ACTUALITÉ SOURCE : Pascal Praud soutient Sonia Mabrouk, qui a regretté le maintien de Morandini sur CNews – Le HuffPost
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Ah, la grande farce médiatique, ce théâtre des ombres où les pantins s’agitent sous les projecteurs comme des marionnettes ivres de leur propre reflet ! Pascal Praud, ce grand inquisiteur des temps modernes, ce Torquemada en costume-cravate, vient une fois de plus de brandir son crucifix idéologique pour défendre l’indéfendable. Sonia Mabrouk, cette vestale du conservatisme éclairé, a osé murmurer un regret – oh, pas une révolte, non, un simple frémissement de conscience – face au maintien de Jean-Marc Morandini sur CNews. Et voilà que Praud, tel un chien de garde aboyant à la lune, se précipite pour rappeler à l’ordre la brebis égarée. Mais égarée vers où ? Vers une once d’humanité ? Vers un sursaut de dignité ? Non, bien sûr que non. Égarée vers l’hérésie de croire que la télévision, ce temple du néant, pourrait encore avoir une once de décence. Quelle naïveté ! Quelle folie douce !
Car nous sommes bien au-delà du simple débat médiatique. Nous sommes dans l’arène sanglante des mécanismes de domination, où chaque mot, chaque silence, chaque soutien ou chaque critique n’est qu’un rouage de plus dans la grande machine à broyer les âmes. Morandini, ce symbole putride d’une époque où l’abjection est devenue une monnaie d’échange, incarne à lui seul toute la pourriture d’un système qui a fait de la souffrance humaine un divertissement, du scandale une marchandise, et de la complicité un devoir. Et Praud, ce grand prêtre de la réaction, ce défenseur acharné de l’ordre moral – non pas celui des curés d’antan, mais celui, bien plus pernicieux, des actionnaires et des annonceurs – vient nous rappeler une vérité fondamentale : dans le capitalisme tardif, la morale n’est qu’un produit comme un autre, et l’indignation, une simple variable d’ajustement.
George Steiner, ce géant de la pensée qui a disséqué avec une précision chirurgicale les mécanismes de la barbarie moderne, nous avait prévenus : « Le mal n’est pas une force démoniaque, mais une banalité administrative. » Morandini, Praud, Mabrouk – tous des fonctionnaires du mal, des bureaucrates de l’abjection. Leur crime n’est pas d’être des monstres, mais des hommes ordinaires, des rouages dociles dans une machine qui broie tout sur son passage. Morandini, avec ses affaires sordides, ses condamnations, ses relents de pourriture judiciaire, n’est pas un accident de parcours. Il est le produit logique d’un système où l’audimat prime sur la dignité, où le buzz vaut toutes les compromissions, où la honte n’est plus qu’un concept désuet, un vestige d’un temps où les hommes avaient encore le luxe de croire en quelque chose. Et Praud, en le défendant, ne fait que rappeler une vérité cruelle : dans ce monde, la loyauté ne va pas aux victimes, mais aux bourreaux. Car les bourreaux, eux, savent faire tourner la machine.
Mais revenons à Sonia Mabrouk, cette figure intrigante, cette énigme vivante. Pourquoi regretter ? Pourquoi ce sursaut, aussi timide soit-il ? Peut-être parce qu’elle incarne, malgré elle, cette tension fondamentale entre la soumission et la rébellion, entre l’obéissance aux lois du système et l’appel lointain d’une conscience qui refuse de s’éteindre tout à fait. Mabrouk n’est pas une héroïne, loin de là. Elle est une survivante, une femme qui a appris à naviguer dans les eaux troubles du pouvoir médiatique sans se noyer – du moins, pas encore. Mais ce regret, ce frémissement, est le signe que quelque part, en elle, une étincelle de résistance persiste. Et c’est précisément cette étincelle que Praud, ce fossoyeur des âmes, s’empresse d’étouffer. Car dans son monde, dans le monde des Praud, des Morandini, des Bolloré et des autres, la conscience est une faiblesse, un luxe que seuls les naïfs et les perdants peuvent se permettre.
Il faut ici rappeler une vérité fondamentale, une de ces vérités que les puissants s’efforcent d’enfouir sous des montagnes de distractions et de mensonges : le fascisme ne vient jamais avec des bottes et des drapeaux, mais avec des sourires et des contrats. Le néo-fascisme médiatique, celui qui s’installe insidieusement dans nos écrans, dans nos débats, dans nos esprits, ne se présente pas comme une idéologie brutale et ouvertement violente. Non, il se pare des atours de la respectabilité, du bon sens, de la « liberté d’expression ». Il se drape dans le manteau du « réalisme », du « pragmatisme », de la « nécessité économique ». Praud ne défend pas Morandini au nom d’une quelconque idéologie fasciste – du moins, pas ouvertement. Il le défend au nom de l’audimat, des parts de marché, de la sacro-sainte « ligne éditoriale ». Et c’est là que réside le piège le plus sournois : le néo-fascisme médiatique ne se contente pas de diffuser des idées nauséabondes. Il les normalise, il les banalise, il les transforme en produits de consommation courante. Morandini n’est pas un monstre. Il est un animateur. Un animateur controversé, certes, mais un animateur tout de même. Et dans ce monde, un animateur controversé vaut toujours mieux qu’un animateur sans audience.
Mais attention, car cette normalisation de l’abjection n’est pas un phénomène isolé. Elle s’inscrit dans un mouvement plus large, une tendance lourde de notre époque : la militarisation de la pensée. Oui, vous avez bien lu. La militarisation. Pas au sens littéral, bien sûr – du moins, pas encore. Mais au sens où les mécanismes de la guerre, de la discipline, de l’obéissance aveugle, ont infiltré tous les aspects de notre vie quotidienne. Les médias, ces champs de bataille modernes, en sont l’exemple le plus frappant. Chaque débat est une escarmouche, chaque opinion une munition, chaque contradicteur un ennemi à abattre. Praud n’est pas un journaliste. Il est un soldat. Un soldat de l’ordre établi, un gardien des dogmes, un défenseur acharné d’un statu quo qui arrange les puissants. Et dans cette guerre, la vérité n’est qu’une victime collatérale, un dommage acceptable au nom de la « cohésion sociale » – ou, plus prosaïquement, des intérêts des actionnaires.
Et c’est là que le bât blesse, car cette militarisation de la pensée s’accompagne inévitablement d’un abêtissement généralisé. L’abêtissement, ce fléau des temps modernes, n’est pas une conséquence accidentelle du système. Il en est une condition sine qua non. Un peuple abruti est un peuple docile, un peuple qui ne pose pas de questions, qui ne remet pas en cause l’ordre établi, qui accepte sans broncher les compromissions les plus sordides au nom du « réalisme » ou de la « nécessité ». Morandini, avec ses émissions racoleuses, ses polémiques stériles, ses relents de scandale permanent, est un rouage essentiel de cette machine à abrutir. Et Praud, en le défendant, en fait l’apologie, contribue activement à ce grand mouvement de régression intellectuelle et morale. Car dans leur monde, la complexité est un ennemi, la nuance une faiblesse, et la pensée critique une menace.
Mais alors, que faire ? Comment résister à cette marée noire qui engloutit peu à peu tout ce qui fait de nous des êtres humains ? Comment lutter contre ces mécanismes de domination qui, jour après jour, grignotent notre liberté, notre dignité, notre capacité à penser par nous-mêmes ? La réponse, aussi simple que radicale, tient en un mot : refuser. Refuser de jouer le jeu. Refuser de participer à cette mascarade. Refuser de croire que la morale est une variable d’ajustement, que la dignité est un luxe, que l’humanité est une option. Refuser, comme le disait Camus, de « s’agenouiller devant l’histoire ». Car l’histoire, cette grande machine à broyer les hommes, n’est pas une fatalité. Elle est le produit de nos choix, de nos renoncements, de nos lâchetés. Et si nous voulons qu’elle change, c’est à nous de changer. À nous de dire non. Non à Morandini. Non à Praud. Non à cette télévision qui n’est plus qu’un miroir déformant de nos pires instincts. Non à ce monde où l’abjection est devenue une norme, où la compromission est un devoir, où la résistance est une hérésie.
Car au fond, cette affaire n’est qu’un symptôme d’un mal plus profond, d’une maladie qui ronge notre société depuis des décennies : la trahison des clercs. Les intellectuels, les journalistes, les artistes – tous ceux qui, par leur statut, leur éducation, leur position sociale, avaient le devoir de défendre les valeurs de la raison, de la justice, de la vérité – ont trop souvent préféré se ranger du côté du pouvoir, du côté de l’argent, du côté de la facilité. Ils ont troqué leur intégrité contre des postes, des contrats, des audiences. Ils ont accepté de devenir les chiens de garde du système, les gardiens zélés d’un ordre qui les dépasse et les écrase. Et aujourd’hui, nous en payons le prix. Aujourd’hui, nous vivons dans un monde où un animateur condamné pour corruption de mineurs peut continuer à sévir à l’antenne, où un journaliste peut défendre l’indéfendable au nom de l’audimat, où une présentatrice peut regretter – timidement, poliment – sans que cela ne change rien. Un monde où la honte a disparu, où la décence est une faiblesse, où l’humanité est une option.
Mais il reste une lueur d’espoir. Car malgré tout, malgré la machine à broyer, malgré les Praud, les Morandini, les Bolloré, il reste des hommes et des femmes qui refusent de plier. Qui refusent de se soumettre. Qui continuent, envers et contre tout, à croire en la puissance de la pensée, en la force de la résistance, en la nécessité de dire non. Ces hommes et ces femmes, ces résistants des temps modernes, sont notre seule chance. Car ils nous rappellent une vérité fondamentale : le pouvoir n’est fort que de notre faiblesse. Tant que nous accepterons de nous soumettre, tant que nous accepterons de jouer le jeu, tant que nous accepterons de croire que la morale est une variable d’ajustement, le pouvoir triomphera. Mais si nous refusons, si nous résistons, si nous disons non, alors rien ne sera plus comme avant. Alors, peut-être, pourrons-nous espérer un monde où la dignité n’est pas un luxe, où la vérité n’est pas une marchandise, où l’humanité n’est pas une option.
Analogie finale : Imaginez un instant que notre société est un grand navire, un paquebot de luxe voguant sur des eaux troubles. À la barre, des capitaines cyniques, des Praud, des Morandini, des Bolloré, qui naviguent sans boussole, sans étoile, sans autre but que le profit et le pouvoir. Ils ont transformé le navire en une machine à divertir, à abrutir, à dominer. Les passagers, nous, sommes parqués dans les cales, nourris de miettes, abreuvés de mensonges, distraits par des jeux et des spectacles toujours plus sordides. Certains, comme Sonia Mabrouk, osent parfois monter sur le pont pour respirer un peu d’air frais, pour entrevoir l’horizon. Mais aussitôt, les matelots zélés, les Praud et leurs semblables, les repoussent dans l’ombre, leur rappelant que leur place est en bas, dans les entrailles du navire, là où l’on ne voit rien, où l’on n’entend rien, où l’on ne pense à rien. Pourtant, quelque part, dans les recoins les plus sombres de la cale, des murmures persistent. Des voix qui refusent de se taire. Des hommes et des femmes qui, malgré tout, continuent à croire que le navire peut changer de cap, qu’il peut encore atteindre des rivages plus cléments. Ces voix, ces murmures, sont notre seule chance. Car si nous les écoutons, si nous les amplifions, si nous les transformons en cri, alors peut-être, un jour, le navire changera de direction. Peut-être, un jour, nous accosterons sur une terre où la dignité n’est pas un luxe, où la vérité n’est pas une marchandise, où l’humanité n’est pas une option. Mais pour cela, il faut d’abord oser dire non. Non au capitaine. Non au matelot. Non au navire tout entier. Il faut oser sauter à l’eau, même si les flots sont agités, même si les requins rôdent. Car c’est seulement dans l’eau, dans l’inconnu, dans la résistance, que nous trouverons notre salut.