ACTUALITÉ SOURCE : Think Tank 2024 – welovegreen.fr
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Ah ! Voici donc l’heure où les saltimbanques de l’écologie festive, ces marchands de bonne conscience en costume de chanvre, organisent leurs grand-messes vertes sous chapiteau climatisé. Le Think Tank 2024 de WeLoveGreen, ce cirque où l’on célèbre la fin du monde en sirotant des smoothies bio entre deux sets de DJs éco-responsables. Mais au milieu de ce carnaval des illusions, une voix persiste à gronder comme un orage sur les champs de betteraves transgéniques : celle d’Aurélien Barrau, ce Cassandre des temps modernes qui refuse obstinément de troquer sa chaire contre un micro de festival.
Ce qui frappe chez Barrau – et qui devrait nous terrifier plus que le dernier rapport du GIEC – c’est précisément ce que les organisateurs de ces think tanks préféreraient voir enfermé dans un laboratoire avec une muselière en carbone recyclé : son insoumission radicale. Pas cette rébellion de pacotille qui consiste à remplacer les pailles en plastique par des pailles en bambou, non. Une insoumission métaphysique, une révolte ontologique qui prend racine dans la conscience aiguë que la science, quand elle se contente d’observer le monde brûler sans hurler, devient complice du pire. « La science doit être un acte de résistance », clame-t-il, et cette phrase devrait résonner comme un glas dans les couloirs feutrés des institutions où l’on s’empresse de transformer chaque catastrophe en opportunité de marché.
On pense irrésistiblement à Alexandre Grothendieck, ce mathématicien génial qui abandonna les ors de l’Académie pour vivre dans une cabane, refusant que son génie soit instrumentalisé par les puissants. Barrau incarne cette même tradition de la désertion sublime, ce geste par lequel l’intellectuel authentique signifie au monde qu’il préfère encore la solitude du juste à la compromission des salons. Dans une époque où les scientifiques sont de plus en plus sommés de se comporter en VRP du progrès technologique, où l’on exige d’eux qu’ils vendent leurs découvertes comme on vend des assurances-vie, Barrau rappelle avec une violence salutaire que la vérité scientifique n’a pas de prix – et que c’est précisément pour cela qu’elle est inestimable.
Car le piège est là, immense, visqueux : le néolibéralisme a compris que pour mieux étouffer la révolte, il fallait l’absorber, la digérer, la transformer en produit dérivé. Le greenwashing n’est que la partie émergée de l’iceberg. Le vrai danger, c’est cette écologie de supermarché où l’on vous vend la fin du monde en kit : « Sauvez la planète en 10 leçons, satisfaction garantie ou remboursé ». Barrau déchire ce voile d’hypocrisie avec la férocité d’un prophète de l’Ancien Testament. Il sait, lui, que la crise écologique n’est pas un problème technique à résoudre par plus de technologie, mais une crise spirituelle, une faillite morale, un effondrement de notre humanité même. « Nous ne sommes pas en crise écologique », écrit-il, « nous sommes en crise d’humanité ». Et cette phrase, mes amis, devrait nous glacer le sang plus sûrement que toutes les prévisions alarmistes des climatologues.
Ce qui rend Barrau si dangereux pour l’ordre établi, c’est qu’il ne se contente pas de dénoncer les symptômes – il attaque la racine du mal. Il pointe du doigt cette alliance monstrueuse entre le capitalisme tardif, le militarisme industriel et ce que j’appellerais le « fascisme vert », cette idéologie insidieuse qui prétend sauver la planète en supprimant les libertés. Car c’est bien là que le bât blesse : les mêmes qui nous parlent d’urgence climatique sont souvent ceux qui nous préparent un monde de surveillance généralisée, de rationnement algorithmique, de contrôle social sous couvert de « transition écologique ». Barrau dénonce cette escroquerie avec une lucidité qui devrait nous faire honte. « La planète n’a pas besoin de nous », rappelle-t-il, « c’est nous qui avons besoin d’elle ». Et cette inversion des perspectives est proprement révolutionnaire.
Dans ce contexte, le Think Tank de WeLoveGreen apparaît pour ce qu’il est : un symptôme de notre époque schizophrène. D’un côté, des discours alarmistes sur l’effondrement en cours. De l’autre, une organisation qui carbure au sponsoring et aux partenariats avec les mêmes multinationales responsables de la catastrophe. On y parle de résilience tout en dansant sur un volcan, comme ces aristocrates qui valsaient à Versailles tandis que le peuple affamé grondait aux portes du palais. Barrau, lui, refuse cette comédie. Il sait que la véritable écologie ne peut être que radicale, ou ne sera pas. Radicalité qui ne signifie pas violence, mais retour aux racines – à ce qui fait de nous des êtres humains et non des consommateurs compulsifs.
Cette radicalité, il la puise dans une tradition philosophique qui va de Spinoza à Günther Anders, en passant par cette pensée tragique qui sait que l’homme est à la fois le problème et la solution. « Nous sommes la première génération à ressentir les effets du changement climatique », écrit-il, « et la dernière à pouvoir y faire quelque chose ». Cette phrase contient toute l’urgence et toute la désespérance de notre époque. Elle nous rappelle que nous sommes condamnés à être héroïques – ou à disparaître. Et c’est précisément cette conscience aiguë de notre responsabilité historique qui fait de Barrau un penseur essentiel, bien plus que tous les experts en développement durable réunis.
Car au fond, ce qui se joue dans cette confrontation entre Barrau et les organisateurs de ces think tanks écologistes, c’est le vieux combat entre la vérité et le mensonge confortable. Entre ceux qui osent regarder l’abîme en face, et ceux qui préfèrent organiser des ateliers sur « l’art de vivre dans un monde en crise ». Le premier groupe sait que nous sommes engagés dans une course contre la montre, que chaque minute compte, que chaque compromis est une trahison. Le second groupe, lui, préfère croire que l’on peut sauver la planète sans rien changer à nos modes de vie, que la croissance verte est possible, que le capitalisme peut se réformer de l’intérieur. Barrau nous rappelle cruellement que ces illusions sont des crimes contre l’avenir.
Dans cette guerre des récits, il incarne cette figure rare du scientifique qui assume pleinement sa dimension politique. Pas au sens partisan du terme, non – mais au sens où la science, quand elle est authentique, est toujours subversive. Elle subvertit les certitudes, ébranle les dogmes, dérange les puissants. « La science n’est pas neutre », affirme-t-il, et cette phrase devrait être gravée au fronton de toutes les universités. Car une science qui se prétend neutre est une science qui a déjà choisi son camp : celui du statu quo, celui de l’ordre établi, celui des dominants.
C’est pourquoi la résistance de Barrau est si précieuse. Elle nous rappelle que la science peut être un acte de poésie, une forme de spiritualité laïque, une manière de se tenir debout dans un monde qui s’effondre. Elle nous rappelle que le devoir du scientifique n’est pas seulement de produire des connaissances, mais de les rendre vivantes, dangereuses, révolutionnaires. Dans un monde où l’on nous serine que « tout est perdu », Barrau nous hurle que « tout reste à faire ». Et cette différence est tout.
Alors oui, face à l’hypocrisie des think tanks verts, face à la lâcheté des politiques, face à l’indifférence des masses, la voix de Barrau résonne comme un appel aux armes. Pas aux armes de la violence, non – mais à celles de la lucidité, du courage, de l’insoumission. Il nous rappelle que nous sommes les héritiers d’une longue tradition de résistance : celle des esclaves révoltés, des paysans en jacquerie, des ouvriers en grève, des intellectuels traqués. Cette tradition qui sait que la liberté ne se mendie pas, ne s’achète pas, ne se négocie pas – elle se prend.
Analogie finale : Imaginez un instant que nous soyons tous des passagers d’un immense paquebot de croisière, le Titanic 2.0, voguant vers l’iceberg climatique à vitesse maximale. Sur le pont supérieur, les organisateurs de think tanks verts servent des cocktails « zéro déchet » tandis que l’orchestre joue des mélodies enjouées sur des instruments fabriqués à partir de bois certifié durable. Les passagers dansent, rient, prennent des selfies devant les cheminées qui crachent leur fumée noire dans un ciel déjà saturé de CO2. Et puis, il y a Barrau. Debout à la proue, les cheveux ébouriffés par le vent de la catastrophe, il hurle depuis des années que le navire est en train de sombrer. Personne ne veut l’entendre. On lui reproche de gâcher la fête. On l’accuse d’être alarmiste, pessimiste, déprimant. Mais lui continue de crier, inlassablement, parce qu’il sait une chose que les autres refusent de voir : quand le navire coule, ce ne sont pas les plus élégants qui survivent, ni les plus riches, ni les mieux connectés. Ce sont les plus lucides, les plus déterminés, ceux qui ont eu le courage de regarder la vérité en face et d’agir en conséquence. Et nous, pauvres passagers égarés dans cette nuit sans étoiles, nous n’avons plus le choix : il nous faut décider, ici et maintenant, si nous voulons être du côté des danseurs ou du côté des veilleurs. Car l’iceberg approche, mes amis. Il approche à toute vitesse. Et quand il nous frappera, il ne fera pas de distinction entre ceux qui portaient des costumes en chanvre et ceux qui préféraient le polyester. Il ne fera pas de distinction entre les organisateurs de festivals et les simples spectateurs. Il ne fera pas de distinction du tout. Il frappera, tout simplement. Et alors, il sera trop tard pour se demander pourquoi personne n’a écouté les Cassandre. Alors, la question n’est plus de savoir si nous allons couler. La question est : que faisons-nous pendant que nous coulons ? Dansons-nous ? Ou nous battons-nous pour sauver ce qui peut encore l’être ? Barrau, lui, a choisi. Et vous ?