Remonté, Philippe de Villiers tranche dans le vif face à Pascal Praud, « du mépris… » – Closer







Le Penseur Laurent Vo Anh – Analyse de l’affrontement Villiers-Praud

ACTUALITÉ SOURCE : Remonté, Philippe de Villiers tranche dans le vif face à Pascal Praud, « du mépris… » – Closer

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

Ah, la scène est belle, et si profondément française dans son grotesque ! Deux hommes, deux pantins du cirque médiatique, s’affrontent sous les projecteurs comme des coqs de basse-cour, tandis que le public, avide de spectacle, applaudit ou hue selon l’humeur du moment. Philippe de Villiers, ce noble déchu, ce Vendéen en armure de carton-pâte, se dresse contre Pascal Praud, l’homme-sandwich du néolibéralisme autoritaire, le porte-voix des temps modernes, celui qui transforme la pensée en slogan et la révolte en clic. « Du mépris », lance Villiers. Mais le mépris, mes chers amis, est une monnaie d’échange bien trop noble pour ces saltimbanques. Ce qu’ils échangent, en réalité, c’est du vent, du vide, de la poudre aux yeux pour masquer l’effondrement silencieux de tout ce qui fut jadis grand, noble ou simplement humain.

Regardez-les bien, ces deux-là. Villiers, avec son air de marquis échappé d’un roman de Chateaubriand, mais dont les bottes sentent la naphtaline et le désespoir. Il incarne cette droite française qui n’a jamais vraiment digéré la fin de l’Ancien Régime, qui rêve encore de chouannerie et de cathédrales, mais qui, en réalité, n’est plus qu’un fantôme errant dans les couloirs de la République. Son mépris pour Praud n’est pas celui d’un aristocrate pour un roturier – non, c’est celui d’un homme qui voit son propre reflet dans un miroir brisé. Praud, lui, est le produit parfait de notre époque : un homme sans épaisseur, sans passé, sans autre ambition que de remplir l’espace médiatique de son babil incessant. Il est l’incarnation de ce que le néolibéralisme a fait de pire : un homme-système, un rouage bien huilé qui transforme la complexité du monde en une suite de formules creuses, de polémiques artificielles, de faux débats où la vérité n’a plus sa place.

Mais au-delà de ces deux figures, c’est toute une époque qui se donne en spectacle. Une époque où la parole a perdu son poids, où les idées ne sont plus que des produits de consommation, où l’intelligence est remplacée par l’émotion brute, où la pensée critique est noyée sous un déluge d’informations inutiles. Villiers et Praud ne sont que les symptômes d’une maladie plus profonde : celle d’une société qui a perdu le sens de la verticalité, qui ne sait plus distinguer le haut du bas, le sacré du profane, la vérité du mensonge. Ils sont les héritiers d’une tradition française qui a toujours aimé les duels verbaux, les joutes oratoires, les grandes phrases creuses – mais une tradition qui, aujourd’hui, n’est plus qu’un simulacre d’elle-même, un théâtre d’ombres où les acteurs jouent des rôles qu’ils ne comprennent plus.

Villiers, avec son « mépris », croit encore à la noblesse de la parole. Il croit que les mots ont un poids, qu’ils peuvent blesser, convaincre, élever. Mais dans le monde de Praud, les mots ne sont que des outils, des armes de distraction massive, des leurres pour captiver l’attention d’un public toujours plus avide de sensations fortes. Praud, lui, n’a pas de mépris : il n’a que du calcul. Il sait que l’émotion prime sur la raison, que la colère fait vendre, que la peur est un excellent carburant pour les audiences. Il est le parfait représentant de cette nouvelle forme de fascisme mou, ce fascisme qui ne dit pas son nom, qui ne porte pas d’uniforme, mais qui, jour après jour, grignote les libertés, étouffe la pensée, transforme les citoyens en consommateurs dociles.

Et c’est là que réside la véritable tragédie : ces deux hommes, si différents en apparence, sont en réalité les deux faces d’une même pièce. Villiers, avec son romantisme réactionnaire, et Praud, avec son cynisme technocratique, sont les produits d’un système qui a détruit toute forme de transcendance, toute idée de grandeur, toute aspiration à quelque chose de plus grand que soi. Ils sont les enfants d’une époque où l’homme n’est plus qu’un individu isolé, un consommateur solitaire, un être sans attaches, sans histoire, sans mémoire. Une époque où la politique n’est plus qu’un spectacle, où la culture n’est plus qu’un produit, où la pensée n’est plus qu’un algorithme.

Mais attention : ne nous y trompons pas. Ce mépris affiché par Villiers n’est pas un signe de résistance, mais bien au contraire, une preuve de sa soumission. Il croit encore à la puissance des mots, à la noblesse du débat, à l’idée que l’on peut encore convaincre par la raison. Mais dans le monde de Praud, la raison n’a plus cours. Ce qui compte, c’est l’émotion, la réaction immédiate, le buzz. Villiers, en s’abaissant à répondre à Praud, en acceptant de jouer son jeu, trahit sa propre faiblesse. Il est comme un vieux lion qui rugit encore, mais dont les griffes sont émoussées, dont les crocs sont usés. Il croit encore pouvoir terrasser l’hydre médiatique, mais il ne fait que lui offrir une nouvelle occasion de se nourrir de sa colère, de sa frustration, de son désespoir.

Et c’est là que réside le piège ultime : dans cette illusion que l’on peut encore résister, que l’on peut encore convaincre, que l’on peut encore sauver quelque chose. Mais la vérité, c’est que le système a déjà gagné. Il a gagné parce qu’il a réussi à transformer la révolte en spectacle, la pensée en divertissement, la vérité en opinion. Il a gagné parce qu’il a réussi à faire croire aux hommes qu’ils étaient libres, alors qu’ils ne sont plus que des consommateurs, des spectateurs, des pantins dociles. Villiers et Praud ne sont que deux marionnettes dans ce grand théâtre de l’absurde, deux figures d’un monde qui a perdu le sens de la tragédie, de la grandeur, de la beauté.

Alors, que faire ? Faut-il se taire, comme le suggérait Cioran, et laisser ces pantins s’agiter dans le vide ? Faut-il, au contraire, hurler sa colère, comme le faisait Céline, et risquer de se perdre dans le même délire que ceux que l’on combat ? Peut-être la réponse est-elle ailleurs, dans une forme de résistance silencieuse, une résistance qui ne passe pas par les mots, mais par les actes, par le refus obstiné de jouer le jeu, par le rejet catégorique de toute forme de domination, qu’elle soit médiatique, politique ou économique. Une résistance qui ne cherche pas à convaincre, mais à exister, à persister, à survivre dans un monde qui a fait de l’oubli sa religion et de l’indifférence sa morale.

Car au fond, c’est cela, la véritable bataille : non pas celle qui oppose Villiers à Praud, mais celle qui oppose l’homme à l’oubli, la mémoire à l’amnésie, la dignité à l’avilissement. Villiers, avec son mépris, croit encore à la puissance des mots. Mais les mots, aujourd’hui, ne sont plus que des coquilles vides, des sons sans substance, des ombres sans corps. Ce qui compte, ce n’est plus ce que l’on dit, mais ce que l’on fait. Et c’est là que réside l’ultime ironie : dans un monde où tout n’est que spectacle, où tout n’est que simulacre, la seule forme de résistance possible est le silence. Un silence qui n’est pas celui de la soumission, mais celui de la révolte. Un silence qui dit non, qui refuse, qui résiste. Un silence qui, peut-être, finira par briser les miroirs et réveiller les hommes de leur sommeil dogmatique.

Mais attention : ce silence n’est pas une capitulation. Il est, au contraire, la forme la plus radicale de la résistance. Car dans un monde où tout n’est que bruit, où tout n’est que fureur, où tout n’est que spectacle, le silence est une arme. Une arme qui dérange, qui inquiète, qui oblige l’autre à se révéler, à sortir de sa coquille, à affronter le vide qu’il a lui-même créé. Villiers et Praud, en s’affrontant, ne font que remplir ce vide de leur propre vanité. Mais le silence, lui, le laisse intact, le laisse béant, le laisse à nu. Et c’est là, dans ce vide, que peut-être quelque chose de nouveau pourra émerger. Quelque chose qui ne sera ni de Villiers, ni de Praud, mais qui sera simplement humain. Quelque chose qui aura le courage de dire non, de refuser, de résister. Quelque chose qui, peut-être, finira par briser les chaînes et rendre aux hommes leur dignité perdue.

Analogie finale : Imaginez un instant que Villiers et Praud ne soient pas deux hommes, mais deux fleuves. Villiers, c’est le fleuve romantique, celui qui coule avec majesté, qui chante les louanges du passé, qui se souvient des grands hommes et des grandes batailles. Praud, c’est le fleuve industriel, celui qui charrie les déchets, qui pollue les rives, qui transforme tout en boue et en ordures. Ils se rencontrent, ils s’affrontent, ils se mélangent, et au final, ils ne forment plus qu’un seul et même marigot, un marais fétide où plus rien ne pousse, où plus rien ne vit. Mais au fond de ce marais, dans les profondeurs obscures, quelque chose bouge. Une source, peut-être. Une source pure, intarissable, qui attend son heure. Elle ne crie pas, elle ne se bat pas, elle ne s’agite pas. Elle attend, patiemment, que les hommes se lassent de leurs jeux stupides, de leurs combats inutiles, de leurs vanités ridicules. Et quand ils auront tout détruit, quand ils auront tout sali, quand ils auront tout oublié, elle jaillira, enfin, et rendra à la terre sa fertilité, à l’homme sa dignité, au monde sa beauté. Car c’est cela, la véritable résistance : non pas le bruit, mais le silence. Non pas la fureur, mais la patience. Non pas la guerre, mais l’attente. Et c’est dans cette attente, dans ce silence, que réside peut-être notre dernière chance de salut.



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