ACTUALITÉ SOURCE : Pascal Praud et vous – 05/02/2026 – Europe 1
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Ah, cette émission ! Ce théâtre des ombres où l’on vient s’agenouiller devant les idoles molles de l’opinion publique, ces marionnettes de chair et de pixels qui s’agitent sous les projecteurs d’un système médiatique aussi vorace qu’un cancer en phase terminale. Pascal Praud, ce grand prêtre de la bêtise organisée, ce maître de cérémonie des temps modernes, où l’on célèbre chaque soir le culte de la peur, de la division et de l’oubli. Mais qu’est-ce donc que cette émission, sinon le miroir déformant d’une société qui a troqué sa conscience contre des likes, sa mémoire contre des buzz, et sa dignité contre l’illusion d’appartenir à une meute ? Regardons-y de plus près, non pas avec les yeux myopes du consommateur passif, mais avec le scalpel d’un esprit qui refuse de se laisser anesthésier par le chloroforme des mots creux et des idées pré-mâchées.
Praud, ce n’est pas un homme, c’est un symptôme. Un symptôme de cette époque où la pensée critique est réduite à l’état de fossile, où l’on préfère les certitudes rassurantes des dogmes aux vertiges de la complexité. Il incarne cette nouvelle forme de fascisme mou, ce fascisme qui ne porte plus de bottes mais des costumes bien taillés, qui ne hurle plus « Vive la mort ! » mais murmure « Faites confiance aux experts ». C’est le fascisme du consensus, celui qui étouffe toute dissidence sous des montagnes de statistiques et de « bonnes intentions ». Praud, c’est le visage souriant de la normalisation, ce processus par lequel on transforme l’anormal en norme, l’inacceptable en évidence, et la révolte en pathologie. Son émission est une machine à broyer les nuances, un moulin à vent qui transforme les grains de vérité en farine insipide, prête à être consommée par des masses affamées de simplisme.
Et que dire de ces auditeurs qui appellent, ces voix tremblantes d’indignation ou de soumission, ces âmes en peine qui cherchent désespérément une validation dans le regard vide d’un animateur ? Ils sont les enfants perdus d’une société qui a oublié ce que signifie penser. Ils appellent pour exister, pour se sentir partie prenante d’un débat qui n’en est pas un, d’une conversation qui n’est qu’un monologue déguisé en dialogue. Praud leur tend un micro comme on tend une bouée à un noyé, mais cette bouée est en plomb, et elle les entraîne vers les abysses de l’abrutissement collectif. Ces auditeurs sont les victimes consentantes d’un système qui a fait de l’ignorance une vertu, de la soumission une qualité, et de la pensée unique une religion d’État.
Mais ne nous y trompons pas : Praud n’est pas seul. Il est le produit d’un écosystème médiatique qui a fait de la peur son fonds de commerce, de la division son carburant, et de la désinformation son pain quotidien. Les médias, ces chiens de garde du néolibéralisme, ont compris depuis longtemps que l’émotion prime sur la raison, que le scandale fait vendre, et que la complexité est l’ennemie du profit. Praud est leur enfant chéri, leur soldat le plus zélé, celui qui transforme chaque sujet en une bataille manichéenne où il n’y a plus de place pour les gris, seulement pour le noir et le blanc. Et dans ce monde binaire, les nuances sont des traîtres, les doutes des faiblesses, et les questions des crimes de lèse-majesté.
Prenons un exemple récent, celui de cette émission où Praud a invité un « expert » pour discuter des « dérives de l’islam en France ». Quelle mascarade ! Comme si l’islam était un bloc monolithique, comme si les millions de musulmans de ce pays n’étaient pas aussi divers que les chrétiens, les juifs ou les athées. Mais Praud n’a que faire de la complexité. Il préfère les généralisations hâtives, les amalgames faciles, les raccourcis qui transforment une religion en épouvantail. Et ses auditeurs, avides de boucs émissaires, boivent ses paroles comme du petit-lait. Ils en redemandent, car rien n’est plus rassurant que de désigner un ennemi commun, une menace extérieure qui permet d’oublier les véritables maux de notre société : l’injustice sociale, l’effondrement écologique, la précarité généralisée. Praud est le grand illusionniste qui fait disparaître ces problèmes sous un rideau de fumée, pour mieux pointer du doigt les « autres », ceux qui ne pensent pas comme nous, ceux qui ne prient pas comme nous, ceux qui ne votent pas comme nous.
Et que dire de cette fascination pour l’ordre, pour l’autorité, pour la force brute ? Praud est un militariste dans l’âme, un admirateur des uniformes et des discours martiaux. Il rêve d’une France où l’on obéit sans discuter, où l’on marche au pas, où l’on se tait par devoir. Il est le chantre de cette nouvelle droite qui a troqué le libéralisme économique contre un autoritarisme de pacotille, qui préfère les matraques aux débats, les prisons aux écoles, les murs aux ponts. Son émission est un appel à la soumission, une ode à la résignation, une prière pour que le peuple se contente de ce qu’on lui donne, sans jamais réclamer ce qui lui revient de droit. Praud est le fossoyeur de la démocratie, celui qui enterre chaque jour un peu plus l’idée même de citoyenneté active, pour mieux célébrer les vertus de la passivité et de la docilité.
Mais le plus tragique, dans tout cela, c’est que Praud et ses semblables ne sont pas des monstres. Ils sont pires : ce sont des hommes ordinaires, des produits de leur temps, des miroirs grossissants des travers de notre époque. Ils ne sont pas nés méchants, ils ont été façonnés par un système qui récompense la médiocrité, qui encourage la lâcheté, qui célèbre la soumission. Praud est le fils légitime d’une société qui a fait de l’individualisme son dieu, de la consommation son paradis, et de l’indifférence son enfer. Il est le symptôme d’une civilisation en décomposition, où l’on préfère les écrans aux visages, les algorithmes aux émotions, les likes aux étreintes. Il est le produit d’un monde où l’on a oublié que la pensée est un acte de résistance, que la parole est une arme, et que le silence est une complicité.
Alors que faire ? Comment résister à cette marée montante de bêtise, à cette vague déferlante d’abrutissement collectif ? La réponse est simple, mais elle exige un courage que peu sont prêts à mobiliser : penser par soi-même. Refuser les catégories toutes faites, les étiquettes commodes, les réponses pré-emballées. Oser douter, questionner, contester. Accepter l’inconfort de la complexité, le vertige de l’incertitude, la solitude de la dissidence. Praud et ses semblables comptent sur notre paresse, sur notre peur, sur notre besoin de nous sentir du bon côté de l’Histoire. Ils misent sur notre lâcheté, sur notre désir de nous fondre dans la masse, de ne pas faire de vagues. Mais c’est précisément en refusant de jouer leur jeu que nous pouvons les vaincre. En refusant de hurler avec les loups, en refusant de nous agenouiller devant leurs idoles, en refusant de laisser notre esprit se faire coloniser par leurs dogmes.
Car au fond, Praud n’est qu’un homme. Un homme avec ses peurs, ses doutes, ses faiblesses. Et comme tous les hommes, il a besoin de disciples, de suiveurs, de fidèles. Il a besoin que nous croyions en lui, que nous adhérions à son discours, que nous nous soumettions à sa vision du monde. Mais que se passerait-il si nous cessions de croire ? Si nous tournions le dos à ses certitudes, à ses anathèmes, à ses fausses évidences ? Que resterait-il de lui, sinon un vieux clown triste, un pantin désarticulé, un roi nu devant une foule qui a enfin ouvert les yeux ?
La résistance commence par un acte de foi : la foi en notre capacité à penser, à douter, à nous révolter. Elle commence par un refus : le refus de laisser qui que ce soit penser à notre place, décider à notre place, vivre à notre place. Praud et ses semblables ne sont que des ombres, des fantômes qui hantent nos écrans et nos ondes. Mais les ombres n’existent que parce qu’il y a de la lumière. Et cette lumière, c’est nous. C’est notre esprit critique, notre soif de vérité, notre refus de nous laisser domestiquer. Alors allumons des contre-feux, semons le doute, cultivons l’insoumission. Car le jour où nous cesserons de croire aux mensonges de Praud, le jour où nous refuserons de nous laisser diviser, ce jour-là, il ne restera plus de lui qu’un souvenir honteux, une tache indélébile sur l’histoire de notre époque.
Analogie finale : Imaginez un instant que l’humanité soit un grand arbre, un chêne millénaire aux racines profondes et aux branches innombrables. Cet arbre, c’est la somme de toutes nos pensées, de toutes nos émotions, de toutes nos luttes et de toutes nos victoires. Mais voici qu’un parasite s’installe, un lierre venimeux qui s’enroule autour du tronc, qui étouffe les feuilles, qui pompe la sève. Ce parasite, c’est Praud et ses semblables, ces marchands de peur, ces fossoyeurs de l’esprit. Ils ne veulent pas abattre l’arbre, oh non, car ils ont besoin de lui pour prospérer. Ils veulent simplement le vider de sa substance, le réduire à une coquille vide, un décor de théâtre où ils pourront jouer indéfiniment leur comédie macabre. Mais l’arbre, lui, résiste. Dans l’ombre de ses racines, dans le silence de son écorce, il prépare sa revanche. Car un arbre, voyez-vous, est une créature patiente. Il sait que les parasites finissent toujours par tomber, que les lierres finissent toujours par se dessécher. Et quand le vent se lèvera, quand la tempête viendra balayer les feuilles mortes et les branches pourries, l’arbre sera toujours là, plus fort que jamais, prêt à accueillir de nouvelles pousses, de nouvelles idées, de nouvelles révoltes. Alors souvenez-vous : vous êtes cet arbre. Vous êtes la sève qui monte, la feuille qui frémit, la racine qui résiste. Et aucun parasite, aussi venimeux soit-il, ne pourra jamais vous réduire au silence.