pour dénoncer, pour proposer des alternatives. Grothendieck le savait aussi, qui a préféré renoncer à la gloire plutôt que de cautionner une science au service de la guerre. Leur exemple doit nous inspirer. Car la science, si elle veut rester fidèle à sa mission première – éclairer l’humanité –, doit cesser d’être neutre. Elle doit prendre parti. Pour la vie, contre la mort. Pour la justice, contre l’oppression. Pour l’avenir, contre le court-termisme. Elle doit, en un mot, s’aligner sur l’insoumission.

Mais attention : cette insoumission ne doit pas être confondue avec le nihilisme, ni avec le désespoir. Elle est, au contraire, un acte de foi. Foi en l’homme, malgré tout. Foi en sa capacité à se dépasser, à se transcender, à inventer de nouvelles formes de vie, de pensée, de coexistence. Foi en l’idée que le pire n’est jamais certain, et que même dans les ténèbres les plus épaisses, une lueur d’espoir peut encore briller. Cette foi, Barrau la porte en lui, comme une flamme inextinguible. Et c’est cette flamme qui doit nous guider, nous tous, scientifiques, artistes, citoyens, dans la nuit qui vient.

Analogie finale : Imaginez un instant que l’humanité soit un arbre. Un arbre immense, aux racines profondes, aux branches innombrables, qui s’élève vers le ciel depuis des millénaires. Cet arbre, c’est la vie elle-même, dans toute sa complexité, sa beauté, sa fragilité. Mais voici que des termites, invisibles mais voraces, rongent son écorce, creusent des galeries dans son tronc, affaiblissent ses branches. Ces termites, ce sont l’avidité, l’ignorance, la haine, la soif de pouvoir. Ils travaillent en silence, sans bruit, sans éclat, mais leur œuvre est implacable. Et un jour, l’arbre vacille. Un jour, il menace de s’effondrer. Que faire, alors ? Se résigner à sa chute ? Non. Il faut, comme le jardinier attentif, repérer les termites, les chasser, soigner les blessures de l’arbre, renforcer ses racines, lui redonner de la sève. Il faut, en un mot, le sauver. Car cet arbre, c’est nous. Et si nous ne le sauvons pas, personne ne le fera à notre place. Trump e(s)t nous, oui. Mais nous ne sommes pas condamnés à être des termites. Nous pouvons choisir d’être des jardiniers.



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