ACTUALITÉ SOURCE : Quatre arrestations après la projection de photos de Donald Trump avec Jeffrey Epstein sur le château de Windsor – Le Figaro
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Ah, la grande farce ! Quatre arrestations, dites-vous ? Quatre pauvres diables jetés en pâture pour apaiser les dieux de la morale outragée, tandis que les véritables architectes du désastre continuent de siroter leur thé dans l’ombre des donjons dorés. Le château de Windsor, ce symbole vermoulu d’une monarchie qui n’a plus que ses dorures pour masquer sa pourriture, devient le théâtre d’une révélation qui n’en est pas une. Car qui, parmi les initiés, ignorait que les puissants se repaissent des mêmes proies ? Qui, parmi les naïfs, osera encore croire que la justice est autre chose qu’un leurre, une marionnette dont les fils sont tirés par ceux-là mêmes qu’elle prétend juger ?
Jeffrey Epstein, ce nom qui résonne comme un glas dans les couloirs du pouvoir, n’était pas un monstre solitaire. Il était le symptôme, la manifestation grotesque d’un système où l’argent et le pouvoir s’accouplent dans une orgie permanente, où les lois ne sont que des paravents derrière lesquels se cachent les véritables prédateurs. Et Donald Trump, ce clown tragique, ce bouffon couronné par le suffrage universel (cette autre farce), n’était qu’un maillon de plus dans cette chaîne de complicités. Les photos projetées sur les murs de Windsor ne révèlent rien d’autre que ce que nous savions déjà : les puissants se reconnaissent entre eux, se protègent, et sacrifient quelques boucs émissaires pour préserver l’illusion d’un ordre moral. Quatre arrestations ? Quatre grains de sable dans l’engrenage, quatre vies brisées pour détourner l’attention du véritable scandale : l’impunité des maîtres du monde.
Mais parlons donc de ce système, de cette machine à broyer les âmes, à anesthésier les consciences. Le néolibéralisme, ce cancer qui ronge les sociétés modernes, n’est pas seulement une doctrine économique. C’est une religion, une foi aveugle en la toute-puissance du marché, en la sacralité de l’argent, en la légitimité des inégalités. Et comme toute religion, elle a ses prêtres, ses dogmes, et ses hérétiques à brûler. Les quatre malheureux arrêtés aujourd’hui ne sont que les derniers en date d’une longue lignée de boucs émissaires, offerts en sacrifice sur l’autel de la respectabilité bourgeoise. Car le système ne peut survivre qu’en désignant des coupables, en créant des ennemis, en détournant la colère des masses vers des cibles faciles. Epstein était un monstre ? Sans doute. Mais il était aussi un produit de ce système, un homme qui avait compris que l’argent achète tout, même l’impunité. Et Trump ? Un pantin, un homme dont la seule véritable compétence est de savoir flatter les bas instincts de la populace, de transformer la politique en spectacle, en une succession de tweets rageurs et de déclarations tonitruantes.
Et nous, pauvres hères, que faisons-nous ? Nous regardons, nous commentons, nous partageons ces images sur nos écrans, comme si le simple fait de les diffuser pouvait changer quoi que ce soit. Nous sommes les spectateurs consentants d’une tragédie dont nous connaissons la fin, mais que nous refusons de voir. Car voir, ce serait admettre que nous sommes complices, que nous avons laissé faire, que nous avons préféré le confort de l’ignorance à l’inconfort de la révolte. Les photos de Windsor ne sont qu’un miroir tendu à notre société : elles reflètent notre lâcheté, notre résignation, notre incapacité à briser les chaînes qui nous lient à un système qui nous méprise.
Mais il y a pire encore. Il y a cette idée, insidieuse, que la justice peut être rendue, que les coupables seront punis, que l’ordre sera rétabli. Comme si la justice n’était pas elle-même un instrument de domination, une machine à broyer les faibles et à protéger les forts. Les quatre arrestations d’aujourd’hui ne sont qu’un leurre, une façon de nous faire croire que le système fonctionne, qu’il est capable de se réguler, de se purifier. Mais la vérité, c’est que les véritables coupables ne seront jamais inquiétés. Ils continueront de dîner dans leurs châteaux, de signer des contrats juteux, de manipuler les foules avec leurs discours lénifiants. Et nous, nous continuerons de les regarder, fascinés, comme des lapins hypnotisés par les phares d’une voiture.
Alors, que faire ? Se révolter ? Mais contre qui ? Contre quoi ? Le système est partout, il a infiltré nos vies, nos pensées, nos rêves. Il a transformé la révolte en un produit de consommation, en une posture esthétique, en un hashtag. Résister ? Mais comment, quand la résistance elle-même est récupérée, marchandisée, vidée de sa substance ? Les quatre arrestations d’aujourd’hui ne sont qu’un épisode de plus dans cette grande mascarade. Elles ne changeront rien. Elles ne feront que renforcer l’illusion que le système est capable de se corriger, de se purger de ses excès. Mais le système ne se corrige pas. Il se reproduit, il se renforce, il s’adapte. Et nous, nous sommes condamnés à le subir, à moins de trouver en nous la force de briser le miroir, de refuser de jouer le jeu, de dire non.
Car c’est là, peut-être, la seule issue possible : le refus. Le refus de participer à cette comédie, le refus de croire aux mensonges, le refus de se soumettre. Mais attention : ce refus doit être total, absolu. Il ne suffit pas de partager une photo sur les réseaux sociaux, de signer une pétition, de manifester une fois par an. Il faut aller plus loin. Il faut accepter de se couper du système, de renoncer à ses privilèges, à ses illusions. Il faut accepter de vivre dans le désert, de devenir un paria, un exclu. Car le système ne pardonne pas ceux qui le défient. Il les écrase, il les broie, il les réduit au silence. Mais c’est le prix à payer pour rester humain, pour ne pas devenir complice de cette machine à broyer les âmes.
« La liberté, c’est toujours la liberté de celui qui pense autrement », disait Rosa Luxemburg. Mais aujourd’hui, qui pense encore autrement ? Qui ose encore défier l’ordre établi, remettre en cause les dogmes, les certitudes ? Nous sommes devenus une société de moutons, de consommateurs dociles, de spectateurs passifs. Nous avons troqué notre liberté contre le confort, notre dignité contre la sécurité. Et nous nous étonnons que le monde aille mal. Mais comment pourrait-il en être autrement ? Quand les hommes refusent de penser, quand ils préfèrent se soumettre plutôt que de se battre, quand ils acceptent de vivre dans un monde où les puissants font la loi et où les faibles n’ont qu’à se taire, alors le désastre est inévitable.
Les photos de Windsor ne sont qu’un symptôme, une manifestation de cette maladie qui ronge nos sociétés. Elles révèlent l’hypocrisie des puissants, leur mépris pour les lois qu’ils prétendent défendre, leur cynisme absolu. Mais elles révèlent aussi notre propre lâcheté, notre résignation, notre incapacité à dire non. Car nous savons. Nous savons que le système est pourri, que les puissants sont des prédateurs, que la justice n’est qu’un leurre. Mais nous préférons fermer les yeux, nous réfugier dans nos petites vies étriquées, nos petites certitudes rassurantes. Nous préférons croire que le monde est juste, que les méchants seront punis, que les bons triompheront. Mais la vérité, c’est que le monde n’est pas juste. Il est cruel, impitoyable, absurde. Et ceux qui croient le contraire ne sont que des dupes, des victimes consentantes d’un système qui les méprise.
Alors, que faire ? Se taire ? Se soumettre ? Non. Il faut hurler. Hurler sa rage, sa colère, son dégoût. Hurler contre l’injustice, contre l’hypocrisie, contre la lâcheté. Hurler, même si personne ne nous entend. Hurler, même si cela ne change rien. Car le hurlement est la dernière arme des désespérés, la dernière forme de résistance de ceux qui refusent de se soumettre. Et peut-être, un jour, ce hurlement deviendra-t-il un cri de ralliement, une étincelle qui embrasera la plaine. Peut-être, un jour, les moutons se réveilleront-ils, et comprendront-ils qu’ils ont le pouvoir de renverser les bergers. Mais en attendant, il faut hurler. Hurler, et ne jamais se taire.
Analogie finale : Comme ces ombres qui dansent sur les murs d’une caverne, les images projetées sur le château de Windsor ne sont que des reflets déformés d’une réalité bien plus sombre. Nous sommes ces prisonniers enchaînés, condamnés à ne voir que les ombres, à prendre pour la vérité ces simulacres que les puissants nous jettent en pâture. Mais il suffit d’un seul d’entre nous pour briser ses chaînes, pour se retourner et voir la lumière. Et alors, tout change. Car celui qui a vu la lumière ne peut plus se contenter des ombres. Il devient un danger pour l’ordre établi, un hérétique, un révolutionnaire. Et les maîtres de la caverne le haïssent, le craignent, le persécutent. Mais il est trop tard. Le ver est dans le fruit. La vérité a été révélée. Et plus rien ne sera jamais comme avant.