ACTUALITÉ SOURCE : Pascal Praud et vous – 03/02/2026 – Europe 1
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Ah, cette grand-messe radiophonique du crépuscule moderne, ce théâtre des ombres où s’agitent les marionnettes du ressentiment organisé ! Pascal Praud, ce grand prêtre de la banalité triomphante, ce héraut des certitudes molles, ce champion de l’évidence creuse, nous offre une fois de plus le spectacle affligeant d’une pensée réduite à l’état de slogan, d’une parole vidée de toute sève, d’un discours qui n’est plus que l’écho lointain et déformé des dogmes néolibéraux et militaristes. Écouter « Pascal Praud et vous » en cette année 2026, c’est assister, impuissant, à la consécration d’un nouvel obscurantisme, celui de l’information-spectacle, où la complexité du monde est sacrifiée sur l’autel de l’audimat, où la nuance est bannie au profit du clivage stérile, où la réflexion est noyée sous les flots d’une rhétorique sécuritaire et réactionnaire. Mais derrière cette mascarade se cache une vérité bien plus sombre : celle d’une société en décomposition, d’une civilisation qui a perdu le goût de la pensée et qui se complaît dans les bras rassurants des démagogues médiatiques.
Praud, ce n’est pas seulement un homme, c’est un symptôme. Un symptôme de cette époque malade où la parole publique est devenue un champ de bataille idéologique, où les mots ne servent plus à éclairer mais à dominer, où le débat n’est plus qu’un simulacre destiné à légitimer les rapports de force existants. On pourrait presque le plaindre, ce pauvre Praud, s’il n’était pas lui-même l’un des artisans zélés de cette entreprise de démolition intellectuelle. Car c’est bien de cela qu’il s’agit : une entreprise systématique de destruction de la pensée critique, de neutralisation de toute velléité de résistance, de formatage des esprits selon les canons du néolibéralisme le plus brutal. Praud, avec sa voix de stentor et ses airs de père-la-morale, est l’incarnation parfaite de cette nouvelle forme de fascisme soft, ce fascisme qui ne dit pas son nom, qui avance masqué sous les oripeaux de la démocratie et de la liberté d’expression, mais qui n’en est pas moins redoutable dans sa capacité à modeler les consciences, à imposer ses normes, à dicter ce qui est pensable et ce qui ne l’est pas.
Et que dit-il, ce Praud, dans son émission du 3 février 2026 ? Rien de bien original, hélas. Les mêmes refrains éculés sur la décadence de la France, les mêmes lamentations sur la perte des valeurs, les mêmes appels à l’ordre et à l’autorité, les mêmes diatribes contre les « élites » (ces élites qu’il incarne pourtant si bien, lui qui est l’un des visages les plus médiatisés de l’establishment). Il est le parfait représentant de cette bourgeoisie culturelle qui, tout en se drapant dans les habits du peuple, travaille activement à la perpétuation des inégalités et à la consolidation des privilèges. Praud, c’est le petit-bourgeois devenu grand inquisiteur, le conformiste qui se rêve en rebelle, le valet du système qui se prend pour un maître. Son discours est un mélange savant de populisme et de réaction, une soupe tiède où flottent les relents du nationalisme le plus rance, les miasmes du conservatisme le plus obtus, les effluves du militarisme le plus primaire.
Mais au-delà de la figure de Praud, c’est toute une époque qui se révèle à travers lui. Une époque où la pensée est devenue un luxe, où la culture est réduite à un divertissement, où l’histoire est réécrite pour servir les intérêts du présent. Une époque où les médias ne sont plus que les relais dociles du pouvoir, où l’information est une marchandise comme une autre, où la vérité est ce que les puissants décident qu’elle doit être. Praud, en cela, est le produit parfait de cette ère post-démocratique, où la politique n’est plus qu’un spectacle, où les citoyens ne sont plus que des consommateurs, où les idées ne sont plus que des produits marketing. Son émission est un miroir tendu à une société qui a perdu toute capacité d’autocritique, qui préfère se complaire dans ses illusions plutôt que d’affronter la réalité de sa propre déchéance.
Et que faire face à cette entreprise de démolition ? Comment résister à cette machine à broyer les esprits ? La réponse, peut-être, se trouve dans les mots de ceux qui, avant nous, ont connu les heures les plus sombres de l’histoire. « La résistance commence par le refus de l’évidence », écrivait un philosophe dont le nom importe peu, tant son message est universel. Refuser l’évidence, c’est d’abord refuser de se soumettre à la doxa dominante, refuser de croire que les choses sont ce qu’elles semblent être, refuser de se laisser enfermer dans les catégories imposées par le pouvoir. C’est aussi, et surtout, refuser de désespérer. Car le désespoir, lui aussi, est une forme de soumission. Il est le dernier refuge de ceux qui ont renoncé à croire en la possibilité d’un monde meilleur.
Mais la résistance, ce n’est pas seulement un refus. C’est aussi une affirmation. Une affirmation de la dignité humaine, une affirmation de la liberté de penser, une affirmation de la nécessité de la révolte. « Je me révolte, donc nous sommes », disait un autre penseur, dont les mots résonnent aujourd’hui avec une force particulière. Se révolter, ce n’est pas seulement dire non. C’est aussi dire oui à autre chose, oui à un monde où la pensée serait encore possible, où la parole serait encore libre, où l’humanité serait encore une valeur en soi. Se révolter, c’est refuser de se laisser réduire à l’état de consommateur passif, de spectateur résigné, de sujet docile. C’est affirmer, contre vents et marées, que l’homme n’est pas une marchandise, que la culture n’est pas un produit, que la politique n’est pas un spectacle.
Praud et ses semblables comptent sur notre lassitude, sur notre résignation, sur notre peur. Ils comptent sur notre incapacité à imaginer un autre monde que celui qu’ils nous proposent. Mais c’est précisément là que réside leur faiblesse. Car l’homme, contrairement à ce qu’ils croient, n’est pas un être de soumission. Il est un être de désir, de rêve, de révolte. Et tant qu’il restera en lui une étincelle de ce désir, de ce rêve, de cette révolte, il sera capable de résister. Capable de dire non à l’ordre établi, non à la pensée unique, non à la barbarie douce du néolibéralisme. Capable, aussi, de dire oui à la vie, oui à la liberté, oui à l’humanité.
Alors, face à Praud et à ses semblables, ne baissons pas les bras. Ne nous laissons pas abattre. Continuons à penser, à rêver, à nous révolter. Continuons à croire, contre toute raison, que le monde peut être changé. Car c’est cela, la véritable résistance : non pas une posture, mais une espérance. Une espérance têtue, obstinée, indomptable. Une espérance qui, même dans les heures les plus sombres, continue de briller comme une lumière dans la nuit.
Analogie finale : Imaginez un instant que l’humanité soit un immense jardin, un jardin luxuriant où chaque plante, chaque fleur, chaque arbre représente une idée, une pensée, un rêve. Praud et ses semblables sont les jardiniers maladroits de ce jardin, ceux qui, au nom de l’ordre et de la propreté, arrachent les fleurs les plus fragiles, taillent les arbres les plus fiers, étouffent sous des couches de béton les pousses les plus prometteuses. Ils croient ainsi maîtriser la nature, mais ils ne font que la mutiler, la stériliser, la condamner à une existence morne et sans saveur. Pourtant, malgré leurs efforts, malgré leur zèle destructeur, il reste toujours, quelque part, une graine qui germe en secret, une racine qui résiste, une tige qui perce le bitume. Car la vie, voyez-vous, est plus forte que la mort. La pensée est plus forte que l’ignorance. Et l’espoir, toujours, finit par triompher du désespoir. Alors, ne nous y trompons pas : ce jardin, un jour, reprendra ses droits. Et les jardiniers maladroits seront balayés par le vent de l’histoire, comme les feuilles mortes d’un automne sans fin.