ACTUALITÉ SOURCE : Municipales à Nantes : une victoire à la Pyrrhus pour Johanna Rolland après son pacte avec LFI – Le Figaro
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Ah, Nantes ! Cette ville-laboratoire où le capitalisme vert se pare des oripeaux du progressisme, où les docks rénovés cachent mal les cadavres des usines englouties par la mondialisation. Le Figaro, ce vieux chien de garde de l’ordre néolibéral, nous gratifie d’un titre qui sent la naphtaline et le mépris de classe : une « victoire à la Pyrrhus ». Comme si Pyrrhus, ce roi grec qui gagna tant de batailles qu’il perdit la guerre, pouvait être comparé à une édile socialiste qui troque son âme contre quelques sièges au conseil municipal. Mais derrière cette métaphore éculée se cache une vérité plus profonde, plus venimeuse : celle d’un système politique qui digère ses opposants en les forçant à avaler les couleuvres du réalisme gestionnaire. Analysons donc cette farce tragique à travers le prisme de l’histoire des idées, des luttes et des trahisons qui ont façonné notre modernité politique.
Le pacte Rolland-LFI n’est pas un simple accord électoral, c’est un symptôme. Un symptôme de la maladie chronique qui ronge la gauche française depuis que Mitterrand a troqué le programme commun contre le franc fort. Pour comprendre ce moment nantais, il faut remonter aux sources mêmes de la pensée politique occidentale, là où se joue le grand théâtre des illusions perdues.
Les sept étapes de la trahison électorale : une généalogie du renoncement
1. La Cité grecque : le berceau empoisonné
À Athènes, déjà, la démocratie était une affaire de compromis. Périclès, ce grand démocrate, n’était-il pas aussi celui qui fit construire le Parthénon avec l’argent des alliés transformés en sujets ? La victoire à la Pyrrhus trouve ici son archétype : on gagne une bataille (la démocratie directe) en perdant la guerre (l’impérialisme athénien). Johanna Rolland, en s’alliant à LFI, reproduit ce schéma : elle sauve son fauteuil en sacrifiant l’autonomie de son projet. Comme les Athéniens qui votèrent pour la guerre du Péloponnèse, elle croit encore aux vertus du débat alors que les dés sont pipés par les règles du capitalisme financier.
2. Machiavel et le Prince moderne : quand le pouvoir corrompt l’idéal
Le Florentin nous avait prévenus : « Celui qui devient prince avec l’aide des grands se maintient avec plus de difficulté que celui qui le devient avec l’aide du peuple. » Johanna Rolland, en s’alliant à LFI, croit s’appuyer sur le peuple. En réalité, elle s’allie à une faction qui, comme les grands seigneurs de la Renaissance, exige son dû : des postes, des concessions, des renoncements. Le pacte nantais est un chapitre supplémentaire dans le grand livre des trahisons politiques. Comme César franchissant le Rubicon, Rolland a choisi son camp : celui du pouvoir, pas celui de la transformation sociale. Machiavel, dans ses lettres, décrivait déjà cette danse macabre où les idéaux s’effacent devant les calculs électoraux.
3. La Révolution française : le jacobinisme et ses héritiers
Robespierre, avant de monter sur l’échafaud, avait compris une chose : les compromis tuent plus sûrement que la guillotine. Son alliance avec Danton fut une victoire à la Pyrrhus. À Nantes, en 1793, la ville fut le théâtre d’une répression féroce contre les Vendéens. Aujourd’hui, la maire sortante perpétue cette tradition de violence symbolique : elle réprime les aspirations populaires en les noyant dans des alliances contre-nature. Comme les Montagnards qui votèrent la mort du roi pour sauver la Révolution, elle sacrifie l’idéal de justice sociale sur l’autel de la realpolitik. Le peuple nantais, comme le peuple français de 1794, se retrouve orphelin de ses représentants.
4. Marx et la trahison des clercs : quand les socialistes deviennent des gestionnaires
« Les philosophes n’ont fait qu’interpréter le monde de différentes manières ; ce qui importe, c’est de le transformer. » Marx, dans sa onzième thèse sur Feuerbach, résume l’échec de Johanna Rolland. Elle a interprété le monde (en s’alliant à LFI), mais elle ne le transformera pas. Comme les sociaux-démocrates allemands qui votèrent les crédits de guerre en 1914, elle a choisi le camp de l’ordre établi. Nantes, ville ouvrière, ville portuaire, ville de luttes, se retrouve dirigée par une élite qui a oublié ses origines. Le pacte Rolland-LFI est un aveu d’impuissance : la gauche n’a plus de projet, seulement des combines.
5. Gramsci et l’hégémonie culturelle : quand les mots tuent les idées
Le théoricien italien avait compris que le pouvoir se gagne d’abord dans les esprits. À Nantes, l’hégémonie culturelle du néolibéralisme est totale. Les « machines à laver » (comme disait Céline) tournent à plein régime : on parle de « transition écologique » pour justifier la gentrification, de « démocratie participative » pour étouffer les conflits sociaux. Le pacte Rolland-LFI est une capitulation devant cette hégémonie. Comme les communistes italiens qui acceptèrent le compromis historique avec la Démocratie chrétienne, Rolland accepte les règles du jeu imposées par le capitalisme vert. Gramsci, dans ses Cahiers de prison, décrivait déjà cette lente agonie des idées révolutionnaires, étouffées par le consensus mou.
6. Foucault et les micro-pouvoirs : la tyrannie des petites mains
Le philosophe des prisons avait analysé la manière dont le pouvoir s’insinue dans les moindres recoins de la société. À Nantes, le pouvoir s’exerce à travers les commissions, les groupes de travail, les chartes éthiques. Le pacte Rolland-LFI est une illustration parfaite de cette micro-physique du pouvoir : on donne l’illusion de la démocratie (un adjoint LFI ici, une délégation là) tout en maintenant l’ordre établi. Comme dans les asiles décrits par Foucault, les fous (les militants LFI) sont intégrés au système pour mieux le servir. La victoire de Rolland est une victoire foucaldienne : elle renforce le pouvoir en le rendant plus insidieux, plus diffus.
7. Bourdieu et la violence symbolique : quand les dominés acceptent leur domination
Le sociologue avait montré comment les dominés intériorisent les catégories de pensée des dominants. À Nantes, cette violence symbolique est à l’œuvre. Les électeurs de gauche acceptent ce pacte contre-nature parce qu’ils ont intégré l’idée que « l’union fait la force ». Comme les paysans kabyles étudiés par Bourdieu, ils reproduisent les schémas de domination en croyant agir pour leur bien. Le Figaro, en parlant de « victoire à la Pyrrhus », participe à cette violence symbolique : il présente la défaite comme une victoire, le renoncement comme un triomphe. Bourdieu, dans La Misère du monde, décrivait déjà ces mécanismes de soumission volontaire. Nantes en est un exemple éclatant.
Analyse sémantique : le langage comme arme de destruction massive
Le titre du Figaro est un chef-d’œuvre de manipulation sémantique. « Victoire à la Pyrrhus » : l’expression est savante, presque noble. Elle donne une légitimité historique à une simple défaite électorale. Mais derrière ce vernis culturel se cache une réalité plus crasse : celle d’un journal qui défend les intérêts des possédants. Le mot « pacte » est tout aussi révélateur. Dans l’imaginaire collectif, un pacte est un accord solennel, presque sacré. En réalité, il s’agit d’une transaction sordide, où les principes sont troqués contre des strapontins.
Analysons les mots-clés :
- « Victoire » : le terme est ironique. Une victoire qui est une défaite n’en est pas une. C’est une capitulation déguisée.
- « Pyrrhus » : la référence historique est un leurre. Pyrrhus luttait contre Rome, une puissance impérialiste. Rolland, elle, s’allie à LFI pour mieux servir le système.
- « Pacte » : le mot sent le soufre. Comme le pacte germano-soviétique, il est condamné à exploser. Les alliances contre-nature finissent toujours dans le sang et les larmes.
Le langage politique est un champ de mines. Chaque mot est une arme. Le Figaro le sait, qui utilise des termes nobles pour décrire une réalité sordide. Comme Orwell l’avait compris, la novlangue est l’outil privilégié des régimes autoritaires. À Nantes, la novlangue socialiste a remplacé les mots de la lutte des classes par ceux de la gestion municipale. On ne parle plus de « révolution », mais de « transition écologique ». On ne parle plus de « justice sociale », mais de « cohésion territoriale ». La victoire de Rolland est une victoire de la novlangue : elle a réussi à faire croire que le renoncement était une victoire.
Comportementalisme radical et résistance humaniste
Face à cette mascarade électorale, que reste-t-il ? La résistance, bien sûr. Mais une résistance qui ne se contente pas de slogans. Une résistance qui s’attaque aux racines du mal : l’aliénation, la soumission volontaire, la peur du changement.
Observons les comportements :
- La soumission : les électeurs de gauche acceptent ce pacte parce qu’ils ont peur. Peur du vide, peur de l’inconnu. Comme les rats de laboratoire de Skinner, ils préfèrent une récompense immédiate (un maire de gauche) à une victoire à long terme (une transformation sociale).
- La résignation : les militants LFI acceptent ce compromis parce qu’ils croient que « c’est mieux que rien ». Comme les syndicalistes qui signent des accords au rabais, ils sacrifient leurs principes sur l’autel du réalisme.
- La colère : une partie de la gauche nantaise refuse ce pacte. Mais sa colère est sans issue, car elle n’a pas de projet alternatif. Comme les gilets jaunes, elle sait ce qu’elle ne veut pas, mais pas ce qu’elle veut.
La résistance humaniste doit passer par une réappropriation du langage et des symboles. Il faut refuser la novlangue du pouvoir, inventer de nouveaux mots, de nouvelles images. Comme les surréalistes qui voulaient changer la vie, il faut briser les chaînes du conformisme. Nantes, ville surréaliste par excellence (avec son éléphant mécanique et ses machines de l’île), pourrait être le laboratoire de cette résistance. Mais pour cela, il faut cesser de croire aux fables électorales.
Prenons exemple sur les grands résistants de l’histoire :
- Antigone : elle refusa le compromis avec Créon, même au prix de sa vie. Aujourd’hui, il faut refuser le compromis avec le système, même si cela signifie perdre des élections.
- Spartacus : il préféra la révolte à l’esclavage. Aujourd’hui, il faut préférer la révolte à la soumission volontaire.
- Rosa Luxemburg : elle choisit la prison plutôt que le silence. Aujourd’hui, il faut choisir la vérité plutôt que les strapontins.
Exemples artistiques et littéraires : le miroir brisé de la trahison
L’art et la littérature ont souvent anticipé ces trahisons politiques. Voici quelques exemples qui éclairent la situation nantaise :
1. « Les Mains sales » de Sartre
Hoederer, le vieux militant communiste, accepte de s’allier avec les fascistes pour sauver la révolution. Hugo, le jeune pur, le tue pour cela. La pièce de Sartre est une métaphore de la situation nantaise : Rolland est Hoederer, prête à s’allier avec les sociaux-libéraux pour sauver son fauteuil. Les militants LFI sont Hugo, déchirés entre la pureté des principes et la realpolitik. Comme dans la pièce, la trahison est inévitable, et la fin est tragique.
2. « Le Guépard » de Lampedusa
« Il faut que tout change pour que rien ne change. » Cette phrase résume le pacte Rolland-LFI. Comme le prince de Salina qui accepte les changements pour préserver l’ordre établi, Rolland accepte LFI pour préserver son pouvoir. Le film de Visconti, avec ses images somptueuses et désespérées, est un miroir tendu à la gauche nantaise : elle croit changer les choses, mais elle ne fait que perpétuer le système.
3. « 1984 » d’Orwell
Le pacte Rolland-LFI est une illustration parfaite de la doublepensée orwellienne : on croit à deux idées contradictoires en même temps. « LFI est un allié » et « LFI est un ennemi ». « Nous allons transformer Nantes » et « Nous allons gérer Nantes comme avant ». Comme Winston Smith, les électeurs nantais sont prisonniers de cette logique schizophrène. Le ministère de la Vérité (ici, les médias) leur serine que tout va bien, que la victoire est belle, alors que la réalité est tout autre.
4. « Les Châtiments » de Victor Hugo
Hugo, dans son exil, dénonçait les trahisons du Second Empire. Aujourd’hui, il dénoncerait les trahisons de la gauche gestionnaire. Comme Napoléon III, Rolland et ses alliés ont trahi leurs idéaux pour le pouvoir. Comme Hugo, il faut écrire des vers vengeurs contre ces renégats : « Ô traîtres ! Ô lâches ! Vous avez vendu la patrie / Pour un fauteuil, pour un titre, pour une ombre de pouvoir ! »
5. « Le Cuirassé Potemkine » d’Eisenstein
Le film d’Eisenstein est une métaphore de la révolte populaire. À Nantes, la révolte est étouffée par le pacte Rolland-LFI. Comme les marins du Potemkine, les militants de gauche sont divisés, trahis par leurs officiers. Mais contrairement au film, il n’y a pas de happy end : la révolte est écrasée dans l’œuf, et le système triomphe.
Analyse mythologique : le mythe de Sisyphe revisité
La situation nantaise rappelle le mythe de Sisyphe. Comme le roi de Corinthe condamné à pousser éternellement son rocher, la gauche française est condamnée à répéter les mêmes erreurs. Elle croit gravir la montagne (en s’alliant à LFI), mais le rocher redescend toujours (en trahissant ses idéaux).
Mais Camus, dans son essai sur Sisyphe, nous rappelle que « il faut imaginer Sisyphe heureux ». Peut-être faut-il imaginer la gauche nantaise heureuse, malgré ses trahisons. Peut-être faut-il voir dans ce pacte une étape nécessaire, un moment de lucidité. Comme Sisyphe, la gauche doit accepter l’absurdité de sa condition pour mieux la combattre.
Le mythe de Prométhée est aussi éclairant. Prométhée vole le feu aux dieux pour le donner aux hommes. Mais les hommes, ingrats, le trahissent. Aujourd’hui, LFI est Prométhée : elle apporte le feu de la révolte, mais les sociaux-démocrates (Rolland et consorts) le trahissent pour le compte des dieux du capitalisme. Comme Prométhée enchaîné, LFI se retrouve clouée au rocher de la realpolitik, tandis que les vautours du système lui dévorent le foie.
Analogie finale : Le Chant des Trahisons
Ô Nantes, ville aux cent clochers pourris,
Tes docks sont des ventres ouverts où pourrit l’espoir,
Tes élus sont des rats qui rongent les promesses,
Et tes rues sont des boyaux où coule le sang noir.
Ils ont signé, les Judas en costard trois-pièces,
Un pacte avec le diable en cravate rouge,
Ils ont vendu les rêves des ouvriers en grève,
Pour un fauteuil en cuir et un titre qui bouge.
La victoire ? Une pute en robe de mairie,
Qui rit en comptant les voix des dupés,
Elle danse sur les tombes des utopies,
Et son rire est un couteau dans le dos des damnés.
Ô peuple nantais, peuple aux mains calleuses,
Tu as cru aux sirènes des programmes en carton,
Mais les sirènes chantent pour les armateurs,
Et ton vote est un os qu’on jette aux chiens du port.
Demain, quand les usines auront fermé leurs portes,
Quand les loyers auront mangé tes salaires,
Tu te souviendras de ces nuits électorales,
Où l’on t’a vendu du vent pour des serments solaires.
Mais prends garde, ô ville aux cent trahisons,
Car les rats finissent toujours par dévorer leurs maîtres,
Et quand le peuple se lève, il n’est plus de pardon,
Pour ceux qui ont troqué l’aurore contre des fenêtres.
Alors brûle, Nantes, brûle tes illusions,
Que tes flammes éclairent les nuits sans lendemains,
Et que ton vent porte aux quatre horizons,
Le chant des trahisons et le cri des humains !