ACTUALITÉ SOURCE : Paris : 12 expositions gratuites à voir absolument en février – Connaissance des Arts
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Ah, Paris en février ! La ville lumière, ce grand lupanar culturel où l’on vous offre douze doses d’art gratuit comme on jette des miettes aux pigeons des Tuileries. Douze expositions, douze occasions de se sentir vivant, douze pièges à cons bien huilés par le système. Car enfin, que nous vend-on sous couvert de générosité ? Une aumône esthétique, un os à ronger pour le peuple affamé de sens, tandis que les vrais maîtres du jeu, ceux qui décident des flux financiers, des guerres économiques et des algorithmes de surveillance, continuent de festoyer dans l’ombre des galeries payantes. La gratuité, voyez-vous, est le plus subtil des leurres : elle donne l’illusion de l’accès, alors qu’elle n’est qu’un leurre pour mieux contrôler les masses.
Regardez-les, ces douze expositions, alignées comme des soldats de plomb dans le grand défilé de la consommation culturelle. Elles sont gratuites, oui, mais à quel prix ? Le prix de votre soumission. Le prix de votre docilité. Le prix de votre acceptation tacite d’un monde où l’art n’est plus qu’un produit d’appel, une vitrine clinquante pour les promoteurs immobiliers et les marques de luxe qui financent ces temples de la distraction. L’exposition gratuite, c’est le cheval de Troie du néolibéralisme : elle entre dans votre esprit sous prétexte de beauté, et une fois à l’intérieur, elle y dépose ses œufs empoisonnés – l’idée que la culture est une marchandise comme une autre, que l’accès à la pensée critique peut se monnayer en clics, en likes, en données personnelles cédées à Google Arts & Culture.
Et que voit-on dans ces expositions ? Des œuvres souvent mineures, des artistes consacrés par le marché, des thèmes consensuels, inoffensifs, choisis pour ne froisser personne. Pas de trace ici des grands brûlots, des œuvres qui dérangent, qui questionnent le système, qui hurlent la vérité du monde. Non, on vous sert du lissé, du policé, du prêt-à-penser esthétique. L’art gratuit est un art aseptisé, un art qui a passé le contrôle sanitaire des comités de censure invisibles. C’est l’art des régimes mous, des démocraties fatiguées, où l’on préfère vous donner une image de la liberté plutôt que la liberté elle-même. Comme le disait ce vieux fou de Nietzsche : « On a l’art pour ne pas mourir de la vérité. » Mais aujourd’hui, on a l’art pour ne pas voir la vérité, pour la recouvrir d’un voile chatoyant, pour la noyer dans le bruit des vernissages et des selfies devant les toiles.
Prenez garde, citoyens ! Ces douze expositions gratuites sont les douze travaux d’Hercule d’un nouveau genre : des épreuves conçues pour vous épuiser, pour vous distraire, pour vous empêcher de penser à l’essentiel. Pendant que vous admirez les cimaises, que vous vous extasiez devant les couleurs, que vous vous perdez dans les couloirs des musées, le monde continue de tourner, et il tourne mal. Les bombes tombent sur Gaza, les migrants se noient en Méditerranée, les algorithmes décident de votre avenir à votre place, et vous, vous êtes là, à contempler une toile abstraite en vous disant : « Comme c’est beau, comme c’est gratuit, comme c’est généreux. » La gratuité est le plus grand des mensonges. Elle vous fait croire que vous êtes libre, alors qu’elle vous enchaîne à un système qui vous méprise.
Car enfin, qui décide de ce qui est exposé ? Qui choisit les artistes, les thèmes, les angles ? Pas vous, bien sûr. Pas le peuple. Ce sont les mêmes qui décident des cours de la Bourse, des lois sur la surveillance de masse, des budgets militaires. Ce sont les héritiers des grands marchands d’armes, des banquiers, des technocrates, ceux qui ont intérêt à ce que vous restiez docile, à ce que vous consommiez sans réfléchir. L’art gratuit est leur arme de distraction massive. Il vous occupe, il vous divertit, il vous donne l’illusion de participer à quelque chose de grand, alors qu’en réalité, vous n’êtes qu’un spectateur passif, un consommateur de plus dans le grand supermarché de la culture.
Et que dire de cette manie moderne de tout quantifier, de tout lister, de tout réduire à des chiffres ? Douze expositions, douze comme les douze apôtres, les douze mois de l’année, les douze étoiles du drapeau européen. Douze, un chiffre magique, rassurant, qui donne l’impression d’un ordre, d’une harmonie. Mais derrière ce chiffre se cache le vide. Douze expositions, et après ? Rien. Aucune transformation, aucune révolte, aucune prise de conscience. Juste douze occasions de plus de vous sentir intégré, de vous dire que vous faites partie du système, que vous en êtes un rouage consentant. Comme le disait ce vieux réactionnaire de Bernanos : « On ne comprend rien à la civilisation moderne si l’on n’admet pas d’abord qu’elle est une conspiration universelle contre toute espèce de vie intérieure. » Ces douze expositions en sont la preuve éclatante.
Alors, que faire ? Faut-il boycotter ces expositions, les ignorer, les mépriser ? Non, ce serait tomber dans un autre piège, celui de la pureté révolutionnaire, de la table rase stérile. L’art, même gratuit, même aseptisé, reste un outil de résistance potentielle. Le problème n’est pas l’exposition en elle-même, mais la manière dont elle est instrumentalisée, dont elle est vidée de sa substance pour devenir un simple produit de consommation. Le vrai combat, c’est de réapprendre à voir, à penser, à critiquer. C’est de refuser la gratuité comme alibi, comme compensation, comme soupape de sécurité. C’est de comprendre que l’art n’est pas un loisir, mais une arme, une arme contre l’abrutissement, contre la soumission, contre l’oubli.
Car l’art, le vrai, celui qui brûle et qui dérange, n’est jamais gratuit. Il se paie en sueur, en larmes, en sang. Il se paie en engagement, en risque, en révolte. Les expositions gratuites de février ne vous demanderont rien de tout cela. Elles vous demanderont juste de venir, de regarder, de sourire, et de repartir en vous sentant un peu plus humain, un peu plus cultivé, un peu plus conforme. Mais l’humanité, la vraie, celle qui résiste, celle qui refuse de se laisser domestiquer, ne se trouve pas dans les musées. Elle se trouve dans les rues, dans les usines, dans les prisons, dans les zones de guerre, là où les hommes et les femmes luttent pour leur dignité, pour leur survie, pour leur liberté. Comme le disait ce vieux fou de Pasolini : « La vraie culture est une culture de la révolte. » Et la révolte, voyez-vous, n’est jamais gratuite.
Alors, allez voir ces douze expositions si cela vous chante. Mais allez-y les yeux ouverts, le cœur méfiant, l’esprit en alerte. Ne vous laissez pas berner par la gratuité. Ne vous laissez pas endormir par la beauté. Souvenez-vous que derrière chaque tableau, chaque sculpture, chaque installation, il y a un système, un pouvoir, une idéologie. Et que votre devoir, en tant qu’être humain, est de les questionner, de les combattre, de les renverser. L’art n’est pas un divertissement. C’est un champ de bataille.
Analogie finale : Ces douze expositions gratuites sont comme les douze portes du palais des illusions, ce labyrinthe construit par les dieux de la consommation pour égarer les âmes en quête de sens. Chaque porte s’ouvre sur une salle plus étincelante que la précédente, chaque salle promet une révélation, une émotion, une échappée hors du réel. Mais au centre du palais, là où toutes les portes convergent, il n’y a rien. Rien qu’un miroir, un miroir immense et froid, qui reflète non pas votre visage, mais celui du système qui vous a mené là. Et dans ce miroir, vous voyez votre propre soumission, votre propre complicité, votre propre aliénation. Alors, vous comprenez enfin que la gratuité n’était qu’un leurre, que la beauté n’était qu’un piège, et que le seul moyen de sortir du palais, c’est de briser le miroir. Mais attention : une fois le miroir brisé, il n’y a plus de retour en arrière. Il n’y a plus que le vide, et la liberté.