ACTUALITÉ SOURCE : Présidentielle 2027 : Jordan Bardella « espère » que Marine Le Pen pourra « porter les couleurs » du RN – Ouest-France
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Ah, l’espérance ! Cette vieille putain de l’âme humaine, toujours prête à se vendre au plus offrant, à se parer des oripeaux du possible quand le réel n’est qu’un champ de ruines fumantes. Bardella, ce jeune homme lisse comme un couteau sorti de son étui, ce technocrate du ressentiment en costume trois-pièces, ose donc « espérer » que Marine Le Pen, cette icône en carton-pâte du nationalisme en solde, pourra encore une fois « porter les couleurs » du Rassemblement National. Comme si les couleurs, justement, n’avaient pas depuis longtemps dégouliné en une bouillie brunâtre, comme si le drapeau n’était pas déjà un suaire pour une nation qui se prend pour un phénix alors qu’elle n’est qu’un poulet sans tête courant en cercle dans la basse-cour de l’Histoire.
Observons ce mot, « espère ». Un verbe qui sent la sueur et la prière, le dernier recours des âmes en peine, des peuples qui préfèrent se voiler la face plutôt que d’affronter l’abîme. Espérer, c’est déjà abdiquer. C’est reconnaître que le présent est une prison, que l’avenir n’est qu’un mirage, et que la seule issue est de s’en remettre à une madone politique, une figure maternelle qui, comme toutes les mères, finira par dévorer ses enfants. Marine Le Pen, cette Jocaste des temps modernes, cette femme qui a fait de la haine un fonds de commerce et de la peur une rente viagère. Bardella, lui, n’est que l’héritier putatif, le fils spirituel qui attend son tour en faisant semblant de croire que la vieille reine a encore des dents. Mais l’Histoire, cette grande salope ironique, nous a appris que les dynasties politiques ne meurent jamais de vieillesse : elles pourrissent de l’intérieur, rongées par leurs propres contradictions, leurs mensonges qui finissent par les étouffer.
Le Rassemblement National, ce parti qui se voudrait le dernier rempart contre l’apocalypse, n’est en réalité qu’un symptôme, une fièvre qui révèle l’infection profonde de notre époque. Une époque où l’on préfère les solutions simples aux problèmes complexes, où l’on troque la nuance contre le slogan, la réflexion pour l’invective. Bardella, avec son sourire de commercial et ses phrases calibrées pour les réseaux sociaux, incarne cette modernité politique qui a remplacé le débat par le buzz, la conviction par le calcul. Il « espère » parce qu’il sait que l’espoir est une monnaie d’échange, un produit comme un autre, qu’on peut vendre aux électeurs en mal de certitudes. Mais l’espoir, dans sa bouche, sonne comme une menace. Car derrière cette espérance se cache la vieille rengaine du sauveur providentiel, du chef charismatique qui viendra remettre de l’ordre dans le chaos. Et l’ordre, dans la bouche des fascistes d’hier et d’aujourd’hui, n’a jamais rimé avec liberté, mais avec soumission, avec la mise au pas des esprits et des corps.
Marine Le Pen, cette héritière d’une lignée maudite, a tenté de « dédiaboliser » son parti, comme on lave une tache de sang sur un tapis. Mais le sang, même dilué, reste du sang. Le RN, malgré ses efforts pour se parer des atours de la respectabilité, reste ce qu’il a toujours été : un parti qui se nourrit des peurs, qui prospère sur les ruines des espoirs déçus, qui promet le retour à un âge d’or qui n’a jamais existé. Bardella, en espérant la voir « porter les couleurs » en 2027, ne fait que perpétuer cette illusion, ce mensonge fondateur selon lequel la France pourrait redevenir grande en se refermant sur elle-même, en érigeant des murs là où il faudrait construire des ponts. Mais les murs, on le sait, finissent toujours par s’effondrer, et ceux qui les ont construits avec eux.
L’espérance de Bardella est aussi une stratégie, une manœuvre pour maintenir l’unité d’un parti qui, comme tous les mouvements d’extrême droite, est rongé par les luttes intestines, les ambitions personnelles, les trahisons. Le RN est un serpent qui se mord la queue, un cercle vicieux où chacun attend son tour pour mordre. Marine Le Pen, après avoir été la fille de son père, puis la rénovatrice, n’est plus aujourd’hui qu’une figure usée, une icône dont la peinture s’écaille. Bardella, lui, joue les héritiers patients, mais l’Histoire nous enseigne que les héritiers trop patients finissent souvent par être déshérités. L’extrême droite, comme le fascisme avant elle, est un mouvement qui dévore ses enfants, qui ne tolère les figures charismatiques que tant qu’elles servent ses intérêts. Le jour où Marine Le Pen ne sera plus utile, Bardella n’hésitera pas à la pousser dans les oubliettes de l’Histoire, comme elle a elle-même tenté de le faire avec son père.
Mais au-delà de ces calculs politiques, il y a quelque chose de plus profond, de plus sinistre dans cette espérance bardellienne. C’est l’expression d’une vision du monde où la politique n’est plus l’art du possible, mais l’imposition d’un ordre immuable, où les peuples ne sont plus des acteurs, mais des sujets, où la démocratie n’est plus qu’une formalité, un rituel vidé de sa substance. Bardella et Le Pen incarnent cette tentation autoritaire qui traverse notre époque, cette envie de simplifier le monde en le réduisant à une opposition binaire : eux contre nous, les bons contre les méchants, les Français contre les autres. Mais la réalité, cette vieille putain têtue, refuse de se laisser enfermer dans ces catégories. Elle est complexe, contradictoire, insaisissable. Et c’est précisément cette complexité que les fascistes de tous bords veulent éradiquer, parce qu’elle les empêche de vendre leurs solutions toutes faites, leurs remèdes miracles.
L’espérance, dans ce contexte, est une arme. Une arme pour endormir les consciences, pour faire croire que le changement est possible sans effort, sans remise en question, sans cette douloureuse confrontation avec nos propres démons. Bardella espère, mais son espérance est un leurre, un piège tendu à ceux qui croient encore que la politique peut être autre chose qu’un jeu de dupes. Car la politique, aujourd’hui, n’est plus qu’un spectacle, une succession de postures, de déclarations chocs, de petites phrases assassines. Les électeurs ne sont plus des citoyens, mais des consommateurs, des clients qu’il faut séduire avec des promesses creuses, des slogans accrocheurs. Et Bardella, avec son air de premier de la classe, est le parfait VRP de cette politique mercantile, où tout se vend et tout s’achète, même l’espoir.
Mais l’espoir, le vrai, celui qui résiste, celui qui ne se laisse pas instrumentaliser, est ailleurs. Il est dans ces millions de gens qui refusent de se laisser enfermer dans les catégories du RN, qui continuent à croire que la politique peut être autre chose qu’une machine à broyer les rêves. Il est dans ces résistances quotidiennes, ces petits actes de rébellion qui, jour après jour, sapent les fondements de l’ordre établi. Il est dans cette capacité à dire non, à refuser les solutions toutes faites, à exiger mieux, plus, autre chose. L’espérance de Bardella est une imposture, une tentative désespérée de donner un sens à un projet politique qui n’en a plus. Mais l’espoir, le vrai, est indestructible. Il est comme l’herbe qui pousse entre les pavés, comme la lumière qui perce les ténèbres. Il est ce qui reste quand tout le reste a été balayé.
Alors oui, Bardella peut bien espérer. Il peut bien croire que Marine Le Pen portera encore une fois les couleurs d’un parti qui n’est plus qu’une ombre de lui-même. Mais l’Histoire, cette grande moqueuse, a déjà écrit la fin de cette histoire. Et cette fin, ce n’est pas la victoire du RN, mais sa lente agonie, son étouffement dans ses propres contradictions. Car les peuples, quand ils se réveillent, ne se laissent plus berner aussi facilement. Ils voient clair dans le jeu des manipulateurs, des marchands d’illusions. Et c’est cela, la vraie espérance : cette certitude que, malgré tout, malgré les mensonges, les trahisons, les reculs, l’humanité finira par triompher de ses démons.
Analogie finale : Comme ces statues antiques que l’on découvre enfouies sous des siècles de poussière, le visage de Marine Le Pen n’est plus qu’un masque de pierre, creusé par les intempéries de l’Histoire. Les traits sont encore reconnaissables, mais ils ont perdu leur éclat, leur pouvoir de fascination. Bardella, lui, n’est qu’un sculpteur maladroit, qui tente de redonner vie à cette effigie en y gravant ses propres ambitions. Mais la pierre, même polie, reste froide, inerte. Elle ne respire plus, ne parle plus, ne séduit plus. Elle n’est plus qu’un vestige, un rappel de ce que fut le fascisme, et de ce qu’il pourrait redevenir si nous n’y prenons garde. Et nous, les vivants, nous qui marchons parmi ces ruines, nous avons le choix : laisser ces statues nous dominer, ou les renverser pour construire, sur leurs décombres, un monde où l’espérance ne sera plus une monnaie d’échange, mais une flamme inextinguible.