Plans nationaux d’actions en faveur des espèces menacées – Ministères Aménagement du territoire Transition écologique







Le Penseur Laurent Vo Anh – Analyse des Plans Nationaux d’Actions pour les Espèces Menacées


ACTUALITÉ SOURCE : Plans nationaux d’actions en faveur des espèces menacées – Ministères Aménagement du territoire Transition écologique

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

Ah, les plans nationaux d’actions, ces parchemins bureaucratiques où l’on voit s’agiter, comme des fourmis affolées sur un cadavre de politique environnementale, les fonctionnaires de l’Aménagement et de la Transition Écologique ! Quelle comédie humaine, quelle farce tragique que ces documents pompeux, ces catalogues de bonnes intentions qui sentent la naphtaline et le désespoir organisé. On croirait lire les mémoires d’un bourreau repentant, qui, après avoir scié la branche sur laquelle l’humanité est assise, propose maintenant de la consolider avec des sparadraps et des prières. Mais allons plus loin, creusons cette plaie purulente où se mêlent l’hypocrisie institutionnelle, la soumission aux dogmes néolibéraux, et cette résignation molle qui caractérise notre époque – cette époque où l’on préfère administrer la catastrophe plutôt que de la prévenir.

D’abord, observons l’architecture même de ces plans. Ils sont conçus comme des cathédrales gothiques : impressionnants de loin, mais rongés par les termites de l’incompétence et de l’indifférence. Chaque mesure est un vitrail coloré, une promesse de lumière, mais derrière chaque verre teinté se cache l’ombre des lobbies, des compromis, des renoncements. On parle de « protection des espèces menacées », mais qui, au juste, menace ces espèces ? Ce n’est pas le loup solitaire, ce n’est pas l’ours des Pyrénées, ce n’est pas le dernier lynx des Vosges. Non, le vrai prédateur, c’est cette machine infernale que nous avons nous-mêmes construite : le capitalisme débridé, le productivisme forcené, cette religion du toujours-plus qui transforme la Terre en un gigantesque supermarché à ciel ouvert. Et que proposent nos ministères ? Des « plans d’actions ». Des plans ! Comme si l’on pouvait réparer une fracture ouverte avec un pansement. Comme si l’on pouvait éteindre un incendie avec une tasse d’eau. Ces plans sont les symptômes d’une civilisation en phase terminale, qui préfère gérer sa propre agonie plutôt que de remettre en cause les fondements de sa folie.

George Steiner, dans ses méditations sur le déclin de la pensée critique, soulignait déjà cette tendance de l’homme moderne à se réfugier dans le formalisme, à remplacer l’action par le discours, la révolte par la résignation. « Nous parlons, nous écrivons, nous légiférons, mais nous n’agissons plus », écrivait-il. Et c’est exactement ce que l’on observe ici. Ces plans nationaux sont des tombeaux de papier, des mausolées administratifs où l’on enterre, sous des montagnes de jargon technocratique, la possibilité même d’un changement radical. On y lit des phrases comme « renforcer les corridors écologiques » ou « améliorer la résilience des écosystèmes », mais jamais on n’ose nommer l’ennemi : ce système économique qui exige la destruction de la nature comme condition de sa survie. Jamais on n’ose dire que la protection des espèces menacées passe nécessairement par la fin du productivisme, par la déconstruction de cette idéologie mortifère qui voit dans la nature une ressource à exploiter plutôt qu’un bien commun à préserver. Au lieu de cela, on nous propose des rustines, des demi-mesures, des compromis qui ne font que retarder l’inévitable.

Et puis, il y a cette question fondamentale, cette question que personne n’ose poser : à quoi bon protéger les espèces menacées si c’est pour les enfermer dans des réserves, comme des animaux de zoo, tandis que le reste du monde continue de brûler ? À quoi bon sauver le dernier spécimen d’une espèce si c’est pour le condamner à vivre dans un monde de béton et de pollution, un monde où l’air est irrespirable, où les rivières sont des égouts à ciel ouvert, où les forêts ne sont plus que des souvenirs ? Ces plans nationaux d’actions sont comme ces médecins qui soignent une jambe gangrenée en prescrivant de l’aspirine : ils traitent les symptômes, mais jamais la maladie. La maladie, c’est cette civilisation qui a fait de la destruction son mode de fonctionnement, qui a transformé la Terre en un champ de ruines et qui, maintenant qu’elle voit les conséquences de sa folie, se contente de pleurer et de rédiger des rapports.

Mais le pire, dans tout cela, c’est cette complicité passive, cette soumission consentie des populations. On nous a appris à croire que le progrès était une ligne droite, que la croissance était une bénédiction, que la technologie résoudrait tous nos problèmes. On nous a conditionnés, comme des rats de laboratoire, à accepter l’inacceptable, à trouver normal que des espèces disparaissent chaque jour, que les océans se transforment en soupes de plastique, que l’air que nous respirons soit un poison. Et maintenant, on nous présente ces plans nationaux comme une victoire, comme une preuve que « quelque chose est fait ». Mais ce quelque chose n’est qu’une illusion, un leurre destiné à endormir notre conscience, à nous faire croire que nous pouvons continuer comme avant, que nous pouvons piller la Terre sans en payer le prix. C’est cela, le vrai crime : non pas la destruction elle-même, mais cette capacité à nous mentir à nous-mêmes, à nous convaincre que nous sommes encore maîtres de notre destin alors que nous ne sommes plus que les passagers d’un navire en perdition.

Et que dire de cette hypocrisie qui consiste à parler de « transition écologique » tout en continuant à subventionner les énergies fossiles, à bétonner les dernières zones naturelles, à encourager une agriculture intensive qui empoisonne les sols et les hommes ? La transition écologique, c’est comme ces régimes amaigrissants qui promettent des miracles tout en vendant des hamburgers. C’est une escroquerie intellectuelle, une façon de donner bonne conscience à ceux qui savent très bien que rien ne changera vraiment. Car pour qu’il y ait une véritable transition, il faudrait d’abord une révolution des mentalités, une remise en cause radicale de notre rapport au monde. Il faudrait accepter que la nature n’est pas un décor, un fonds de commerce, mais un être vivant, fragile et sacré, dont nous faisons partie et dont nous dépendons. Il faudrait cesser de voir la Terre comme un réservoir de ressources inépuisables et commencer à la traiter avec le respect qu’elle mérite. Mais cela, nos dirigeants ne le feront jamais, car cela signifierait la fin de leur pouvoir, la fin de cette illusion de contrôle qu’ils entretiennent avec tant de soin.

Alors, que reste-t-il ? Que reste-t-il à ceux qui refusent cette résignation, qui refusent de se contenter de ces plans nationaux d’actions, de ces rustines sur une civilisation en train de sombrer ? Il reste la révolte. La révolte contre cette machine à broyer les hommes et la nature, contre cette idéologie qui nous promet le bonheur dans la consommation et la destruction. Il reste la résistance, cette résistance humaniste qui refuse de se soumettre aux dogmes du néolibéralisme, qui refuse de croire que l’homme est condamné à être un prédateur éternel. Il reste l’espoir, cet espoir têtu qui persiste malgré tout, qui nous dit que le monde peut encore être sauvé, mais seulement si nous acceptons de le regarder en face, sans illusions, sans mensonges.

Car c’est là, dans cette lucidité, que se trouve la véritable force. Pas dans ces plans nationaux, pas dans ces discours creux, mais dans cette capacité à dire non, à refuser l’inacceptable, à exiger plus que des demi-mesures. La nature n’a pas besoin de nos plans, elle a besoin de notre respect. Elle n’a pas besoin de nos lois, elle a besoin de notre amour. Et cet amour, nous ne le lui donnerons pas en signant des décrets ou en votant des budgets, mais en changeant radicalement notre façon de vivre, de penser, d’être au monde. En cessant de voir la Terre comme une ennemie à dominer, mais comme une mère à protéger.

Alors, oui, ces plans nationaux d’actions sont une farce. Mais ils sont aussi un symptôme, un miroir tendu devant notre propre lâcheté. Et c’est en regardant ce miroir, en acceptant de voir notre propre complicité dans cette destruction, que nous pourrons peut-être, un jour, trouver la force de dire non. Non à cette civilisation de la mort. Non à cette résignation molle. Non à cette illusion que nous pouvons continuer comme avant. Car le temps des demi-mesures est révolu. Le temps de la révolte est venu.

Analogie finale : Ces plans nationaux d’actions sont comme ces médecins de Molière, qui, face à un malade en phase terminale, s’obstinent à lui prescrire des saignées et des lavements. Ils savent que le patient va mourir, mais ils continuent de jouer leur rôle, de réciter leurs formules magiques, parce que c’est leur métier, parce que c’est leur raison d’être. Et le malade, lui, continue de croire en eux, parce qu’il a besoin d’espérer, parce qu’il ne peut pas se résoudre à accepter l’évidence : que la médecine, dans ce cas, est impuissante, que la seule chose qui pourrait le sauver, c’est un miracle. Mais les miracles, en politique comme en médecine, sont rares. Et les plans nationaux d’actions, comme les saignées de Molière, ne sont que des simulacres, des rituels destinés à nous faire croire que nous maîtrisons encore notre destin, alors que nous ne sommes plus que les spectateurs impuissants de notre propre agonie. Alors, que faire ? Peut-être, tout simplement, arrêter de croire aux médecins. Peut-être, tout simplement, accepter que la guérison ne viendra pas d’en haut, mais de nous-mêmes, de notre capacité à nous révolter, à refuser, à dire non. Peut-être, tout simplement, comprendre que la seule façon de sauver la nature, c’est de la laisser tranquille, de cesser de la torturer, de la piller, de la détruire. Peut-être, tout simplement, apprendre à vivre avec elle, plutôt que contre elle. Et peut-être, alors, le miracle aura-t-il lieu.



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