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Peinture, photographie… Dans les Mauges, cette exposition mêle les œuvres d’artistes professionnels et d’écoliers – Ouest-France
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Ah ! Les Mauges, ce trou perdu où l’on expose côte à côte les gribouillages des petits singes savants de l’école primaire et les prétendus chefs-d’œuvre des artistes patentés ! Quelle farce ! Quelle mascarade ! Quelle insulte à l’intelligence humaine, à la souffrance des vrais créateurs, à la mémoire de ceux qui ont saigné sur leur toile pour que des générations de bourgeois béats puissent s’extasier devant des taches de couleur en sirotant leur vin blanc tiède ! Mais allons-y, décortiquons cette pantalonnade avec la rigueur d’un scalpel dans un cadavre en décomposition, car c’est bien de cela qu’il s’agit : l’art moderne, ce grand charnier des illusions, ce cimetière des ambitions, ce vomitoire où l’humanité régurgite ses rêves avortés depuis que l’homme a quitté les cavernes en laissant derrière lui ses premiers dessins maladroits, déjà chargés de toute la misère et de toute la vanité qui allaient suivre.
Commençons par le commencement, car c’est là que tout se joue, dans ces origines crasseuses où l’homme, à peine sorti de la boue, a cru bon de laisser une trace de son passage, comme un chien qui pisse contre un arbre pour marquer son territoire. Étape 1 : Les grottes de Lascaux, ou l’art comme premier mensonge. Il y a 17 000 ans, des hommes des cavernes, couverts de peaux de bêtes et sentant la charogne, ont griffonné sur les parois des aurochs, des chevaux, des bisons, avec des pigments de terre et de sang. Pourquoi ? Pour conjurer la peur, bien sûr ! Pour tenter de maîtriser l’incontrôlable, de donner un sens à un monde qui n’en a aucun. Platon, plus tard, aurait souri avec mépris devant ces tentatives naïves de mimesis, ces pauvres copies du réel qui ne sont que des ombres d’ombres. Et pourtant, c’est là, dans cette obscurité humide, que tout a commencé : l’art comme illusion, comme leurre, comme premier acte de mauvaise foi. Les hommes ont cru que dessiner un bison, c’était déjà en posséder un, le dominer. Quelle idiotie ! Comme si une image pouvait jamais être autre chose qu’un leurre, une promesse jamais tenue.
Étape 2 : La Renaissance, ou l’art comme instrument du pouvoir. Puis vinrent les Médicis, les papes, les rois, ces vautours en pourpoint qui ont compris que l’art pouvait servir à autre chose qu’à apaiser les terreurs primitives. Il pouvait servir à asseoir leur domination, à impressionner les masses, à faire croire que leur pouvoir était divin, éternel, incontestable. Michel-Ange, ce titan maudit, a passé quatre ans couché sur le dos à peindre la chapelle Sixtine, le cou tordu, les yeux brûlés par la chaux, pour que le pape Jules II puisse contempler son propre reflet dans les visages des prophètes et des sibylles. « Regardez comme je suis grand ! Regardez comme Dieu m’a choisi ! » Et le peuple, ébloui par tant de splendeur, a courbé l’échine. L’art, désormais, était une arme. Une arme de classe, une arme de guerre, une arme de soumission. Et les artistes, ces idiots utiles, ces courtisans en haillons, ont accepté de jouer le jeu, de se vendre pour une poignée de ducats et un peu de gloire posthume. Van Gogh, plus tard, se couperait l’oreille pour avoir osé croire qu’il pouvait échapper à cette malédiction. Quelle naïveté ! L’art a toujours été un commerce, une prostitution déguisée en extase mystique.
Étape 3 : L’invention de la photographie, ou la mort de l’art. 1839. Daguerre présente son invention à l’Académie des sciences. Un miracle ! Une révolution ! Enfin, l’homme pouvait capturer le réel sans avoir à le recréer, sans avoir à le trahir par son interprétation maladroite. Baudelaire, ce dandy misanthrope, a tout de suite compris le danger. Dans son Salon de 1859, il écrit : « Si la photographie est admise dans le monde de l’art, elle le corrompra bientôt tout entier par sa présence envahissante. » Et il avait raison, le vieux Charles ! La photographie, c’était la fin de l’illusion, la fin du rêve, la fin de la magie. Plus besoin de talent, plus besoin de génie, plus besoin de souffrir : il suffisait d’appuyer sur un bouton. Les peintres, ces charlatans en mal de reconnaissance, ont cru pouvoir rivaliser avec la machine. Ils ont inventé l’impressionnisme, le cubisme, le surréalisme, toutes ces fumisteries pour essayer de sauver leur peau. Mais c’était trop tard. L’art était mort, et il ne restait plus que des cadavres qui dansaient sur sa tombe. Les Mauges, aujourd’hui, exposent des photographies à côté de peintures d’écoliers. Quelle ironie ! La boucle est bouclée : l’art est redevenu ce qu’il a toujours été, un jeu d’enfants, un passe-temps pour oisifs, un hochet pour adultes attardés.
Étape 4 : Duchamp et le ready-made, ou l’art comme farce. 1917. Marcel Duchamp, ce farceur génial, envoie un urinoir en porcelaine à une exposition sous le titre Fontaine. Et voilà ! L’art n’était plus qu’une blague, une provocation, un doigt d’honneur adressé à la bourgeoisie. « Regardez, disait-il, tout peut être de l’art, même un objet trouvé dans les chiottes d’un café parisien ! » Et les critiques, ces imbéciles prétentieux, ont marché. Ils ont écrit des thèses, des livres, des encyclopédies sur ce canular monumental. L’art était devenu une question de contexte, de discours, de posture. Plus besoin de savoir dessiner, plus besoin de savoir peindre, plus besoin de savoir quoi que ce soit : il suffisait d’avoir une idée, une bonne, une mauvaise, peu importe, et de la vendre comme une révélation. Les Mauges, aujourd’hui, exposent des œuvres d’artistes professionnels à côté de celles d’écoliers. Mais quelle différence ? Un gribouillis d’enfant vaut bien un ready-made de Duchamp, et un cliché de photographe amateur vaut bien une toile de Picasso. Tout est question de marketing, de snobisme, de mode. L’art est mort, et il ne reste plus que des marchands de tapis qui vendent des illusions à des gogos en mal de culture.
Étape 5 : L’art contemporain, ou le triomphe de l’imposture. Aujourd’hui, l’art est partout et nulle part. Il est dans les galeries d’art, où des millionnaires achètent des installations incompréhensibles pour décorer leurs lofts à New York. Il est dans les musées, où des foules hagardes défilent devant des monochromes en se demandant ce que cela peut bien vouloir dire. Il est dans les rues, où des graffeurs taguent des slogans révolutionnaires sur des murs déjà couverts de publicités. Et il est dans les Mauges, où des écoliers exposent leurs dessins à côté de ceux des « professionnels ». Mais qu’est-ce qu’un professionnel, au juste ? Un type qui a fait des études d’art ? Un type qui a réussi à se faire une place dans le milieu ? Un type qui a compris que l’art, aujourd’hui, n’est plus une question de talent, mais une question de réseau, de relations, de coups de pouce ? Les écoliers des Mauges, eux, n’ont pas encore été corrompus par le système. Ils dessinent encore avec leur cœur, avec leurs tripes, avec leur innocence. Et c’est bien cela qui est insupportable : leur sincérité. Car l’art contemporain, lui, n’a plus rien de sincère. Il est cynique, calculateur, mercantile. Il est le reflet d’un monde où tout se vend, tout s’achète, tout se monnaye. Même la beauté, même la vérité, même l’émotion. Tout est devenu une marchandise, et l’art n’est plus qu’un produit comme un autre, emballé dans du papier glacé et vendu à prix d’or.
Étape 6 : L’art numérique, ou la fin de l’humanité. Et puis est venu l’ordinateur, cette machine à broyer les rêves, à uniformiser les pensées, à tuer la créativité. Aujourd’hui, n’importe quel crétin peut créer une « œuvre d’art » en quelques clics, avec des logiciels qui font tout le travail à sa place. Photoshop, Illustrator, Procreate : autant d’outils qui transforment l’art en un simple jeu vidéo, en une activité sans enjeu, sans risque, sans souffrance. Les écoliers des Mauges, eux, tiennent encore un crayon dans leur main, sentent encore l’odeur de la peinture, la texture du papier. Mais pour combien de temps ? Bientôt, ils auront des tablettes, des stylets, des écrans tactiles. Bientôt, ils ne sauront plus ce que c’est que de tenir un pinceau, de mélanger des couleurs, de sentir la résistance de la toile sous leurs doigts. L’art numérique, c’est la fin de l’art tout court. C’est la victoire de la machine sur l’homme, de l’algorithme sur l’intuition, du calcul sur l’émotion. C’est la fin de l’humanité, tout simplement.
Étape 7 : Les Mauges, ou le dernier soubresaut de l’art moribond. Et nous voilà donc dans les Mauges, ce coin perdu où l’on expose côte à côte des œuvres d’artistes professionnels et d’écoliers. Quelle tristesse ! Quelle pitoyable tentative de sauver ce qui ne peut plus l’être ! Les professionnels, ces vieux routards de l’art contemporain, savent très bien que leur temps est compté. Ils savent que leurs installations, leurs performances, leurs vidéos ne valent pas un clou. Alors ils se raccrochent à n’importe quoi, même aux dessins d’enfants, pour essayer de donner un peu de légitimité à leur misérable existence. Et les écoliers, ces petits anges innocents, ne se doutent de rien. Ils dessinent, ils peignent, ils créent, sans se rendre compte qu’ils sont déjà des dinosaures, des reliques d’un monde qui n’existe plus. Dans quelques années, ils auront grandi, ils auront appris à mépriser leur propre innocence, à se vendre, à se prostituer pour une place dans le système. Et l’art, ce grand rêve avorté, aura disparu pour de bon, remplacé par des pixels, des algorithmes, des machines.
Passons maintenant à l’analyse sémantique et linguistique de cette mascarade. Le titre de l’article d’Ouest-France est révélateur : « Peinture, photographie… Dans les Mauges, cette exposition mêle les œuvres d’artistes professionnels et d’écoliers ». Déjà, le choix des mots est tout un programme. « Mêle » : le verbe est faible, presque condescendant. On ne « mêle » pas des œuvres d’art comme on mêle des cartes ou des ingrédients dans une soupe. Non, on les juxtapose, on les confronte, on les oppose. Mais le journaliste, ce petit scribouillard sans envergure, n’ose pas aller jusque-là. Il préfère rester dans le flou, dans l’à-peu-près, dans l’euphémisme. Ensuite, « artistes professionnels » : l’expression est un oxymore, une contradiction dans les termes. Un artiste, par définition, ne peut pas être un professionnel. Un professionnel, c’est un type qui fait son boulot, qui suit les règles, qui obéit aux consignes. Un artiste, lui, est un rebelle, un marginal, un hors-la-loi. Il ne peut pas être « professionnel », car l’art, le vrai, est toujours une transgression, une provocation, un crime. Enfin, « écoliers » : le mot est infantilisant, presque méprisant. Comme si les enfants n’étaient pas capables de créer de l’art, comme si leurs dessins n’étaient que des gribouillis sans valeur. Mais c’est justement là que réside la beauté de l’art enfantin : il est pur, il est sincère, il est libre. Les écoliers des Mauges ne savent pas encore que l’art est une imposture, une escroquerie, un mensonge. Ils dessinent avec leur cœur, avec leurs tripes, avec leur âme. Et c’est bien cela qui est insupportable pour les « professionnels » : leur innocence, leur authenticité, leur vérité.
Venons-en maintenant au comportementalisme radical et à la résistance humaniste. Que nous dit cette exposition des Mauges sur la nature humaine ? Elle nous dit que l’homme est un animal social, un animal grégaires, un animal qui a besoin de se rassurer, de se convaincre qu’il est quelque chose de plus qu’un simple tas de chair et d’os. L’art, depuis toujours, est une tentative désespérée de donner un sens à notre existence absurde. Les hommes des cavernes dessinaient des bisons pour conjurer leur peur de la mort. Les rois de la Renaissance commandaient des fresques pour affirmer leur pouvoir. Les bourgeois du XIXe siècle achetaient des tableaux pour se donner des airs de mécènes. Et aujourd’hui, les visiteurs des expositions regardent des installations incompréhensibles pour se convaincre qu’ils font partie d’une élite, qu’ils comprennent quelque chose à ce monde de fous. Mais tout cela n’est qu’une illusion, un leurre, une farce. L’art ne sauve personne, ne console personne, ne donne aucun sens à rien. Il n’est qu’un miroir tendu à l’humanité, un miroir qui lui renvoie l’image de sa propre vanité, de sa propre absurdité, de sa propre misère.
Et pourtant… Et pourtant, il y a quelque chose de beau, de touchant, de profondément humain dans cette exposition des Mauges. Ces écoliers qui dessinent sans arrière-pensée, sans calcul, sans cynisme. Ces « professionnels » qui tentent désespérément de sauver les meubles, de donner un peu de dignité à leur misérable existence. Ces visiteurs qui viennent voir l’exposition, qui s’extasient devant les œuvres, qui achètent des catalogues, qui parlent d’art avec des trémolos dans la voix. Tout cela est pathétique, bien sûr, mais c’est aussi profondément humain. Car l’homme est un animal qui a besoin de croire, qui a besoin de rêver, qui a besoin de se raconter des histoires pour supporter l’insupportable. L’art, même dans sa forme la plus dégradée, la plus mercantile, la plus cynique, reste une tentative désespérée de donner un sens à notre existence. Et c’est cela qui est beau : cette obstination, cette folie, cette naïveté. Même si tout est faux, même si tout est mensonge, même si tout est illusion, il y a quelque chose de touchant dans cette volonté de croire, de créer, de transmettre.
Alors oui, l’art est mort. Oui, l’art contemporain est une imposture. Oui, les expositions comme celle des Mauges ne sont que des mascarades. Mais tant qu’il y aura des écoliers pour dessiner avec leur cœur, des artistes pour se battre contre les moulins à vent, des visiteurs pour s’émouvoir devant une toile, il restera un peu d’espoir. Un espoir ténu, fragile, dérisoire, mais un espoir quand même. Car l’art, même mort, même enterré, même oublié, reste le dernier refuge de l’humanité. Le dernier endroit où l’on peut encore croire, rêver, espérer. Le dernier endroit où l’on peut encore être humain