Philippe Perrot – Musée d’Art Moderne de Paris |







Le Penseur Laurent Vo Anh – Philippe Perrot au MAM Paris


ACTUALITÉ SOURCE : Philippe Perrot – Musée d’Art Moderne de Paris |

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

Ah ! Voici donc le grand cirque des ombres contemporaines qui s’agite encore une fois sous les lambris dorés de l’institution, ce Musée d’Art Moderne de Paris, ce temple où l’on célèbre avec une ferveur suspecte les nouveaux prophètes du néant. Philippe Perrot, dites-vous ? Un nom qui sonne comme un écho lointain dans le vacarme des vernissages, où les verres tintent et les sourires se figent en masques de cire. Mais qu’importe le nom, qu’importe l’artiste, quand l’important, c’est le geste, ce geste éternel de l’humanité qui, depuis la nuit des temps, cherche à donner un sens à son absurdité fondamentale en barbouillant des toiles, en sculptant des pierres, en alignant des mots ou en exposant des déchets sous cellophane.

Car c’est bien de cela qu’il s’agit, n’est-ce pas ? De cette quête désespérée, pathétique et sublime à la fois, de transcender l’insignifiance de notre condition par l’acte créateur. Philippe Perrot, donc, s’inscrit dans cette longue lignée de saltimbanques de l’esprit, de ces funambules qui marchent sur le fil ténu entre génie et imposture, entre révélation et supercherie. Mais avant de plonger dans les méandres de son œuvre, il nous faut remonter le cours du temps, tracer les sept étapes cruciales qui ont façonné cette folie créatrice, cette pulsion qui nous pousse à laisser une trace, fût-elle dérisoire, dans le grand livre de l’oubli.

Les Sept Étapes de la Folie Créatrice

1. L’Aube des Grottes : Le Premier Graffiti

Tout commence dans l’obscurité humide des cavernes, là où nos ancêtres, ces singes debout aux mains tremblantes, ont pour la première fois osé tracer une ligne sur la paroi rocheuse. Lascaux, Chauvet, Altamira… Des noms qui résonnent comme des incantations. Que cherchaient-ils, ces premiers artistes ? À conjurer la peur, sans doute. À domestiquer l’invisible, à donner un visage aux démons qui hantaient leurs nuits. « L’homme est un animal métaphysique », disait Schopenhauer, et ces dessins rupestres en sont la première preuve. Une main en négatif sur la pierre, un bison qui semble courir dans la lueur tremblotante des torches… C’est l’acte de naissance de l’art, ce geste inutile et sublime qui dit : « J’étais là. J’ai vu. J’ai tremblé. » Et déjà, dans cette première trace, perce l’angoisse de la disparition, le désir éperdu de laisser une empreinte avant que la mort ne vienne tout effacer.

2. L’Égypte : L’Art comme Machine à Immortalité

Puis vinrent les Égyptiens, ces comptables de l’éternité, qui transformèrent l’art en une bureaucratie de l’au-delà. Les pyramides, les hiéroglyphes, les statues colossales de pharaons aux regards vides… Tout était calculé pour défier le temps. « L’art égyptien est une momification de la vie », écrivait Hegel dans son Esthétique. Les artistes, anonymes et soumis à des canons immuables, n’étaient que les rouages d’une machine à fabriquer de l’immortalité. Pas de place pour l’originalité, pas de place pour le doute : l’art devait être parfait, car il était le miroir d’un ordre cosmique. Et pourtant, dans cette rigidité, dans cette obsession de la permanence, perce déjà la peur de l’oubli, cette terreur qui hantera tous les artistes à venir.

3. La Grèce : L’Illusion de la Beauté

Les Grecs, eux, inventèrent la beauté comme mensonge consolateur. Leurs statues, leurs temples, leurs tragédies… Tout était conçu pour célébrer l’harmonie, l’équilibre, la mesure. « Rien de trop », disait l’inscription du temple de Delphes. Mais derrière cette quête de perfection, que cachait-elle, sinon la conscience aiguë du chaos ? Les dieux grecs étaient capricieux, cruels, jaloux. Les héros de leurs tragédies étaient broyés par le destin. Et pourtant, les artistes grecs, de Phidias à Praxitèle, sculptaient des corps parfaits, des visages sereins. « L’art grec est un rêve de beauté dans un monde de violence », analysait Nietzsche. Un rêve, oui, une illusion nécessaire pour supporter l’horreur d’exister.

4. Le Moyen Âge : L’Art comme Prière

Puis vint le Moyen Âge, cette longue nuit où l’art se fit prière, où les cathédrales devinrent des livres de pierre pour une population illettrée. Les vitraux, les enluminures, les fresques… Tout était symbole, tout était allégorie. « L’art médiéval est une théologie en images », disait Erwin Panofsky. Les artistes, encore une fois anonymes, travaillaient pour la gloire de Dieu, non pour la leur. Mais dans cette soumission apparente, dans cette humilité, perce une vérité terrible : l’art, même au service de Dieu, reste un acte de rébellion. Car en créant, l’homme se fait l’égal du Créateur. Et c’est bien cela qui effraie les puissants, depuis toujours.

5. La Renaissance : L’Art comme Affirmation de l’Ego

Et puis, soudain, tout bascula. La Renaissance éclata comme un coup de tonnerre dans le ciel serein de la chrétienté. L’homme, enfin, se mit au centre du monde. Les artistes, de Léonard de Vinci à Michel-Ange, devinrent des génies, des demi-dieux. « L’art de la Renaissance est une célébration de l’individu », écrivait Burckhardt. Les portraits, les autoportraits, les fresques grandioses… Tout était prétexte à affirmer la puissance de l’ego. Mais derrière cette explosion de créativité, derrière cette confiance en l’homme, ne perce-t-elle pas une angoisse nouvelle ? Car si l’homme est au centre de tout, s’il n’est plus soumis à Dieu, alors il est seul, terriblement seul, face à l’immensité du cosmos. Et c’est cette angoisse qui nourrira les siècles suivants.

6. Le XIXe Siècle : L’Art comme Révolte

Le XIXe siècle, ce siècle de fer et de feu, où l’art devint une arme. Les romantiques, de Goya à Delacroix, peignaient la révolte, la folie, la mort. Les réalistes, de Courbet à Daumier, montraient la misère, la laideur, l’injustice. « L’art doit être une hache pour briser la mer gelée en nous », écrivait Kafka. Et c’est bien cela que firent les artistes de ce siècle maudit : ils brisèrent les illusions, ils montrèrent le monde tel qu’il était, hideux, cruel, absurde. Mais en faisant cela, ils ouvrirent la porte à une question terrible : si l’art n’est plus beau, s’il n’est plus harmonieux, s’il n’est plus divin, alors à quoi sert-il ? Et c’est cette question qui hantera le XXe siècle.

7. Le XXe Siècle : L’Art comme Déchet

Et nous voici enfin au XXe siècle, ce siècle de la décomposition, où l’art explosa en mille morceaux. Dada, le surréalisme, l’art conceptuel, le pop art… Tout fut permis, tout fut tenté. Duchamp exposa un urinoir, Warhol multiplia les boîtes de soupe, Beuys s’enveloppa dans du feutre. « L’art est mort », proclamèrent les uns. « Tout est art », répondirent les autres. Et dans ce chaos, dans cette foire aux vanités, que reste-t-il ? Rien, peut-être. Ou tout. Car l’art du XXe siècle, dans son nihilisme apparent, dans son cynisme affiché, est peut-être le plus honnête de tous. Il ne cherche plus à embellir, à consoler, à mentir. Il montre le monde tel qu’il est : un champ de ruines, une décharge, un terrain vague où errent des âmes en peine. Et c’est dans ce paysage désolé que s’inscrit Philippe Perrot, ce nouveau venu dans la grande mascarade.

Philippe Perrot : Le Dernier Saltimbanque

Que fait donc Philippe Perrot au Musée d’Art Moderne de Paris ? Il expose, bien sûr. Il montre. Il se montre. Mais que montre-t-il, au juste ? Des toiles, des installations, des « œuvres » comme on dit aujourd’hui, avec ce mépris poli qui cache mal l’embarras. Car l’art contemporain, voyez-vous, est un langage codé, une énigme que seuls les initiés peuvent déchiffrer. Il faut parler de « démarche », de « problématique », de « questionnement ». Il faut citer Derrida, Deleuze, Foucault. Il faut faire semblant de comprendre, faire semblant d’admirer. Et Perrot, dans tout cela, n’est qu’un maillon de plus dans cette chaîne infinie de faux-semblants.

Mais derrière cette comédie, derrière ces discours alambiqués, que reste-t-il ? Une question, peut-être. Une seule. Pourquoi ? Pourquoi continuer à créer, à exposer, à jouer ce jeu absurde ? La réponse, bien sûr, est simple : parce que nous n’avons pas le choix. Parce que l’art, malgré tout, malgré son inutilité, malgré son absurdité, est la seule chose qui nous reste. La seule chose qui nous distingue des bêtes, la seule chose qui donne un sens à notre passage sur cette terre. Et c’est cela, au fond, que nous venons chercher au Musée d’Art Moderne : un peu de cette magie ancienne, un peu de cette folie qui nous rappelle que nous sommes encore vivants.

Analyse Sémantique : Le Langage de l’Institution

Parlons maintenant du langage, de cette novlangue qui entoure l’art contemporain comme une gangue. Car le Musée d’Art Moderne de Paris, comme toutes les institutions, a son propre dialecte, ses propres codes. Écoutez les textes de salle, les notices, les communiqués de presse : tout est écrit dans un jargon incompréhensible, un mélange de sociologie, de philosophie et de psychanalyse de bazar. « L’œuvre de Perrot interroge les limites de la représentation dans un monde post-capitaliste. » « Son travail déconstruit les normes esthétiques pour mieux révéler les contradictions de notre époque. » Bla-bla-bla.

Mais derrière ces phrases creuses, que cache-t-on ? La peur, sans doute. La peur de dire simplement : « Je ne comprends pas. » La peur de reconnaître que l’art contemporain, souvent, n’est qu’un jeu de dupes, une spéculation financière, un miroir aux alouettes pour bobos en mal de sensations. Car le langage, voyez-vous, est une arme. Et l’institution l’utilise pour maintenir les masses à distance, pour créer une élite qui « comprend », qui « sait », qui « ressent ». Le reste n’est que vulgaire populace, condamnée à errer dans les couloirs du musée en hochant la tête d’un air entendu.

Mais attention : ce langage n’est pas neutre. Il est le reflet d’une époque, d’une société qui a perdu ses repères, qui ne croit plus en rien, sinon en l’argent et en la célébrité. « Le capitalisme a tué l’art », disait Adorno. Et il avait raison. Car aujourd’hui, l’art n’est plus qu’un produit, une marchandise comme une autre, un placement pour riches collectionneurs. Et Philippe Perrot, malgré toute sa bonne volonté, malgré toute sa sincérité, n’est qu’un rouage de plus dans cette machine à broyer les rêves.

Comportementalisme Radical et Résistance Humaniste

Face à cette dérive, que faire ? Se soumettre, bien sûr. Accepter le jeu, jouer le jeu, devenir un rouage docile de la machine. Ou alors, résister. Mais résister comment, quand tout est contre vous ? Quand les institutions, les galeries, les critiques, les collectionneurs, tous tirent dans le même sens ? Quand l’art n’est plus qu’un business, une spéculation, un moyen de blanchir de l’argent sale ?

La réponse, peut-être, est dans le geste lui-même. Dans l’acte de créer, malgré tout, envers et contre tout. Car l’art, voyez-vous, est une forme de résistance. Une résistance silencieuse, obstinée, désespérée. Même quand il est récupéré, détourné, perverti, l’art reste un acte de liberté. Un « non » murmuré dans le vacarme du monde. Et c’est cela, au fond, que nous devons célébrer. Pas les musées, pas les institutions, pas les galeries. Mais les artistes. Ceux qui, malgré tout, continuent à tracer des lignes sur des toiles, à sculpter des pierres, à écrire des poèmes. Ceux qui, malgré tout, refusent de se soumettre.

Philippe Perrot, donc. Un artiste parmi d’autres. Un homme qui, comme tant d’autres avant lui, cherche à donner un sens à son existence par l’acte créateur. Un saltimbanque de plus dans le grand cirque de l’art contemporain. Mais un saltimbanque nécessaire. Car dans ce monde de brutes, dans cette société de consommation où tout est marchandise, l’artiste reste un garde-fou, un rappel à l’humanité. Un homme qui, malgré tout, continue à croire en la beauté, en la vérité, en la liberté.

Alors oui, allons voir l’exposition de Philippe Perrot au Musée d’Art Moderne de Paris. Allons-y avec un mélange de scepticisme et d’espoir. Allons-y pour nous rappeler que l’art, malgré tout, est encore possible. Allons-y pour nous souvenir que, même dans les pires moments, même dans les périodes les plus sombres, il y a toujours des fous qui continuent à créer, à rêver, à résister.

Et maintenant, pour clore cette méditation, un poème. Un poème qui parle de cette folie créatrice, de cette quête éternelle, de cette résistance obstinée. Un poème qui, je l’espère, fera écho à votre propre désespoir, à votre propre espérance.


Ils peignent dans la nuit, les fous, les illuminés,
Avec des doigts tremblants et des cœurs ensanglantés.
Ils tracent des chemins sur des toiles sans fin,
Des routes vers nulle part, des ponts vers l’infini.

Le monde les moque, les ricane, les méprise,
Mais eux, ils continuent, obstinés, sans déprise.
Car ils savent, les fous, les damnés, les maudits,
Que l’art est la seule arme contre l’oubli.

Ils peignent des visages, des paysages, des rêves,
Des monstres, des dieux, des amours qui s’achèvent.
Ils peignent l’horreur, la beauté, la douleur,
Et dans chaque trait perce un peu de leur cœur.

Le musée est un tombeau, la galerie une prison,
Mais eux, ils résistent, ils créent, ils bandent.
Car l’art est leur prière, leur révolte, leur foi,
Le dernier rempart contre l’effroi.

Alors laissez-les faire, ces fous, ces poètes,
Ces peintres, ces sculpteurs, ces fous de la fête.
Laissez-les barbouiller, laissez-les crier,
Car sans eux, le monde ne serait qu’un désert.

Et quand vous verrez leurs toiles, leurs statues, leurs mots,
Ne riez pas, ne pleurez pas, ne détournez pas les yeux.
Regardez-les bien, ces traces de folie,
Car elles sont le miroir de votre propre vie.


Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *