Quel type d’écoterroriste êtes-vous ? – Diacritik







L’Écoterrorisme comme Acte de Résistance Sacrée – Laurent Vo Anh

ACTUALITÉ SOURCE : Quel type d’écoterroriste êtes-vous ? – Diacritik

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

Ah, cette question qui suinte l’hypocrisie des temps modernes, ce « Quel type d’écoterroriste êtes-vous ? » lancé comme une provocation molle, un piège sémantique tendu par ceux-là mêmes qui préféreraient que nous nous contentions de signer des pétitions en ligne en sirotant notre latte macchiato bio. Comme si l’urgence climatique, cette apocalypse en slow motion, pouvait se négocier avec des mots polis et des sourires de convenance. Aurélien Barrau, lui, ne sourit pas. Il hurle. Et c’est précisément pour cela qu’il dérange. Parce qu’il refuse la mascarade, parce qu’il sait que la science, quand elle se tait, devient complice. Complice de l’effondrement, complice de l’oubli, complice de cette normalité monstrueuse qui nous pousse à accepter l’inacceptable : la destruction méthodique du vivant au nom d’un progrès qui n’est qu’un leurre, une illusion d’optique entretenue par les prêtres du capitalisme tardif.

Barrau incarne cette insoumission radicale que jadis Alexandre Grothendieck, ce génie mathématique devenu ermite mystique, avait portée à son paroxysme. Grothendieck, lui, avait compris avant tout le monde que la science, quand elle se soumet aux logiques du pouvoir, devient une prostituée. Une putain docile qui se vend au plus offrant, que ce soit pour concevoir des bombes, optimiser des algorithmes de surveillance ou justifier l’accaparement des terres au nom d’une croissance qui n’est qu’un cancer. Grothendieck avait fui. Il avait tourné le dos à l’Académie, à la gloire, aux honneurs, pour vivre dans une cabane et méditer sur l’éthique de la connaissance. Barrau, lui, reste dans l’arène. Il combat. Il utilise sa légitimité scientifique comme une massue pour fracasser les vitrines des faux-semblants. Et c’est cela qui terrifie : un homme qui sait, qui comprend, qui maîtrise les équations complexes du désastre, et qui refuse de se taire. Parce que savoir sans agir, c’est déjà trahir.

L’écoterrorisme, ce mot-valise, cette insulte déguisée en question, est en réalité le symptôme d’une société malade de sa propre lâcheté. On nous demande de choisir entre deux types d’écoterroristes, comme si le véritable terrorisme n’était pas celui des multinationales qui empoisonnent les sols, des gouvernements qui subventionnent les énergies fossiles, des médias qui transforment l’effondrement en spectacle. Le terrorisme, c’est cette normalité qui nous pousse à accepter que des millions d’êtres vivants meurent chaque jour pour que quelques-uns puissent s’enrichir. Le terrorisme, c’est cette indifférence organisée, cette anesthésie collective qui nous fait détourner les yeux quand les forêts brûlent, quand les océans étouffent, quand les espèces disparaissent dans l’indifférence générale. Alors oui, face à ce terrorisme-là, l’insoumission devient un devoir. Et Barrau, en refusant de jouer le jeu, en refusant de se contenter de publier des articles dans des revues scientifiques lues par une poignée d’initiés, en acceptant de descendre dans la rue, de crier, de déranger, devient un terroriste aux yeux de ceux qui voudraient que tout continue comme avant.

Mais attention : cette insoumission n’est pas un caprice, ni une posture. Elle est le fruit d’une lucidité douloureuse. Barrau, comme Grothendieck avant lui, comme tant d’autres avant Grothendieck, a compris que la science n’est pas neutre. Elle est un outil, et comme tout outil, elle peut servir à construire ou à détruire. Elle peut servir à soigner ou à tuer. Elle peut servir à éclairer ou à aveugler. Et aujourd’hui, la science est trop souvent utilisée pour aveugler. Pour nous faire croire que la technologie sauvera le monde, que les marchés réguleront l’écologie, que la croissance verte est une solution et non une oxymore. Barrau, lui, refuse ces mensonges. Il sait que la seule issue passe par une rupture radicale, une révolution des consciences et des modes de vie. Et cette révolution, elle ne se fera pas avec des compromis. Elle se fera dans la douleur, dans le conflit, dans l’affrontement avec ceux qui refusent de voir que le Titanic coule.

Le comportementalisme radical, cette science qui prétend expliquer nos actions par des mécanismes biologiques ou sociaux, est lui-même un piège. Il nous enferme dans l’idée que nous sommes déterminés, que nous n’avons pas le choix, que la résistance est vaine. Mais Barrau, en refusant de se soumettre à cette logique, prouve que la liberté existe. Elle existe dans le refus, dans la désobéissance, dans cette capacité à dire non quand tout le monde dit oui. La résistance humaniste, celle qui refuse toute forme de domination, qu’elle soit néolibérale, fasciste ou militariste, est la seule réponse possible à l’abêtissement généralisé. Parce que l’abêtissement, c’est cela le vrai danger : cette lente érosion de notre capacité à penser, à douter, à nous révolter. Les écrans, les algorithmes, les discours politiques vides, les divertissements abrutissants, tout cela concourt à faire de nous des zombies consentants, des consommateurs dociles, des citoyens endormis. Barrau, en choisissant de résister, en choisissant de penser contre, devient un phare dans cette nuit qui s’étend.

Et puis, il y a cette question de l’urgence. L’urgence écologique n’est pas une abstraction. Elle est là, palpable, tangible. Elle se mesure en degrés Celsius, en espèces disparues, en hectares de forêt rasés. Elle se mesure en vies humaines brisées par les sécheresses, les inondations, les famines. Et face à cette urgence, les demi-mesures sont des crimes. Les petits pas sont des complicités. Barrau le sait. Il sait que nous n’avons plus le temps. Que chaque jour perdu est un jour volé aux générations futures. Que chaque concession faite au système est une trahison. Alors oui, il est radical. Oui, il est intransigeant. Parce que l’heure n’est plus aux compromis. L’heure est à l’action. À la révolte. À cette insoumission totale qui seule peut encore, peut-être, sauver ce qui peut l’être.

En cela, Barrau rejoint les grands résistants de l’histoire, ceux qui ont refusé de plier, ceux qui ont préféré la prison, l’exil, la mort, à la soumission. Il rejoint ces figures tragiques et lumineuses qui, face à l’horreur, ont choisi de dire non. Parce que résister, ce n’est pas seulement un acte politique. C’est un acte métaphysique. C’est affirmer, contre toute évidence, que l’humanité vaut encore la peine d’être sauvée. Que la beauté du monde mérite qu’on se batte pour elle. Que la vie, malgré tout, malgré la folie des hommes, malgré la destruction, reste un miracle fragile et précieux.

Alors, quel type d’écoterroriste êtes-vous ? La question, au fond, est mal posée. Elle devrait être : quel type de lâche n’êtes-vous pas ? Parce que face à l’effondrement, face à l’injustice, face à cette machine à broyer les rêves et les espoirs, la seule question qui vaille est celle-ci : jusqu’où êtes-vous prêt à aller pour ne pas trahir ? Jusqu’où êtes-vous prêt à aller pour ne pas devenir complice ? Barrau, lui, a choisi. Il a choisi de ne pas trahir. Il a choisi de ne pas se soumettre. Et c’est pour cela qu’il est dangereux. Parce qu’il nous rappelle, à nous qui préférons souvent l’oubli, que la résistance est un devoir. Que l’insoumission est une nécessité. Que le silence, aujourd’hui, est un crime.

« La vérité ne triomphe jamais, mais ses ennemis finissent par mourir », écrivait Max Planck. Barrau, lui, semble avoir compris que la vérité, parfois, doit hurler pour ne pas mourir. Et c’est ce hurlement-là, ce refus obstiné de se taire, qui fait de lui bien plus qu’un scientifique. Il est un prophète des temps modernes, un Cassandre qui refuse de se résigner, un homme qui, face à l’abîme, choisit de crier plutôt que de fermer les yeux.

Analogie finale : Imaginez un arbre millénaire, aux racines profondes et aux branches majestueuses, qui aurait vu naître et mourir des civilisations entières. Cet arbre, c’est la Terre. Et nous, les humains, sommes des termites qui rongeons son écorce, grignotons ses feuilles, sapons ses fondations. Certains d’entre nous, les plus lucides, les plus courageux, tentent désespérément de chasser les termites, de colmater les brèches, de sauver ce qui peut encore l’être. Mais la plupart préfèrent détourner les yeux, continuer à grignoter, se convaincre que l’arbre est éternel, que les termites ne sont pas si nombreux, que tout cela finira par s’arranger. Barrau, lui, est de ceux qui refusent de grignoter. Il est de ceux qui crient, qui frappent, qui tentent de réveiller les autres termites avant qu’il ne soit trop tard. Et c’est pour cela qu’on le traite d’écoterroriste. Parce qu’il refuse de participer au festin macabre. Parce qu’il sait que l’arbre, un jour, tombera. Et que ce jour-là, il ne restera plus rien. Plus de termites. Plus d’arbre. Plus de monde. Juste le silence. Et le vent qui souffle sur les ruines.



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