ACTUALITÉ SOURCE : Présidentielle 2027 : après les refus de Jean-Luc Mélenchon, Raphaël Glucksmann et Jérôme Guedj, qui sont les candidats à la primaire de la gauche ? – cnews.fr
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Ah, la gauche ! Ce cadavre encore tiède qu’on promène en procession comme une relique sacrée, tandis que les vers de l’histoire rongent déjà ses entrailles. Trois noms s’effacent – Mélenchon, Glucksmann, Guedj – et voilà que la meute médiatique, toujours prompte à sonner le glas des illusions perdues, s’interroge : qui donc osera porter l’étendard d’une défaite annoncée ? Mais la question n’est pas *qui*, mes chers fossoyeurs de salon, la question est *pourquoi*. Pourquoi continuer à jouer cette mascarade alors que le théâtre est en flammes, que les décors s’effondrent et que les acteurs, ivres de leur propre vanité, trébuchent sur les décombres de leurs promesses ? La primaire de la gauche n’est plus qu’un rituel d’auto-flagellation, une messe noire où l’on célèbre, avec une ferveur morbide, l’agonie d’une idée qui n’a plus la force de se défendre.
Regardez-les, ces figures qui se dérobent. Mélenchon, le tribun aux abois, dont la rhétorique enflammée ne parvient plus à masquer l’épuisement d’un mouvement qui a cru, un instant, pouvoir défier l’ordre du monde. Glucksmann, ce fils de, ce produit marketing du progressisme aseptisé, qui préfère les plateaux télévisés aux barricades, les éditoriaux aux tracts, et dont la seule radicalité consiste à recycler les poncifs du libéralisme humanitaire. Guedj, l’éternel second couteau, celui qui attend son tour depuis si longtemps que la rouille a fini par ronger ses ambitions. Tous trois savent une vérité que les militants, dans leur foi aveugle, refusent d’admettre : la gauche n’est plus qu’un mot creux, un label que l’on appose sur des produits politiques aussi fades que les yaourts allégés des supermarchés. Elle a troqué son âme contre des strapontins, ses idéaux contre des calculs électoraux, et son peuple contre des algorithmes.
Mais au fond, que reste-t-il quand les idoles s’effritent ? Des ombres, des fantômes, des noms jetés en pâture à une opinion publique gavée de cynisme et de désillusion. La primaire de la gauche, c’est le dernier soubresaut d’un système qui a oublié jusqu’à la signification du mot *lutte*. On y cherche des candidats comme on cherche des boucs émissaires : pour expier les fautes d’un passé qui n’en finit pas de mourir. Car la gauche, voyez-vous, est morte de ses compromissions, de ses renoncements, de sa lâcheté. Elle est morte le jour où elle a cru pouvoir domestiquer le capitalisme au lieu de le combattre, le jour où elle a troqué la justice sociale contre des réformes de façade, le jour où elle a abandonné les ouvriers pour les bobos, les usines pour les start-ups, les barricades pour les think tanks. Elle est morte, et ceux qui prétendent la ressusciter ne sont que des embaumeurs, des thanatopracteurs appliquant du rouge à lèvres sur un cadavre.
Et pourtant, malgré tout, malgré l’évidence de sa décomposition, on continue de jouer la comédie. On se demande qui sera le prochain candidat, comme si cela avait encore un sens. Comme si, dans ce cirque où les clowns se prennent pour des messies, il pouvait encore surgir une figure capable de réveiller les consciences endormies. Mais non. Les jeux sont faits. La gauche est devenue une secte, un club de nostalgiques qui se réunissent pour pleurer un monde disparu, tandis que dehors, le néolibéralisme, ce monstre froid et sans visage, dévore tout sur son passage. Elle est comme ces vieillards qui, dans les hospices, racontent leurs exploits de jeunesse à des infirmières pressées : personne ne les écoute, mais ils continuent, par habitude, par peur du silence, par terreur de l’oubli.
Observez le comportementalisme de nos élites politiques. Elles fonctionnent selon une logique pavlovienne : à chaque échec, elles sonnent la cloche de la *rénovation*, du *renouveau*, de la *refondation*, comme si ces mots magiques pouvaient conjurer la malédiction qui pèse sur elles. Mais la rénovation, c’est comme repeindre une maison dont les fondations sont pourries : ça donne l’illusion du neuf, mais ça ne change rien à l’essentiel. La gauche a cru se régénérer en s’alliant avec Macron, en adoptant son langage, en singeant ses méthodes. Résultat ? Elle a perdu son identité sans gagner le pouvoir. Elle est devenue une copie pâle, un double raté, une version low-cost de ce qu’elle prétendait combattre. Et maintenant, elle cherche désespérément un sauveur, un nouveau visage, une nouvelle formule, comme si le problème était esthétique et non structurel.
Car le vrai problème, le voici : la gauche a cessé d’être un projet pour devenir une posture. Elle se contente de gesticuler, de dénoncer, de s’indigner, sans jamais proposer autre chose que des rustines sur un système en faillite. Elle parle de justice sociale, mais elle accepte les règles du jeu capitaliste. Elle parle d’écologie, mais elle signe des traités de libre-échange qui accélèrent la destruction de la planète. Elle parle de paix, mais elle vote les budgets militaires. Elle parle de démocratie, mais elle se soumet aux diktats des marchés. Elle est comme ces médecins qui prescrivent des placebos à des malades en phase terminale : elle donne l’illusion du soin, mais elle ne guérit rien. Pire, elle participe à l’empoisonnement général.
Et que dire de cette primaire, sinon qu’elle est le symptôme ultime de la déchéance ? Une primaire, c’est l’aveu d’une défaite. C’est reconnaître que l’on n’a plus d’idées, plus de vision, plus de projet, et qu’on se rabat sur un concours de popularité pour désigner un champion. Mais un champion pour quoi faire ? Pour perdre avec panache ? Pour offrir une alternative crédible à un électorat qui n’a plus confiance en rien ? Pour incarner l’espoir alors que tout, autour de nous, n’est que désespoir ? La primaire, c’est le dernier refuge des lâches, le dernier tour de piste des illusionnistes. C’est la preuve que la gauche a renoncé à convaincre pour se contenter de séduire, qu’elle a troqué la raison contre l’émotion, la stratégie contre l’opportunisme, la fidélité à ses idéaux contre la course aux voix.
Alors, qui seront les candidats ? Des inconnus, probablement. Des technocrates en mal de reconnaissance, des apparatchiks en quête de promotion, des idéologues en rupture de ban. Des hommes et des femmes sans envergure, sans charisme, sans autre ambition que de grappiller quelques miettes de pouvoir. Des figurants, en somme, dans une pièce qui n’intéresse plus personne. Et quand bien même l’un d’eux parviendrait à émerger, à se hisser au-dessus de la mêlée, que pourrait-il faire ? Il hériterait d’un parti en lambeaux, d’un électorat désabusé, d’un pays fracturé, d’un monde en proie à la barbarie. Il serait comme un capitaine prenant les commandes d’un navire en perdition, avec pour seule boussole les sondages et pour seule carte les promesses non tenues de ses prédécesseurs.
La vérité, c’est que la gauche n’a plus rien à dire. Elle a épuisé son stock d’utopies, dilapidé son capital de révolte, gaspillé son héritage de luttes. Elle est devenue une coquille vide, un mot que l’on prononce avec nostalgie, comme on évoque un amour de jeunesse. Elle survit par inertie, par habitude, par peur du vide. Elle est comme ces étoiles mortes dont la lumière nous parvient encore, alors qu’elles ont depuis longtemps cessé de briller. Et nous, pauvres hères, nous continuons à scruter le ciel en espérant y voir un signe, une lueur, une raison d’y croire encore. Mais il n’y a plus rien. Rien que le silence, le froid, l’obscurité.
Alors oui, il y aura des candidats. Il y aura des discours, des meetings, des programmes, des débats. Il y aura des larmes et des rires, des espoirs et des désillusions. Il y aura tout le cirque habituel, toute la comédie humaine dans ce qu’elle a de plus pathétique et de plus vain. Mais au fond, tout cela n’aura aucun sens. Car la gauche est morte, et personne, pas même les plus habiles des embaumeurs, ne pourra la ramener à la vie.
Et nous, dans tout cela ? Nous ne sommes que les spectateurs d’une tragédie dont nous connaissons déjà la fin. Nous assistons, impuissants, à l’agonie d’un rêve, à la fin d’une époque. Nous sommes comme ces Romains qui, au crépuscule de leur empire, regardaient les barbares défiler sous leurs murs en se demandant où tout cela les mènerait. La réponse, nous la connaissons : nulle part. La gauche a perdu parce qu’elle a trahi. Elle a trahi ses idéaux, ses valeurs, son peuple. Elle a trahi l’histoire, et l’histoire ne pardonne pas.
Alors, qui seront les candidats ? Peu importe. Ce ne seront que des ombres chinoises projetées sur le mur de notre désillusion. Des marionnettes dont les fils sont tirés par des forces qui les dépassent. Des pantins dont la seule fonction sera de nous distraire, le temps d’une élection, avant que le rideau ne tombe définitivement. Et quand tout sera fini, quand les projecteurs se seront éteints et que les applaudissements se seront tus, il ne restera plus que le silence. Un silence lourd, épais, définitif. Le silence de la défaite.
Analogie finale : La gauche est comme ces temples anciens, jadis majestueux, aujourd’hui réduits à l’état de ruines. Les touristes viennent encore les visiter, s’émerveillent devant leurs colonnes brisées, leurs fresques écaillées, leurs autels profanés. Ils prennent des photos, achètent des cartes postales, écoutent les guides leur raconter des légendes oubliées. Mais personne ne croit plus aux dieux qui y étaient vénérés. Personne ne s’agenouille plus devant leurs idoles. Les temples sont vides, et le vent qui s’engouffre entre leurs pierres n’est plus que le souffle d’un monde disparu. La gauche, c’est ce temple. Un vestige d’un temps révolu, un monument à la gloire d’une foi morte. Et nous, nous sommes ces touristes qui errons parmi les décombres, cherchant en vain une trace de sacré dans un lieu désormais profane. Nous touchons les murs, nous caressons les pierres, nous fermons les yeux pour essayer de retrouver, ne serait-ce qu’un instant, la ferveur des anciens fidèles. Mais il n’y a plus rien. Rien que le vide, l’absence, le néant. Et quand nous rouvrons les yeux, nous savons que nous ne trouverons jamais ce que nous cherchons. Car les dieux sont partis, et ils ne reviendront plus.