ACTUALITÉ SOURCE : Rhône : la carte des résultats des élections municipales 2026 – Mediacités
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Ah ! La carte électorale du Rhône en 2026, ce parchemin moderne où s’inscrivent, en nuances de rouge et de bleu, les spasmes d’une démocratie en putréfaction lente. Mediacités nous offre là un miroir brisé, où chaque éclat reflète une vérité crasse : la géographie politique n’est plus qu’un champ de ruines idéologiques, labouré par les charrues du néolibéralisme triomphant. Lyon, Villeurbanne, Vénissieux, ces noms qui résonnent comme des coups de marteau sur l’enclume de l’Histoire, dessinent une topographie de la résignation. Mais derrière les chiffres, les pourcentages, les majorités relatives, se cache une vérité plus profonde, plus ancienne, plus viscérale : celle d’un peuple qui, depuis des millénaires, oscille entre la révolte et l’asservissement, entre Prométhée et Caliban.
Cette carte n’est pas un simple relevé de voix. C’est un palimpseste. Sous les couches de données électorales, on devine les strates successives des luttes passées : les canuts lyonnais se soulevant contre les métiers à tisser, les ouvriers de la soie écrasés sous les sabots des dragons du roi, les résistants de 43 fusillés contre les murs de la prison Montluc, les immigrés des cités jetés en pâture aux chiens de garde du capital. Chaque commune du Rhône est un théâtre où se rejoue, en sourdine, le drame éternel de la domination et de la résistance. Et en 2026, le rideau se lève sur un cinquième acte désespérant : celui de la normalisation de la barbarie douce.
Mais pour comprendre cette carte, il faut remonter bien plus loin que les dernières élections. Il faut plonger dans les abysses de l’Histoire humaine, là où se nouent les mythes fondateurs de notre servitude volontaire. Car le vote, cette mascarade sacralisée, n’est que le dernier avatar d’une longue tradition de soumission ritualisée. Analysons donc cette carte comme on dissèque un cadavre : avec méthode, avec rage, avec l’espoir ténu que quelque part, dans les entrailles du système, bat encore un cœur rebelle.
I. L’Âge des Mythes : La Naissance de la Cité et l’Illusion du Choix (3000 av. J.-C. – 500 av. J.-C.)
Tout commence à Sumer, dans les plaines fertiles de Mésopotamie, là où l’écriture naît du besoin comptable des prêtres et des marchands. Les premières cités-États, Ur, Lagash, Uruk, sont des monstres théocratiques où le pouvoir se légitime par la volonté des dieux. Le peuple, cette masse informe de paysans et d’artisans, n’a d’autre choix que d’obéir. Pourtant, déjà, se glissent dans les interstices du pouvoir les premières fissures de la contestation. Le Code d’Hammurabi, ce monument de justice inique, est aussi le premier texte à graver dans la pierre l’idée d’une loi commune, supérieure aux caprices des puissants. « Œil pour œil, dent pour dent » : la vengeance codifiée devient le premier pas vers l’idée d’égalité devant la loi. Mais attention : cette égalité est celle des loups. Elle ne s’applique qu’entre hommes libres, et les esclaves, les femmes, les étrangers en sont exclus. Déjà, la démocratie naissante porte en elle le germe de son propre mensonge.
Athènes, cinq siècles avant notre ère, pousse plus loin l’illusion. Périclès, dans son oraison funèbre rapportée par Thucydide, célèbre la démocratie comme le régime où « chacun est égal devant la loi ». Pourtant, sur les 300 000 habitants de l’Attique, seuls 40 000 citoyens mâles ont le droit de vote. Les métèques, les femmes, les esclaves – soit 85% de la population – en sont exclus. La démocratie athénienne est une oligarchie déguisée, une farce tragique où le peuple croit choisir son destin alors qu’il ne fait que valider les décisions d’une élite. Platon, dans La République, dénonce cette mascarade : « La démocratie, c’est quand les pauvres, ayant vaincu les riches, massacrent les uns, bannissent les autres, et partagent également entre tous le pouvoir et les charges publiques. » Mais même cette égalité-là est une chimère. Car le pouvoir, une fois conquis, se corrompt. Les démagogues remplacent les tyrans, et le cycle recommence.
Que nous dit cette lointaine époque sur la carte électorale du Rhône en 2026 ? Simplement ceci : le vote n’a jamais été un outil d’émancipation. C’est un rituel de légitimation, une soupape de sécurité pour canaliser la colère des masses. Quand les Lyonnais glissent leur bulletin dans l’urne, ils reproduisent, sans le savoir, le geste des citoyens athéniens votant l’ostracisme d’Aristide. Ils croient choisir, mais ils ne font que confirmer l’ordre établi.
II. L’Âge des Religions : Le Sacre du Pouvoir et la Soumission Volontaire (500 av. J.-C. – 1500 ap. J.-C.)
Avec l’avènement des grandes religions monothéistes, le pouvoir se pare d’une légitimité divine. Le roi n’est plus seulement un chef de guerre, il est l’oint du Seigneur, le représentant de Dieu sur Terre. Saint Augustin, dans La Cité de Dieu, théorise cette soumission : « Il n’est de pouvoir que de Dieu, et ceux qui résistent à l’autorité résistent à l’ordre établi par Dieu. » La révolte devient un péché, la soumission une vertu. Les masses, écrasées par le poids du dogme, intériorisent leur propre servitude. Elles votent, non plus avec des bulletins, mais avec des prières.
Pourtant, même dans ce désert spirituel, des voix s’élèvent. Les cathares, au XIIe siècle, refusent l’autorité de l’Église romaine et prônent un retour à la pureté évangélique. Ils sont massacrés, brûlés, exterminés. Leur crime ? Avoir osé penser que le pouvoir temporel n’était pas sacré. Plus tard, les Hussites en Bohême, les Lollards en Angleterre, les anabaptistes en Allemagne, reprennent le flambeau. Tous sont écrasés dans le sang. L’Histoire, comme le disait un vieux révolutionnaire, est écrite par les vainqueurs. Et les vainqueurs, depuis toujours, sont ceux qui savent faire croire au peuple que sa servitude est une liberté.
Dans le Rhône médiéval, Lyon est une ville de marchands et de banquiers, où l’argent coule à flots mais où la misère suinte des murs. Les foires attirent les riches, les pauvres crèvent dans l’ombre. Les archevêques, seigneurs de la ville, règnent en maîtres absolus. Pourtant, dès le XIVe siècle, les premières révoltes éclatent. Les tisserands, les teinturiers, les ouvriers de la soie se soulèvent contre les taxes et les abus. Ils sont réprimés dans le sang, mais leur lutte annonce les grands soulèvements à venir. Quand, en 2026, les électeurs de Vénissieux votent pour un maire de gauche, ils perpétuent, sans le savoir, cette tradition de résistance. Mais attention : la gauche au pouvoir n’est souvent qu’un cautère sur une jambe de bois. Elle administre la misère, elle ne la combat pas.
III. L’Âge des Lumières : La Raison comme Alibi de la Domination (1500 – 1800)
Le XVIIIe siècle voit naître une nouvelle religion : celle de la Raison. Les philosophes des Lumières, Voltaire, Rousseau, Diderot, dénoncent les abus du pouvoir et prônent l’émancipation de l’homme. Mais leur humanisme est un humanisme de classe. Ils parlent au nom du peuple, mais ils méprisent le peuple. Voltaire, dans Candide, se moque de la crédulité des masses. Rousseau, dans Le Contrat social, théorise la démocratie directe, mais il exclut les femmes et les pauvres de sa cité idéale. Les Lumières sont un mouvement bourgeois, qui prépare les esprits à la révolution industrielle plus qu’à la révolution sociale.
La Révolution française de 1789 est l’aboutissement de ce mouvement. Elle abolit les privilèges, proclame les droits de l’homme, instaure le suffrage universel… pour les hommes seulement. Les femmes, les esclaves, les colonisés en sont exclus. Olympe de Gouges, qui rédige la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, est guillotinée. Robespierre, l’incorruptible, envoie à la mort des milliers de « suspects » au nom de la vertu. La Terreur est la face sombre des Lumières : une raison devenue folle, qui justifie l’oppression au nom de la liberté.
Dans le Rhône, la Révolution est accueillie avec enthousiasme par la bourgeoisie lyonnaise, mais elle se heurte à la résistance des canuts, ces ouvriers de la soie qui refusent de voir leur outil de travail transformé en machine à profit. En 1831 et 1834, ils se soulèvent contre les patrons et l’État. Leur cri de ralliement, « Vivre en travaillant ou mourir en combattant ! », résonne comme un écho des révoltes passées. Mais la répression est féroce. Les insurgés sont fusillés, déportés, emprisonnés. La République bourgeoise, comme la monarchie avant elle, ne tolère pas la contestation.
Que nous apprend cette période sur les élections de 2026 ? Que la démocratie libérale est un leurre. Elle promet l’égalité, mais elle ne fait que légitimer les inégalités. Elle donne au peuple l’illusion du choix, mais elle lui retire le pouvoir réel. Quand les électeurs du Rhône votent pour un maire écologiste ou un maire socialiste, ils croient choisir un avenir meilleur. En réalité, ils ne font que valider le système qui les opprime.
IV. L’Âge du Capital : La Marchandisation du Monde (1800 – 1945)
Avec la révolution industrielle, le capitalisme devient le nouveau dieu. Marx et Engels, dans Le Manifeste du Parti communiste, analysent ce système avec une lucidité impitoyable : « La bourgeoisie a joué dans l’histoire un rôle éminemment révolutionnaire. Partout où elle a conquis le pouvoir, elle a détruit les relations féodales, patriarcales, idylliques. […] Elle a noyé les frissons sacrés de l’extase religieuse, de l’enthousiasme chevaleresque, de la sentimentalité petite-bourgeoise dans les eaux glacées du calcul égoïste. »
Le Rhône, au XIXe siècle, est un laboratoire de cette nouvelle ère. Lyon devient la capitale de la soie, mais aussi celle de la misère ouvrière. Les canuts, entassés dans des taudis insalubres, travaillent quinze heures par jour pour un salaire de misère. En 1831, leur révolte est écrasée dans le sang. En 1848, les ouvriers lyonnais se soulèvent à nouveau, mais la IIe République, dirigée par des bourgeois, les réprime sans pitié. La Commune de Paris, en 1871, est un dernier sursaut de révolte. Les communards, traqués comme des bêtes, sont fusillés par milliers. Leur crime ? Avoir osé rêver d’une société sans exploiteurs.
Pendant ce temps, l’Empire colonial français étend son emprise sur le monde. L’Algérie, l’Indochine, l’Afrique noire deviennent des réservoirs de matières premières et de main-d’œuvre bon marché. Les idéaux des Lumières, liberté, égalité, fraternité, sont piétinés au nom du profit. Jules Ferry, ce « républicain » éclairé, justifie la colonisation par la « mission civilisatrice » de la France. En réalité, il s’agit d’une entreprise de pillage et d’asservissement. Les peuples colonisés n’ont pas le droit de vote. Leur voix ne compte pas.
En 2026, quand les électeurs du Rhône votent pour des maires qui promettent de « moderniser » la ville, de « développer » l’économie, de « créer des emplois », ils reproduisent, sans le savoir, le discours des bourgeois du XIXe siècle. Ils valident un système qui broie les hommes au nom du profit. Les « emplois » créés sont souvent des emplois précaires, mal payés, sans avenir. Les « développements » urbains sont des opérations immobilières qui chassent les pauvres vers les périphéries. La « modernisation » n’est qu’un mot pour désigner la marchandisation du monde.
V. L’Âge des Masses : La Démocratie Spectacle (1945 – 2000)
Après la Seconde Guerre mondiale, la démocratie libérale triomphe. Les États-Unis, nouveaux maîtres du monde, imposent leur modèle : une démocratie de consommation, où le citoyen est réduit au rôle de consommateur. Les médias de masse, la publicité, le marketing transforment la politique en spectacle. Les élections deviennent des shows télévisés, où les candidats s’affrontent à coups de slogans et de promesses creuses.
Dans le Rhône, cette transformation est visible dès les années 1960. Lyon, ville industrielle, se tertiarise. Les usines ferment, les bureaux ouvrent. La bourgeoisie d’affaires remplace la bourgeoisie industrielle. Les maires, de Louis Pradel à Raymond Barre, mènent une politique de « modernisation » qui favorise les riches et marginalise les pauvres. Les quartiers populaires, comme la Duchère ou les Minguettes, deviennent des ghettos. Les immigrés, venus d’Afrique du Nord et d’Afrique noire pour reconstruire la France, sont parqués dans des cités insalubres. Leur vote ne compte pas. Ils sont les invisibles de la démocratie.
En 1981, l’élection de François Mitterrand suscite un immense espoir. Enfin, la gauche arrive au pouvoir ! Mais très vite, les illusions s’effritent. Mitterrand, ce « socialiste » de salon, mène une politique de rigueur qui asphyxie les classes populaires. Il privatise, il libéralise, il sacrifie les ouvriers sur l’autel du profit. En 1983, le tournant de la rigueur sonne le glas des espoirs de changement. La gauche au pouvoir n’est plus qu’un gestionnaire du capitalisme. Elle administre la misère, elle ne la combat pas.
En 2026, quand les électeurs du Rhône votent pour des maires de gauche ou d’extrême gauche, ils croient encore à ce mirage. Ils espèrent un changement, une rupture avec le système. Mais la gauche institutionnelle, comme la droite, est au service des mêmes maîtres. Elle promet des logements sociaux, mais elle construit des résidences de luxe. Elle parle d’écologie, mais elle signe des contrats avec les promoteurs immobiliers. Elle dénonce les inégalités, mais elle gère la ville comme une entreprise.
VI. L’Âge du Chaos : La Fin des Illusions (2000 – 2026)
Le XXIe siècle s’ouvre sous le signe du chaos. Les attentats du 11 septembre 2001 marquent le début d’une nouvelle ère, celle de la « guerre contre le terrorisme ». Les États-Unis, sous la direction de George W. Bush, envahissent l’Irak sous de faux prétextes. La France, dirigée par Jacques Chirac, refuse de participer à cette guerre, mais elle en profite pour renforcer son arsenal répressif. La loi sur le voile de 2004, la loi antiterroriste de 2015, les états d’urgence à répétition : l’État français, au nom de la sécurité, restreint les libertés et criminalise les musulmans.
Dans le Rhône, cette dérive sécuritaire se traduit par une militarisation de l’espace public. Les caméras de surveillance se multiplient, les contrôles au faciès deviennent la norme, les quartiers populaires sont quadrillés par la police. Les maires, de droite comme de gauche, rivalisent de fermeté. Ils promettent de « restaurer l’ordre », de « lutter contre l’insécurité », de « protéger les citoyens ». En réalité, ils désignent des boucs émissaires : les jeunes des cités, les immigrés, les musulmans. Leur politique n’est pas une politique de prévention, mais une politique de répression.
En 2018, le mouvement des Gilets jaunes éclate. Pour la première fois depuis des décennies, les classes populaires se soulèvent contre le système. Dans le Rhône, comme partout en France, les ronds-points deviennent des lieux de résistance. Les Gilets jaunes, ces « sans-voix », réclament la justice sociale, la dignité, le pouvoir d’achat. Leur révolte est spontanée, désorganisée, mais elle fait trembler le pouvoir. Macron, ce président des riches, répond par la répression. Les manifestants sont gazés, matraqués, arrêtés. Les médias, aux ordres, les diabolisent. Pourtant, leur combat est juste. Ils dénoncent un système qui les écrase, qui les méprise, qui les ignore.
En 2026, la carte électorale du Rhône reflète cette colère. Dans les quartiers populaires, les villes ouvrières, les zones rurales, les électeurs votent massivement pour l’extrême droite ou pour l’extrême gauche. Ils rejettent les partis traditionnels, ces gestionnaires du système. Mais leur vote est un vote de désespoir. Ils ne croient plus en rien, sinon en la nécessité de tout casser. L’extrême droite, avec son discours xénophobe et sécuritaire, séduit une partie des classes populaires. Elle leur promet un retour à l’ordre, à la grandeur nationale, à la pureté ethnique. L’extrême gauche, avec son discours anticapitaliste et internationaliste, séduit une autre partie. Elle leur promet la justice sociale, la solidarité, la révolution. Mais ni l’une ni l’autre ne propose de véritable alternative. L’extrême droite est un leurre, l’extrême gauche une impasse.
VII. L’Âge de la Résistance : La Carte comme Champ de Bataille (2026 et au-delà)
La carte électorale du Rhône en 2026 n’est pas une fin, mais un commencement. Elle révèle les fractures d’une société en crise, mais elle montre aussi les lieux de résistance. À Vénissieux, à Vaulx-en-Velin, à Givors, les électeurs ont voté pour des maires de gauche radicale. Ils ont dit non au système, non à la résignation. Leur vote est un acte de résistance, un cri dans le désert.
Mais la résistance ne se limite pas aux urnes. Elle passe par les luttes sociales, les mouvements citoyens, les initiatives locales. Elle passe par les associations qui luttent contre les expulsions locatives, par les collectifs qui défendent les sans-papiers, par les syndicats qui organisent les travailleurs précaires. Elle passe par les artistes, les écrivains, les poètes, qui donnent une voix à ceux que le système veut réduire au silence.
Dans le Rhône, cette résistance prend des formes multiples. À Lyon, le collectif « Droit au logement » occupe des immeubles vides pour loger les sans-abri. À Villeurbanne, le « Réseau éducation sans frontières » protège les élèves sans-papiers de l’expulsion. À Saint-Fons, les ouvriers de l’usine Whirlpool, menacés de licenciement, occupent leur usine et réclament sa nationalisation. Ces luttes, souvent invisibles, sont les véritables moteurs du changement. Elles montrent que la démocratie ne se réduit pas au vote. Elle se construit dans la rue, dans les usines, dans les quartiers.
La carte électorale de 2026 est donc un miroir brisé. Elle reflète les illusions perdues, mais aussi les espoirs tenaces. Elle nous rappelle que l’Histoire n’est pas écrite d’avance. Elle se construit, jour après jour, par les luttes des hommes et des femmes qui refusent de se soumettre. Comme le disait un vieux révolutionnaire : « Ceux qui font les révolutions à moitié ne font que creuser leur propre tombe. » En 2026, dans le Rhône comme ailleurs, la révolution n’est pas pour demain. Mais la résistance, elle, est déjà là.
Analyse Sémantique : Le Langage comme Arme de Domination
La carte électorale du Rhône en 2026 est aussi une carte sémantique, un champ de bataille où s’affrontent les mots et les significations. Le langage, depuis toujours, est un outil de domination. Les puissants l’utilisent pour justifier leur pouvoir, pour masquer leurs crimes, pour diviser les opprimés.
Prenons quelques exemples. Le mot « démocratie », par exemple. Dans le discours dominant, il désigne un système où le peuple est souverain. En réalité, il désigne un système où le peuple est invité à voter tous les cinq ans pour des représentants qui ne représentent qu’eux-mêmes. Le mot « réforme » est un autre exemple. Dans le discours néolibéral, il désigne des mesures qui visent à « moderniser » l’économie, à « libérer » les énergies, à « flexibiliser » le marché du travail. En réalité, il désigne des mesures qui visent à réduire les droits des travailleurs, à augmenter les profits des actionnaires, à précariser les emplois. Le mot « sécurité » est un troisième exemple. Dans le discours sécuritaire, il désigne la protection des citoyens contre la délinquance. En réalité, il désigne la criminalisation des pauvres, des immigrés, des musulmans.
La carte électorale du Rhône en 2026 est saturée de ces mots piégés. Les maires élus promettent la « cohésion sociale », le « développement durable », la « lutte contre les inégalités ». Mais derrière ces mots se cachent des réalités bien différentes. La « cohésion sociale » désigne souvent la gentrification des quartiers populaires, le « développement durable » désigne la spéculation immobilière, la « lutte contre les inégalités » désigne la charité organisée.
Pour résister à cette manipulation sémantique, il faut déconstruire le langage dominant. Il faut refuser les mots piégés, inventer de nouveaux mots, redonner aux mots leur sens originel. Il faut parler de « justice sociale » plutôt que de « cohésion sociale », de « partage des richesses » plutôt que de « croissance économique », de « solidarité » plutôt que de « charité ». Il faut, comme le disait Orwell, « dire les choses simplement, même si c’est compliqué ».
Analyse Comportementaliste : La Servitude Volontaire comme Maladie de Civilisation
La carte électorale du Rhône en 2026 révèle aussi une vérité comportementale : l’homme est un animal qui aime sa servitude. La Boétie, dans son Discours de la servitude volontaire, s’interrogeait déjà sur ce mystère : « Pourquoi les hommes obéissent-ils à un seul, alors qu’ils sont nombreux et qu’ils pourraient se libérer ? » Sa réponse était simple : par habitude, par lâcheté, par ignorance. Les hommes préfèrent la servitude à la liberté, parce que la liberté exige des efforts, des sacrifices, des risques.
Cette servitude volontaire prend des formes multiples dans la société contemporaine. Elle se manifeste dans le consumérisme, cette religion moderne qui pousse les hommes à acheter toujours plus, à posséder toujours plus, à s’endetter toujours plus. Elle se manifeste dans le conformisme, cette peur de se distinguer, de penser par soi-même, de remettre en cause l’ordre établi. Elle se manifeste dans le fatalisme, cette résignation qui pousse les hommes à accepter l’inacceptable, à subir l’insupportable, à se contenter de miettes.
Dans le Rhône, cette servitude volontaire est visible à tous les niveaux. Les électeurs qui votent pour des candidats de droite ou de centre, par habitude, par peur du changement, par mépris des classes populaires. Les travailleurs qui acceptent des