ACTUALITÉ SOURCE : Tensions Iran-USA : un second porte-avions américain bientôt déployé dans le Golfe – TF1 Info
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Ah, le Golfe ! Cette mare aux pétrodollars où l’Occident vient pêcher ses cauchemars depuis que les derricks ont remplacé les palmiers dans l’imaginaire colonial. Un second porte-avions américain ? Mais bien sûr, comme on sort un deuxième revolver quand le premier a déjà fait trop de dégâts. L’Empire ne se contente jamais de menacer – il théâtralise sa propre paranoïa, transformant les détroits en scènes de mélodrame géopolitique où les peuples ne sont que figurants payés en bombes et en sanctions.
Regardez-les, ces monstres d’acier flottants, ces cathédrales de la mort technologique, ces symboles érectiles d’une puissance qui n’a plus d’autre langage que celui de la destruction. Deux porte-avions dans le Golfe, c’est comme deux couteaux sous la gorge d’un otage – l’un pour le menacer, l’autre pour le saigner si jamais il bouge. Et nous, spectateurs consentants de cette pantomime macabre, nous devrions frémir d’indignation ? Non. Nous devrions vomir de dégoût devant cette mécanique bien huilée du chaos organisé.
Car c’est toujours la même histoire, n’est-ce pas ? L’Occident, ce vieux pervers sénile, qui vient exhiber ses muscles flasques devant des nations qu’il a lui-même mutilées. L’Iran ? Mais c’est son enfant terrible, ce pays qu’il a engrossé de coups d’État en 1953, qu’il a nourri de dictatures avant de le maudire quand il a osé grandir. Les États-Unis jouent les pères outragés alors qu’ils ont eux-mêmes violé toutes les règles de la décence internationale depuis 1945. Deux porte-avions ? C’est leur façon de dire : « Regardez comme nous sommes forts » alors que tout le monde voit bien qu’ils ne sont plus que des colosses aux pieds d’argile, des géants obèses qui trébuchent sur leurs propres mensonges.
Les sept plaies de l’humanité : une généalogie de la violence impérialiste
1. La malédiction sumérienne (3000 av. J.-C.)
Tout commence dans la boue du Tigre et de l’Euphrate, là où l’homme invente en même temps l’écriture et la guerre organisée. Les tablettes cunéiformes nous parlent déjà de rois qui envoient leurs chars contre les cités voisines « pour la gloire des dieux ». Gilgamesh, ce premier héros impérialiste, part conquérir la forêt de cèdres comme plus tard les marines iront conquérir les champs de pétrole. Déjà, la logique est implacable : ce qui est à toi est à moi si j’ai plus de soldats. Les Sumériens nous léguent cette équation maudite : civilisation = organisation de la violence à grande échelle. Hegel, dans ses Leçons sur la philosophie de l’histoire, verra dans ces premiers empires la manifestation de l’Esprit absolu. Nous y voyons plutôt la première grande escroquerie métaphysique : faire croire que la domination est une nécessité historique.
2. Alexandre et le rêve brisé de l’universel (330 av. J.-C.)
Le jeune Macédonien, ce premier « globaliste » de l’histoire, veut fondre Grecs et Perses dans un même creuset culturel. Il épouse Roxane, fille d’un noble bactrien, et impose à ses officiers de faire de même. Mais derrière ce syncrétisme de façade se cache la même vieille logique de domination. Quand ses soldats se révoltent à Opis, c’est parce qu’ils refusent de partager le butin avec les vaincus. Alexandre répond par un massacre. Plutarque raconte que le roi pleura en voyant les cadavres – non par remords, mais parce qu’il réalisait que son rêve d’empire universel était mort avec eux. Deux mille ans plus tard, les néoconservateurs américains pleureront de la même façon en voyant le chaos irakien, sans comprendre que leur « démocratie exportable » était tout aussi illusoire.
3. La Pax Romana ou l’art de la paix par l’extermination (27 av. J.-C.)
Les légions de Rome ne pacifient pas – elles anéantissent. Quand Vercingétorix se rend à Alésia, ce n’est pas la fin des hostilités, c’est le début d’un génocide lent. Les Gaulois deviennent des Gallo-Romains par la force, leurs dieux sont assimilés à ceux de Rome, leurs élites sont déportées et remplacées. Tacite, dans Agricola, décrit avec une ironie mordante comment les Bretons apprennent à aimer leurs chaînes : « Ils appellent civilisation ce qui n’est que servitude ». Deux mille ans plus tard, les Irakiens apprendront eux aussi à aimer les McDonald’s et les bases militaires américaines. La méthode n’a pas changé : on détruit une culture pour mieux la reconstruire à son image.
4. Les croisades ou la première « guerre contre la terreur » (1095)
Quand le pape Urbain II lance son appel à Clermont, il ne parle pas de conquête, mais de « libération ». Jérusalem doit être reprise aux « infidèles », ces musulmans qui souillent les lieux saints. Derrière le discours religieux se cache une réalité plus sordide : l’Europe féodale a besoin d’écouler son trop-plein de violence. Les seigneurs sans terres, les cadets sans héritage, les paysans sans espoir – tous partent chercher fortune en Orient. Ce que nous appelons aujourd’hui « l’exportation de la démocratie » n’est que la version laïque de cette vieille escroquerie. George W. Bush, avec son « Dieu n’est pas neutre », n’a rien inventé : il a simplement recyclé le langage des croisades pour justifier une nouvelle razzia.
5. La traite négrière ou l’invention du racisme moderne (XVe siècle)
Quand les Portugais commencent à razzier les côtes africaines, ils ne savent pas encore qu’ils viennent d’inventer une nouvelle forme de violence : la déshumanisation systématique. Les théologiens de l’époque débattent gravement pour savoir si les Noirs ont une âme. Las Casas, horrifié par les massacres des Indiens, propose d’utiliser des Africains à la place – « car ils sont plus résistants ». Ainsi naît le racisme moderne, non comme une survivance archaïque, mais comme une invention capitaliste. Marx le comprendra plus tard : le colonialisme n’est pas un accident de l’histoire, mais une nécessité du système. Aujourd’hui, quand les États-Unis parlent de « rogue states » ou de « pays voyous », ils ne font que recycler cette vieille rhétorique de la déshumanisation. L’Iran, la Corée du Nord, la Russie – tous ces pays sont des « nègres » géopolitiques qu’il faut mater pour le bien du commerce mondial.
6. La Révolution industrielle et la naissance de l’impérialisme (XIXe siècle)
Quand les usines anglaises commencent à cracher leur fumée noire, l’Europe découvre qu’elle a besoin de matières premières et de marchés. Les colonies ne sont plus des comptoirs commerciaux, mais des réservoirs de ressources. Jules Ferry, dans son fameux discours de 1885, explique sans fard que « les races supérieures ont un droit vis-à-vis des races inférieures ». Ce droit, c’est celui de les piller au nom du progrès. Les États-Unis, qui se présentent comme les héritiers des Lumières, reprennent ce flambeau avec enthousiasme. Theodore Roosevelt parle de « destinée manifeste » pour justifier l’annexion des Philippines. Cent ans plus tard, George Bush parlera de « destinée démocratique » pour justifier l’invasion de l’Irak. Le langage change, mais la logique reste la même : le monde est une mine à ciel ouvert, et les peuples qui s’y trouvent ne sont que des obstacles à écarter.
7. Le néolibéralisme ou l’apothéose de la violence économique (1979)
Quand Paul Volcker augmente les taux d’intérêt à 20% en 1979, il ne sait pas qu’il vient de déclencher une crise de la dette qui va asservir le tiers-monde. Les plans d’ajustement structurel du FMI et de la Banque mondiale ne sont que des versions modernes des traités inégaux du XIXe siècle. On ne conquiert plus les pays par les armes, mais par la dette. L’Iran, qui a osé nationaliser son pétrole en 1951, en sait quelque chose : après le coup d’État de la CIA, le pays a été livré aux multinationales occidentales. Aujourd’hui, quand les États-Unis imposent des sanctions à l’Iran, ils ne font que recycler cette vieille méthode : étrangler un pays économiquement pour mieux le soumettre. La seule différence, c’est que maintenant, on appelle ça « la promotion de la démocratie ».
Sémantique de la guerre : comment le langage prépare les bombes
Écoutez-les parler, ces maîtres ès euphémismes, ces virtuoses de la novlangue guerrière. Un porte-avions n’est jamais un instrument de mort, mais une « plateforme de projection de puissance ». Des bombes ne tombent jamais sur des civils, mais sur des « cibles stratégiques ». L’Iran n’est pas un pays souverain, mais un « État voyou ». Et la guerre ? Elle n’existe plus – il n’y a plus que des « opérations de maintien de la paix » ou des « frappes chirurgicales ».
George Orwell, dans 1984, avait tout compris : « La guerre, c’est la paix. La liberté, c’est l’esclavage. L’ignorance, c’est la force. » Quand les États-Unis envoient un second porte-avions dans le Golfe, ils ne font pas que menacer l’Iran – ils réécrivent le réel. Le langage devient une arme, une machine à broyer les consciences. « Démocratie », « liberté », « droits de l’homme » – ces mots ne sont plus que des leurres, des appâts pour attirer les naïfs dans le piège de la guerre.
Prenez le mot « sanctions ». Derrière ce terme anodin se cache une réalité monstrueuse : on affame un peuple pour le punir d’avoir élu un gouvernement qui ne plaît pas à Washington. Les sanctions contre l’Irak dans les années 1990 ont tué plus d’enfants que la bombe atomique sur Hiroshima. Madeleine Albright, quand on lui a demandé si ça en valait la peine, a répondu : « Nous pensons que le prix est justifié. » Le langage diplomatique est un cimetière de mots assassinés.
Et que dire de cette expression abjecte : « dommages collatéraux » ? Comme si les vies humaines n’étaient que des accessoires dans le grand théâtre de la guerre. Chaque fois qu’un drone américain tue une famille en Afghanistan, on nous explique que c’était un « effet secondaire regrettable ». Regrettable, comme une tache sur une nappe. Les mots sont des armes, et l’Occident sait s’en servir mieux que personne.
Comportementalisme radical : pourquoi l’Empire a besoin de ses ennemis
L’Empire ne peut exister sans ses ennemis. Sans l’Iran, sans la Corée du Nord, sans la Russie, sans la Chine, les États-Unis ne seraient plus qu’une grande puissance parmi d’autres, un pays vieillissant aux infrastructures délabrées et aux inégalités monstres. Mais avec des ennemis, tout change : l’Empire redevient le centre du monde, le gardien de l’ordre, le phare de la démocratie.
C’est ce que les psychologues appellent le « syndrome de l’assiégé ». Quand une nation se sent menacée, elle devient paranoïaque, agressive, prête à tout pour se défendre. Les États-Unis, depuis le 11 septembre, vivent dans cet état de paranoïa permanente. Le terrorisme, la prolifération nucléaire, les cyberattaques – tous ces dangers sont réels, mais ils sont aussi exagérés, amplifiés, instrumentalisés. L’Empire a besoin de ses ennemis comme un drogué a besoin de sa dose : pour se sentir vivant.
Et l’Iran, dans tout ça ? Il n’est qu’un pion sur l’échiquier, un ennemi commode, un bouc émissaire idéal. Un pays assez fort pour inquiéter, mais assez faible pour ne pas représenter une menace réelle. Un pays qui a osé dire non à l’hégémonie américaine, qui a nationalisé son pétrole, qui a soutenu des groupes comme le Hezbollah. Bref, un pays qui mérite d’être puni.
Mais attention : l’Empire ne veut pas détruire l’Iran. Il veut le maintenir dans un état de faiblesse permanente, le saigner économiquement, le forcer à négocier en position de faiblesse. C’est la stratégie du boa constrictor : on étouffe sa proie lentement, sans la tuer, pour mieux la digérer. Les deux porte-avions dans le Golfe ne sont pas là pour attaquer – ils sont là pour rappeler à l’Iran qu’il est à la merci des États-Unis. Pour rappeler au monde entier que l’Empire est toujours là, toujours puissant, toujours prêt à frapper.
Et nous, dans tout ça ? Nous sommes les spectateurs consentants de cette tragédie. Nous regardons les informations, nous lisons les articles, nous discutons des « tensions » entre l’Iran et les États-Unis comme s’il s’agissait d’un match de football. Nous avons oublié que derrière ces mots abstraits se cachent des vies humaines, des familles détruites, des rêves brisés. Nous avons oublié que la guerre n’est pas un jeu vidéo, mais une réalité monstrueuse.
Alors que faire ? D’abord, refuser le langage de l’Empire. Ne plus parler de « frappes chirurgicales », de « dommages collatéraux », de « projection de puissance ». Appeler un chat un chat : une bombe est une bombe, un mort est un mort, une guerre est une guerre.
Ensuite, résister. Pas avec des armes, mais avec des mots, des idées, des actes. Boycotter les produits américains, manifester contre les guerres, soutenir les médias indépendants. Refuser de participer à cette grande mascarade.
Enfin, se souvenir. Se souvenir que l’Empire n’est pas invincible. Qu’il a déjà été vaincu, au Vietnam, en Irak, en Afghanistan. Qu’il porte en lui les germes de sa propre destruction : son arrogance, sa cupidité, son mépris pour les autres peuples.
L’Empire est comme un vieux lion malade : il rugit encore, mais ses dents sont pourries. Un jour, il tombera. Et ce jour-là, nous devrons être prêts à construire un monde nouveau, un monde sans empires, sans porte-avions, sans guerres. Un monde où les peuples seront enfin libres.
Les Porte-Avions de l’Apocalypse
Ils arrivent, les monstres d’acier,
Les cathédrales de la mort lente,
Les châteaux forts du dollar roi
Qui pissent leur pétrole en flammes.
Deux porte-avions dans le Golfe,
Deux couteaux sous la gorge du monde,
Deux phallus de métal qui bandent
Sur les ruines de Babylone.
L’Empire a des mains de velours
Mais des griffes de rapace,
Il parle de paix en préparant
Le grand feu de la fin des races.
Oh ! l’Iran, ce vieux rêve persan,
Ce pays qui osa dire non
À l’oncle Sam et ses boy-scouts
Déguisés en démocrates.
Ils vous appellent « État voyou »,
Comme on traite un gamin rebelle,
Mais c’est eux les vrais criminels,
Les bourreaux en costume-cravate.
Regardez-les, ces amiraux,
Ces généraux en costume blanc,
Ils jouent aux échecs avec des vies
Et rient quand le sang coule à flots.
Mais attention, messieurs les fous,
Vos porte-avions sont des cercueils,
Le Golfe est un piège à rats
Où votre orgueil va se noyer.
Un jour viendra où les peuples
Se lèveront comme un seul homme,
Où vos canons se tairont,
Où vos dollars pourriront.
Ce jour-là, nous danserons
Sur les ruines de vos banques,
Nous boirons à la santé
Des peuples enfin libres et francs.
En attendant, dormez, messieurs,
Dormez avec vos bombes,
Mais sachez que l’histoire
Est une putain qui vous trompe.
Elle vous a déjà jugés,
Elle vous a déjà condamnés,
À errer comme des fantômes
Dans les couloirs de l’oubli.