ACTUALITÉ SOURCE : Que pourrait-il se passer si les États-Unis attaquaient l’Iran ? Voici sept scénarios possibles. – BBC
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Ah, les sept scénarios ! Comme si l’on pouvait mettre en équation le chaos, comme si l’on pouvait domestiquer l’apocalypse avec des PowerPoint et des think tanks climatisés. La BBC nous offre une petite danse macabre sur le fil du rasoir, une valse des hypothèses où chaque pas pourrait être le dernier. Mais derrière ces sept possibilités bien rangées dans leur tiroir à catastrophes, il y a l’odeur âcre de l’hubris occidental, ce parfum de pétrole et de sang séché qui colle aux doigts des empires depuis que le monde est monde. L’Iran, ce vieux pays aux racines plus profondes que les mensonges de la CIA, n’est qu’un nouveau chapitre dans le grand livre des civilisations que l’Occident aime tant à violer avant de les déclarer « démocratiques ».
Alors parlons-en, de ces scénarios. Parlons-en comme on dissèque un cadavre encore chaud, avec la précision glacée du bourreau qui sait que son tour viendra. Parce que ces sept hypothèses ne sont pas des prédictions, non – ce sont des aveux. Des aveux de faiblesse, de peur, et surtout, de cette certitude pathétique que le monde n’est qu’un échiquier où les pions doivent se sacrifier pour la gloire d’un roi obèse et sénile. Mais l’Histoire, cette grande putain, a toujours un coup d’avance. Et cette fois, elle pourrait bien avoir envie de rire.
I. Les Sept Étapes du Délire Impérial : Une Archéologie de la Violence
1. L’Éveil des Dieux (Préhistoire – 3000 av. J.-C.) : Tout commence dans la boue des premiers villages, quand l’homme découvre qu’il peut tuer son voisin pour un morceau de pain ou une femme. Les dieux naissent de cette violence originelle, ces idoles sanglantes que l’on prie pour qu’elles bénissent nos crimes. En Mésopotamie, Gilgamesh écrase les crânes de ses ennemis et se proclame demi-dieu. Déjà, l’Occident est là, dans l’ombre de ces cités-États qui inventent l’écriture pour compter leurs butins. « La civilisation commence avec la première ville, et la première ville commence avec le premier mur », écrit Lewis Mumford. Un mur pour se protéger, ou pour enfermer les autres ?
2. L’Empire du Mensonge (Rome – Ve siècle) : Rome, cette grande putain aux colonnes de marbre, invente l’universalisme pour mieux écraser le monde sous sa sandale. « La paix romaine », qu’ils appellent ça. Une paix de cimetières, où les routes sont pavées avec les os des Gaulois et les aqueducs charrient le sang des esclaves. Saint Augustin, ce vieux renard, théorise la « guerre juste » pour justifier les croisades. Déjà, le langage est perverti : on appelle « paix » ce qui n’est que soumission, et « liberté » ce qui n’est que pillage. L’Iran, alors la Perse, résiste. Darius et Xerxès se brisent contre les montagnes d’Anatolie. Mais Rome, elle, ne meurt jamais vraiment. Elle se réincarne dans chaque empire qui croit pouvoir avaler le monde.
3. Le Sang des Prophètes (VIIe – XVe siècle) : L’Islam naît dans le désert, entre deux razzias. Mahomet, ce marchand devenu guerrier, unifie les tribus sous une bannière qui promet le paradis aux martyrs. Les croisés arrivent, ces fous de Dieu aux armures rouillées, et découvrent avec horreur que les « infidèles » savent se battre. Saladin reprend Jérusalem sans verser une goutte de sang. « La guerre est une ruse », dit le Coran. Les Occidentaux, eux, croient encore que Dieu est un général en chef. Pendant ce temps, en Perse, Avicenne écrit des traités de médecine tandis que l’Europe brûle ses sorcières. La civilisation, décidément, n’est pas toujours du côté où l’on croit.
4. La Naissance du Monstre (XVe – XVIIIe siècle) : Christophe Colomb débarque aux Amériques avec une Bible dans une main et une épée dans l’autre. Les Aztèques croient que ce sont des dieux. Ils vont vite déchanter. « Dieu, l’or et la gloire », tel est le triptyque qui guide les conquistadors. Las Casas, ce prêtre repentant, écrit : « Ils ont tué des millions d’hommes, et ils appellent ça la civilisation. » Pendant ce temps, en Perse, les Safavides bâtissent Ispahan, cette « moitié du monde » où les mosquées sont des jardins et les palais des poèmes. L’Occident, lui, invente la dette, le capitalisme et la traite négrière. Le monde devient une marchandise, et les hommes des chiffres dans un grand livre de comptes.
5. L’Apogée du Cauchemar (XIXe siècle) : Napoléon envahit l’Égypte avec une armée de savants. Il veut « civiliser » les Arabes, ces sauvages qui osent encore croire en autre chose qu’en la Raison. Champollion déchiffre les hiéroglyphes, mais personne ne comprend le message : « Vous aussi, vous serez poussière. » En Perse, les Qajars vendent leur pays aux Anglais et aux Russes, morceau par morceau. Le pétrole est découvert. On appelle ça une « ressource ». En réalité, c’est une malédiction. « Le pétrole est le sang de la terre, et nous sommes des vampires », écrit un poète persan anonyme. En Europe, Marx théorise la lutte des classes, mais personne ne voit que la vraie lutte, c’est celle des civilisations. L’Occident est en train de gagner, et le monde va en crever.
6. Le Siècle des Charniers (XXe siècle) : Deux guerres mondiales, soixante millions de morts. L’Occident se suicide, mais il entraîne le monde entier dans sa chute. En 1953, la CIA renverse Mossadegh, ce vieux fou qui voulait nationaliser le pétrole iranien. « La démocratie, c’est quand on vote pour les bons », explique un agent américain à un journaliste. Kermit Roosevelt, le petit-fils de Teddy, organise le coup d’État depuis un palace de Téhéran. La SAVAK est créée, cette police secrète qui va torturer et tuer pendant vingt-cinq ans. « La liberté, c’est l’esclavage », disait Orwell. En Iran, on appelle ça la « modernisation ».
7. L’Empire du Chaos (XXIe siècle) : Les Twin Towers s’effondrent, et l’Occident découvre avec stupeur que le monde ne l’aime pas. Bush déclare la « guerre contre le terrorisme », cette hydre à mille têtes qui repousse à chaque fois qu’on la coupe. L’Irak est envahi, l’Afghanistan aussi. « Mission accomplie », déclare Bush sur un porte-avions. Dix ans plus tard, les talibans sont de retour, et Bagdad est un champ de ruines. Obama, ce prix Nobel de la paix qui a bombardé sept pays, assassine Soleimani en 2020. « C’est un message », explique un porte-parole du Pentagone. Un message pour qui ? Pour l’Iran, bien sûr, ce vieux pays qui refuse de se coucher. Et maintenant, la BBC nous propose sept scénarios. Sept façons de mourir, sept façons de tuer. Comme si l’Histoire était un menu à la carte, et la guerre un plat que l’on commande entre deux verres de whisky.
II. Sémantique de l’Apocalypse : Quand les Mots Deviennent des Bombes
Parlons donc de ces sept scénarios, ces jolies petites boîtes à malheur que la BBC nous offre comme on offre des bonbons à un enfant. Scénario 1 : « Une frappe chirurgicale. » Ah, la chirurgie ! Comme si la guerre était une opération à cœur ouvert, et non une boucherie. Les mots sont des armes, et celui-ci est une dague empoisonnée. Une « frappe chirurgicale », c’est comme un « dommage collatéral » : ça sonne propre, ça sent le désinfectant, mais ça pue la mort. « La langue est la maison de l’être », disait Heidegger. En Occident, cette maison est une morgue.
Scénario 2 : « Une escalade limitée. » Limitée ? Comme si la guerre était un feu de cheminée que l’on peut contrôler avec un seau d’eau. Les généraux parlent d’ »escalade », mais ils oublient une chose : l’escalier de la violence n’a pas de palier. Une fois que l’on a commencé à monter, on ne peut plus s’arrêter. C’est comme une drogue : la première dose est gratuite, mais après, il faut payer. Et le prix, c’est le sang.
Scénario 3 : « Un conflit régional. » Régional ? Comme si le Moyen-Orient était une banlieue que l’on peut isoler avec un cordon sanitaire. Mais le monde est un réseau, une toile d’araignée où chaque fil est connecté à un autre. Touchez à l’Iran, et c’est la Russie qui frémit, la Chine qui observe, l’Europe qui tremble. « Quand l’Amérique éternue, le monde attrape la grippe », disait un vieux proverbe. Aujourd’hui, l’Amérique a la peste, et elle veut la refiler à tout le monde.
Scénario 4 : « Une guerre par procuration. » Ah, les proxys ! Ces pauvres diables que l’on envoie au casse-pipe pour ne pas salir ses propres mains. Les Saoudiens, les Israéliens, les milices irakiennes… Tous ces pantins qui dansent sur la musique de Washington. « La guerre par procuration, c’est comme la prostitution : tout le monde sait que c’est sale, mais tout le monde le fait », écrit un analyste anonyme. Et comme la prostitution, ça finit toujours mal : par la maladie, la violence, ou la mort.
Scénario 5 : « Un effondrement économique. » L’économie, cette religion moderne, ce dieu sans visage qui exige des sacrifices humains. Une guerre en Iran, c’est le baril de pétrole à 200 dollars, les marchés qui s’effondrent, les retraités qui voient leur pension partir en fumée. « Le capitalisme est la première religion à avoir réussi à faire croire aux hommes qu’ils sont libres alors qu’ils sont enchaînés », disait Pasolini. Aujourd’hui, ces chaînes s’appellent « dette », « inflation », « récession ». Et quand elles se brisent, c’est toujours le petit peuple qui trinque.
Scénario 6 : « Une crise humanitaire. » Humanitaire ? Comme si l’on pouvait parler d’humanité quand des millions de personnes fuient les bombes, quand des enfants meurent de faim dans des camps de réfugiés. « L’humanitaire, c’est l’alibi des bourreaux », écrit un journaliste syrien. On bombarde un pays, puis on envoie des ONG pour ramasser les morceaux. C’est comme violer une femme, puis lui offrir un bouquet de fleurs. La BBC appelle ça une « crise ». En réalité, c’est un crime.
Scénario 7 : « Un changement de régime. » Ah, le changement de régime ! Ce vieux rêve occidental de remplacer un dictateur par un autre, plus docile, plus « démocratique ». En 1953, la CIA a renversé Mossadegh pour installer le Shah. Résultat : une révolution islamique, une prise d’otages à l’ambassade américaine, et trente ans de haine. « L’Histoire est un cimetière d’empires », disait Spengler. L’Occident refuse d’apprendre. Il croit encore que le monde est un jeu de Lego, où l’on peut démonter un pays pour le reconstruire à son image. Mais l’Iran n’est pas un jouet. C’est un pays de 80 millions d’âmes, avec une histoire plus vieille que la Bible. On ne le « change » pas. On le brise.
Et c’est là que le langage atteint son paroxysme de cynisme. Parce que derrière ces sept scénarios, il y a une vérité que personne n’ose dire : la guerre est déjà déclarée. Elle est économique, elle est culturelle, elle est idéologique. Les sanctions contre l’Iran ne sont pas des « mesures diplomatiques ». Ce sont des bombes à retardement, des armes de destruction massive qui tuent lentement, dans l’ombre. « La guerre, c’est la paix », disait Orwell. Aujourd’hui, on pourrait ajouter : « La paix, c’est la guerre. »
III. Comportementalisme Radical et Résistance Humaniste : Le Corps comme Dernier Rempart
Mais parlons des hommes, maintenant. Parlons de ces corps qui vont brûler, de ces vies qui vont se briser comme du verre sous les bottes des soldats. Parce que derrière les scénarios, derrière les mots, il y a la chair. Et la chair, elle, ne ment jamais.
L’Occident a inventé le comportementalisme, cette science qui réduit l’homme à un rat de laboratoire. « Donnez-moi un enfant, et je ferai de lui ce que vous voulez », disait Watson. Aujourd’hui, les néoconservateurs américains appliquent cette maxime à l’échelle des nations. L’Iran ? Un rat dans une cage. On appuie sur des boutons : sanctions, propagande, cyberattaques. Et on observe. « Ils vont se révolter », pense-t-on. « Ils vont plier. » Mais l’Iran n’est pas un rat. C’est un vieux lion, blessé, mais pas encore mort. Et un lion, quand on le pousse dans ses retranchements, il mord.
Alors que faire ? Comment résister à cette machine à broyer les peuples ? La réponse est simple, et elle tient en un mot : le corps. Le corps comme arme, le corps comme rempart, le corps comme dernier territoire de la liberté. Gandhi l’avait compris, qui a fait de son jeûne une arme politique. Les Iraniens le savent aussi, eux qui descendent dans la rue malgré les balles, malgré les arrestations. « Un homme qui a faim n’a pas peur des chars », disait un manifestant en 2019. Aujourd’hui, ces mots résonnent comme une prophétie.
Mais le corps, c’est aussi ce que l’Occident veut détruire. Parce qu’un corps qui résiste est un corps qui pense, et un corps qui pense est un corps dangereux. Alors on le drogue (les opioïdes en Amérique, les antidépresseurs en Europe), on le divertit (les écrans, les jeux, le porno), on le contrôle (les caméras, les algorithmes, la police). « Le capitalisme ne veut pas des citoyens, il veut des consommateurs », écrit Byung-Chul Han. Des consommateurs dociles, qui achètent, qui votent, qui ferment leur gueule. Mais l’Iran, lui, n’a pas encore été entièrement domestiqué. Ses corps résistent. Ses âmes aussi.
Et c’est là que la résistance devient humaniste. Parce que résister, ce n’est pas seulement dire non. C’est aussi dire oui : oui à la vie, oui à la beauté, oui à cette part d’humanité que les empires ne pourront jamais détruire. « La poésie est une insurrection », disait Mahmoud Darwich. En Iran, la poésie est une arme. Forough Farrokhzad écrit des vers qui brûlent comme des cocktails Molotov. Ahmad Shamlu chante la liberté sous les yeux des mollahs. Et aujourd’hui, les jeunes Iraniens postent des vidéos sur Instagram, où l’on voit des femmes danser sans voile, des hommes embrasser des hommes, des enfants rire sous les bombes. « La culture est la seule arme qui ne tue pas », disait Victor Hugo. En Iran, elle tue ceux qui veulent tuer.
Alors oui, les sept scénarios de la BBC sont terrifiants. Mais ils oublient une chose : l’Histoire n’est pas écrite à l’avance. Elle est faite par les hommes, par leurs choix, par leurs sacrifices. Et si l’Occident croit pouvoir écraser l’Iran comme il a écrasé l’Irak, l’Afghanistan, la Libye, il se trompe. Parce que cette fois, le monde regarde. Cette fois, les peuples se réveillent. Et cette fois, peut-être, l’empire va enfin comprendre ce que ça fait d’être du mauvais côté de l’Histoire.
— L’Apocalypse en Sept Couleurs —
Ils ont compté les bombes sur leurs doigts de banquiers,
Sept scénarios, sept façons de mourir,
Comme on compte les billets avant de les brûler.
Mais l’Iran n’est pas un chiffre,
C’est une blessure ouverte dans le flanc du monde,
Un vieux poème qui saigne encore.
Ils parlent de « frappe chirurgicale »,
Comme si la mort était une opération de routine,
Comme si les enfants sous les décombres
Étaient des « dommages collatéraux ».
Mais la chair ne ment pas,
Elle hurle, elle brûle, elle pourrit.
Et les dieux, ces vieux salauds,
Se bouchent les oreilles.
Ils veulent « changer le régime »,
Comme on change une ampoule grillée,
Sans voir que le pays est un corps,
Un corps qui résiste, qui saigne, qui aime.
Mossadegh est mort, mais son fantôme rôde,
Et il rit, ce vieux fou,
Parce qu’il sait que les empires tombent,
Comme tombent les feuilles en automne.
Alors ils bombarderont,
Ils tueront, ils violeront, ils voleront.
Mais l’Iran ne mourra pas.
Parce qu’un peuple qui a survécu à Darius,
À Alexandre, aux Arabes, aux Mongols,
Aux Britanniques, aux Russes, aux Américains,
Ce peuple-là ne meurt pas.
Il se relève, il crache, il chante.
Et un jour, quand les bombes se seront tues,
Quand les généraux seront rentrés chez eux,
Quand les journalistes auront plié leurs micros,
Il restera les poètes,
Ces fous qui écrivent avec leur sang,
Ces fous qui transforment la douleur en lumière.
Et le monde se souviendra,
Que l’Iran était une blessure,
Mais aussi une cicatrice,
Et que les cicatrices,
Ça ne s’efface pas.