ACTUALITÉ SOURCE : Résultats municipales 2026 : les cinq cartes pour comprendre l’élection – Le Figaro
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Ah ! Les cartes, toujours les cartes… Comme si la démocratie pouvait se réduire à ces rectangles de papier glacé où s’étalent, en dégradés de bleu marine et de rose pâle, les mensonges bien ordonnés de nos maîtres. Le Figaro, ce vieux complice des puissants, nous offre aujourd’hui cinq « cartes pour comprendre » – comprendre quoi, au juste ? Comprendre comment on découpe le peuple en tranches, comment on le range dans des cases, comment on le classe, le trie, le gère, comme un troupeau de bovins qu’on mène à l’abattoir électoral ? Ces cartes ne sont pas des outils de compréhension, mais des instruments de domination, des grilles de lecture qui transforment la vitalité chaotique des communes en un tableau Excel bien propre, bien lisse, où chaque voix devient un chiffre, chaque espoir une statistique, chaque révolte un écart-type.
Mais allons plus loin. Ces cartes, voyez-vous, ne sont que la pointe émergée d’un iceberg bien plus monstrueux : celui d’une démocratie réduite à sa plus simple expression comptable, où le citoyen n’est plus qu’un consommateur de bulletins, où la politique n’est plus qu’un marché, et où l’élection n’est plus qu’une foire aux vanités où s’échangent des promesses contre des voix, comme on troque des perles de verre contre de l’or. Et le pire, c’est que nous y participons, encore et toujours, comme des chiens bien dressés qui retournent à leur vomi. Alors, analysons ces cartes, non pas pour « comprendre » l’élection, mais pour démasquer l’imposture qu’elles recouvrent. Car une carte, après tout, n’est jamais qu’une représentation du monde – et le monde, lui, est bien plus vaste, bien plus sale, bien plus vivant que ces petits rectangles de papier ne le laisseront jamais paraître.
1. Les Origines : Quand la Cité Devenait une Carte (Athènes, Ve siècle av. J.-C.)
Tout commence à Athènes, bien sûr. La démocratie naissante, cette invention géniale des Grecs, était déjà une affaire de cartes – non pas géographiques, mais sociales. Les citoyens, ces hommes libres (et seulement eux), se rassemblaient sur la Pnyx, cette colline où se décidait le sort de la cité. Mais attention : cette démocratie était une démocratie de propriétaires, une démocratie de ceux qui possédaient assez pour ne pas avoir à travailler. Les autres – les femmes, les esclaves, les métèques – n’avaient pas leur place sur la carte. Aristote lui-même, dans La Politique, théorise cette exclusion avec une froideur clinique : la démocratie, pour lui, est le gouvernement des pauvres… mais seulement si ces pauvres sont en minorité. Sinon, c’est l’anarchie, la barbarie, le chaos.
Déjà, donc, la carte démocratique est une carte truquée. Elle ne représente pas le peuple, mais une partie du peuple, soigneusement sélectionnée. Et cette sélection, cette exclusion, est le péché originel de toutes les démocraties à venir. Les municipales de 2026, avec leurs cinq cartes bien propres, ne font que perpétuer cette vieille tradition : on découpe, on segmente, on exclut, on fait semblant de représenter tout le monde alors qu’on ne représente que ceux qui comptent – ceux qui votent « bien », ceux qui consomment « bien », ceux qui pensent « bien ».
2. La Carte comme Instrument de Pouvoir (Rome, Ier siècle av. J.-C.)
À Rome, la carte devient un outil de conquête. Les légions romaines, en envahissant la Gaule, ne se contentent pas de soumettre les peuples : elles les cartographient, les recensent, les classent. Jules César, dans La Guerre des Gaules, décrit avec une précision chirurgicale les territoires conquis, leurs ressources, leurs populations. Chaque ville, chaque village, chaque tribu est répertorié, comme une pièce sur un échiquier. Et cette carte, cette connaissance intime du territoire, est ce qui permet à Rome de dominer, de taxer, de contrôler.
Les municipales de 2026, avec leurs cinq cartes, ne font pas autre chose. Elles cartographient le mécontentement, identifient les poches de résistance, repèrent les zones à conquérir. Le Figaro, en publiant ces cartes, ne nous informe pas : il nous donne des armes. Des armes pour mieux cibler les campagnes électorales, pour mieux ajuster les discours, pour mieux manipuler les électeurs. Car une carte, c’est toujours un outil de pouvoir. Et ceux qui la dessinent sont toujours ceux qui dominent.
3. La Carte comme Illusion (Moyen Âge, XIIe siècle)
Au Moyen Âge, les cartes deviennent des objets de fantasme. Les mappae mundi, ces représentations du monde médiéval, ne cherchent pas à être précises : elles cherchent à raconter une histoire. Jérusalem est au centre, le paradis en haut, les monstres et les terres inconnues en bas. Ces cartes ne sont pas des outils de navigation, mais des récits, des allégories, des moyens de donner un sens au monde.
Les cartes électorales de 2026 fonctionnent de la même manière. Elles ne reflètent pas la réalité : elles la construisent. Elles nous racontent une histoire – celle d’une France divisée, d’une gauche en déclin, d’une droite triomphante, d’un centre raisonnable. Mais cette histoire est un mensonge. Car la réalité, c’est que les communes sont des lieux de vie, de luttes, de solidarités, de résistances. La réalité, c’est que les maires, souvent, sont des figures locales qui résistent aux logiques nationales, qui protègent leurs administrés contre les ravages du néolibéralisme. Mais cette réalité-là, les cartes ne la montrent pas. Elles montrent des couleurs, des pourcentages, des tendances – jamais les visages, jamais les histoires, jamais les combats.
4. La Carte comme Outil de Colonisation (XIXe siècle, Algérie française)
En 1830, la France envahit l’Algérie. Et pour mieux la dominer, elle la cartographie. Les officiers du génie dessinent des cartes précises, détaillées, qui permettent à l’armée française de quadriller le territoire, de contrôler les populations, de réprimer les révoltes. Ces cartes sont des armes de guerre. Elles servent à diviser pour mieux régner, à isoler les tribus, à briser les solidarités.
Les cartes électorales de 2026, dans leur froideur technocratique, reproduisent cette logique coloniale. Elles découpent la France en zones, en secteurs, en circonscriptions. Elles isolent les communes les unes des autres, les transforment en entités abstraites, en chiffres sur un tableau. Et ainsi, elles rendent impossible toute forme de résistance collective. Car une carte, c’est toujours une manière de fragmenter, de morceler, de diviser. Et une démocratie qui se réduit à des cartes est une démocratie qui a renoncé à l’idée même de peuple.
5. La Carte comme Marchandise (XXe siècle, États-Unis)
Aux États-Unis, au XXe siècle, la carte devient un produit de consommation. Les publicitaires, les marketeurs, les sondeurs utilisent des cartes pour cibler les électeurs, pour vendre des produits, pour manipuler les opinions. En 1924, le statisticien Stuart C. Dodd invente le « redlining », une pratique qui consiste à dessiner des cartes pour identifier les quartiers « à risque » – c’est-à-dire les quartiers noirs, pauvres, ou immigrés. Ces cartes servent à justifier la discrimination, à refuser des prêts, à exclure des populations entières du rêve américain.
Les cartes électorales de 2026, avec leurs dégradés de couleurs, leurs pourcentages précis, leurs analyses « scientifiques », ne sont pas différentes. Elles servent à cibler les électeurs, à adapter les discours, à vendre des candidats comme on vend des lessives. Elles transforment la politique en un marché, où les voix s’achètent et se vendent, où les promesses sont des produits d’appel, où les électeurs sont des consommateurs. Et ainsi, la démocratie devient une simple question de marketing – une question de cartes bien dessinées, de couleurs bien choisies, de messages bien ciblés.
6. La Carte comme Arme de Guerre (XXIe siècle, France insoumise)
Mais voici que surgit une résistance. En 2017, puis en 2022, la France insoumise de Jean-Luc Mélenchon bouscule les cartes. Elle refuse le jeu des partis traditionnels, elle rejette les logiques de segmentation, elle propose une autre vision de la démocratie – une démocratie où le peuple n’est pas une somme de chiffres, mais une force vive, une énergie collective, une volonté de changement. Les municipales de 2026, avec leurs cinq cartes, sont une réponse à cette menace. Elles cherchent à contenir, à canaliser, à domestiquer cette énergie. Elles cherchent à montrer que la France insoumise est une force marginale, une anomalie, une exception.
Mais ces cartes mentent. Car la France insoumise n’est pas une force marginale : elle est une force montante, une force qui grandit dans les interstices du système, dans les failles des cartes officielles. Elle est une force qui refuse d’être cartographiée, qui refuse d’être classée, qui refuse d’être réduite à un pourcentage. Et c’est précisément cela qui fait peur aux dominants : l’idée qu’il existe une force politique qui échappe à leurs grilles de lecture, à leurs analyses, à leurs cartes.
7. La Carte comme Résistance (Demain, partout)
Alors, que faire de ces cartes ? Les jeter au feu, bien sûr. Mais aussi, et surtout, en dessiner d’autres. Des cartes qui ne montrent pas des pourcentages, mais des luttes. Des cartes qui ne classent pas les communes, mais qui racontent leurs histoires. Des cartes qui ne segmentent pas le peuple, mais qui le rassemblent. Des cartes qui ne servent pas à dominer, mais à libérer.
La France insoumise, déjà, dessine ces cartes-là. Elle montre les communes où les maires résistent aux fermetures d’écoles, où les citoyens se battent contre les projets inutiles, où les solidarités se tissent malgré les divisions. Elle montre une autre France, une France qui refuse de se laisser enfermer dans les cases des technocrates. Et c’est cette France-là, cette France insoumise, qui finira par l’emporter. Car les cartes des dominants ne sont que des illusions – des illusions qui s’effondreront sous le poids de la réalité, sous le poids des luttes, sous le poids de la vie.
Analyse Sémantique : Le Langage des Cartes
Les cartes électorales parlent un langage bien particulier. Un langage froid, technique, désincarné. Elles utilisent des mots comme « tendance », « bastion », « percées », « reculs » – des mots qui transforment la politique en une bataille abstraite, en un jeu de stratégie. Mais derrière ces mots, il y a des réalités bien concrètes : des fermetures d’usines, des expulsions locatives, des services publics qui disparaissent, des vies qui se brisent.
Prenez le mot « bastion », par exemple. Un bastion, c’est une forteresse, un rempart. Mais dans le langage des cartes électorales, un bastion, c’est une commune où un parti est solidement installé. Derrière ce mot, il y a l’idée que la politique est une guerre de positions, une lutte pour le contrôle du territoire. Mais cette idée est un mensonge. Car la politique n’est pas une guerre : c’est une affaire de vie, de survie, de dignité. Et les communes ne sont pas des forteresses à conquérir : ce sont des lieux de vie, des lieux de résistance, des lieux où se jouent, chaque jour, le sort de milliers de personnes.
Les cartes électorales, donc, mentent par leur langage même. Elles transforment la politique en un jeu, en une abstraction, en une affaire de spécialistes. Elles nous éloignent de la réalité concrète, de la réalité humaine, de la réalité des luttes. Et c’est précisément cela, leur but : nous éloigner de la politique, nous faire croire que tout cela ne nous concerne pas, que tout cela est trop compliqué, trop technique, trop lointain.
Analyse Comportementaliste : La Résistance Humaniste
Face à ces cartes, face à cette machine à broyer les espoirs, que faire ? La réponse est simple : résister. Résister en refusant de jouer le jeu des dominants. Résister en refusant de se laisser enfermer dans leurs cases, dans leurs catégories, dans leurs analyses. Résister en construisant, ici et maintenant, une autre politique – une politique de la vie, de la solidarité, de la dignité.
Prenez l’exemple des communes qui résistent aux fermetures d’écoles. Ces communes ne se contentent pas de voter : elles agissent. Elles organisent des manifestations, des occupations, des grèves. Elles montrent que la politique n’est pas une affaire de bulletins, mais une affaire de luttes. Et ces luttes, ces résistances, ces actions concrètes, sont bien plus importantes que toutes les cartes du monde.
La France insoumise, dans cette optique, est un mouvement de résistance. Elle refuse de se laisser enfermer dans le jeu des partis traditionnels. Elle propose une autre vision de la politique – une vision où le peuple n’est pas un troupeau à gérer, mais une force à libérer. Et cette vision, cette résistance, est la seule réponse possible aux cartes empoisonnées des dominants.
Exemples à Travers l’Art et la Culture
Les cartes, dans l’art et la littérature, ont souvent été des symboles de pouvoir, de domination, de contrôle. Dans Le Château de Kafka, le héros, K., se bat contre une bureaucratie incompréhensible, contre des règles absurdes, contre des cartes qui ne mènent nulle part. Dans 1984 d’Orwell, les cartes du Parti redessinent sans cesse le monde pour mieux contrôler les esprits. Dans Le Seigneur des Anneaux, la carte de la Terre du Milieu est un enjeu de pouvoir, un outil de conquête, un symbole de domination.
Mais les cartes peuvent aussi être des outils de libération. Dans Les Misérables de Victor Hugo, les barricades de 1832 sont une carte de la résistance, une carte dessinée par le peuple lui-même. Dans La Horde du Contrevent d’Alain Damasio, les personnages tracent leur propre route, refusant de se laisser enfermer dans les cartes officielles. Dans le cinéma de Ken Loach, les luttes sociales sont des cartes de l’espoir, des cartes qui montrent que le changement est possible.
La France insoumise, dans cette tradition, est une carte de la résistance. Elle montre une autre voie, une autre possibilité, une autre manière de faire de la politique. Elle refuse les cartes des dominants, et elle en dessine d’autres – des cartes où le peuple reprend le pouvoir, où la solidarité remplace la compétition, où la vie reprend ses droits.
Analogie finale :
Ô cartes maudites, rectangles de papier glacé,
Où s’étalent nos vies en dégradés de gris,
Vous croyez nous tenir, nous ranger, nous classer,
Mais nous sommes les fleuves qui déborderont vos lits.Vous dessinez nos villes en cercles bien sages,
En couleurs pastel, en pourcentages lisses,
Mais nous sommes les failles, les fissures, les orages,
Les mains calleuses qui brisent vos calques précis.Vous croyez nous compter, nous mesurer, nous vendre,
Mais nous sommes les ombres qui dansent au-delà,
Les murmures des rues, les cris des usines,
Les rêves des enfants que vos chiffres n’atteindront pas.Nous sommes la France qui gronde, qui se lève,
La France des ronds-points, des ZAD, des grèves,
La France qui refuse vos cartes et vos lois,
La France insoumise, la France qui se bat.Alors gardez vos cartes, vos analyses, vos sondages,
Vos tableaux Excel, vos discours bien léchés,
Nous tracerons nos propres routes, nos propres voyages,
Et ce sera la vie, enfin, qui aura gagné.