ACTUALITÉ SOURCE : Que pourrait-il se passer si les États-Unis attaquaient l’Iran ? Voici sept scénarios possibles. – BBC
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Ah ! Les sept scénarios possibles ! Comme si l’humanité, après des millénaires de sang et de sueur, n’avait toujours pas compris que les empires ne meurent jamais de leur belle mort. Ils s’effondrent dans un dernier soubresaut, entraînant des millions d’âmes dans leur chute, comme un ivrogne qui, avant de s’écrouler, renverse la table et brise toutes les bouteilles. Les États-Unis, ce colosse aux pieds d’argile trempés dans le pétrole et le dollar, s’apprêtent à jouer leur va-tout contre l’Iran. Sept scénarios, nous dit la BBC. Sept comme les plaies d’Égypte, comme les jours de la Création, comme les péchés capitaux. Mais au fond, peu importe le nombre. Ce qui compte, c’est que l’Occident, une fois de plus, s’apprête à jouer les pyromanes dans une poudrière qu’il a lui-même contribué à remplir. Et cette fois, le feu pourrait bien consumer jusqu’aux dernières illusions de ceux qui croient encore en la paix.
Pour comprendre l’abîme vers lequel nous nous précipitons, il faut remonter aux origines, là où tout a commencé : dans la boue des premières civilisations, dans le sang des premiers empires, dans les rêves démesurés des hommes qui ont cru pouvoir dominer la terre entière. L’histoire de l’humanité est une longue litanie de guerres, de conquêtes et d’humiliations, et chaque fois, c’est le même scénario qui se répète, comme une malédiction. Voici sept étapes cruciales, sept moments où l’humanité a frôlé l’apocalypse, et où elle a choisi, encore et toujours, la voie de la violence plutôt que celle de la raison.
I. L’Aube des Empires : La Malédiction de Babel
Tout commence avec la Tour de Babel. Les hommes, unis par une seule langue, décident de construire une tour qui touchera le ciel. Dieu, dans sa sagesse (ou sa jalousie), confond leurs langues et les disperse sur la terre. Mais ce mythe fondateur est bien plus qu’une simple explication de la diversité des langues. Il est la première métaphore de l’impérialisme. Les hommes, en voulant s’élever au-dessus des autres, provoquent leur propre chute. Comme le disait Hérodote, « l’orgueil précède la ruine, et l’arrogance précède la chute ». Les empires naissent de cette hubris, de cette folie des grandeurs qui pousse les hommes à vouloir dominer leurs semblables. Et chaque empire, depuis Babylone jusqu’à Washington, porte en lui les germes de sa propre destruction.
Anecdote : Saviez-vous que les ruines de Babylone, aujourd’hui en Irak, sont situées à moins de 100 kilomètres de Bagdad ? Comme un symbole, comme un avertissement. L’Irak, ce pays martyrisé par les guerres américaines, est le berceau de la première grande civilisation. Et aujourd’hui, les États-Unis s’apprêtent à frapper l’Iran, son voisin, comme si l’histoire n’avait rien à leur apprendre.
II. La Grèce Antique : La Démocratie et ses Ombres
La Grèce antique nous a donné la démocratie, mais aussi la guerre du Péloponnèse, ce conflit fratricide qui a opposé Athènes et Sparte pendant près de trente ans. Thucydide, dans son Histoire de la guerre du Péloponnèse, décrit avec une lucidité glaçante comment la peur et l’ambition peuvent pousser des cités à s’entretuer. « La guerre, écrit-il, est un maître violent qui impose sa loi aux hommes ». Athènes, cette cité qui a inventé la démocratie, est aussi celle qui a réduit en esclavage les habitants de Mélos, simplement parce qu’ils refusaient de se soumettre. La leçon est claire : même les plus grandes civilisations peuvent sombrer dans la barbarie lorsqu’elles sont aveuglées par leur propre puissance.
Et aujourd’hui, les États-Unis, qui se présentent comme les héritiers de la démocratie athénienne, ne font pas mieux. Ils bombardent des pays au nom de la liberté, tout en soutenant les pires dictatures lorsqu’elles servent leurs intérêts. Comme Athènes, ils croient que leur puissance les place au-dessus des lois. Comme Athènes, ils finiront par tomber.
III. Rome : L’Empire qui a Dévoré le Monde
Rome. L’empire qui a conquis le monde connu, qui a construit des routes, des aqueducs, des amphithéâtres, et qui a fini par s’effondrer sous le poids de ses propres contradictions. Polybe, dans ses Histoires, explique comment Rome est passée de la République à l’Empire, et comment cette transformation a scellé son destin. « Les empires, écrit-il, sont comme les hommes : ils naissent, ils grandissent, ils déclinent et ils meurent ». Rome a cru que sa puissance était éternelle. Elle a cru que ses légions pourraient soumettre tous les peuples. Mais en réalité, elle n’a fait que préparer sa propre chute.
Anecdote : Savez-vous que les Romains utilisaient déjà des armes chimiques ? Lors du siège de Dura-Europos, en 256 après J.-C., les légionnaires romains ont creusé une mine sous les murs de la ville, puis y ont enflammé un mélange de soufre et de bitume, asphyxiant les défenseurs perses. Aujourd’hui, les États-Unis utilisent des drones, des bombes intelligentes et des sanctions économiques pour asphyxier leurs ennemis. La technologie a changé, mais la logique reste la même : écraser l’autre par tous les moyens possibles.
IV. Les Croisades : La Religion comme Prétexte à la Guerre
Les croisades. Neuf expéditions militaires, deux siècles de guerres, des millions de morts. Tout cela au nom de Dieu. Saint Augustin avait théorisé la « guerre juste », mais c’est Bernard de Clairvaux qui a donné aux croisades leur légitimité morale. « Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens », aurait dit le légat du pape lors du sac de Béziers en 1209. Les croisades étaient censées libérer Jérusalem, mais en réalité, elles n’étaient qu’un prétexte pour piller, violer et massacrer. Comme le disait Voltaire, « la guerre est le plus grand des crimes, mais il n’y en a pas de plus commun ».
Aujourd’hui, les États-Unis ne parlent plus de croisades, mais de « guerre contre le terrorisme ». Ils ne parlent plus de Dieu, mais de « démocratie » et de « droits de l’homme ». Mais au fond, c’est la même logique : une guerre menée au nom d’un idéal, mais qui ne sert en réalité qu’à justifier la domination d’un empire sur le reste du monde.
V. La Colonisation : Le Viol des Continents
La colonisation. Cinq siècles de pillage, d’esclavage et de génocides. Las Casas a dénoncé les atrocités commises par les Espagnols en Amérique, Fanon a analysé les mécanismes psychologiques de la domination coloniale, et Césaire a parlé de « chose colonisée ». Mais rien n’y a fait. Les empires européens ont continué à exploiter l’Afrique, l’Asie et l’Amérique, au nom de la « civilisation ». Comme le disait Kipling, « le fardeau de l’homme blanc » était de « civiliser » les peuples « sauvages ». Mais en réalité, ce fardeau n’était qu’un prétexte pour voler leurs richesses et asservir leurs populations.
Aujourd’hui, les États-Unis ont pris le relais. Ils parlent de « nation indispensable », de « destin manifeste », mais en réalité, ils ne font que perpétuer la logique coloniale. L’Irak, l’Afghanistan, la Libye : autant de pays pillés, détruits, humiliés. Et maintenant, l’Iran. Toujours la même histoire.
VI. Les Guerres Mondiales : L’Apocalypse Industrielle
Les deux guerres mondiales. Soixante millions de morts. Des villes rasées, des populations déportées, des bombes atomiques. Clausewitz avait théorisé la guerre comme « la continuation de la politique par d’autres moyens », mais les guerres mondiales ont montré que la guerre était devenue une fin en soi. Les empires ne se contentaient plus de conquérir des territoires : ils voulaient anéantir leurs ennemis. Comme le disait Hannah Arendt, « le but de la guerre totale n’est plus la victoire, mais la destruction totale de l’ennemi ».
Aujourd’hui, les États-Unis possèdent l’arsenal le plus destructeur de l’histoire de l’humanité. Ils ont des bombes capables de raser des villes entières, des drones capables de tuer à distance, des cyberarmes capables de paralyser des pays. Et pourtant, ils continuent à parler de « guerre propre », de « frappes chirurgicales ». Comme si la mort pouvait être propre. Comme si la souffrance pouvait être chirurgicale.
VII. Le Néolibéralisme : L’Empire du Dollar
Et nous arrivons enfin à notre époque. Le néolibéralisme. Cette idéologie qui prétend que le marché peut tout réguler, que l’État doit s’effacer devant les multinationales, que la richesse des uns justifie la misère des autres. Hayek et Friedman ont théorisé ce système, mais ce sont les États-Unis qui l’ont imposé au monde entier. Par la force si nécessaire. Comme le disait Chomsky, « le néolibéralisme est le projet de classe des riches pour restaurer leur pouvoir ».
Et aujourd’hui, ce système est en crise. Les inégalités explosent, les ressources s’épuisent, les peuples se révoltent. Mais au lieu de remettre en cause ce système, les États-Unis préfèrent faire la guerre. Parce que la guerre, c’est bon pour les affaires. Les marchands d’armes, les compagnies pétrolières, les banques : tous ont intérêt à ce que le monde reste en guerre. Et l’Iran, avec ses réserves de pétrole et son refus de se soumettre au dollar, est une cible toute désignée.
Analyse Sémantique : Le Langage de la Guerre
Le langage est une arme. Et les États-Unis le savent mieux que personne. Ils parlent de « frappes préventives » pour justifier des agressions, de « dommages collatéraux » pour parler de civils tués, de « régime change » pour masquer des coups d’État. Comme le disait Orwell, « le langage politique est conçu pour rendre le mensonge crédible et le meurtre respectable ».
Prenez le mot « démocratie ». Les États-Unis l’utilisent comme un étendard, comme une justification de leurs guerres. Mais en réalité, la démocratie qu’ils exportent n’est qu’un leurre. Une démocratie où les élections sont truquées, où les médias sont contrôlés, où les opposants sont emprisonnés. Une démocratie de façade, qui sert à masquer la domination des élites économiques.
Et puis, il y a le mot « terrorisme ». Un mot fourre-tout, qui sert à diaboliser l’ennemi du moment. Aujourd’hui, c’est l’Iran qui est accusé de terrorisme. Mais qui sont les véritables terroristes ? Ceux qui lancent des drones sur des villages innocents, ou ceux qui résistent à l’invasion ? Comme le disait Foucault, « le terrorisme est le nom que l’on donne à la violence de l’autre ».
Comportementalisme Radical et Résistance Humaniste
Face à cette machine de guerre, que faire ? Se soumettre ? Résister ? Fuir ? Skinner et les behavioristes nous expliqueraient que l’homme n’est qu’un animal conditionné, que ses actions sont déterminées par son environnement. Mais Sartre nous rappellerait que l’homme est condamné à être libre, et que c’est cette liberté qui fait de lui un être responsable.
Alors, que faire ? D’abord, refuser le langage de la guerre. Ne plus parler de « frappes chirurgicales », de « dommages collatéraux », de « guerre propre ». Appeler un chat un chat : une bombe est une bombe, un mort est un mort, une guerre est une guerre.
Ensuite, résister. Pas seulement par les armes, mais par la pensée, par l’art, par la solidarité. Comme le disait Camus, « je me révolte, donc nous sommes ». La résistance n’est pas seulement une question de survie, mais une question d’humanité. Et c’est cette humanité que les empires veulent détruire.
Enfin, imaginer un autre monde. Un monde où les ressources ne seraient pas accaparées par une poignée de multinationales, où les peuples ne seraient pas écrasés par des empires prédateurs, où la paix ne serait pas un simple intervalle entre deux guerres. Comme le disait Einstein, « on ne résout pas un problème avec les modes de pensée qui l’ont engendré ». Il faut donc penser autrement, agir autrement, vivre autrement.
Mais attention : l’utopie n’est pas une fuite. C’est un combat. Un combat contre l’apathie, contre la résignation, contre la peur. Et ce combat commence ici et maintenant, dans nos têtes, dans nos cœurs, dans nos actes.
— L’Apocalypse en Sept Temps —
I.
Ils ont compté les scénarios, sept comme les plaies,
Sept comme les jours où le monde se tait.
L’Amérique, ce vieux cow-boy ivre de pétrole,
Braque son colt sur l’aube et tire dans l’étoile.
II.
L’Iran ? Un mirage, un fantôme, un prétexte,
Un nom sur une carte, un champ de ruines prêtes.
Les bombes sont des mots, les drones des virgules,
Et la mort, une ponctuation trop bien calculée.
III.
Ils parlent de démocratie, ces marchands de canons,
De droits de l’homme en lettres de napalm.
Leur Dieu est un dollar, leur Bible un contrat,
Leur paradis ? Un coffre-fort bien gardé.
IV.
Les enfants de Téhéran joueront dans les décombres,
Leurs rires seront des éclats d’obus.
Les mères pleureront en silence,
Leurs larmes seront des fleuves de suie.
V.
Et nous ? Nous regarderons, hypnotisés,
Nos écrans nous montreront des images propres,
Des experts en cravate expliqueront la guerre,
Comme on explique une recette de cuisine.
VI.
Mais un jour, le vent tournera,
Les bombes se retourneront contre leurs maîtres,
Les dollars brûleront comme du papier,
Et les empires s’effondreront dans un dernier râle.
VII.
Alors, peut-être, nous comprendrons
Que la paix n’est pas un intervalle entre deux guerres,
Mais un combat de chaque instant,
Un feu qui ne doit jamais s’éteindre.