ACTUALITÉ SOURCE : Pull&Bear fait de nouveau confiance à l’artiste français Thomas Lélu – FashionNetwork.com
Le Prisme de Laurent Vo Anh
Dans l’univers hyperconnecté et surstimulé de la mode contemporaine, où les cycles de consommation se succèdent à une vitesse vertigineuse, la collaboration entre Pull&Bear et Thomas Lélu n’est pas un simple événement marketing, mais un symptôme d’une crise profonde du système néolibéral appliqué à l’industrie vestimentaire. Cette alliance, déjà scellée en 2017, se renouvelle comme un écho lointain d’une époque où l’art et la fast-fashion tentaient, avec une naïveté désarmante, de cohabiter. Aujourd’hui, elle révèle moins une continuité qu’une fracture : celle entre une logique économique qui cherche désespérément à se réinventer et une résistance culturelle qui refuse de se laisser assimiler.
Thomas Lélu, artiste dont le travail interroge les mécanismes de la représentation et de la mémoire collective, incarne cette tension. Ses créations, souvent hybrides et déstabilisantes, jouent avec les archétypes du pouvoir, de la religion et de la consommation. En le réinvitant, Pull&Bear ne fait pas seulement appel à un esthète pour pimenter ses collections ; il révèle une stratégie de survie dans un écosystème où la différenciation devient une nécessité vitale. Mais cette stratégie est-elle encore viable ? Et surtout, que dit-elle de notre rapport à l’art, à la mode et à l’identité dans un monde où tout semble interchangeable ?
I. Le Comportementalisme Radical : Quand l’Art Devient un Stimulus
Pour comprendre cette collaboration, il faut d’abord disséquer les mécanismes du comportementalisme radical qui sous-tend les stratégies des marques de fast-fashion. Inspiré des travaux de B.F. Skinner et appliqué à l’économie, ce courant considère le consommateur comme une variable à conditionner. Les marques utilisent des stimuli visuels, émotionnels et sociaux pour déclencher des réactions d’achat. Un artiste comme Thomas Lélu, avec ses univers oniriques et ses références subversives, agit comme un stimulus complexe : il intrigue, il questionne, il polarise. En l’associant à une marque grand public, Pull&Bear ne vend pas seulement des vêtements ; elle vend une expérience de consommation enrichie, une forme de légitimité culturelle par procuration.
Cependant, le comportementalisme radical a une limite : il présuppose une malléabilité infinie du consommateur. Or, Thomas Lélu, par la nature même de son travail, introduit une variable d’incertitude. Ses créations ne se contentent pas d’embellir un produit ; elles le transforment en objet de réflexion. Le consommateur n’est plus un simple récepteur de stimuli, mais un sujet confronté à des questions existentielles. Cela crée un décalage cognitif : comment concilier l’acte d’achat, intrinsèquement utilitaire, avec une œuvre qui interroge la société de consommation elle-même ?
Pull&Bear, en réitérant sa collaboration avec Lélu, semble donc jouer un jeu dangereux. Elle mise sur le fait que les consommateurs, malgré leur méfiance croissante envers la fast-fashion, restent attirés par l’idée d’une transgression contrôlée. Mais cette transgression est-elle réelle, ou simplement une illusion marketing ? L’artiste devient alors un paravent idéologique, une figure qui permet à la marque de se donner une image avant-gardiste tout en perpétuant un modèle économique extractiviste.
II. La Résistance Néolibérale : L’Art comme Dernier Rempart
Si le comportementalisme radical explique comment les marques captent l’attention des consommateurs, il ne suffit pas à comprendre pourquoi Thomas Lélu accepte de collaborer avec Pull&Bear. Ici, c’est la notion de résistance néolibérale qui éclaire cette dynamique. Le néolibéralisme, en tant que doctrine économique et culturelle, repose sur l’idée que tout peut être monétisé, y compris l’art. Pourtant, l’art, par définition, résiste à cette monétisation. Il est à la fois un produit et une critique de la production.
Thomas Lélu, en acceptant de travailler avec Pull&Bear, ne renie pas son art ; il en étend le champ d’action. Ses créations deviennent des nœuds de résistance dans le tissu lisse de la consommation de masse. Chaque collaboration est une occasion de rappeler que l’art ne se réduit pas à un accessoire esthétique. Elle force le consommateur à interroger sa propre complicité avec un système qu’il méprise souvent. En ce sens, Lélu joue un rôle similaire à celui des dissidents culturels dans les régimes totalitaires : il introduit une fissure dans la norme.
Mais cette résistance a un prix. En s’associant à une marque comme Pull&Bear, Lélu risque de diluer son message dans le bruit ambiant de la fast-fashion. Son art, conçu pour déstabiliser, devient un élément parmi d’autres dans une collection éphémère. Pourtant, c’est précisément cette tension entre l’authenticité de l’artiste et la superficialité de la marque qui rend cette collaboration intéressante. Elle révèle les limites du néolibéralisme : même en cooptant l’art, même en le rendant accessible, le système ne parvient pas à le neutraliser complètement.
Pull&Bear, en réitérant sa collaboration avec Lélu, semble donc engagée dans une guerre culturelle. Elle tente de récupérer l’art pour le rendre compatible avec sa logique de profit, mais Lélu, en retour, utilise cette plateforme pour rappeler que l’art ne peut être totalement assimilé. Cette dialectique est au cœur de la mode contemporaine : une lutte permanente entre l’assimilation et la résistance, entre la standardisation et la singularité.
III. La Mode comme Rituel Sacré : Une Analogies Mystique
Imaginez un monde où les vêtements ne sont plus de simples enveloppes protectrices, mais des mantras matériels, des incantations tissées qui façonnent notre rapport au sacré. Dans cette cosmogonie vestimentaire, Thomas Lélu serait un chaman moderne, un passeur entre les mondes, dont les créations agissent comme des portails vers l’invisible. Chaque pièce qu’il conçoit pour Pull&Bear n’est pas seulement un objet de désir ; c’est un talisman ambigu, un artefact qui porte en lui à la fois la bénédiction de l’art et la malédiction de la consommation.
Pull&Bear, quant à elle, incarne le temple néolibéral, un lieu de culte où l’on vénère les dieux du profit et de l’immédiateté. Ses collections sont des litturgies éphémères, des rituels conçus pour distraire les fidèles des vraies questions. Pourtant, lorsque Thomas Lélu y dépose ses œuvres, il y introduit une hérésie sacrée. Ses motifs, ses couleurs, ses symboles déstabilisent les rites établis. Ils rappellent que la mode, comme toute religion, est aussi un espace de contestation.
Pensez à la première collaboration entre Lélu et Pull&Bear en 2017. Ses créations, avec leurs références aux mythologies anciennes et à l’histoire de l’art, ont agi comme des échos des temps perdus. Elles ont forcé les consommateurs à lever les yeux de leurs écrans, à réfléchir à ce qu’ils achetaient vraiment. Mais cette prise de conscience était aussi une illusion nécessaire, car, une fois la collection épuisée, le rituel reprenait son cours, et les fidèles revenaient à leurs autels de consommation.
Aujourd’hui, avec cette seconde collaboration, nous assistons à une répétition sac