Pour une contre-violence à la (dé) mesure des enjeux écologiques – Diacritik







L’Insoumission des Savoirs : Aurélien Barrau et le Devoir de la Contre-Violence Écologique

ACTUALITÉ SOURCE : Pour une contre-violence à la (dé) mesure des enjeux écologiques – Diacritik

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

Ah, la belle époque où l’on pouvait encore se bercer d’illusions, où les savants, drapés dans leur toge immaculée de neutralité, jouaient les arbitres désintéressés d’un monde en flammes ! Mais voilà, les temps ont changé. Le thermomètre s’affole, les forêts agonisent, et les océans régurgitent nos déchets comme un estomac trop plein. Et dans ce chaos, une voix s’élève, rauque, impérieuse, celle d’Aurélien Barrau, ce Cassandre des temps modernes qui ose dire l’indicible : la science, cette putain vénale, a trop longtemps servi les maîtres du monde. Elle doit désormais choisir son camp. Et ce camp, c’est celui de la rébellion. Pas celle des petits gestes, des pétitions en ligne ou des marches climat où l’on brandit des pancartes en carton recyclé entre deux selfies. Non. Une rébellion viscérale, une contre-violence à la hauteur de l’apocalypse en marche. Parce que, soyons clairs, quand le navire coule, on ne négocie pas avec le capitaine. On le jette par-dessus bord.

Barrau, ce traître à l’ordre établi, ce renégat en blouse blanche, nous rappelle une vérité que les bien-pensants préféreraient voir enterrée sous des montagnes de rapports techniques et de jargon bureaucratique : la science n’est pas neutre. Elle ne l’a jamais été. Depuis Galilée, traîné devant l’Inquisition pour avoir osé dire que la Terre tournait, jusqu’à Oppenheimer, ce Prométhée moderne qui a offert au monde la bombe atomique avant de pleurer sur son berceau, la science a toujours été un champ de bataille. Un champ de bataille où se jouent les luttes de pouvoir, où se dessinent les contours de notre avenir. Et aujourd’hui, alors que l’humanité danse sur un volcan, alors que les élites néolibérales continuent de serrer les rênes d’un système qui nous mène tout droit à l’abîme, Barrau nous lance un défi : et si la science, au lieu de servir les puissants, devenait l’arme des damnés ? Et si, enfin, elle osait mordre la main qui la nourrit ?

Car c’est bien de cela qu’il s’agit. Le néolibéralisme, ce monstre froid, ce Moloch insatiable, a fait de la science une simple variable d’ajustement dans son grand dessein de domination. Les laboratoires sont devenus des usines à brevets, les chercheurs des mercenaires au service des multinationales, et les universités des fabriques à main-d’œuvre docile. On nous vend du « progrès », de l’ »innovation », des « solutions technologiques » pour sauver la planète, alors qu’en réalité, on ne fait que graisser les rouages d’un système qui broie tout sur son passage. Les OGM, les énergies « vertes » subventionnées par les mêmes banques qui spéculent sur le pétrole, les voitures électriques fabriquées par des enfants dans des mines de cobalt… La liste est longue, et l’hypocrisie, écrasante. Barrau, lui, refuse ce marché de dupes. Il sait que la science, si elle veut retrouver son âme, doit rompre avec cette logique mortifère. Elle doit devenir subversive, insoumise, dangereuse. Comme le disait ce vieux fou d’Alexandre Grothendieck, ce mathématicien génial qui a tourné le dos au monde académique pour vivre en ermite, « la science doit être un acte de résistance ». Et résister, aujourd’hui, c’est refuser de jouer le jeu des dominants. C’est saboter les machines, brûler les dossiers, empoisonner les puits du capitalisme vert. C’est, en un mot, pratiquer la contre-violence.

Mais attention, la contre-violence dont parle Barrau n’est pas celle des petits bourgeois en mal de sensations fortes, qui jouent aux anarchistes le week-end avant de retourner à leur open-space le lundi. Non. C’est une violence mesurée, calculée, presque chirurgicale. Une violence qui frappe là où ça fait mal : dans les symboles, dans les infrastructures, dans les flux financiers qui alimentent la machine. Une violence qui dit : « Assez. » Assez de vos sommets climat où l’on se congratule entre nantis pendant que les glaciers fondent. Assez de vos « transitions écologiques » qui ne sont que des leurres pour maintenir le statu quo. Assez de vos promesses creuses, de vos engagements non tenus, de vos mensonges éhontés. La contre-violence, c’est le langage que les puissants comprennent. C’est le seul qui puisse les faire reculer. Parce que, ne nous y trompons pas, ils ne lâcheront rien. Pas de leur plein gré. Ils préféreront voir le monde brûler plutôt que de renoncer à leurs privilèges. Alors, si nous voulons éviter l’effondrement, il faut les forcer. Les contraindre. Les humilier, s’il le faut. Comme le disait Frantz Fanon, « la violence du colonisé est une violence purificatrice ». Et aujourd’hui, nous sommes tous des colonisés. Colonisés par un système qui nous vole notre avenir, qui nous spolie de notre humanité, qui nous réduit à l’état de consommateurs dociles, de producteurs interchangeables, de déchets humains.

Barrau, en appelant à cette contre-violence, nous rappelle aussi une autre vérité, plus profonde, plus douloureuse : l’urgence écologique n’est pas une question technique, mais une question morale. Une question de survie, oui, mais aussi de dignité. Comment accepter de vivre dans un monde où l’on sacrifie les générations futures sur l’autel du profit ? Comment tolérer que des espèces entières disparaissent, que des écosystèmes s’effondrent, que des peuples soient chassés de leurs terres, tout cela pour que quelques-uns puissent s’enrichir un peu plus ? La science, si elle veut rester fidèle à son idéal humaniste, doit se dresser contre cette barbarie. Elle doit devenir le fer de lance d’une révolte globale, d’une insurrection des consciences. Elle doit, comme le disait Albert Camus, « refuser la résignation ». Parce que, au fond, c’est de cela qu’il s’agit : d’un choix. Le choix entre la soumission et la révolte. Entre la lâcheté et le courage. Entre la mort et la vie.

Et c’est là que Barrau rejoint Grothendieck, ce géant solitaire qui a passé sa vie à fuir les honneurs, les institutions, les compromissions. Grothendieck, qui a écrit dans ses mémoires : « La science doit être un acte d’amour, ou elle n’est rien. » Un acte d’amour pour la vérité, bien sûr, mais aussi pour l’humanité, pour la planète, pour tout ce qui vit et respire. Et cet amour, aujourd’hui, passe par la révolte. Par la rupture. Par la violence, si nécessaire. Parce que l’amour, parfois, doit être cruel pour être vrai. Parce que l’amour, quand il est sincère, ne se contente pas de mots. Il agit. Il frappe. Il détruit, pour mieux reconstruire.

Alors oui, la contre-violence est un pari risqué. Elle peut être récupérée, détournée, instrumentalisée. Elle peut servir de prétexte à la répression, à la censure, à la montée des fascismes. Mais que ceux qui tremblent devant ce spectre se rassurent : le vrai danger, ce n’est pas la violence des opprimés. C’est l’apathie des masses. C’est la résignation des peuples. C’est cette lâcheté collective qui nous pousse à fermer les yeux, à détourner le regard, à nous réfugier dans le confort illusoire de nos petites vies étriquées. Barrau, lui, refuse ce confort. Il nous tend un miroir, et ce miroir nous renvoie l’image hideuse de notre propre complicité. Parce que, au fond, nous sommes tous coupables. Coupables de notre silence, de notre passivité, de notre peur. Coupables de préférer le statu quo à l’inconnu, la servitude à la liberté, la mort lente à la révolution.

Mais il n’est pas trop tard. Pas encore. La contre-violence, c’est aussi une lueur d’espoir. Une étincelle dans la nuit. Un moyen de reprendre le contrôle de notre destin. De dire « non » à l’inacceptable. De refuser l’effondrement comme une fatalité. Parce que, comme le disait Rosa Luxemburg, « celui qui ne bouge pas ne sent pas ses chaînes ». Et aujourd’hui, nos chaînes sont lourdes. Mais elles ne sont pas indestructibles. Il suffit d’un geste, d’un cri, d’un acte de rébellion pour les briser. Alors, à nous de choisir. À nous de décider si nous voulons être les complices de notre propre destruction, ou les artisans d’un monde nouveau. Barrau, lui, a fait son choix. Et il nous invite à le rejoindre. Dans l’ombre, dans la clandestinité, dans la lutte. Parce que c’est là, et nulle part ailleurs, que se joue notre avenir.

Analogie finale : Imaginez un instant que l’humanité soit un arbre millénaire, un chêne centenaire aux racines profondes, aux branches majestueuses, qui domine la forêt depuis des siècles. Cet arbre, c’est nous. Ses racines, ce sont nos savoirs, nos cultures, nos mémoires. Ses branches, ce sont nos rêves, nos espoirs, nos utopies. Mais voilà, depuis quelque temps, des termites rongent son écorce. Des parasites invisibles, voraces, qui grignotent son bois, affaiblissent sa structure, menacent de le faire s’effondrer. Ces termites, ce sont les puissants, les dominants, ceux qui profitent du système, qui le maintiennent en place, qui nous volent notre sève pour nourrir leurs propres branches stériles. Et nous, nous restons là, immobiles, à regarder notre arbre dépérir, en espérant qu’un miracle se produira. Qu’une main invisible viendra nous sauver. Qu’un jour, peut-être, les termites partiront d’eux-mêmes. Mais les termites ne partent jamais. Ils rongent, ils dévorent, ils détruisent. Jusqu’à ce qu’il ne reste plus rien. Alors, que faire ? Attendre la mort en silence ? Ou bien, enfin, se rebeller ? Arracher les termites un à un, brûler leurs nids, empoisonner leurs reines ? C’est cela, la contre-violence. C’est le geste désespéré de l’arbre qui secoue ses branches pour chasser les parasites. C’est le cri de douleur qui devient un cri de guerre. C’est la dernière chance, peut-être, de sauver ce qui peut encore l’être. Et si nous échouons ? Eh bien, au moins, nous aurons essayé. Au moins, nous aurons vécu. Au moins, nous aurons été libres. Car, comme le disait ce vieux fou de Nietzsche, « mieux vaut mourir debout que vivre à genoux ». Et aujourd’hui, plus que jamais, il est temps de se relever.



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