Sur les traces du D.: l’expo originale du street artiste au Wilde – Le lieu à Paris – derniers jours – Sortir à Paris







Sur les traces du D. – L’analyse radicale de Laurent Vo Anh


ACTUALITÉ SOURCE : Sur les traces du D.: l’expo originale du street artiste au Wilde – Le lieu à Paris – derniers jours – Sortir à Paris

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

Ah, Paris ! Cette putain de ville qui se croit encore le nombril du monde, alors qu’elle n’est plus qu’un musée à ciel ouvert où les touristes viennent pisser sur les fantômes de ses anciennes révolutions. Et dans ce bordel organisé, ce cirque permanent où l’art contemporain sert de cache-sexe à la misère intellectuelle, voici qu’on nous annonce, comme une nouvelle cruciale, l’exposition éphémère d’un street artiste au Wilde. « Sur les traces du D. » – quel titre magnifique dans sa vacuité calculée ! Comme si le mystère d’une lettre pouvait encore faire frémir une humanité gavée d’images et de slogans. Mais ne nous y trompons pas : ce « D. » n’est pas une énigme, c’est un miroir. Un miroir tendu vers notre époque, vers notre lâcheté, notre fascination pour le néant, notre amour immodéré pour les étiquettes qui nous évitent de penser. Alors, plongeons dans cette merde dorée, analysons cette exposition comme on dissèque un cadavre encore tiède, et voyons ce que ce « D. » a à nous dire sur notre humanité en décomposition.

I. L’archéologie du « D. » : sept strates de l’abjection humaine

Pour comprendre ce « D. », il faut d’abord comprendre que l’humanité n’a jamais été qu’une succession de « D. » – de Désirs, de Dieux, de Dominations, de Déchéances, de Détresses, de Délires, et enfin, de Déchets. Sept étapes, sept chutes, sept renaissances dans la boue. Suivons cette piste, comme un chien affamé suit l’odeur du sang.

1. Le « D. » de la Domination primitive (L’aube de l’humanité – 10 000 av. J.-C.)

Tout commence dans la boue, dans la peur. L’homme des cavernes, ce pauvre hère tremblant face à l’immensité du ciel, invente les dieux pour se donner l’illusion de contrôler l’incontrôlable. Le premier « D. » est celui du Désir de puissance, gravé dans la pierre des grottes de Lascaux. Ces dessins, ces symboles, ne sont pas de l’art : ce sont des prières, des supplications, des tentatives désespérées de domestiquer le chaos. Comme le disait Mircea Eliade, « l’homme religieux est un homme qui a peur ». Et cette peur, mes amis, est le premier graffiti de l’humanité. Le street art, lui, n’est que la continuation de cette peur par d’autres moyens, plus colorés, plus éphémères, mais tout aussi pathétiques.

2. Le « D. » de la Divinité (Antiquité – 500 av. J.-C.)

Avec les premières civilisations, le « D. » se verticalise. Il n’est plus question de supplier les esprits de la forêt, mais d’adorer des dieux capricieux, jaloux, assoiffés de sacrifices. Le « D. » devient Dionysos, ce dieu de l’ivresse et de la démesure, ce patron des artistes maudits et des fous divins. À Athènes, sur les murs des temples, on grave des maximes, des avertissements, des prières. L’espace public devient un livre ouvert, une exposition permanente des angoisses humaines. Platon, dans La République, condamne les poètes et les artistes, ces corrupteurs de la jeunesse, ces propagandistes du désordre. Ironie du sort : deux mille ans plus tard, c’est précisément ce désordre que nous célébrons, comme si le chaos pouvait être domestiqué par une couche de peinture.

3. Le « D. » du Dogme (Moyen Âge – 1400)

Le christianisme arrive, et avec lui, le « D. » se fait Doctrine. Plus de place pour l’ambiguïté : le monde est un livre écrit par Dieu, et chaque lettre a sa place, immuable. Les cathédrales deviennent des livres de pierre, où chaque sculpture, chaque vitrail, raconte une histoire sacrée. Mais dans l’ombre, sur les murs des latrines ou dans les marges des manuscrits, les moines grattent des graffitis obscènes, des caricatures de prêtres, des blasphèmes. Ces dessins clandestins, ces « street arts » médiévaux, sont les ancêtres de notre art urbain. Ils prouvent une chose : l’homme n’a jamais cessé de vouloir salir ce qui le domine. Comme le disait Umberto Eco, « le rire est la faiblesse, la corruption, la fadeur de notre chair… mais c’est aussi le signe de notre liberté ».

4. Le « D. » de la Déconstruction (Renaissance – 1700)

La Renaissance, ce grand bordel humaniste, voit le « D. » se muer en Doute. Les murs des villes se couvrent de fresques, de slogans politiques, de satires. À Florence, Savonarole fait brûler les livres et les tableaux dans son « bûcher des vanités », tandis que Léonard de Vinci griffonne dans ses carnets des machines de guerre et des études anatomiques, comme un ado rebelle taguant les murs de son lycée. L’art n’est plus une prière, mais une provocation. Le « D. » devient subversif, dangereux. Comme l’écrivait Montaigne, « nous sommes plus libres que les oiseaux, et pourtant nous nous enchaînons nous-mêmes ». Ces chaînes, ce sont celles de la raison, de la morale, de la bienséance – et l’art, toujours, cherche à les briser.

5. Le « D. » de la Déchéance industrielle (Révolution industrielle – 1900)

Avec la révolution industrielle, le « D. » devient Déchet. Les villes se couvrent de suie, les murs se couvrent d’affiches publicitaires, de slogans politiques, de graffitis désespérés. Dans les bas-fonds de Londres, Charles Dickens décrit une humanité perdue, tandis que Baudelaire, dans Les Fleurs du Mal, célèbre la beauté dans la pourriture. « Le beau est toujours bizarre », écrit-il. Et quoi de plus bizarre que ces usines crachant leur fumée, ces ouvriers réduits à l’état de machines, ces murs couverts de slogans anarchistes ? Le street art moderne naît dans cette boue, dans cette révolte. Comme le disait Walter Benjamin, « il n’est pas de document de civilisation qui ne soit en même temps un document de barbarie ». Les graffitis des ouvriers, les tags des anarchistes, les affiches déchirées – tout cela est la preuve que l’art n’a jamais été aussi vivant que lorsqu’il crache à la figure du monde.

6. Le « D. » du Désenchantement (Guerres mondiales – 1980)

Deux guerres mondiales, l’Holocauste, Hiroshima – et soudain, le « D. » devient Désespoir. Dans les ruines de Berlin, de Dresde, de Tokyo, les survivants écrivent sur les murs des messages d’amour, de haine, de folie. « Kilroy was here » – ce graffiti anodin, tagué par des milliers de soldats américains, devient le symbole d’une humanité perdue, errant dans les décombres de sa propre folie. Dans les années 60, le street art se politise : May ’68 voit les murs de Paris se couvrir de slogans révolutionnaires. « Sous les pavés, la plage » – quelle belle connerie ! Comme si la révolution pouvait être aussi simple qu’un coup de peinture. Guy Debord, dans La Société du Spectacle, dénonce cette récupération de la révolte par le capitalisme. « Le spectacle est le capital à un tel degré d’accumulation qu’il devient image », écrit-il. Et aujourd’hui, que reste-t-il de ces slogans ? Des posters vendus chez Urban Outfitters, des expositions dans des galeries branchées, des artistes millionnaires qui peignent des fresques pour des multinationales.

7. Le « D. » du Déchet numérique (1980 – Aujourd’hui)

Nous y voilà. Le « D. » de notre époque, c’est le Déchet – mais un déchet high-tech, numérique, éphémère. Le street art contemporain est né dans les rues du Bronx, avec des gamins qui taguaient les wagons de métro pour exister, pour hurler leur rage. Aujourd’hui, ces gamins sont devenus des stars, leurs tags sont vendus aux enchères, leurs expositions font la une des magazines. Banksy, ce génie du marketing, a transformé la subversion en produit de luxe. « Sur les traces du D. » – quel beau titre pour une exposition qui n’est qu’un énième produit de consommation, une énième façon de nous faire croire que nous sommes encore capables de révolte. Mais la révolte, aujourd’hui, n’est plus qu’une pose, un filtre Instagram, un hashtag. Comme le disait Jean Baudrillard, « nous sommes entrés dans l’ère de la simulation, où le signe précède la chose signifiée ». Le « D. » de Banksy, de Basquiat, de tous ces artistes urbains, n’est plus qu’un signe vide, un logo, une marque de fabrique.

II. Sémantique du « D. » : quand les mots deviennent des cadavres

Analysons maintenant ce « D. » d’un point de vue linguistique, car les mots, comme les hommes, naissent, vivent, et meurent dans l’indifférence générale. Le « D. » de notre exposition est un signifiant flottant, pour reprendre l’expression de Lévi-Strauss. Il n’a pas de signifié fixe, il est une coquille vide, prête à être remplie par nos désirs, nos peurs, nos fantasmes. C’est cela, la magie du street art : il ne dit rien, et c’est précisément pour cela qu’il peut tout dire.

Observons la structure même du titre : « Sur les traces du D. » Le « D. » est isolé, mis en valeur par la majuscule, comme un nom propre. Mais quel nom ? Duchamp ? Dada ? Désir ? Désespoir ? Le génie de ce titre réside dans son ambiguïté. Comme le disait Roland Barthes, « le langage est une peau : je frotte mon langage contre l’autre ». Ici, le « D. » est une peau offerte, une surface de projection. Chacun peut y voir ce qu’il veut, y graver ses propres obsessions.

Mais attention : cette ambiguïté est aussi une trahison. Car en refusant de choisir, en refusant de nommer, le « D. » devient complice du système qu’il prétend combattre. Comme l’écrivait George Orwell dans 1984, « la novlangue était conçue non pas pour étendre, mais pour diminuer le domaine de la pensée ». Le « D. » est une novlangue, un mot-valise qui permet d’éviter de penser. C’est la langue du capitalisme tardif, où tout est signe, où tout est marchandise, où même la révolte est un produit.

Et que dire du lieu de l’exposition, ce Wilde ? Oscar Wilde, ce dandy décadent, ce martyr de la société victorienne, ce génie qui a écrit que « la vie imite l’art bien plus que l’art n’imite la vie ». Quel symbole ! Une exposition de street art, cet art né dans la rue, dans la révolte, dans la marge, se tient dans un lieu qui porte le nom d’un homme qui a fait de sa vie une œuvre d’art. Mais attention : Wilde était un esthète, pas un révolutionnaire. Il croyait en la beauté, pas en la justice. Et aujourd’hui, le street art est devenu un esthétisme, une façon de rendre la misère acceptable, de transformer la révolte en décoration.

III. Comportementalisme radical : l’art comme symptôme de notre lâcheté collective

Passons maintenant à l’analyse comportementale, car l’art, comme tout phénomène humain, n’est qu’un symptôme. Un symptôme de notre peur, de notre lâcheté, de notre incapacité à affronter le réel. Le street art, en particulier, est le symptôme d’une société malade, d’une humanité qui a perdu le sens du sacré et qui se raccroche à des simulacres de révolte.

Observons les comportements autour de cette exposition. Les visiteurs, ces petits-bourgeois en quête de frissons, viennent admirer les œuvres comme on va au zoo : pour se donner l’illusion de côtoyer le danger, sans prendre aucun risque. Ils prennent des photos, postent des stories, achètent des catalogues. Ils consomment la révolte comme ils consomment un burger : avec voracité, avec indifférence, sans se soucier des conséquences. Comme le disait Ivan Illich, « la société industrielle est la première à avoir produit des masses de gens qui, bien que vivant dans des conditions matérielles relativement confortables, se sentent profondément insatisfaits ». Le street art est le symptôme de cette insatisfaction, de cette quête désespérée de sens.

Mais attention : cette quête est une imposture. Car le street art, aujourd’hui, n’est plus une révolte. C’est une industrie, une machine à cash, une façon de rendre la misère acceptable. Prenons l’exemple de Banksy. Cet artiste, qui se présente comme un anarchiste, un rebelle, a vu une de ses œuvres s’autodétruire lors d’une vente aux enchères… pour atteindre un prix encore plus élevé. Quelle farce ! Comme le disait Karl Marx, « le capitalisme transforme tout en marchandise, même la révolte ». Le street art est la preuve vivante de cette affirmation.

Et que dire des artistes eux-mêmes ? Ces gamins qui taguent les murs pour exister, pour hurler leur rage, finissent souvent par se vendre au plus offrant. Ils deviennent des marques, des logos, des produits. Leur révolte n’est plus qu’une posture, un argument de vente. Comme l’écrivait Arthur Rimbaud, « la vraie vie est absente ». Et le street art, aujourd’hui, est la preuve que nous avons définitivement perdu le contact avec cette « vraie vie ».

La résistance humaniste : un dernier espoir ?

Face à cette déchéance, face à cette marchandisation de tout, y a-t-il encore une place pour la résistance ? Pour l’humanisme ? Pour l’art véritable, celui qui blesse, qui dérange, qui change les choses ?


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