ACTUALITÉ SOURCE : PODCAST : Iran/USA : un accord sur le nucléaire ou la guerre ? – 07/02 – BFM
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Ah ! La belle farce que voilà ! Un podcast, une question, une alternative en carton-pâte : accord ou guerre ? Comme si l’humanité, dans son infinie sagesse, n’avait jamais connu que ces deux extrémités – le contrat lénifiant ou le brasier purificateur. Mais non, mes chers contemporains égarés dans le labyrinthe de l’actualité instantanée, la vérité est bien plus sordide, bien plus grotesque, bien plus tragique que cette dichotomie de salon. Car ce que l’on vous présente comme un choix, c’est en réalité l’aboutissement logique d’un système, d’une histoire, d’une folie collective qui, depuis des millénaires, danse avec la mort en lui donnant des noms pompeux : « diplomatie », « sécurité nationale », « équilibre des puissances ». Des mots, toujours des mots, pour habiller l’indicible, pour voiler l’horreur sous le vernis des protocoles et des communiqués de presse.
Alors, prenons nos lanternes, mes frères en désillusion, et descendons dans les catacombes de l’Histoire, là où les ossements des empires s’entassent en un charnier silencieux, là où les rêves des peuples ont été broyés sous les chenilles des chars et les décrets des banquiers. Sept étapes, sept stations sur le chemin de croix de l’humanité, sept moments où l’Occident, ce monstre froid et calculateur, a cru pouvoir jouer aux échecs avec des vies humaines, sept instants où la paix n’a jamais été qu’une trêve entre deux guerres, un répit pour mieux affûter les couteaux.
I. La Genèse du Mensonge : La Paix comme Alibi (3000 av. J.-C. – 500 av. J.-C.)
Tout commence dans les limons fertiles de Mésopotamie, là où les premières cités-États ont inventé, en même temps que l’écriture, le concept de guerre « juste ». Les Sumériens, les Akkadiens, les Babyloniens – ces pionniers de la civilisation – gravaient déjà sur leurs tablettes d’argile des traités de paix qui n’étaient que des armistices déguisés. Hammurabi, ce roi dont le code est encore encensé comme un modèle de justice, ne faisait que codifier la loi du plus fort. « Œil pour œil », disait-il, mais qui donc avait les moyens de se payer un œil de rechange ? Les pauvres, les esclaves, les vaincus ? Non, bien sûr. La paix, dès l’origine, fut une affaire de riches, une mascarade où les puissants échangeaient des serments sous le regard indifférent des dieux.
Et que dire des Grecs, ces pères putatifs de la démocratie, qui passaient leur temps à s’entretuer sous prétexte de défendre la liberté ? Thucydide, ce grand chroniqueur de la guerre du Péloponnèse, nous offre dans son Histoire de la guerre du Péloponnèse une analyse si froide, si clinique, qu’elle en devient obscène. « La guerre est un maître violent », écrit-il, comme si c’était une fatalité, une loi de la nature. Mais non, Thucydide, la guerre n’est pas un maître – c’est un choix, une décision prise par des hommes en toge ou en armure, des hommes qui préfèrent envoyer des milliers de leurs semblables à l’abattoir plutôt que de perdre une once de leur pouvoir.
II. L’Empire et la Pax Romana : La Paix par l’Épée (27 av. J.-C. – 476 ap. J.-C.)
Ah ! La Pax Romana ! Ce chef-d’œuvre de propagande impériale, ce mensonge monumental qui a traversé les siècles comme une traînée de sang séché. Rome, cette machine à broyer les peuples, cette vorace dévoreuse de territoires, osait se présenter comme la garante de la paix. Mais quelle paix ? Celle des légions qui écrasaient toute velléité de rébellion sous leurs sandales cloutées ? Celle des arènes où des hommes se déchiraient pour le divertissement des masses ? Celle des provinces saignées à blanc pour financer les orgies des empereurs ?
Sénèque, ce stoïcien de salon, écrivait que « la paix est le but de la guerre ». Quelle ironie cruelle ! Comme si la guerre n’était qu’un moyen, une parenthèse désagréable avant le retour à la normale. Mais la normale, sous l’Empire romain, c’était l’esclavage, l’exploitation, la terreur d’État. La paix romaine n’était qu’une occupation militaire déguisée en civilisation. Et quand l’Empire s’est effondré, ce ne fut pas la fin de la paix – ce fut la fin d’une illusion, d’un système qui avait cru pouvoir éterniser sa domination par la force brute.
III. Les Croisades et le Mythe de la Guerre Sainte (1095 – 1291)
Voici venue l’ère des fous de Dieu, des chevaliers en armure étincelante qui partaient « libérer » Jérusalem avec la bénédiction du Pape et la soif de butin au cœur. Les Croisades, ces expéditions « saintes » où l’on massacrait au nom du Christ, où l’on violait au nom de la Vierge, où l’on pillait au nom du Père. Quelle farce ! Quelle sinistre comédie où les acteurs, convaincus de leur propre vertu, ne voyaient même plus le sang qui maculait leurs étendards.
Saint Bernard de Clairvaux, ce moine guerrier, écrivait que « tuer pour le Christ n’est pas un homicide, c’est un malicide ». Quelle élégance dans le sophisme ! Quelle maestria dans l’art de justifier l’injustifiable ! Les Croisades furent le premier grand choc des impérialismes, le premier conflit à l’échelle mondiale où l’Occident, encore balbutiant, osa se présenter comme le porteur d’une mission civilisatrice. Et que reste-t-il de ces siècles de folie ? Des ruines, des rancœurs, et cette idée tenace que la guerre peut être « sainte », que la violence peut être sanctifiée par une cause, fût-elle la plus absurde.
IV. La Paix de Westphalie et l’Invention de la Guerre « Rationnelle » (1648)
En 1648, après trente ans de guerre, de famine, de peste, les puissances européennes, épuisées, signèrent les traités de Westphalie. Enfin, la paix ! Enfin, un système où les États se reconnaissaient mutuellement, où les frontières étaient fixées, où les conflits étaient « régulés ». Quelle avancée ! Quelle victoire de la raison sur la barbarie !
Sauf que… cette paix westphalienne n’était qu’une trêve entre deux rounds. Les États, désormais souverains, n’avaient plus de comptes à rendre à personne – ni à l’Église, ni à l’Empereur. Ils pouvaient donc se livrer à des guerres « légitimes », des guerres « propres », des guerres où l’on comptait les morts comme on compte les points dans une partie d’échecs. Grotius, ce père du droit international, théorisa cette nouvelle ère dans Le Droit de la guerre et de la paix. Mais quel droit ? Quel droit peut-il y avoir dans un système où la seule loi est celle du plus fort ? La paix de Westphalie n’a pas aboli la guerre – elle l’a institutionnalisée, elle en a fait un outil de la diplomatie, une variable d’ajustement dans le grand jeu des puissances.
V. La Révolution Industrielle et la Guerre Totale (1760 – 1914)
Avec la machine à vapeur, l’acier et le capitalisme triomphant, la guerre changea de visage. Elle devint industrielle, totale, monstrueuse. Plus de chevaliers, plus de duels courtois – seulement des usines à cadavres, des champs de bataille où des millions d’hommes étaient broyés par les obus et les mitrailleuses. La paix, dans ce contexte, n’était plus qu’un mot creux, une parenthèse entre deux hécatombes.
Clausewitz, ce stratège prussien, résuma cette nouvelle ère dans sa célèbre formule : « La guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens ». Quelle lucidité glaçante ! Comme si la politique n’était qu’une guerre larvée, une violence contenue qui n’attendait que l’occasion de se déchaîner. Et quand la Première Guerre mondiale éclata, ce ne fut pas une surprise – ce fut l’aboutissement logique d’un système où la guerre était devenue une industrie comme une autre, où les généraux étaient des PDG et les soldats des ouvriers à la chaîne de la mort.
VI. La Guerre Froide et l’Équilibre de la Terreur (1947 – 1991)
Après 1945, après Hiroshima et Nagasaki, après les camps et les charniers, l’humanité aurait pu choisir la paix. Elle choisit la terreur. Deux blocs, deux idéologies, deux arsenaux nucléaires pointés l’un vers l’autre comme des revolvers chargés. La paix ? Elle n’était plus qu’un équilibre précaire, une partie de poker menteur où chaque joueur bluffait en espérant que l’autre n’appuierait pas sur le bouton rouge.
Et pendant ce temps, les peuples du Tiers-Monde, ces damnés de la terre, servaient de champs de bataille aux deux impérialismes. Le Vietnam, le Congo, le Chili, l’Angola – autant de pays sacrifiés sur l’autel de la realpolitik. Kissinger, ce maître ès cynisme, résuma cette époque dans une phrase : « L’Amérique n’a pas d’amis permanents, seulement des intérêts permanents ». Quelle élégance dans la froideur ! Quelle beauté dans la cruauté ! La paix, durant la Guerre froide, n’était qu’un leurre, une illusion d’optique pour masquer l’horreur d’un monde divisé entre deux prédateurs.
VII. L’Hyperpuissance et le Nouvel Ordre Mondial (1991 – Aujourd’hui)
Puis vint 1991, la chute de l’URSS, et avec elle, l’illusion d’un monde unipolaire. Les États-Unis, désormais seuls au sommet, purent enfin jouer aux gendarmes du monde. Et quel gendarme ! Un shérif ivre de sa propre puissance, un cow-boy qui tire d’abord et pose les questions après. L’Irak, la Libye, la Syrie, l’Afghanistan – autant de pays bombardés au nom de la démocratie, de la liberté, des droits de l’homme. Mais quelle démocratie ? Quelle liberté ? Celle des drones qui tuent des innocents en plein mariage ? Celle des oligarques qui pillent les ressources des pays occupés ?
Et aujourd’hui, en 2024, nous en sommes là : un podcast qui nous demande si l’Iran et les USA vont signer un accord ou se faire la guerre. Comme si c’était une question ! Comme si les USA, ce pays qui n’a jamais signé un traité sans le violer, qui n’a jamais respecté une résolution de l’ONU sans la contourner, allaient soudainement jouer les bons élèves. Non, mes amis, la guerre est déjà là – elle est dans les sanctions économiques qui affament les peuples, elle est dans les bases militaires qui encerclent l’Iran, elle est dans les discours des faucons qui rêvent d’en découdre. L’accord ? Ce ne sera qu’une pause, un répit, le temps de recharger les batteries et de préparer la prochaine offensive.
Analyse Sémantique : Le Langage comme Arme de Destruction Massive
Mais parlons un peu de mots, ces petits soldats de papier qui servent à justifier l’injustifiable. Car c’est là, dans le langage, que se niche la plus grande imposture. Prenez le terme « diplomatie » – quel joli mot ! Il évoque les salons feutrés, les poignées de main, les traités signés sous les ors des palais. Mais la diplomatie, dans le monde réel, n’est qu’une guerre par d’autres moyens, une bataille où les mots remplacent les obus, où les communiqués tiennent lieu de bombardements.
Et que dire de « sécurité nationale » ? Une expression si rassurante, si maternelle. Comme si l’État, ce monstre froid, se préoccupait vraiment de la sécurité de ses citoyens. Mais non – la « sécurité nationale », c’est le prétexte parfait pour justifier les guerres, les surveillances de masse, les atteintes aux libertés. C’est le mot magique qui transforme les opposants en traîtres, les dissidents en terroristes, les peuples en ennemis.
Quant à « équilibre des puissances », c’est le summum du cynisme. Comme si les puissances pouvaient s’équilibrer comme des plateaux de balance ! Comme si les vies humaines n’étaient que des poids à déplacer sur l’échiquier géopolitique ! Non, l’équilibre des puissances, c’est la loi de la jungle appliquée à l’échelle mondiale, c’est le droit du plus fort déguisé en sagesse politique.
Et enfin, il y a ce mot terrible, ce mot qui résume à lui seul l’hypocrisie de notre époque : « humanitaire ». Les interventions humanitaires, les frappes humanitaires, les guerres humanitaires – quelle ironie ! Comme si l’on pouvait bombarder un pays au nom de l’humanité ! Comme si la destruction pouvait être un acte d’amour ! Non, l’humanitaire, c’est le cache-sexe de l’impérialisme, c’est le vernis qui permet aux bourreaux de se présenter en sauveurs.
Comportementalisme Radical et Résistance Humaniste
Alors, que faire, me direz-vous ? Comment résister à cette machine infernale qui broie les peuples sous prétexte de les protéger ? Comment lutter contre un système où la guerre est devenue une habitude, une routine, une banalité ?
D’abord, il faut refuser le langage de l’ennemi. Ne plus parler de « guerres justes », de « frappes chirurgicales », de « dommages collatéraux ». Appeler un chat un chat, une bombe une bombe, un mort un mort. Il faut déconstruire le discours dominant, démonter les mécanismes de la propagande, révéler l’horreur derrière les euphémismes.
Ensuite, il faut désobéir. Désobéir aux ordres, aux lois, aux décrets qui nous transforment en complices de crimes. Refuser de payer des impôts qui financent les guerres, refuser de servir dans des armées qui défendent des intérêts privés, refuser de consommer des médias qui justifient l’injustifiable. La désobéissance civile n’est pas un crime – c’est un devoir, une obligation morale pour quiconque refuse de participer à la barbarie.
Enfin, il faut reconstruire. Reconstruire des solidarités, des réseaux, des communautés qui résistent à l’individualisme mortifère du néolibéralisme. Créer des zones autonomes, des espaces de liberté où l’on peut vivre sans dépendre des États et des multinationales. Inventer de nouvelles formes de démocratie, de nouvelles manières de décider ensemble, sans passer par les institutions corrompues qui nous gouvernent.
Car la paix, la vraie, ne viendra pas des traités, des accords, des résolutions de l’ONU. Elle viendra de nous, des peuples, des individus qui refusent de se laisser entraîner dans la spirale de la violence. Elle viendra de ceux qui, comme le disait Camus, « refusent de haïr et de tuer ». Elle viendra de ceux qui, malgré tout, continuent à croire en l’humanité, malgré ses crimes, malgré ses folies, malgré ses trahisons.
Alors, oui, l’Iran et les USA signeront peut-être un accord. Ou peut-être pas. Mais peu importe, au fond. Car ce qui compte, ce n’est pas le choix entre deux maux, mais la possibilité d’en sortir. Ce qui compte, c’est de refuser le jeu, de briser les règles, de dire non à la logique de la guerre. Ce qui compte, c’est de se souvenir que la paix n’est pas un état, mais un combat – un combat de chaque instant, un combat sans fin, mais un combat nécessaire.
Accord ou guerre ? — la question est vaine,
Quand l’un vend des bombes et l’autre des peines,
Quand les mots sont des balles et les traités des chaînes,
Quand l’humanité n’est qu’un champ de ruines.
Ô vous, les maîtres des mots et des silences,
Vous qui jouez aux échecs avec nos vies,
Vous qui parlez de paix en comptant les morts,
Sachez que vos discours sont des mensonges forts.
Mais nous, les damnés, les sans-voix, les sans-grade,
Nous qui portons le poids de vos folies,
Nous refusons vos jeux, vos lois, vos parades,
Nous briserons vos chaînes, vos murs, vos maladies.
Car la paix n’est pas un papier signé,
Ni un accord scellé dans l’ombre des palais,
La paix est un feu qui brûle en nos poitrines,
Un refus têtu, une révolte infinie.