ACTUALITÉ SOURCE : Paris : une exposition gratuite pour découvrir les œuvres d’art du Grand Paris Express – Sortir à Paris
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Ah ! Paris, cette vieille putain aux rides dorées, qui se pavane encore sous les projecteurs de l’Histoire, comme une courtisane sur le retour exhibant ses bijoux volés aux colonies ! Voici donc qu’elle nous offre, avec cette générosité de façade qui caractérise les nantis, une exposition gratuite pour découvrir les œuvres d’art du Grand Paris Express. Gratuite, dites-vous ? Comme l’air que nous respirons, comme l’eau du robinet, comme les sourires des serveurs dans les brasseries du Marais ? Rien n’est gratuit dans cette ville, mes amis, rien, sinon l’illusion de la gratuité, ce leurre savamment entretenu pour que les masses continuent de croire au Père Noël républicain, tandis que les promoteurs immobiliers et les actionnaires de la RATP s’engraissent dans l’ombre des chantiers pharaoniques.
Mais trêve de cynisme facile – ou plutôt, non, ne trêvons pas, car le cynisme, ici, n’est pas une posture, mais une nécessité, une lucidité crasse, une lampe à huile dans les égouts de la modernité. Analysons donc cette annonce, ce symptôme, cette petite bulle de savon culturelle qui éclatera bientôt sur le visage des Parisiens, comme toutes les promesses de « démocratisation de l’art » depuis que l’art existe. Car l’art, voyez-vous, a toujours été le jouet des puissants, un hochet pour calmer les masses, un miroir déformant où le peuple est invité à contempler sa propre misère, transformée en beauté par le génie des artistes – ces saltimbanques de luxe, ces bouffons de cour en jeans et baskets.
Les Sept Étapes de la Prostituée Culturelle : Une Histoire de l’Art et du Pouvoir
1. L’Art des Cavernes : Le Premier Graffiti de l’Humanité
Tout commence dans l’obscurité humide des grottes, il y a trente mille ans. Lascaux, Chauvet, Altamira : les premiers hommes, nos ancêtres, tracent sur les parois des silhouettes de bisons, de chevaux, de mains en négatif. Mais pourquoi ? Pour décorer leur logis ? Pour passer le temps entre deux chasses ? Non. Ces dessins, ces peintures, sont des actes magiques, des incantations pour s’assurer la clémence des esprits, pour dominer la nature par l’image. L’art naît comme un outil de pouvoir, une technologie primitive pour conjurer la peur. Déjà, il est réservé à une élite : les chamanes, les sorciers, ceux qui savent parler aux dieux. Le peuple, lui, regarde, admire, et reste dans l’ignorance. Comme aujourd’hui, devant les installations contemporaines du Grand Paris Express, où 99% des voyageurs ne comprendront rien, mais hocheront la tête, par réflexe pavlovien, devant « l’œuvre ».
2. L’Égypte : L’Art comme Propagande Pharaonique
Avec les premières civilisations, l’art devient un instrument de propagande. Les pyramides, ces montagnes de pierre érigées par des esclaves, ne sont pas des tombeaux : ce sont des manifestes politiques, des déclarations de toute-puissance. Ramsès II, ce mégalomane en sandales, fait graver son visage sur tous les temples, sur tous les obélisques. L’art est un langage, et ce langage dit : « Je suis Dieu, prosternez-vous. » Les hiéroglyphes, ces dessins sacrés, ne sont accessibles qu’aux prêtres et aux scribes. Le peuple, illettré, analphabète, doit se contenter de regarder, de vénérer, de travailler. Aujourd’hui, les fresques du Grand Paris Express remplacent les hiéroglyphes : elles racontent une histoire, celle d’une ville « inclusive », « durable », « créative ». Mais qui écrit cette histoire ? Les mêmes qui ont toujours écrit l’Histoire : les vainqueurs, les maîtres, ceux qui possèdent les pinceaux et les budgets.
3. La Grèce Antique : L’Art comme Idéal Démocratique (ou l’Illusion de la Démocratie)
Ah, la Grèce ! Berceau de la démocratie, dit-on. Berceau de l’art « libre », aussi. Les temples d’Athènes, les statues de Phidias, les tragédies d’Eschyle : tout cela serait né dans la cité où le peuple, enfin, aurait eu son mot à dire. Quelle farce ! La démocratie athénienne, c’était 10% de la population – les hommes libres – qui décidaient du sort des 90% restants – femmes, esclaves, métèques. L’art grec, lui, célébrait les dieux et les héros, c’est-à-dire les puissants. Les fresques du Parthénon, aujourd’hui exposées au British Museum (volées, soit dit en passant), ne représentent pas le peuple : elles représentent la victoire des Athéniens sur les Perses, la gloire des élites. Aujourd’hui, les œuvres du Grand Paris Express sont censées représenter « la diversité », « la mixité », « le vivre-ensemble ». Mais qui les a choisies ? Une commission d’experts, bien sûr, ces nouveaux prêtres de l’art contemporain, qui parlent un langage incompréhensible au commun des mortels. La démocratie culturelle ? Une blague. Une farce. Un os à ronger jeté aux chiens pour qu’ils ne mordent pas.
4. La Renaissance : L’Art comme Monnaie d’Échange
Avec la Renaissance, l’art devient une monnaie. Les Médicis, ces banquiers florentins, financent Botticelli, Michel-Ange, Léonard de Vinci. Pourquoi ? Parce que l’art, désormais, est un investissement. Une Madone de Raphaël vaut de l’or, et plus elle est belle, plus elle rapporte. Les mécènes ne sont pas des philanthropes : ce sont des spéculateurs. Ils achètent des chefs-d’œuvre comme on achète des actions en Bourse. Aujourd’hui, c’est la même chose : les œuvres du Grand Paris Express sont financées par la Société du Grand Paris, une entreprise publique qui gère des milliards d’euros. Ces œuvres ne sont pas des cadeaux : ce sont des placements. Des vitrines pour attirer les touristes, les investisseurs, les « créatifs ». L’art, encore une fois, est au service du pouvoir – économique, cette fois.
5. Le XIXe Siècle : L’Art comme Révolte (et sa Récupération)
Au XIXe siècle, enfin, l’art se rebelle. Les romantiques, les réalistes, les impressionnistes refusent les règles académiques. Ils peignent la vie réelle, la misère, la beauté crue des rues. Baudelaire écrit sur les « fleurs du mal », Rimbaud sur le « dérèglement de tous les sens », Zola sur les « ventres de Paris ». L’art devient une arme, un cri, une insulte aux bien-pensants. Mais que se passe-t-il ? Les bourgeois, d’abord choqués, finissent par acheter ces toiles. Les musées s’emparent de ces « scandales ». Les marchands d’art transforment la révolte en produit de luxe. Aujourd’hui, c’est la même histoire : les œuvres « subversives » du Grand Paris Express seront-elles vraiment subversives ? Ou seront-elles, comme les toiles de Courbet ou de Manet, digérées, assimilées, transformées en décorations murales pour les stations de métro ? La rébellion, voyez-vous, est toujours récupérable. Toujours monnayable. Toujours vendable.
6. Le XXe Siècle : L’Art comme Marchandise Totale
Avec Duchamp et son urinoir, avec Warhol et ses boîtes de soupe Campbell, l’art devient une provocation permanente. Mais cette provocation, elle aussi, est récupérée. Les ready-mades de Duchamp sont exposés au MoMA, les sérigraphies de Warhol se vendent des millions de dollars. L’art contemporain n’est plus qu’un jeu pour riches, un casino où les collectionneurs parient sur la prochaine « star ». Les œuvres du Grand Paris Express s’inscrivent dans cette logique : ce sont des produits, conçus pour être « instagrammables », pour attirer les touristes, pour faire parler d’elles. L’art n’est plus une quête de beauté, ni même une révolte : c’est un outil marketing. Un faire-valoir pour les politiques, un hochet pour les masses, une ligne sur un CV pour les artistes.
7. Le XXIe Siècle : L’Art comme Alibi Éthique
Et nous voici arrivés à aujourd’hui. L’art, désormais, doit être « engagé », « inclusif », « durable ». Les œuvres du Grand Paris Express sont présentées comme un symbole de la « ville de demain », une ville « ouverte », « métissée », « créative ». Mais derrière ces mots creux, que se cache-t-il ? Une opération de communication, bien sûr. Une façon de faire passer la pilule des milliards engloutis dans les chantiers, des retards, des malfaçons. L’art comme alibi éthique : « Regardez comme nous sommes généreux, nous offrons de la culture au peuple ! » Mais quel peuple ? Celui qui prend le métro tous les jours, écrasé par la promiscuité, le bruit, la fatigue ? Celui qui ne comprendra rien à ces œuvres, mais qui fera semblant, par politesse, par lassitude, par résignation ? L’art, aujourd’hui, n’est plus qu’un cache-misère, un pansement sur une jambe de bois, un sourire de façade sur un visage ravagé par les inégalités.
Analyse Sémantique : Le Langage de l’Illusion
Regardons les mots, ces petits soldats du mensonge. « Exposition gratuite » : le mot « gratuit » est un piège. Rien n’est gratuit, surtout pas l’art dans une société capitaliste. « Gratuit » signifie ici : « payé par vos impôts, sans que vous ayez votre mot à dire ». « Œuvres d’art » : le mot « œuvre » est un leurre. Une œuvre, c’est quelque chose qui a une valeur, une durée, une signification. Mais ces « œuvres » du Grand Paris Express ? Des installations éphémères, conçues pour durer le temps d’un mandat politique, avant d’être remplacées par d’autres. « Découvrir » : le mot « découvrir » est une insulte. Comme si le peuple était un enfant, un ignorant, qu’il fallait éduquer, guider, éclairer. Comme si l’art était une terre inconnue, réservée aux initiés, aux happy few.
Et puis, il y a ce mot magique : « Grand ». Grand Paris Express. Grand projet. Grande ambition. Le mot « grand » est un mot de pouvoir. Il signifie : « Nous sommes importants, nous sommes légitimes, nous savons ce qui est bon pour vous. » Mais qui est ce « nous » ? Les politiques, les urbanistes, les experts, les artistes ? Pas vous. Jamais vous. Le peuple, lui, est toujours le spectateur, jamais l’acteur. Le voyageur, jamais le conducteur.
Comportementalisme Radical et Résistance Humaniste
Face à cette mascarade, que faire ? Se soumettre, comme des moutons, et admirer béatement les fresques du Grand Paris Express ? Ou résister ? Mais résister comment, dans une société où tout est conçu pour nous infantiliser, pour nous distraire, pour nous endormir ?
D’abord, il faut refuser le langage du pouvoir. Ne plus parler d’ »œuvres d’art », mais de « décorations ». Ne plus parler de « démocratisation culturelle », mais de « propagande ». Ne plus parler de « Grand Paris », mais de « Grand Mensonge ». Le langage est une arme : utilisons-le pour démasquer, pour dénoncer, pour rire.
Ensuite, il faut détourner. Les installations du Grand Paris Express ne sont pas des temples : ce sont des terrains de jeu. Taggons-les, griffonnons-les, transformons-les en fresques populaires, en murs de protestation. L’art officiel n’est pas sacré : c’est un support, comme un autre. Utilisons-le.
Enfin, il faut créer. Pas pour les institutions, pas pour les galeries, pas pour les collectionneurs. Pour soi. Pour les autres. Dans la rue, dans les squats, dans les caves. L’art vrai, l’art vivant, ne se trouve pas dans les stations de métro : il se trouve dans les marges, dans les interstices, dans les lieux où le pouvoir ne regarde pas.
Mais attention : cette résistance ne doit pas être naïve. Elle ne doit pas croire aux fables de la « culture populaire », de l’ »art engagé », de la « révolution par l’esthétique ». Non. La résistance, aujourd’hui, doit être cynique. Elle doit savoir que tout est récupérable, que tout est monnayable, que tout est illusoire. Mais elle doit agir quand même. Parce que l’alternative, c’est la soumission. Et la soumission, c’est la mort.
Alors oui, allez voir cette exposition. Mais allez-y les yeux ouverts. Allez-y pour rire, pour vous moquer, pour vomir un peu. Allez-y comme on va au cirque : pour voir les clowns, les acrobates, les dompteurs. Et puis sortez. Et créez. Et résistez.
Analogie Finale
Paris, vieille catin aux seins lourds de mensonges,
Tu nous offres tes os, tes rails, tes faux-semblants,
Tes fresques en toc, tes couleurs de néons,
Tes artistes en costard, tes commissaires contents.
Le métro gronde, crache, avale les foules,
Des millions de rats pressés, des vies en vrac,
Des rêves en miettes, des espoirs qui s’écroulent,
Des sourires en plastique, des « bonjour » en toc.
Et sur les murs, ces dessins, ces gribouillis de luxe,
Ces « œuvres » commandées par des hommes en gris,
Des taches de couleur, des formes qui perplexent,
Des blagues pour riches, des pièges pour petits.
« Regardez, braves gens, comme nous sommes bons,
Nous vous donnons l’art, comme on donne un os,
Pour que vous fermiez vos gueules, pour que vous votiez bien,
Pour que vous croyiez encore au Père Noël des beaux-arts. »
Mais nous, les gueux, les sans-grade, les sans-dents,
Nous rions sous cape, nous crachons par terre,
Nous savons trop bien que tout ça n’est que vent,
Que l’art vrai se cache ailleurs, dans la misère.
Dans les graffitis des caves, dans les dessins des fous,
Dans les chansons des rues, dans les cris des manifs,
Dans les regards des SDF, dans les mains des voyous,
Dans tout ce que vous ne voulez pas voir, salauds.
Alors prenez vos fresques, vos budgets, vos prix,
Vos « Grand Paris », vos « démocraties culturelles »,
Nous, nous irons ailleurs, dans l’ombre, dans le bruit,
Créer l’art vrai, l’art sale, l’art qui brûle.
Et quand vos métros crèveront, quand vos murs s’écrouleront,
Quand vos mensonges fondront comme neige au soleil,
Il restera nos traces, nos rires, nos défis,
Nos œuvres sans prix, nos vies sans pareil.