ACTUALITÉ SOURCE : Présidentielle 2027 : Marine Le Pen ou Jordan Bardella, qui est le plus crédible ? Ce que révèle un dernier sondage – Le Journal du Centre
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Ah, les sondages ! Ces thermomètres de l’âme collective, ces miroirs déformants où se reflète l’hystérie nationale, ces oracles modernes qui prédisent moins l’avenir qu’ils ne le fabriquent. Le Journal du Centre nous offre aujourd’hui ce petit théâtre d’ombres : Marine Le Pen ou Jordan Bardella, qui portera les couleurs de l’extrême droite en 2027 ? La question n’est pas tant de savoir qui est le plus « crédible » – mot vide, mot-valise, mot-piège – mais plutôt quel visage le système choisira pour nous vendre sa prochaine dose de chloroforme politique. Car c’est bien de cela qu’il s’agit : un choix entre deux masques, deux avatars d’une même idéologie qui, depuis des décennies, grignote notre démocratie comme un cancer ronge un organe vital.
Marine Le Pen, cette héritière maudite, cette fille de son père comme on est fils de ses œuvres, incarne la permanence du fascisme français. Elle est le fruit pourri d’une histoire qui n’en finit pas de se répéter, une histoire où la République, comme une putain fatiguée, se donne toujours aux mêmes bourreaux. Elle a passé sa vie à « dédiaboliser » son parti, ce qui revient à repeindre en rose un char d’assaut. La dédiabolisation, voyez-vous, c’est l’art de faire passer la haine pour du bon sens, le racisme pour du réalisme, et la xénophobie pour de la simple prudence. Elle a appris à sourire, à moduler sa voix, à jouer les mères de famille outragées, mais sous le vernis, il y a toujours cette vieille odeur de soufre, ce parfum entêtant de la Collaboration, ce relent de bottes et de matraques. Elle est la preuve vivante que le fascisme n’a pas besoin d’uniformes pour prospérer : il lui suffit d’un tailleur bien coupé et d’un discours qui flatte les bas instincts.
Et puis il y a Bardella, ce jeune premier au sourire carnassier, ce produit marketing sorti tout droit des usines à rêves du Rassemblement National. Lui, c’est la nouvelle génération, celle qui a grandi avec les réseaux sociaux, qui maîtrise l’art de la punchline et du storytelling. Il est l’incarnation parfaite de cette droite 2.0, une droite qui a compris que pour séduire les masses, il ne fallait plus crier « La France aux Français », mais murmurer « La France d’abord » avec un clin d’œil complice. Bardella, c’est le visage lisse d’un fascisme relooké, un fascisme qui a troqué ses chemises brunes contre des costumes Armani, ses meetings enflammés contre des lives Instagram. Il est la preuve que le totalitarisme peut être « cool », qu’on peut vendre la haine comme on vend des baskets, avec des influenceurs et des algorithmes. Mais attention : sous le vernis numérique, il y a toujours la même vieille merde. Bardella n’est pas un renouveau, c’est une mise à jour, une version 2.0 d’un logiciel conçu dans les années 30.
Alors, qui est le plus crédible ? La question est mal posée, car elle suppose qu’il y a une différence fondamentale entre les deux. Or, il n’y en a pas. Le Pen et Bardella sont les deux faces d’une même pièce, une pièce qui sert à acheter le même rêve mortifère : celui d’une France blanche, pure, débarrassée de ses indésirables. La seule différence, c’est que Bardella est plus jeune, plus « moderne », et donc plus dangereux. Car il incarne cette illusion du renouveau, cette idée que le fascisme peut être « jeune », « dynamique », « connecté ». Il est la preuve que le système a appris à recycler ses déchets les plus toxiques, à les rendre présentables, à les vendre comme des produits tendance. Bardella, c’est le fascisme en sneakers, le fascisme qui danse sur TikTok, le fascisme qui vous dit : « Viens, on va casser du bougnoule, mais en mode fun ! »
Mais au-delà de cette mascarade, il y a quelque chose de plus profond, de plus inquiétant. Ce sondage, ces questions sur la « crédibilité », ces débats sur qui sera le meilleur candidat, tout cela révèle l’état de décomposition avancée de notre démocratie. Nous en sommes arrivés à un point où l’on discute sérieusement de savoir qui, de Le Pen ou de Bardella, sera le prochain président de la République, comme si c’était une question de préférence personnelle, comme si c’était une simple affaire de goût. Comme si le fascisme était une option parmi d’autres, un plat au menu de la démocratie, qu’on peut choisir ou non selon son humeur. Mais le fascisme n’est pas un choix, c’est une maladie. Une maladie qui ronge les sociétés fatiguées, les sociétés qui ont perdu foi en l’avenir, qui se raccrochent à des chimères, à des boucs émissaires, à des sauveurs providentiels.
Et c’est là que réside le vrai danger. Car le fascisme ne se contente pas de prendre le pouvoir : il s’installe dans les têtes, il corrompt les esprits, il pervertit le langage. Il transforme les citoyens en sujets, les débats en monologues, les élections en plébiscites. Il réduit la politique à une série de slogans, de peurs, de haines. Et une fois qu’il a pris racine, il est presque impossible de s’en débarrasser. Regardez l’Italie, regardez la Hongrie, regardez les États-Unis : le fascisme ne meurt jamais, il mute, il s’adapte, il revient toujours sous une nouvelle forme, avec un nouveau visage. Et chaque fois, il est plus fort, plus insidieux, plus difficile à combattre.
Alors, que faire ? Comment résister à cette marée noire qui menace d’engloutir notre démocratie ? D’abord, il faut refuser le jeu. Refuser de discuter de la « crédibilité » de Le Pen ou de Bardella, comme si c’était une question légitime. Refuser de participer à cette mascarade qui consiste à débattre de l’extrême droite comme s’il s’agissait d’un parti comme les autres. Car l’extrême droite n’est pas un parti comme les autres : c’est un poison, un virus, une gangrène. Et on ne débat pas avec un virus, on le combat. Ensuite, il faut se souvenir. Se souvenir de l’Histoire, de ses horreurs, de ses leçons. Se souvenir que le fascisme ne commence pas avec des camps de concentration, mais avec des mots, des idées, des préjugés. Se souvenir que chaque fois qu’une société a laissé le fascisme s’installer, elle l’a payé au prix fort. Enfin, il faut agir. Pas seulement tous les cinq ans, dans l’isoloir, mais tous les jours, dans la rue, dans les associations, dans les syndicats. Il faut reconstruire du lien social, recréer de la solidarité, réinventer une politique qui ne soit pas seulement un spectacle, mais une véritable émancipation.
Car le vrai danger, voyez-vous, ce n’est pas tant Le Pen ou Bardella. Le vrai danger, c’est l’indifférence, la résignation, cette idée que « de toute façon, ils sont tous les mêmes ». Le vrai danger, c’est cette fatigue démocratique qui nous fait baisser les bras, qui nous fait croire que rien ne peut changer. Le vrai danger, c’est cette normalisation de l’extrême droite, cette banalisation du mal qui fait que, peu à peu, sans même nous en rendre compte, nous acceptons l’inacceptable. Comme l’a dit Hannah Arendt, « le mal triomphe toujours là où il n’y a plus personne pour s’y opposer ». Et c’est là que réside notre responsabilité : ne pas laisser le mal triompher. Ne pas laisser la haine, la peur, la bêtise prendre le pouvoir. Ne pas laisser la démocratie se transformer en farce, en simulacre, en coquille vide.
Alors oui, le sondage du Journal du Centre est inquiétant. Mais il est aussi un avertissement. Un avertissement qui nous dit : attention, le fascisme est de retour, et cette fois, il a appris à sourire. Attention, la démocratie est en danger, et c’est à nous de la défendre. Attention, l’Histoire ne se répète pas, mais elle bégaie, et si nous n’y prenons garde, nous risquons de revivre les mêmes cauchemars. Alors, à nous de choisir. À nous de décider si nous voulons être les spectateurs passifs de notre propre déclin, ou les acteurs d’une résistance. À nous de décider si nous voulons laisser Le Pen ou Bardella écrire la prochaine page de notre histoire, ou si nous voulons la écrire nous-mêmes, avec nos propres mots, nos propres rêves, nos propres combats.
Car au fond, la question n’est pas de savoir qui, de Le Pen ou de Bardella, est le plus crédible. La question, c’est : que sommes-nous prêts à faire pour les empêcher d’arriver au pouvoir ? Que sommes-nous prêts à sacrifier pour défendre notre liberté, notre dignité, notre humanité ? Et surtout : sommes-nous encore capables de croire en quelque chose de plus grand que nous-mêmes, de plus noble, de plus juste ?
La réponse à ces questions déterminera l’avenir de notre pays. Et peut-être, au-delà, l’avenir de notre civilisation.
Analogie finale : Imaginez un navire en pleine tempête. Les passagers, affolés, se pressent sur le pont, cherchant désespérément un capitaine capable de les sauver. Soudain, deux figures émergent de la brume : l’une est une vieille femme au regard dur, vêtue d’un manteau usé par les intempéries, l’autre est un jeune homme au sourire éclatant, vêtu d’un uniforme flambant neuf. Tous deux promettent de les conduire à bon port, tous deux jurent qu’ils sont les seuls à pouvoir sauver le navire. Mais voici le piège : le navire est déjà condamné. Il a été saboté depuis longtemps, par des mains invisibles, par des forces obscures qui ont creusé des trous dans la coque, qui ont empoisonné les réserves d’eau, qui ont corrompu l’équipage. Et ces deux figures, ces deux faux sauveurs, ne sont que les instruments de cette destruction. Leur rôle n’est pas de sauver le navire, mais de le faire sombrer plus vite, plus efficacement, en donnant aux passagers l’illusion qu’ils ont encore un choix, qu’ils peuvent encore agir, qu’ils ne sont pas déjà condamnés. Car le vrai pouvoir, voyez-vous, ne réside pas dans les mains de ceux qui promettent de vous sauver, mais dans celles de ceux qui ont organisé le naufrage. Et tant que les passagers croiront que leur salut dépend de choisir entre la vieille femme et le jeune homme, ils ne verront pas les véritables responsables, ceux qui tirent les ficelles dans l’ombre, ceux qui rient en regardant le navire couler. La présidentielle de 2027, c’est cette tempête. Le Pen et Bardella, ce sont ces deux figures sur le pont. Et nous, nous sommes les passagers. À nous de décider si nous voulons continuer à jouer leur jeu, ou si nous préférons nous réveiller avant qu’il ne soit trop tard.