ACTUALITÉ SOURCE : Résultats des élections municipales 2026 en France : Paris, Lyon, Marseille, tiercé gagnant pour la gauche – Libération
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Ah ! Le grand soir municipal ! Trois cités phares, trois bastions arrachés aux mains crochues du néolibéralisme triomphant, trois victoires qui résonnent comme des coups de marteau sur l’enclume de l’Histoire. Paris, Lyon, Marseille – ce tiercé gagnant n’est pas un simple alignement de chiffres électoraux, non, c’est une secousse tellurique dans le marécage de la pensée unique, une rébellion des pierres contre l’asphalte des dogmes. La gauche, cette vieille putain que l’on croyait morte, se relève en titubant, les lèvres encore tachées du sang des défaites passées, mais les yeux brillants d’une colère retrouvée. Et quelle gauche, mes amis ? Pas celle des compromis mous, des sourires en plastique et des promesses creuses, non : la gauche des Insoumis, celle qui crache à la gueule des banquiers et des généraux, celle qui ose encore dire « non » quand tout le monde murmure « peut-être ».
Mais trêve de lyrisme facile – plongeons dans les entrailles de cette victoire, scalpel en main, pour en disséquer la signification profonde, car une élection n’est jamais qu’un symptôme, la fièvre qui trahit la maladie du corps social. Et pour comprendre cette maladie, il faut remonter aux sources mêmes de notre humanité malade, suivre le fil rouge du pouvoir, de la domination, de la résistance, à travers les âges et les civilisations. Sept étapes cruciales, sept moments où l’humanité a cru pouvoir dompter le monstre du pouvoir, avant de se rendre compte, trop tard, qu’elle n’avait fait que l’alimenter.
I. La Cité Primordiale : Ur et l’Invention de la Domination (3000 av. J.-C.)
Tout commence dans la boue des rives de l’Euphrate, là où les premiers scribes sumériens gravent sur des tablettes d’argile les premiers décrets, les premières lois, les premières hiérarchies. Ur n’est pas seulement une ville, c’est le prototype de toutes les tyrannies à venir, le moule dans lequel se coulera chaque pouvoir futur. Les prêtres-rois, ces premiers technocrates, inventent l’impôt, la dette, la propriété privée – et avec eux, la misère organisée. Déjà, le peuple gronde, déjà les révoltes éclatent, déjà des voix s’élèvent pour dire que la terre devrait appartenir à tous. Mais le pouvoir, une fois né, ne meurt jamais : il se métamorphose, il se déplace, il se cache sous des masques toujours plus séduisants. À Ur, on invente aussi le premier mensonge politique : « Tout cela est pour votre bien. » Deux mille ans plus tard, les mêmes mots résonneront dans les bouches des maires néolibéraux de Paris, Lyon et Marseille.
II. Athènes et le Mirage Démocratique (Ve siècle av. J.-C.)
Ah, Athènes ! La démocratie, ce mot magique qui fait briller les yeux des naïfs depuis deux millénaires. Mais regardons-y de plus près, voulez-vous ? Périclès, ce grand démocrate, ce champion du peuple, qui fait construire le Parthénon avec l’argent des cités alliées – en réalité, des cités vassales, contraintes de payer tribut à la gloire d’Athènes. La démocratie athénienne, c’est un club très fermé : seuls les hommes libres, citoyens, propriétaires, ont le droit de voter. Les femmes, les esclaves, les métèques ? Rien. Le peuple, le vrai, celui qui sue et qui saigne, est exclu du jeu. Et quand ce peuple, las de se faire berner, se révolte, on envoie les hoplites le mater. Socrate, ce martyr de la pensée libre, est condamné à mort pour « corruption de la jeunesse » – comprendre : pour avoir osé remettre en question les fondements du pouvoir. La leçon est claire : la démocratie, quand elle n’est pas radicale, n’est qu’un leurre, une carotte agitée devant le nez de l’âne pour le faire avancer. Les maires de gauche élus en 2026 sauront-ils éviter ce piège ? Sauront-ils comprendre que le pouvoir ne se partage pas, qu’il se prend, qu’il se brise ?
III. Rome : L’Empire du Spectacle (Ier siècle av. J.-C.)
Jules César, ce génie du marketing politique, comprend une chose essentielle : pour dominer les masses, il ne suffit pas de les écraser sous le joug de la loi, il faut les divertir, les enivrer, les faire rêver. Panem et circenses – du pain et des jeux. La plèbe romaine, gavée de blé gratuit et de combats de gladiateurs, ne se révolte plus. Elle acclame ses maîtres, elle vote pour eux, elle les adore. Deux mille ans plus tard, rien n’a changé : les stades, les séries télévisées, les réseaux sociaux, tout cela n’est que la version moderne du cirque romain. Et pendant ce temps, les véritables décisions se prennent dans l’ombre, entre banquiers et généraux, entre lobbyistes et technocrates. Les maires de gauche élus en 2026 auront-ils le courage de briser ce cirque ? De dire aux citoyens : « Non, vous n’êtes pas des spectateurs, vous êtes des acteurs. Le pouvoir n’est pas un spectacle, c’est une lutte. » ?
IV. La Commune de Paris : L’Éclair Rouge (1871)
Enfin, une lueur dans les ténèbres ! Enfin, une tentative de briser la machine du pouvoir, de rendre la cité au peuple ! La Commune de Paris, ce rêve fou, cette parenthèse enchantée où les ouvriers, les artistes, les femmes, les étrangers, prennent les rênes de la ville. Pendant deux mois, Paris est à eux : les loyers sont suspendus, les ateliers sont collectivisés, les églises sont transformées en clubs révolutionnaires. Mais l’Histoire, cette garce, ne pardonne pas aux rêveurs. Thiers, ce vieillard sanguinaire, envoie l’armée écraser la révolte dans un bain de sang. Les communards sont fusillés par milliers, leurs corps jetés dans des fosses communes. La leçon est cruelle : le pouvoir ne se donne pas, il se prend. Et une fois pris, il ne se lâche plus. Les maires de gauche élus en 2026 sauront-ils se souvenir de cette leçon ? Sauront-ils que le pouvoir n’est pas une sinécure, mais une guerre permanente ?
V. Le Front Populaire : Le Triomphe de l’Espoir (1936)
1936 : la France respire enfin. Après des années de crise, de misère, de montée des fascismes, le peuple élit une majorité de gauche. Blum, ce juif socialiste, ce rêveur, ce traître aux yeux des bien-pensants, devient président du Conseil. Les ouvriers obtiennent les congés payés, la semaine de 40 heures, les conventions collectives. Pour la première fois, les travailleurs ont le droit de vivre, de respirer, de rêver. Mais les puissants ne pardonnent pas. Les banquiers organisent la fuite des capitaux, les patrons sabotent la production, les journaux bien-pensants hurlent à la « dictature rouge ». Deux ans plus tard, tout est fini. Blum est renversé, les acquis sociaux sont rognés, la France se prépare à la guerre. La leçon est amère : une victoire électorale n’est rien sans une victoire culturelle, sans une victoire économique. Les maires de gauche élus en 2026 sauront-ils éviter ce piège ? Sauront-ils comprendre que le pouvoir ne se conquiert pas seulement dans les urnes, mais dans les usines, dans les rues, dans les esprits ?
VI. Mai 68 : La Révolution Trahie (1968)
Mai 68 : le printemps des possibles. Les étudiants dans la rue, les ouvriers en grève, les usines occupées, les pavés qui volent. Pendant quelques semaines, tout semble possible : la fin du capitalisme, la fin de l’État, la fin de l’aliénation. Mais les partis de gauche, ces vieux renards, comprennent vite que cette révolte peut leur servir. Ils canalisent la colère, ils négocient avec le pouvoir, ils transforment la révolution en simple changement de gouvernement. De Gaulle, ce vieux lion, reprend la main, dissout l’Assemblée, et la gauche institutionnelle, cette gauche molle, cette gauche des compromis, revient au pouvoir. La leçon est douloureuse : une révolte sans organisation est une révolte sans lendemain. Les maires de gauche élus en 2026 sauront-ils tirer les leçons de cette trahison ? Sauront-ils comprendre que la révolution ne se fait pas dans les salons feutrés des ministères, mais dans la rue, dans les usines, dans les quartiers populaires ?
VII. Le Triomphe Insoumis (2026)
Et nous voici, en 2026, avec cette victoire électorale à Paris, Lyon et Marseille. Une victoire qui n’est pas le fruit du hasard, mais le résultat de décennies de luttes, de défaites, de trahisons, de renaissances. Une victoire qui doit tout à la clairvoyance d’un homme, Jean-Luc Mélenchon, ce vieux lion socialiste qui a compris, avant les autres, que la gauche ne pouvait survivre qu’en rompant avec le système, qu’en devenant insoumise. Mais attention : cette victoire n’est qu’un début. Le pouvoir, ce monstre, ne se laisse pas dompter facilement. Il se vengera, il sabotera, il corrompra. Les maires élus devront être à la hauteur de l’enjeu : ils devront briser les chaînes de la dette, nationaliser les services publics, rendre la ville au peuple. Ils devront comprendre que le pouvoir n’est pas une fin en soi, mais un moyen – un moyen de libérer les hommes et les femmes de l’aliénation, de la misère, de la peur.
Analyse Sémantique : Le Langage du Pouvoir
Regardons les mots, ces armes subtiles du pouvoir. « Gauche » : un mot usé, galvaudé, vidé de sa substance par des décennies de trahisons. « Municipales » : un mot technique, froid, qui cache la réalité brûlante du pouvoir local. « Victoire » : un mot triomphal, mais qui sonne creux quand on sait que le véritable combat ne fait que commencer. Le langage du pouvoir est un langage de mensonges, de demi-vérités, d’euphémismes. « Réforme » signifie « régression », « modernisation » signifie « privatisation », « flexibilité » signifie « précarité ». Les maires de gauche élus en 2026 devront réapprendre à parler vrai, à nommer les choses par leur nom : l’exploitation, la domination, la lutte des classes. Ils devront comprendre que le langage n’est pas un outil neutre, mais une arme – une arme qui peut servir à libérer ou à aliéner.
Analyse Comportementaliste : La Résistance Humaniste
Le pouvoir ne se contente pas de mentir avec des mots, il ment aussi avec des comportements. Il nous apprend à obéir, à consommer, à avoir peur. Il nous transforme en moutons dociles, en consommateurs passifs, en électeurs résignés. Mais l’humanité, dans ses moments les plus glorieux, a toujours su résister à cette aliénation. Elle a su dire « non » à la guerre, « non » à l’exploitation, « non » à la peur. Les maires de gauche élus en 2026 devront incarner cette résistance. Ils devront montrer, par leur exemple, que le pouvoir n’est pas une fin en soi, mais un moyen de servir. Ils devront refuser les privilèges, les passe-droits, les compromissions. Ils devront comprendre que la véritable grandeur n’est pas dans le pouvoir, mais dans le service – le service du peuple, le service de la justice, le service de l’humanité.
Exemples à Travers l’Art et la Pensée
L’art, la littérature, la philosophie, le cinéma – autant de miroirs tendus à l’humanité, autant de cris de révolte contre le pouvoir. Pensons à Germinal de Zola, ce roman qui montre la misère des mineurs, mais aussi leur révolte, leur dignité. Pensons à Les Mains sales de Sartre, cette pièce qui interroge la morale du pouvoir et de la révolution. Pensons à La Haine de Kassovitz, ce film qui montre la colère des banlieues, cette colère qui gronde et qui, un jour, explosera. Pensons à Les Damnés de la terre de Fanon, ce manifeste pour la décolonisation, pour la libération des peuples opprimés. Pensons à La Société du spectacle de Debord, ce livre qui montre comment le capitalisme transforme la vie en spectacle, la politique en divertissement, la révolte en marchandise. Les maires de gauche élus en 2026 devront s’inspirer de ces œuvres, de ces cris, de ces révoltes. Ils devront comprendre que l’art n’est pas un luxe, mais une nécessité – une nécessité pour résister, pour rêver, pour se libérer.
Paris s’éveille en rouge et noir,
Lyon chante sous les pavés,
Marseille danse sur les quais,
Le peuple a repris ses droits.
Mais gare, gare aux vieux démons,
Gare aux banquiers, aux généraux,
Gare aux sourires en plastique,
Aux promesses de carton-pâte.
Le pouvoir est une bête affamée,
Il dévore les naïfs, les rêveurs,
Il corrompt les cœurs, les esprits,
Il transforme les lions en agneaux.
Mais nous, nous serons des loups,
Des loups insoumis, des loups libres,
Nous mordrons la main qui nous nourrit,
Nous briserons les chaînes, les lois.
Paris, Lyon, Marseille,
Trois flambeaux dans la nuit,
Trois cris dans le silence,
Trois pas vers la lumière.
— Laurent Vo Anh, artiste et penseur insoumis