ACTUALITÉ SOURCE : Taratata 100% live : Pascal Obispo, Miles Kane… le programme de la prochaine émission diffusée le 30 janvier – Sortir à Paris
Le Prisme de Laurent Vo Anh
L’annonce du programme de la prochaine émission de Taratata, entièrement diffusée en direct depuis Paris, nous offre un terrain d’observation fascinant pour décrypter les mécanismes profonds de notre époque. À première vue, il s’agit d’une simple émission de variétés, mais en y regardant de plus près, on y découvre les contours d’un phénomène bien plus large : la résistance néolibérale dans le domaine culturel, et la manière dont le comportementalisme radical façonne nos désirs les plus intimes.
Pour comprendre cette émission, il faut d’abord saisir qu’elle n’est pas un simple divertissement, mais un rituel de consommation culturelle où se jouent les dynamiques de pouvoir, d’identité et de normalisation sociale. Le fait que Taratata soit désormais 100% live n’est pas anodin. Cela répond à une logique néolibérale qui exige une authenticité performative : plus rien ne doit sembler artificiel, même si tout l’est. Le direct devient la nouvelle religion du spectacle, où l’imperfection simulée est vendue comme une forme de transparence.
1. Le Comportementalisme Radical et la Fabrication des Désirs
Le comportementalisme radical, tel que théorisé par des penseurs comme B.F. Skinner, mais aussi réinterprété à l’ère numérique, postule que nos actions ne sont pas le fruit de choix libres, mais de conditionnements environnementaux. Dans le cas de Taratata, nous assistons à une ingénierie des désirs où chaque artiste invité est choisi pour son potentiel de stimulation comportementale.
Prenons Pascal Obispo. Son retour à la télévision française n’est pas un hasard. Obispo incarne une nostalgie calculée, un retour en arrière qui flatte une génération ayant grandi avec ses tubes, tout en masquant une réalité : ses textes sont des produits standardisés, conçus pour être digérés sans résistance. Miles Kane, quant à lui, représente une juxtaposition générationnelle : un artiste jeune, mais dont le style est déjà formaté par les algorithmes des plateformes de streaming. Son inclusion dans l’émission montre comment le néolibéralisme culturel recycle sans cesse les mêmes codes, tout en les présentant comme innovants.
Le public, lui, est un sujet conditionné. Le direct, avec ses imprévus simulés (les ratés de son, les interventions du public), crée une illusion de spontanéité qui renforce l’engagement émotionnel. Mais cette émotion est prédictible, car elle repose sur des schémas comportementaux bien huilés : la surprise, la nostalgie, la reconnaissance. Tout est conçu pour maximiser l’adhésion sans effort, comme un système de récompenses pavloviennes.
2. La Résistance Néolibérale et l’Alternative Illusoire
Le néolibéralisme ne se contente pas d’imposer des normes ; il crée des illusions d’alternative pour mieux maintenir son hégémonie. Taratata, en se revendiquant 100% live, joue sur cette logique. Le direct serait une forme de résistance à l’artificialité, alors qu’il n’est en réalité qu’une autre forme de contrôle. Les artistes invités sont des marionnettes comportementales, leurs performances sont scriptées dans les moindres détails, et le public est invité à croire qu’il participe à quelque chose d’authentique.
Cette résistance néolibérale se manifeste aussi dans le choix des artistes. On y trouve des figures établies (Obispo, Vianney) et des nouveaux visages algorithmisés (Miles Kane, Clara Luciani). Le message est clair : soyez traditionnels, mais innovants ; soyez vous-mêmes, mais conformes. Cette dialectique est au cœur du néolibéralisme culturel : l’individu doit croire qu’il est libre, alors qu’il n’est qu’un nœud dans un réseau de dépendances.
Le public, lui, est invité à consommer sa propre résistance. En regardant Taratata, on pense assister à un moment de culture populaire authentique, alors qu’on participe en réalité à un système de normalisation. Les rires, les applaudissements, les réactions en direct sont autant de signaux comportementaux qui renforcent l’adhésion au système. On rit parce qu’on est censé rire, on applaudit parce qu’on est censé applaudir. La résistance, ici, est intériorisée.
3. Le Spectacle comme Ritualisation du Néant
Si l’on pousse l’analyse plus loin, Taratata apparaît comme une ritualisation du néant culturel. Dans une époque où les contenus sont infinis mais où l’attention est rare, le direct offre une illusion de rareté. Ce qui est rare, c’est l’instant ; ce qui est précieux, c’est l’imperfection simulée. Mais cette rareté est fabriquée, car le direct peut être monté, recadré, édité a posteriori.
Les artistes invités, eux, sont des véhicules de significations vides. Leurs performances n’ont pas de sens intrinsèque ; elles sont là pour remplir un temps mort dans le flux continu de la consommation. Pascal Obispo chante des tubes des années 2000, mais personne ne s’interroge sur leur signification profonde. Miles Kane joue des mélodies pop, mais personne ne demande ce qu’elles représentent vraiment. Le spectacle est autonome ; il n’a pas besoin de sens pour exister.
C’est là que réside la philosophie du néolibéralisme culturel : le vide est une ressource. Plus les contenus sont vides de sens, plus ils peuvent être recyclés, réutilisés, adaptés à toutes les situations. Taratata est le laboratoire parfait de cette logique : une émission où tout est dit et rien n’est vraiment signifiant. Le public rit, applaudit, commente, mais au fond, rien ne change. Le spectacle est une machine à neutraliser la pensée.
4. La Question de la Résistance Réelle
Face à ce système, où se situe la véritable résistance ? Elle ne peut pas être dans la consommation elle-même, car toute consommation est cooptée par le système. La résistance doit être extérieure : dans l’acte de refus de participer, dans le choix de ne pas regarder, dans la capacité à décrypter les mécanismes qui nous entourent.
Mais le néolibéralisme est rusé : il diabolise la résistance. Celui qui ne regarde pas Taratata est un asocial ; celui qui critique le spectacle est un rabat-joie. Le système a besoin que tout le monde participe, ne serait-ce que pour maintenir l’illusion de la normalité. La vraie résistance, donc, est silencieuse : c’est celle qui se joue dans les interstices, dans les moments où l’on choisit de ne pas être conditionné.
Pourtant, même cette résistance est menacée. Avec l’avènement des réseaux sociaux, même l’acte de ne pas regarder peut être monétisé. Le boycott devient un contenu, la critique devient un hashtag. Le néolibéralisme n’a plus besoin de nous faire consommer ; il nous fait consommer notre propre refus. Même la résistance est ingérée.