ACTUALITÉ SOURCE : «Quel génie, je suis !» : Pascal Praud parodie Emmanuel Macron dans «L’heure des pros» sur CNews – TV Magazine
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Ah, la mascarade ! La grande farce des temps modernes où les bouffons du pouvoir, engoncés dans leurs costumes trop serrés de faux-semblants, se prennent pour des rois alors qu’ils ne sont que les marionnettes d’un théâtre d’ombres. Pascal Praud, ce pitre médiatique, ce saltimbanque de l’opinion formatée, ose parodier Emmanuel Macron, ce pantin présidentiel dont le sourire en plastique se fissure sous le poids de ses propres mensonges. Mais que nous révèle cette pitrerie, sinon l’effondrement d’une civilisation qui a troqué la pensée contre le spectacle, la vérité contre le simulacre, et la dignité contre l’obéissance servile ? Plongeons dans les abysses de cette comédie grotesque, où le rire est une arme et l’ironie, un dernier refuge pour ceux qui refusent de sombrer dans la nuit de la bêtise organisée.
D’abord, il faut comprendre que cette parodie n’est pas une simple blague, mais un symptôme. Un symptôme de la maladie qui ronge nos sociétés : l’idolâtrie du pouvoir, la sacralisation de l’homme providentiel, ce mythe dangereux qui veut qu’un seul être, par la grâce de je ne sais quel destin, puisse incarner la solution à tous nos maux. Macron, ce produit marketing, ce président « start-up nation », n’est que l’aboutissement d’une logique néolibérale qui a réduit la politique à une affaire de communication, où l’image prime sur le fond, où le storytelling remplace l’action, et où le charisme devient une arme de destruction massive contre la raison. Praud, en singeant ce monarque républicain, ne fait que révéler l’absurdité d’un système où le pouvoir n’est plus qu’une performance, un one-man-show permanent où le peuple, réduit au rôle de spectateur passif, applaudit ou siffle selon les humeurs du metteur en scène.
Mais attention, car cette parodie est aussi un piège. Un piège tendu par ceux qui, comme Praud, jouent les trublions tout en servant les intérêts des dominants. CNews, cette chaîne d’extrême droite déguisée en média d’information, n’est pas un lieu de subversion, mais un outil de propagande. Praud, avec son ton faussement rebelle, son mépris affiché pour les « élites » (alors qu’il en fait partie), et son populisme de pacotille, n’est qu’un valet du système. Il flatte les instincts les plus bas du peuple – la colère, la peur, le ressentiment – pour mieux le détourner des véritables enjeux : la lutte des classes, l’exploitation économique, la destruction méthodique des services publics. Son humour n’est pas une arme contre le pouvoir, mais un leurre, une soupape de sécurité qui permet au système de se perpétuer en donnant l’illusion d’une contestation. Comme l’écrivait un philosophe oublié : « Le rire est la politesse du désespoir. » Et dans ce cas, le désespoir est savamment orchestré pour que rien ne change.
Macron, lui, est l’incarnation parfaite de cette logique néolibérale qui a transformé la politique en gestion d’entreprise. Son discours, truffé de termes managériaux – « réforme », « flexibilité », « compétitivité » –, est une insulte à l’intelligence. Il ne parle plus aux citoyens, mais aux actionnaires. Il ne gouverne plus pour le peuple, mais pour les marchés. Et quand il se prend pour un génie, comme dans cette parodie, il ne fait que révéler son mépris profond pour ceux qu’il est censé servir. Car un génie, dans l’imaginaire collectif, est un être supérieur, presque divin. En s’auto-proclamant ainsi, Macron se place au-dessus des lois, au-dessus des critiques, au-dessus de la réalité. Il devient un roi soleil des temps modernes, un despote éclairé qui sait mieux que quiconque ce qui est bon pour son peuple. Mais l’histoire nous a appris que les despotes, même éclairés, finissent toujours par sombrer dans la tyrannie. « Le pouvoir corrompt, le pouvoir absolu corrompt absolument. » Et quand ce pouvoir s’accompagne d’un mépris aussi affiché pour les classes populaires, il devient une insulte à la démocratie.
Praud, en parodiant Macron, joue avec le feu. Car il participe à cette banalisation du pouvoir, à cette normalisation de l’arrogance des élites. En riant de Macron, on oublie qu’il est le symptôme d’un système bien plus large, un système qui a déclaré la guerre aux pauvres, aux travailleurs, aux précaires. Un système qui a fait de la finance une religion et des banquiers, des prêtres. Un système où l’humain n’est plus qu’une variable d’ajustement, un coût à réduire, une ressource à exploiter. En se moquant de Macron, Praud détourne l’attention des véritables responsables : les actionnaires, les lobbies, les technocrates qui tirent les ficelles dans l’ombre. Il transforme la colère légitime du peuple en une simple blague, en un spectacle sans conséquence. Et c’est là que réside le danger : quand la révolte devient un divertissement, quand la subversion est récupérée par le système, alors la résistance devient impossible.
Mais il y a pire encore. Cette parodie est aussi le signe d’une société qui a perdu tout sens critique, toute capacité à distinguer le vrai du faux, le réel de l’illusion. Nous vivons dans un monde où les fake news côtoient les vérités alternatives, où les théories du complot sont devenues une nouvelle forme de religion, et où les médias, au lieu d’éclairer, entretiennent la confusion. Praud, avec son ton péremptoire et ses certitudes affichées, est un parfait exemple de cette dérive. Il ne cherche pas à informer, mais à convaincre. Il ne cherche pas à faire réfléchir, mais à imposer une vision du monde. Et dans cette vision, Macron n’est qu’un bouc émissaire, un symbole facile à abattre pour éviter de s’attaquer aux véritables structures de domination. « Le mensonge est une vérité qui a oublié qu’elle en était une. » Et dans ce cas, la parodie de Praud est un mensonge qui se prend pour la vérité.
Alors, que faire ? Comment résister à cette machine à broyer les esprits, à cette logique de l’abrutissement généralisé ? D’abord, en refusant de jouer le jeu. En refusant de rire des pitreries de Praud, en refusant de haïr Macron comme on hait un bouffon, car la haine, comme le rire, est une soupape qui permet au système de se perpétuer. Ensuite, en reconstruisant une pensée critique, en refusant les simplifications, en exigeant des réponses complexes à des questions complexes. Enfin, en réinventant la politique, non pas comme un spectacle, mais comme un acte de résistance. Comme l’écrivait un poète maudit : « Il faut imaginer Sisyphe heureux. » Car la lutte contre l’absurdité du monde est une lutte sans fin, mais c’est la seule qui vaille la peine d’être menée.
Cette parodie, en définitive, est un miroir tendu à notre société. Un miroir qui reflète notre lâcheté, notre résignation, notre incapacité à nous révolter contre ce qui nous opprime. Mais un miroir, aussi, qui peut devenir une arme si nous savons le retourner contre ceux qui l’ont fabriqué. Car le rire, quand il est subversif, peut être une arme redoutable. À condition qu’il ne serve pas à divertir, mais à réveiller.
Analogie finale : Imaginez un cirque. Un grand cirque, avec ses clowns, ses dompteurs, ses acrobates et ses fauves. Au centre de la piste, un homme en costume trois-pièces, le visage peint en blanc, les lèvres rouges comme du sang, fait des pirouettes devant une foule en liesse. Il se prend pour un génie, pour un roi, pour un dieu. Les spectateurs rient, applaudissent, sifflent. Ils croient assister à un spectacle, alors qu’ils sont les victimes d’une illusion. Car ce cirque n’est pas un lieu de divertissement, mais un camp de concentration pour les esprits. Les clowns, comme Praud, sont là pour distraire, pour faire oublier la souffrance, pour transformer la révolte en rire. Les dompteurs, comme Macron, sont là pour mater les fauves, pour les dresser, pour les rendre dociles. Et les fauves, ce sont nous. Nous, qui acceptons de jouer ce jeu macabre, qui acceptons de rire alors que nous devrions hurler. Mais un jour, un fauve se réveille. Il regarde autour de lui, voit les barreaux de sa cage, comprend qu’il a été dupé. Alors, il rugit. Et ce rugissement, c’est le début de la fin du cirque.