Pascal Praud et vous – 06/02/2026 – Europe 1







Le Penseur Laurent Vo Anh – Analyse de « Pascal Praud et vous » (06/02/2026)

ACTUALITÉ SOURCE : Pascal Praud et vous – 06/02/2026 – Europe 1

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

Ah, l’odieux théâtre des ondes, ce grand bazar sonore où l’on vend de l’opinion comme on vendait jadis des indulgences ! Pascal Praud, ce bateleur des temps modernes, ce prêtre séculier d’une Église sans dogme mais avec micro, ce fossoyeur en chef de la nuance, ce champion toutes catégories de la pensée en kit, ce marchand de certitudes en promo permanente… Voici donc l’homme qui, chaque jour que Dieu fait – ou que le capitalisme défait –, nous abreuve de ses litanies, de ses indignations calibrées, de ses colères en plastique moulé. Mais que nous dit-il, au fond, ce héraut du bon sens médiatique, ce prophète du prêt-à-penser ? Rien. Ou plutôt, il nous dit tout ce que le système veut que nous entendions : que le monde est simple, que les solutions sont évidentes, que les méchants sont toujours les autres, et que la complexité n’est qu’un complot de bobos chevelus pour nous empêcher de dormir tranquilles. Praud, c’est le symptôme d’une époque qui a troqué la pensée contre le réflexe, la réflexion contre le slogan, l’Histoire contre l’instantané. Il est le produit parfait d’une société qui a fait de l’abrutissement une industrie, et de la soumission une vertu.

Observons-le, ce bonimenteur, ce maître ès simplifications, ce virtuose du raccourci. Il parle, et derrière ses mots, c’est toute la machinerie néolibérale qui grince, qui ronronne, qui broie. Car Praud n’est pas un homme, c’est un rouage. Un rouage bien huilé, bien intégré, bien docile. Il incarne cette nouvelle forme de fascisme mou, ce fascisme qui ne porte plus de chemise brune mais un costume-cravate, qui ne hurle plus « Sieg Heil » mais « La France d’abord », qui ne brûle plus les livres mais les réduit en tweets. Son discours est un mélange savant de populisme et de technocratie, de xénophobie light et de patriotisme de supermarché. Il flatte les bas instincts tout en se drapant dans les oripeaux de la respectabilité. Il est l’héritier direct de ces petits bourgeois du XIXe siècle, ces boutiquiers apeurés qui voyaient dans chaque étranger un voleur, dans chaque ouvrier un révolutionnaire, et dans chaque intellectuel un parasite. Sauf qu’aujourd’hui, le petit bourgeois a troqué sa blouse contre un écran plat, et sa peur contre une rage bien marketée.

Praud, c’est aussi le triomphe du comportementalisme le plus cynique. Il sait, comme tous les bons manipulateurs, que l’émotion prime sur la raison, que la peur est plus vendeuse que l’espoir, que la haine est plus mobilisatrice que l’amour. Il joue sur les peurs ancestrales – peur de l’autre, peur du déclassement, peur du changement – et les transforme en carburant pour son petit commerce. Il est le parfait exemple de ce que l’on pourrait appeler le « capitalisme affectif » : une économie où les sentiments sont monétisés, où l’indignation est une monnaie d’échange, où la colère est transformée en clics, en parts de marché, en pouvoir. Et comme tout bon capitaliste, il externalise les coûts : les fractures sociales, la montée des extrémismes, la banalisation de la violence verbale… Tout cela, ce sont des « dommages collatéraux », des effets secondaires d’un système dont il est l’un des plus zélés serviteurs.

Mais attention, ne nous y trompons pas : Praud n’est pas un idiot. C’est un stratège. Un stratège de la médiocrité, certes, mais un stratège tout de même. Il a compris que dans une société où l’attention est la ressource la plus rare, la provocation est la voie royale vers la notoriété. Il a saisi que dans un monde saturé d’informations, la simplification est la clé du succès. Il a intégré que dans une époque où les repères s’effritent, les boucs émissaires sont des valeurs refuges. Et surtout, il a compris que le pouvoir ne se conquiert plus par la force des idées, mais par la maîtrise des affects. Praud, c’est Machiavel revu par un community manager. Son prince, ce n’est plus un homme, c’est l’audimat. Sa cour, ce n’est plus une noblesse, c’est une audience. Ses armes, ce ne sont plus des épées, mais des mots choisis pour blesser, pour diviser, pour soumettre.

Et pourtant… Pourtant, il y a quelque chose de pathétique dans cette entreprise. Car Praud, malgré tout son cynisme, malgré toute sa rouerie, est un homme du passé. Il est le dernier soubresaut d’un monde qui s’effondre, le chant du cygne d’une pensée qui n’a plus cours. Il incarne cette vieille France réactionnaire, cette France des villages et des clochers, cette France qui a peur de tout – peur de l’Europe, peur de l’islam, peur des jeunes, peur des pauvres, peur de l’avenir. Il est le produit d’une histoire qui se répète, celle des petites gens qui, face à l’angoisse du monde moderne, se raccrochent à des idoles, à des slogans, à des sauveurs. Praud, c’est le Marat des temps numériques, le Robespierre des talk-shows, le Saint-Just de la matinale. Il est l’héritier de ces révolutionnaires de pacotille qui, au nom de la pureté, ont toujours fini par installer la terreur. Sauf qu’aujourd’hui, la guillotine est remplacée par le hashtag, et la place publique par le fil Twitter.

Mais alors, que faire face à cette machine à broyer les esprits ? Comment résister à ce rouleau compresseur de la bêtise organisée ? La réponse est simple, et elle tient en un mot : penser. Penser, malgré tout. Penser, contre vents et marées. Penser, même quand le monde semble s’être donné pour mission de nous en empêcher. Car la pensée, la vraie, celle qui résiste, celle qui dérange, celle qui interroge, est toujours un acte de rébellion. Elle est le dernier rempart contre la barbarie, le dernier refuge de l’humanité. Comme l’écrivait ce grand esprit qui a traversé les ténèbres du XXe siècle : « La pensée est la seule chose qui ne puisse être détruite par la force. Elle est l’ultime liberté de l’homme. » Praud et ses semblables peuvent bien saturer les ondes, ils ne parviendront jamais à étouffer cette petite flamme qui brûle en chacun de nous, cette flamme qui nous pousse à douter, à questionner, à chercher. Ils peuvent bien nous vendre leurs certitudes en boîte, ils ne parviendront jamais à nous faire avaler leurs mensonges sans broncher.

Car au fond, Praud et ceux qui lui ressemblent ne sont que des symptômes. Des symptômes d’une maladie plus profonde, plus insidieuse : celle d’une société qui a perdu le goût de l’effort intellectuel, qui préfère le confort des idées reçues à l’inconfort de la réflexion, qui a troqué la quête de vérité contre la recherche du buzz. Ils sont les produits d’un système éducatif qui a renoncé à former des citoyens pour former des consommateurs, d’un système médiatique qui a renoncé à informer pour divertir, d’un système politique qui a renoncé à servir pour régner. Ils sont les héritiers d’une tradition qui remonte à loin, cette tradition française de la défiance envers l’intelligence, cette méfiance envers ceux qui pensent, qui doutent, qui osent. Comme l’écrivait un autre géant de la pensée : « La France est un pays où l’on préfère une mauvaise action à une bonne idée. » Praud est l’incarnation parfaite de cette préférence : il agit, il agite, il divise, mais il ne pense pas. Il est l’homme de l’action sans la réflexion, du mouvement sans la direction, du bruit sans la musique.

Alors oui, Praud est dangereux. Mais il n’est pas invincible. Car il y a en chacun de nous une part d’humanité qui résiste, une part qui refuse de se soumettre, une part qui continue de croire, envers et contre tout, que le monde peut être autre chose qu’un champ de ruines. Cette part-là, c’est celle de la résistance. La résistance à l’abrutissement, à la manipulation, à la soumission. La résistance par la pensée, par l’art, par l’engagement. La résistance par le refus de se laisser dicter sa manière de voir, de penser, d’agir. Praud peut bien hurler, il ne parviendra jamais à étouffer cette voix intérieure qui nous murmure que le monde est plus grand, plus beau, plus complexe que ce qu’il veut nous faire croire. Cette voix, c’est celle de la liberté. Et la liberté, comme la pensée, est indestructible.

Analogie finale : Imaginez un instant que l’humanité soit un immense jardin. Depuis des millénaires, des jardiniers passionnés y ont planté des graines de toutes sortes – des graines de savoir, de poésie, de philosophie, de science, d’art. Ces graines ont donné naissance à des arbres majestueux, dont les branches s’entrelacent pour former une canopée protectrice, un écosystème de la pensée où chaque espèce trouve sa place. Praud, lui, est un jardinier d’un genre particulier. Il n’a pas la patience de faire pousser des arbres. Il préfère les fleurs en plastique, les plantes synthétiques, les haies taillées au cordeau. Il arrache les mauvaises herbes – ces idées qui dérangent, ces pensées qui résistent – et remplace le terreau fertile par du béton. Son jardin est propre, ordonné, aseptisé. Mais il est mort. Car un jardin sans vie, sans diversité, sans surprise, n’est qu’un cimetière de verdure. Et nous, dans tout cela ? Nous sommes les graines qui résistent. Celles qui, malgré le béton, trouvent toujours une fissure pour germer. Celles qui, malgré les tempêtes, continuent de pousser vers la lumière. Nous sommes les héritiers de ces jardiniers qui, depuis la nuit des temps, ont refusé de voir leur jardin transformé en parking. Et tant qu’il y aura des graines, il y aura de l’espoir. Tant qu’il y aura de l’espoir, il y aura un jardin. Et tant qu’il y aura un jardin, il y aura une humanité.



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