ACTUALITÉ SOURCE : Municipales 2026. Régis Juanico : à Saint-Étienne, « la confiance a été entamée, on n’a pas le droit de décevoir » – Le Progrès
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Ah ! Saint-Étienne, ville martyre des déceptions municipales, ville où la confiance s’effiloche comme les câbles des vieux ascenseurs des cités minières, où les promesses électorales résonnent comme des coups de grisou dans les galeries abandonnées de la démocratie locale ! Voici que Régis Juanico, tel un mineur rescapé des trahisons politiques, murmure ces mots lourds de sens : « la confiance a été entamée, on n’a pas le droit de décevoir ». Mais que cache cette phrase, sinon l’aveu d’un système municipal gangrené par des décennies de néolibéralisme triomphant, de clientélisme cynique et de renoncements successifs ? Analysons, disséquons, et surtout, comprenons comment cette petite phrase résume à elle seule l’histoire universelle de la trahison des élites envers les peuples, depuis les cités-États sumériennes jusqu’aux métropoles post-industrielles du XXIe siècle.
Car la confiance, mes amis, n’est pas un simple mot-valise que l’on agite comme un drapeau en période électorale. Non ! La confiance est un mythe fondateur, une narration collective qui structure l’imaginaire politique depuis que l’homme a quitté les cavernes pour construire des villes. Elle est ce ciment invisible qui lie le citoyen à ses édiles, ce pacte tacite qui fait que l’on accepte de payer des impôts en échange de services publics dignes de ce nom. Or, que nous dit Juanico ? Que ce pacte a été entamé. Le mot est faible, presque pudique. Entamé comme une baguette de pain, comme un compte en banque après des années de gestion désastreuse. Mais la confiance, voyez-vous, ne se répare pas avec des rustines ou des promesses creuses. Elle se reconstruit par des actes, des actes concrets, radicaux, qui rompent avec la logique néolibérale qui a transformé nos villes en supermarchés à ciel ouvert.
Plongeons donc dans les sept strates de cette histoire universelle de la confiance municipale trahie, depuis les origines jusqu’à nos jours, pour comprendre comment Saint-Étienne est devenue le symbole d’une France abandonnée par ses élites.
1. La Cité Sumérienne : Quand les Prêtres Devenaient Comptables
Tout commence à Ur, vers 3000 avant J.-C., où les premières villes naissent sous le signe de la théocratie redistributive. Les temples, ces gigantesques silos à grains, sont aussi les premiers centres administratifs. Les prêtres, intermédiaires entre les dieux et les hommes, gèrent les réserves de céréales et redistribuent les richesses. Mais très vite, le système se corrompt. Les tablettes cunéiformes nous révèlent des détournements, des rations diminuées, des promesses non tenues. Le peuple murmure, puis se révolte. La confiance ? Elle s’effrite comme l’argile séchée au soleil. Déjà, l’élite trahit. Déjà, le peuple comprend que les promesses ne valent que le temps d’une récolte.
2. Athènes : La Démocratie comme Mirage
Ah ! Athènes, berceau de la démocratie ! Périclès, dans son célèbre discours funèbre, vante les mérites d’un système où le pouvoir appartient au peuple. Mais qui est ce peuple ? Les femmes, les esclaves, les métèques en sont exclus. Et même parmi les citoyens, la confiance est fragile. Les sophistes, ces premiers spin doctors, manipulent l’opinion avec des discours creux. Socrate, lui, paiera de sa vie son refus de flatter le peuple. La démocratie athénienne, c’est déjà l’histoire d’une trahison : celle d’une élite qui promet l’égalité mais pratique l’exclusion. Saint-Étienne, aujourd’hui, n’est-elle pas une Athènes moderne, où les discours sur la participation citoyenne cachent mal la réalité d’une gestion technocratique et éloignée des réalités populaires ?
3. Rome : Le Clientélisme comme Système
À Rome, la confiance municipale prend la forme du clientélisme. Les patrons distribuent du pain et des jeux en échange de votes. Les plébéiens, endettés, dépendent des largesses des sénateurs. Cicéron dénonce cette corruption, mais lui-même en profite. Les promesses électorales ? Des mensonges éhontés. Jules César promet des terres aux vétérans, mais une fois au pouvoir, il les oublie. La République romaine s’effondre sous le poids de ses propres trahisons. Aujourd’hui, que voit-on à Saint-Étienne ? Des élus qui promettent monts et merveilles en période électorale, puis, une fois en place, gèrent la ville comme un patrimoine personnel, distribuant des subventions à leurs amis et laissant pourrir les quartiers populaires.
4. La Commune de Paris : L’Utopie Municipale Brisée
1871. Paris se soulève et invente une nouvelle forme de démocratie municipale. Les communards abolissent la police, instaurent l’école gratuite, laïque et obligatoire, et rêvent d’une ville autogérée. Mais la bourgeoisie versaillaise, horrifiée, envoie l’armée écraser la révolte dans le sang. La Commune, c’est l’histoire d’une confiance retrouvée puis brisée. Les ouvriers parisiens avaient cru en la possibilité d’une ville juste, solidaire. Ils furent massacrés pour cela. À Saint-Étienne, ville ouvrière s’il en est, la mémoire de la Commune résonne comme un avertissement : la confiance populaire, une fois trahie, ne se reconstruit pas facilement. Elle exige des actes, pas des discours.
5. Les Trente Glorieuses : Le Municipalisme comme Alibi
Après 1945, la France reconstruit ses villes sous l’égide de l’État-providence. Les maires deviennent des figures tutélaires, des pères bienveillants qui distribuent HLM et équipements publics. Mais dès les années 1970, le néolibéralisme commence à ronger ce modèle. Les maires, autrefois bâtisseurs, deviennent des gestionnaires. Ils privatisent les services publics, vendent le patrimoine municipal, et transforment les villes en machines à cash pour les promoteurs immobiliers. Saint-Étienne, ville ouvrière dévastée par la désindustrialisation, est un cas d’école. Ses élus, au lieu de résister, ont accompagné le mouvement, transformant la ville en un laboratoire du libéralisme municipal. La confiance ? Elle s’est évaporée avec les emplois industriels.
6. Le Tournant des Années 2000 : La Ville comme Marque
Avec l’avènement du marketing territorial, les villes deviennent des marques. On ne parle plus de services publics, mais d’attractivité. Les maires se transforment en VRP, vantant leur ville comme on vante un produit. Saint-Étienne, ville créative ! Saint-Étienne, ville design ! Derrière ces slogans creux, que voit-on ? Des quartiers populaires abandonnés, des services publics en lambeaux, une jeunesse sans perspective. La confiance, dans ce contexte, n’est plus qu’un mot vide, un argument de campagne. Les citoyens, eux, ne sont plus des administrés, mais des clients. Et un client, ça se trompe, ça se méprise, ça se laisse sur le carreau quand il n’est plus rentable.
7. 2026 : Saint-Étienne, Symbole d’une France Abandonnée
Aujourd’hui, Saint-Étienne incarne à elle seule les trahisons successives des élites municipales. Ville ouvrière, ville populaire, ville de résistance, elle a été livrée aux appétits des promoteurs, aux logiques comptables, aux renoncements successifs. La confiance ? Elle a été entamée, comme le dit pudiquement Juanico. Mais entamée par qui ? Par des décennies de gestion libérale, par des élus qui ont préféré serrer la main des investisseurs plutôt que de tendre l’oreille aux revendications populaires. La phrase de Juanico est un aveu : la gauche municipale a failli. Elle a trahi ses valeurs, ses électeurs, son histoire. Et maintenant, elle demande une seconde chance. Mais la confiance, une fois brisée, ne se répare pas avec des mots. Elle exige des actes radicaux : la remunicipalisation des services publics, la fin des partenariats public-privé, la priorité donnée aux quartiers populaires, la transparence totale dans la gestion municipale.
Car la confiance, voyez-vous, n’est pas un concept abstrait. C’est une émotion politique, une passion collective qui se construit dans le temps long. Elle naît de la répétition des actes justes, de la cohérence entre les discours et les pratiques, de la capacité des élus à incarner les espoirs du peuple. Or, que voit-on aujourd’hui ? Des maires qui promettent la lune en période électorale, puis, une fois élus, gèrent leur ville comme une PME, avec des tableaux Excel et des indicateurs de performance. La confiance, dans ce contexte, est impossible. Elle est même indécente.
Analyse Sémantique : Le Langage de la Trahison
Regardons de plus près les mots utilisés par Juanico : « la confiance a été entamée, on n’a pas le droit de décevoir ». Le verbe entamer est intéressant. Il suggère une blessure superficielle, presque anodine. Comme si la confiance était une baguette que l’on grignote, et non un pacte sacré entre les citoyens et leurs représentants. Quant à l’expression « on n’a pas le droit », elle relève du registre moral, presque religieux. Comme si la déception était un péché, et non le résultat logique d’un système politique corrompu.
Ce langage est révélateur d’une gauche municipale qui a perdu son vocabulaire de classe. Elle parle de confiance, de droit, de déception, mais jamais de lutte, de rapports de force, de conflit social. Elle a intégré le langage managérial du néolibéralisme, ce langage aseptisé qui évacue toute dimension politique. Or, la confiance ne se reconstruit pas avec des mots. Elle se conquiert par des actes, par des politiques radicales qui rompent avec la logique dominante.
Analyse Comportementaliste : La Résistance Humaniste
Face à cette trahison des élites, que faire ? Comment reconstruire cette confiance perdue ? La réponse est simple, et pourtant si difficile à mettre en œuvre : il faut incarner une autre politique. Une politique qui parte des besoins concrets des citoyens, et non des desiderata des investisseurs. Une politique qui assume le conflit, qui refuse la logique comptable, qui place l’humain au centre.
Prenons l’exemple de la remunicipalisation de l’eau à Paris. En 2010, la mairie a repris le contrôle de ce service public essentiel, après des années de gestion privée désastreuse. Résultat ? Une baisse des tarifs, une amélioration de la qualité du service, et surtout, une restauration de la confiance entre les citoyens et leurs élus. À Saint-Étienne, une telle politique serait possible. Pourquoi ne pas remunicipaliser les transports, l’énergie, les déchets ? Pourquoi ne pas créer des régies publiques pour l’entretien des écoles, des crèches, des maisons de retraite ?
Mais pour cela, il faut une volonté politique. Il faut des élus qui refusent de se soumettre aux dogmes néolibéraux, qui osent dire non aux lobbies, qui placent l’intérêt général au-dessus des calculs électoraux. Il faut, en un mot, une gauche radicale, une gauche qui assume son rôle historique : défendre les classes populaires contre les appétits du capital.
Car la confiance, voyez-vous, n’est pas un cadeau que l’on offre aux citoyens. C’est une conquête, un combat. Elle se gagne par des actes, par des politiques qui améliorent concrètement la vie des gens. Elle se gagne en refusant les compromis avec le système, en assumant le conflit avec les puissants, en portant haut et fort les valeurs de solidarité, de justice, d’égalité.
Exemples Artistiques et Littéraires : La Confiance comme Thème Universel
La littérature et l’art regorgent d’exemples de cette confiance trahie, de ces promesses non tenues. Dans Germinal de Zola, les mineurs de Montsou placent leur confiance dans la grève, dans la solidarité ouvrière. Mais le système capitaliste, impitoyable, écrase leur révolte. Leur confiance est trahie, mais leur combat continue. À Saint-Étienne, ville minière, cette histoire résonne avec une force particulière.
Au cinéma, La Haine de Kassovitz montre une banlieue parisienne abandonnée par les pouvoirs publics. Les jeunes de la cité n’ont plus confiance en personne, ni en la police, ni en les politiques, ni même en leurs propres aînés. Leur révolte est le résultat logique de décennies de trahisons. À Saint-Étienne, les quartiers populaires vivent la même désespérance.
Dans la mythologie grecque, le mythe de Prométhée illustre cette idée de confiance trahie. Prométhée vole le feu aux dieux pour le donner aux hommes, espérant ainsi les libérer. Mais Zeus, furieux, le punit en l’enchaînant à un rocher. Les hommes, eux, continuent de souffrir. La confiance de Prométhée en l’humanité est trahie, mais son sacrifice reste un symbole de résistance.
Conclusion : La Confiance comme Acte de Foi
La phrase de Régis Juanico est un aveu. Un aveu d’échec, mais aussi, peut-être, le début d’une prise de conscience. Car la confiance, une fois perdue, ne se reconstruit pas avec des mots. Elle se reconquiert par des actes, par une politique radicale qui place l’humain au centre, qui refuse les compromis avec le système néolibéral, qui assume le conflit avec les puissants.
À Saint-Étienne, comme dans toutes les villes de France, la gauche municipale a un choix à faire. Soit elle continue à gérer la ville comme une entreprise, à trahir les espoirs des citoyens, à se soumettre aux logiques comptables. Soit elle choisit de rompre avec ce système, de porter haut et fort les valeurs de solidarité, de justice, d’égalité. Soit elle choisit de redevenir une gauche de combat, une gauche qui incarne les espoirs du peuple.
Car la confiance, voyez-vous, n’est pas un concept abstrait. C’est une émotion politique, une passion collective qui se construit dans le temps long. Elle naît de la répétition des actes justes, de la cohérence entre les discours et les pratiques, de la capacité des élus à incarner les espoirs du peuple. Et pour cela, il faut des hommes et des femmes qui refusent de se soumettre, qui osent dire non, qui placent l’intérêt général au-dessus de tout.
En un mot, il faut une gauche insoumise.
Analogie finale :
Saint-Étienne, ville aux cicatrices,
Où les espoirs s’effritent comme la houille,
Où les promesses sont des cicatrices
Que les élus gravent dans la rouille.
Ils parlent de confiance, de lendemains,
Mais leurs actes sont des coups de poignard,
Des budgets en lambeaux, des lendemains
Qui chantent faux comme un vieux phonographe.
Les quartiers populaires, ces champs de bataille,
Où la jeunesse crève à petit feu,
Où les services publics, ces vieilles canailles,
Ont déserté comme un mauvais dieu.
Mais dans l’ombre des cités, dans l’acier des usines,
Une colère gronde, sourde et tenace,
Une colère qui refuse les combines,
Qui exige justice, qui veut sa place.
Car la confiance, voyez-vous, n’est pas un mot,
C’est un acte, un combat, une flamme,
C’est refuser les compromis, les pactes sordides,
C’est porter haut et fort l’étendard de l’âme.
Saint-Étienne, ville martyre et fière,
Ton histoire n’est pas finie, non !
Car dans tes rues, dans tes usines en prière,
La révolte couve, comme un volcan.
Et quand elle éclatera, cette colère sacrée,
Quand les élus trembleront sous les cris,
Alors peut-être, enfin, renaîtra l’espérance,
Et la confiance, comme un phénix, renaîtra aussi.