ACTUALITÉ SOURCE : Picasso, De Vinci, Matisse, Frida Kahlo… Les 12 plus belles expositions immersives qui vont illuminer 2026 – Connaissance des Arts
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Ah ! Les expositions immersives ! Ce mot, « immersif », qui sonne comme une promesse de noyade volontaire dans le grand bain tiède de la culture pré-mâchée, de l’art en kit, de la pensée en poudre soluble. Douze expositions, douze occasions de se noyer dans le génie des autres sans jamais risquer de se salir les mains, de se confronter à la matière, à la résistance du réel, à cette putain d’épaisseur du monde qui fait que l’art, le vrai, celui qui vous déchire les entrailles et vous laisse pantelant, est d’abord une lutte, une guerre, une merde gluante et sublime à extraire de soi-même avec les ongles et les dents.
Mais non. En 2026, on vous propose de vous asseoir, de mettre des lunettes à la con, et de vous laisser bercer par les pixels de Picasso, les hologrammes de De Vinci, les avatars numériques de Frida Kahlo. L’art devient une expérience sensorielle, un parc d’attractions pour bourgeois en mal de frissons, une façon de consommer le génie sans jamais avoir à le comprendre, à le haïr, à l’aimer vraiment. L’immersion, c’est la mort de l’art par étouffement dans le confort. C’est le triomphe du spectaculaire sur le sacré, du divertissement sur la révélation, de la distraction sur la transe.
Et pourtant… Pourtant, il y a quelque chose de profondément humain dans cette quête d’immersion. L’homme n’a jamais cessé de vouloir se perdre, de vouloir fuir la médiocrité de son existence dans des mondes plus grands, plus beaux, plus intenses que le sien. Depuis les peintures rupestres de Lascaux, où les chasseurs se plongeaient dans l’image des bisons pour mieux les dominer, jusqu’aux cathédrales gothiques, où la lumière filtrée par les vitraux devait donner l’illusion d’un paradis terrestre, l’humanité a toujours cherché à s’immerger dans l’art, à en faire une seconde peau, une seconde réalité. Alors pourquoi cette nausée, ce dégoût, cette colère sourde qui monte en moi à l’idée de ces expositions immersives ?
Parce que l’immersion, aujourd’hui, n’est plus une quête. C’est une capitulation. C’est la victoire définitive de la technique sur l’esprit, du marché sur la création, de la facilité sur l’effort. C’est l’art réduit à une expérience utilisateur, à un produit de consommation comme un autre, avec son packaging clinquant, ses effets spéciaux, son côté « wow » qui dure le temps d’un like sur Instagram. Et le pire, c’est que ça marche. Les gens adorent ça. Ils en redemandent. Parce que l’immersion, c’est le contraire de la pensée. C’est l’abolition de la distance critique, la fin de cette tension féconde entre l’œuvre et le spectateur, entre le créateur et sa création. L’immersion, c’est l’art transformé en drogue douce, en opium du peuple version 2.0.
Mais plongeons, voulez-vous ? Plongeons dans cette histoire de l’immersion, de cette obsession humaine à vouloir se fondre dans l’image, dans le rêve, dans l’illusion. Sept étapes, sept moments clés où l’humanité a cru toucher du doigt l’absolu par l’immersion, avant de se rendre compte, chaque fois, que l’absolu, ça se mérite, ça se conquiert, ça ne se consomme pas.
1. Lascaux, ou l’immersion originelle (vers 17 000 av. J.-C.)
Tout commence dans l’obscurité. Les hommes des cavernes, ces premiers artistes, ces premiers fous, descendent dans les entrailles de la terre avec des torches, des pigments, des outils rudimentaires. Ils peignent des chevaux, des bisons, des aurochs sur les parois humides des grottes. Et puis, ils dansent. Ils hurlent. Ils miment la chasse. Ils s’immergent dans leurs propres images, littéralement. Les peintures de Lascaux ne sont pas faites pour être contemplées à distance. Elles sont faites pour être vécues, pour être habitées. Les hommes préhistoriques ne regardent pas l’art. Ils l’incarnent. Ils deviennent les bisons, les chevaux, les esprits qu’ils ont dessinés. C’est la première exposition immersive de l’histoire. Et c’est aussi la première fois que l’homme comprend que l’art peut être une porte vers un autre monde, un monde plus vrai, plus intense, plus dangereux que le sien.
Mais attention : cette immersion n’a rien de passif. Elle est active, violente, presque mystique. Elle exige un engagement total du corps et de l’esprit. Les chamanes qui dansent devant les peintures rupestres ne sont pas des spectateurs. Ce sont des participants. Ils risquent leur peau, leur santé mentale, leur équilibre. L’immersion, ici, n’est pas une distraction. C’est une initiation.
2. Les cathédrales gothiques, ou l’immersion par la lumière (XIIe-XVe siècle)
Sautons quelques millénaires. Voici les cathédrales gothiques, ces monstres de pierre et de verre qui écrasent les villes médiévales de leur masse. Les hommes du Moyen Âge ne construisent pas des églises. Ils construisent des machines à immersion. Tout, dans une cathédrale, est conçu pour vous happer, pour vous aspirer vers le haut, vers le ciel, vers Dieu. Les vitraux filtrent la lumière et la transforment en une matière presque solide, en une présence divine qui vous enveloppe, qui vous pénètre. Les voûtes s’élèvent à des hauteurs vertigineuses, comme pour vous rappeler votre petitesse, votre insignifiance face à l’infini. Les sculptures, les fresques, les bas-reliefs racontent des histoires, mais pas comme des livres. Ils les rendent présentes, tangibles, presque vivantes.
Et puis, il y a la musique. Les chants grégoriens, ces voix qui montent et descendent dans l’espace sacré, qui se répondent, qui s’entrelacent, qui vous prennent aux tripes. L’immersion, ici, est totale. Elle est physique, spirituelle, sensorielle. Elle ne vous laisse pas indemne. Elle vous transforme. Ou du moins, elle essaie.
Mais encore une fois, cette immersion n’est pas une consommation passive. Elle exige un effort. Il faut marcher, lever les yeux, tendre l’oreille, prier, méditer. Il faut accepter de se perdre dans l’immensité de l’édifice, de se laisser submerger par sa beauté, par sa puissance. Les cathédrales ne sont pas faites pour les touristes pressés. Elles sont faites pour les pèlerins, pour les pénitents, pour ceux qui acceptent de se mettre à genoux.
3. La Renaissance, ou l’immersion par la perspective (XVe-XVIe siècle)
Avec la Renaissance, l’immersion change de nature. Elle devient intellectuelle. Les artistes, ces nouveaux magiciens, découvrent les lois de la perspective, ces règles mathématiques qui permettent de créer l’illusion de la profondeur sur une surface plane. Soudain, un tableau n’est plus une simple image. C’est une fenêtre ouverte sur un autre monde. Regardez les fresques de la Chapelle Sixtine, les toiles de Raphaël, les dessins de De Vinci. Elles vous aspirent, elles vous attirent, elles vous donnent l’impression de pouvoir marcher à l’intérieur du tableau, de toucher les personnages, de respirer l’air de leur époque.
Mais cette immersion-là est trompeuse. Elle joue avec votre esprit, avec votre perception. Elle vous fait croire que vous pouvez pénétrer dans l’œuvre, alors qu’en réalité, vous restez prisonnier de votre propre regard. La perspective, c’est le triomphe de l’illusion. C’est l’art qui se fait piège, qui vous enferme dans un espace mental dont vous ne pouvez plus sortir. Et c’est aussi le moment où l’art commence à devenir un spectacle, un objet de contemplation esthétique, plutôt qu’une expérience totale, physique, spirituelle.
Prenez De Vinci, ce génie universel, ce fou qui disséquait des cadavres pour mieux comprendre le corps humain, qui inventait des machines volantes, qui peignait des sourires énigmatiques. Il savait que l’art était une science, une exploration, une quête sans fin. Mais il savait aussi que l’immersion, la vraie, celle qui vous change, ne pouvait pas se réduire à une illusion d’optique. Elle devait être une plongée dans les mystères de la vie, de la mort, de l’âme.
4. Le romantisme, ou l’immersion dans le sublime (XVIIIe-XIXe siècle)
Avec le romantisme, l’immersion devient une affaire de sentiments, de passions, de tourments. Les artistes ne cherchent plus à représenter le monde. Ils cherchent à le ressentir, à le vivre, à en mourir. Regardez les toiles de Caspar David Friedrich, ces paysages désolés, ces falaises vertigineuses, ces mers déchaînées. Elles ne sont pas faites pour être admirées. Elles sont faites pour vous écraser, pour vous rappeler votre petitesse face à l’immensité de la nature, face à l’infini du temps.
Les romantiques ne veulent pas vous divertir. Ils veulent vous terrifier, vous élever, vous détruire. Leur art est une expérience limite, une plongée dans les abîmes de l’âme humaine. Et l’immersion, ici, est une question de survie. Il faut accepter de se perdre, de se noyer, de sombrer dans le sublime pour espérer en ressortir transformé.
Mais attention : le sublime romantique est un piège. Il peut vous engloutir, vous consumer, vous réduire en cendres. Les artistes romantiques le savaient bien, eux qui finissaient si souvent fous, alcooliques, suicidés. L’immersion, pour eux, n’était pas une distraction. C’était une épreuve. Une ordalie.
5. Le surréalisme, ou l’immersion dans l’inconscient (XXe siècle)
Avec le surréalisme, l’immersion prend un tour radicalement nouveau. Elle n’est plus une question de perspective, de lumière, de sentiment. Elle devient une plongée dans les profondeurs de l’inconscient, dans les territoires inexplorés de l’esprit. Les surréalistes veulent abolir les frontières entre le rêve et la réalité, entre l’art et la vie, entre le conscient et l’inconscient. Ils inventent de nouvelles techniques : le cadavre exquis, l’écriture automatique, la peinture sous hypnose. Ils veulent créer des œuvres qui vous prennent par surprise, qui vous saisissent à la gorge, qui vous révèlent des vérités que vous ne vouliez pas voir.
Prenez Dalí, ce fou génial, ce clown tragique. Ses toiles sont des machines à immersion, des pièges à rêves. Elles vous attirent, vous fascinent, vous hypnotisent. Vous croyez regarder une montre molle, un paysage désertique, un visage déformé. En réalité, vous plongez dans les obsessions de Dalí, dans ses peurs, dans ses désirs inavouables. L’immersion, ici, est une violation. Elle ne vous laisse pas indemne. Elle vous force à voir ce que vous ne vouliez pas voir, à sentir ce que vous ne vouliez pas sentir.
Mais le surréalisme, comme tous les mouvements avant lui, finit par se trahir. Il devient un style, une mode, un produit de consommation. Les marchands d’art s’emparent des montres molles, des parapluies et des machines à coudre. L’immersion surréaliste devient une attraction de foire, un gadget pour bourgeois en mal de frissons. Et c’est là que tout bascule.
6. L’art contemporain, ou l’immersion comme spectacle (XXe-XXIe siècle)
Avec l’art contemporain, l’immersion devient un produit. Un produit de luxe, certes, mais un produit tout de même. Les artistes ne cherchent plus à vous transformer, à vous élever, à vous terrifier. Ils cherchent à vous divertir, à vous impressionner, à vous faire dire « wow ». Les installations monumentales, les environnements interactifs, les expériences virtuelles : tout est conçu pour vous immerger dans un monde artificiel, pour vous faire oublier la médiocrité de votre existence.
Prenez Yayoi Kusama, cette artiste japonaise qui crée des salles remplies de miroirs et de points colorés. Ses installations sont des pièges à selfies, des machines à immersion narcissique. Vous entrez dans une pièce, vous vous regardez vous regarder à l’infini, et vous oubliez tout : le temps, l’espace, votre propre identité. C’est fascinant, hypnotique, presque mystique. Mais c’est aussi profondément vide. Parce que cette immersion-là ne vous demande rien. Elle ne vous exige aucun effort, aucune remise en question, aucune confrontation avec l’altérité. Elle vous berce, elle vous endort, elle vous enferme dans une bulle de plaisir solitaire.
Et puis, il y a les expositions immersives, ces usines à rêves numériques où l’on vous promet de marcher dans les pas de Van Gogh, de voler avec les oiseaux de De Vinci, de pleurer avec les autoportraits de Frida Kahlo. Mais qu’est-ce que cela signifie, au juste ? Que reste-t-il de l’art quand il est réduit à une expérience sensorielle, à un spectacle interactif ? Que reste-t-il de la tension, de la lutte, de la souffrance qui font la grandeur de l’art ? Rien. Il ne reste que le divertissement, le confort, la distraction.
7. Le numérique, ou l’immersion comme aliénation (XXIe siècle)
Nous y voilà. Au XXIe siècle, l’immersion est devenue une industrie. Une industrie qui pèse des milliards, qui emploie des milliers d’ingénieurs, de designers, d’artistes numériques. Les expositions immersives ne sont plus des événements culturels. Ce sont des produits marketing, des expériences utilisateur, des parcs d’attractions pour adultes en mal de sensations fortes.
Regardez les casques de réalité virtuelle, ces machines à immersion totale. Elles vous promettent de vous transporter dans d’autres mondes, de vous faire vivre des aventures extraordinaires, de vous faire oublier votre corps, votre vie, votre mortalité. Mais en réalité, elles vous enferment dans une bulle encore plus étroite que celle de votre quotidien. Elles vous coupent du réel, des autres, de vous-même. Elles vous transforment en consommateur passif, en spectateur hypnotisé, en zombie numérique.
Et les expositions immersives, dans tout ça ? Elles ne sont que la pointe émergée de l’iceberg. Elles sont le symptôme d’une société qui a perdu le goût de l’effort, de la confrontation, de la vérité. Une société qui préfère le simulacre à la réalité, le virtuel au tangible, le confort à la révélation. Une société qui a oublié que l’art, le vrai, est une lutte, une guerre, une merde gluante et sublime à extraire de soi-même avec les ongles et les dents.
Analyse sémantique : le langage de l’immersion
Le mot « immersion » est un piège. Un piège sémantique, un piège linguistique. À l’origine, il vient du latin *immersio*, qui signifie « plongée », « action de plonger dans un liquide ». L’immersion, c’est donc d’abord une noyade volontaire, une disparition dans un élément étranger. Mais aujourd’hui, le mot a été vidé de sa violence, de sa radicalité. Il est devenu un terme marketing, un mot-valise qui sert à vendre du rêve, de l’é