Office français de la biodiversité : séparer les hommes des artistes – l’Opinion







L’Office français de la biodiversité : une scission ontologique entre l’homme et l’artiste


ACTUALITÉ SOURCE : Office français de la biodiversité : séparer les hommes des artistes – l’Opinion

Le Prisme de Laurent Vo Anh

L’annonce récente de l’Office français de la biodiversité (OFB) concernant une volonté de dissocier les hommes des artistes dans la gestion des espaces naturels révèle une fracture bien plus profonde qu’une simple question de communication ou de stratégie marketing. Elle expose une tension fondamentale entre deux paradigmes anthropologiques : celui d’un homo œconomicus néolibéral, réduit à sa fonction utilitaire et calculatrice, et celui d’un homo ludens, être de jeu, de création et de résistance poétique. Cette séparation n’est pas anodine. Elle révèle une guerre culturelle, où le pouvoir institutionnel tente de museler l’imaginaire pour mieux contrôler les corps et les esprits. Nous sommes ici au cœur d’un comportementalisme radical, où les mécanismes de conditionnement social sont poussés à leur paroxysme pour éradiquer toute forme de subversion esthétique et existentielle.

1. Le Comportementalisme Radical : quand l’OFB devient un laboratoire de contrôle social

Le comportementalisme radical, tel que théorisé par des penseurs comme B.F. Skinner ou, plus récemment, par des critiques comme Byung-Chul Han, repose sur l’idée que l’individu peut être entièrement modelé par son environnement, ses récompenses et ses punitions. Dans le cas de l’OFB, cette approche se manifeste par une volonté de désacraliser l’artiste, de le ramener à une catégorie fonctionnelle, interchangeable, au même titre qu’un gestionnaire de parc ou un technicien de l’environnement. L’artiste, dans cette logique, n’est plus qu’un variable d’ajustement dans l’équation néolibérale de la biodiversité. On lui retire son aura, son mystère, sa capacité à déranger l’ordre établi.

Concept clé : L’artiste comme « bruit systémique »
Dans une société où tout doit être optimisé, où chaque geste doit répondre à une finalité mesurable, l’artiste incarne un bruit dans le système. Son œuvre n’a pas de rendement immédiat, elle ne produit pas de données exploitables, elle ne génère pas de ROI. Elle est, par définition, résistante à la rationalité instrumentale. L’OFB, en cherchant à séparer les hommes des artistes, cherche donc à épurer le discours écologique de toute dimension subversive. L’écologie, réduite à sa version technocratique, devient alors un outil de contrôle, une nouvelle forme de biopouvoir au sens foucaldien.

Cette séparation rappelle étrangement les théories de l’homme économique chères aux néolibéraux, où l’individu est conçu comme une machine à calculer, maximisant son utilité dans un cadre strictement défini. L’artiste, lui, échappe à cette logique. Il est excédentaire. Son travail ne se mesure pas en tonnes de CO₂ évitées ou en hectares de forêt restaurés. Il se mesure en émotions, en questions, en trous dans le réel. Et c’est précisément cette excédence que le pouvoir institutionnel cherche à éliminer.

2. La Résistance Néolibérale : l’artiste comme dernier rempart contre l’uniformisation

La résistance néolibérale ne se limite pas à une opposition frontale aux politiques économiques. Elle est avant tout une résistance culturelle, une tentative de préserver des espaces où l’imaginaire peut encore s’exprimer librement. L’artiste, dans ce contexte, devient un guérillero de la pensée, un être qui refuse de se soumettre aux catégories imposées par le système. Quand l’OFB cherche à le marginaliser, à le cantonner dans des cases étanches (« l’artiste », « le gestionnaire », « le scientifique »), il révèle en réalité sa propre fragilité.

Concept clé : L’artiste comme « zone de non-droit cognitive »
Comme l’écrivait Gilles Deleuze dans Logique du sens, l’artiste est celui qui désactive les codes, qui introduit des points de rupture dans les systèmes de significations dominants. En séparant les hommes des artistes, l’OFB tente de réactiver les codes, de rétablir une homogénéité discursive où plus rien ne viendrait perturber la machine à produire du sens utilitaire. Mais cette tentative est vouée à l’échec, car l’artiste, par définition, résiste à l’assimilation. Il est comme l’eau qui s’infiltre dans les fissures du roc : il trouve toujours une faille pour s’échapper.

La néolibéralisation de l’écologie est un phénomène bien connu. Elle consiste à transformer les enjeux environnementaux en marchandises, en services écosystémiques, en indicateurs de performance. Dans ce cadre, l’artiste devient un anachronisme. Il rappelle que la nature n’est pas qu’une ressource à exploiter, mais aussi un mythe, une mystère, une force insaisissable. En le rejetant, l’OFB révèle son propre dogmatisme : celui d’une vision du monde où tout doit être dompté, comptabilisé, contrôlé.

Cette résistance prend des formes multiples. Elle peut être esthétique (une peinture qui dérange, une installation qui questionne), politique (un manifeste qui dénonce), ou même silencieuse (un regard qui s’attarde, une oreille qui écoute ce que le système ignore). L’artiste, dans tous les cas, est celui qui défie l’évidence. Et c’est précisément pour cela qu’il doit être éliminé du discours officiel.

3. L’Écologie comme Nouvelle Religion : le sacerdoce des technocrates

Il y a une dimension religieuse dans cette séparation. L’OFB, en se posant en gardienne d’une écologie pure, scientifique, déconnectée de toute subjectivité, se comporte comme une nouvelle Église. Les artistes, eux, sont les hérétiques, ceux qui osent introduire du doute, du chaos, de la beauté là où le système ne voit que des données. Cette sacralisation de l’écologie technocratique est d’autant plus dangereuse qu’elle repose sur une illusion de neutralité : l’idée que la science et la gestion environnementale peuvent être dépourvues de pouvoir.

Concept clé : L’écologie comme opium du peuple néolibéral
Comme Marx le disait du religieux, l’écologie technocratique est l’opium du peuple : elle endort les masses dans une illusion de salut, tout en maintenant les structures de pouvoir en place. Elle offre une conscience collective sans remettra en cause le système. Les artistes, eux, sont les lucides qui rappellent que l’écologie n’est pas qu’une question de bonnes pratiques, mais aussi une question existentielle. Ils rappellent que nous ne sommes pas que des consommateurs de nature, mais aussi des créateurs de sens.

Cette sacralisation passe aussi par une déshumanisation du discours. Quand l’OFB parle de biodiversité, elle parle en réalité de chiffres, de espèces, de habitats. Elle


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