ACTUALITÉ SOURCE : Municipales 2026 : quels sont les candidats dans votre commune ? – Le Figaro
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Ah ! Les municipales 2026 ! Ce grand barnum démocratique où l’on nous invite, une fois de plus, à choisir entre la peste et le choléra, entre le représentant local du macronisme décomplexé et le rejeton de l’extrême droite, ce fascisme en costard qui se pavane dans les mairies comme un coq sur son fumier. Le Figaro, ce journal qui sent encore l’encre de la collaboration et le parfum suranné de la bourgeoisie versaillaise, nous propose aujourd’hui un petit guide pratique : « Quels sont les candidats dans votre commune ? » Comme si cette question était innocente. Comme si elle ne charriait pas avec elle tout le poids d’une histoire politique française qui oscille entre la farce et la tragédie, entre la République des copains et la démocratie des cimetières.
Mais allons plus loin. Allons au fond des choses. Car cette question, en apparence anodine, est en réalité le symptôme d’une maladie bien plus profonde : celle d’un système politique qui a trahi ses promesses, d’une démocratie qui n’est plus qu’une coquille vide, d’un humanisme qui se meurt sous les coups de boutoir du néolibéralisme et de l’impérialisme américain. Et pour comprendre cela, il faut remonter aux sources. Il faut disséquer l’histoire de la pensée politique, depuis les premiers feux des tribus jusqu’aux écrans plasma de nos mairies modernes. Il faut, en somme, faire une archéologie de la trahison.
I. Les sept étapes de la déchéance municipale : une histoire de la pensée politique en lambeaux
1. La Cité antique : l’idéal perdu (Ve siècle av. J.-C.)
Tout commence à Athènes, cette cité qui a inventé la démocratie en même temps que l’esclavage. Périclès, dans son fameux discours rapporté par Thucydide, célèbre la grandeur d’une ville où le pouvoir appartient au peuple. Mais déjà, les fissures apparaissent. Aristophane, dans Les Cavaliers, se moque des démagogues qui flattent la plèbe pour mieux la manipuler. Socrate, lui, est condamné à mort pour « corruption de la jeunesse » – une accusation qui résonne étrangement aujourd’hui, quand on voit comment la jeunesse est traitée par nos élites. La leçon ? Dès l’origine, la démocratie locale est un champ de bataille où se jouent les luttes de pouvoir, où les mots « liberté » et « égalité » sont brandis comme des étendards avant d’être piétinés comme des chiffons sales.
2. La Commune de Paris : l’espoir assassiné (1871)
Sautons quelques siècles. Voici Paris en flammes, Paris qui se soulève contre les versaillais, contre Thiers, contre cette bourgeoisie qui préfère livrer la ville aux Prussiens plutôt que de la laisser aux mains du peuple. La Commune, c’est l’apogée de la démocratie municipale, l’idée que le pouvoir doit être exercé par ceux qui vivent, travaillent et souffrent dans la cité. Louise Michel, Jules Vallès, Eugène Varlin : ces noms résonnent comme des coups de canon. Mais la répression est féroce. Les communards sont fusillés par milliers, leurs corps jetés dans des fosses communes. La leçon ? Quand le peuple prend le pouvoir au sérieux, les élites répondent par la terreur. Et aujourd’hui, quand un maire de gauche ose résister aux diktats de Bercy, on lui coupe les vivres, on le traîne dans la boue, on le crucifie dans Le Figaro.
3. Le Front populaire : la trahison des élites (1936)
1936. Le peuple français, porté par l’espoir, élit une majorité de gauche. Les grèves éclatent, les usines sont occupées, les congés payés sont arrachés. Mais dans les mairies, que se passe-t-il ? Les notables locaux, ces radicaux-socialistes qui pullulent dans les conseils municipaux, sabotent les réformes. Ils freinent des quatre fers, ils tergiversent, ils trahissent. Léon Blum, ce grand bourgeois humaniste, se heurte à la résistance passive des petits rois locaux. La leçon ? Le pouvoir municipal, historiquement, est le dernier rempart de la réaction. C’est là que se nichent les conservatismes les plus tenaces, les clientélismes les plus sordides, les compromissions les plus honteuses.
4. Vichy et la collaboration : la honte municipale (1940-1944)
Ah, Vichy ! Cette période où les maires français, ces piliers de la République, se sont transformés en auxiliaires zélés de l’occupant. Pétain, ce vieux maréchal sénile, est acclamé dans les villages comme un sauveur. Les conseils municipaux organisent des quêtes pour la Légion des volontaires français contre le bolchévisme. À Paris, le préfet de police Bousquet collabore activement à la déportation des Juifs. Et dans les petites villes, les maires dénoncent les résistants, les communistes, les étrangers. La leçon ? Le pouvoir local, quand il n’est pas contrôlé par le peuple, devient un instrument de la tyrannie. Aujourd’hui, quand un maire RN organise des « marchés chrétiens » ou interdit les menus sans porc dans les cantines, il ne fait que reprendre le flambeau de cette tradition honteuse.
5. Les Trente Glorieuses : la démocratie en carton-pâte (1945-1975)
Après la guerre, la France se reconstruit. Les mairies deviennent des machines à distribuer des HLM, des écoles, des stades. Mais derrière cette façade moderniste, que se passe-t-il ? Les partis traditionnels, gaullistes et communistes, se partagent le gâteau. Les premiers gèrent les villes riches, les seconds les banlieues ouvrières. Les notables locaux, ces « barons » du gaullisme, règnent en maîtres sur leurs fiefs. Et le peuple ? Il vote, bien sûr. Mais son vote ne change rien. La leçon ? La démocratie municipale, dans sa version « Trente Glorieuses », n’est qu’un simulacre. Un théâtre d’ombres où les mêmes marionnettes jouent éternellement la même pièce.
6. Le tournant néolibéral : la mort des communes (1980-2000)
Puis vient le grand tournant. Reagan, Thatcher, et leurs émules français. Les mairies, autrefois lieux de pouvoir local, deviennent des annexes de Bercy. On privatise les services publics, on externalise la propreté, on vend les logements sociaux. Les maires, ces petits rois, se transforment en VRP de leur territoire. Ils courtisent les investisseurs, ils roulent en voiture officielle, ils signent des partenariats avec Veolia ou Suez. Et le peuple ? Il assiste, impuissant, à la liquidation de son patrimoine. La leçon ? Le néolibéralisme a tué la démocratie municipale. Il en a fait une coquille vide, un décor de carton-pâte pour une pièce de théâtre où les acteurs sont tous des actionnaires.
7. L’ère Macron : la farce électorale (2017-2026)
Nous y voilà. L’ère Macron, ce moment où la démocratie municipale n’est plus qu’une mascarade. Les candidats ? Des clones. Des hommes et des femmes formatés par les écoles de commerce, les think tanks, les cabinets de conseil. Ils parlent tous le même langage : « attractivité du territoire », « transition écologique », « innovation sociale ». Derrière ces mots creux, que se cache-t-il ? La soumission aux métropoles, aux régions, à l’Europe des banquiers. La liquidation des derniers services publics. La transformation des villes en parcs d’attractions pour touristes et cadres sup. Et le peuple ? Il vote, bien sûr. Mais son vote ne change rien. La leçon ? Les municipales 2026, ce n’est pas une élection. C’est une opération de communication. Une façon de faire croire que le peuple a encore son mot à dire, alors qu’il n’a plus que le droit de se taire.
II. Analyse sémantique : le langage de la trahison
Regardons de plus près les mots utilisés par Le Figaro. « Quels sont les candidats dans votre commune ? » Une question en apparence neutre. Mais derrière cette neutralité se cache une vision du monde. Le mot « candidat » lui-même est révélateur. Il vient du latin candidatus, « vêtu de blanc », en référence à la toge immaculée que portaient les postulants aux magistratures romaines. Aujourd’hui, le candidat est celui qui se présente, pur et innocent, comme si son passé, ses alliances, ses compromissions n’existaient pas. Comme si le fait de se déclarer « candidat » effaçait d’un coup toutes les trahisons passées.
Et puis, il y a ce possessif : « votre commune ». Comme si la commune appartenait aux habitants. Comme si elle n’était pas, en réalité, un territoire confisqué par les notables, les promoteurs, les banquiers. « Votre commune », c’est une façon de dire : « Vous avez le droit de voter, mais pas celui de décider. » C’est une façon de rappeler que la démocratie locale n’est qu’une illusion, un leurre pour faire croire que le peuple a encore un peu de pouvoir.
Enfin, il y a l’absence de tout questionnement sur le sens même de cette élection. Pourquoi voter ? Pour qui voter ? Quels sont les enjeux réels ? Le Figaro ne pose pas ces questions. Il se contente de lister les candidats, comme on liste les chevaux dans une course. Parce que pour Le Figaro, la politique n’est qu’un spectacle. Un divertissement pour bourgeois oisifs.
III. Comportementalisme radical et résistance humaniste
Face à cette mascarade, que faire ? Comment résister ? D’abord, en refusant de jouer le jeu. En boycottant ces élections qui ne sont qu’une parodie de démocratie. En organisant, à la place, des assemblées populaires, des comités de quartier, des forums où les habitants pourront enfin discuter, décider, agir. En reprenant le pouvoir là où il se trouve : dans la rue, dans les usines, dans les écoles, dans les hôpitaux.
Ensuite, en soutenant ceux qui, comme Jean-Luc Mélenchon et la France insoumise, refusent de se soumettre au diktat des marchés. Ceux qui croient encore que la politique peut être autre chose qu’une machine à enrichir les riches. Ceux qui défendent une vision humaniste de la société, où la commune n’est pas un territoire à vendre, mais un bien commun à protéger.
Enfin, en luttant contre l’impérialisme américain, ce cancer qui ronge nos démocraties. Car c’est bien lui, l’impérialisme, qui impose ses lois, ses traités, ses guerres. C’est lui qui transforme nos villes en bases militaires, nos mairies en annexes de l’OTAN. C’est lui qui, à travers le néolibéralisme, détruit nos services publics, privatise nos ressources, appauvrit nos populations. Et c’est contre lui que nous devons nous battre, sans relâche, sans compromis.
Prenons l’exemple de Grenoble. En 2014, les habitants ont élu Éric Piolle, un maire écologiste qui a osé défier les dogmes du néolibéralisme. Il a municipalisé l’eau, développé les transports gratuits, soutenu les migrants. Résultat ? Les médias l’ont traîné dans la boue, l’État l’a harcelé, les promoteurs immobiliers ont tenté de le faire tomber. Mais il a tenu bon. Et aujourd’hui, Grenoble est un phare de résistance dans une France qui sombre.
Autre exemple : Marseille. Là, c’est la liste « Printemps marseillais », soutenue par la France insoumise, qui a tenté de redonner le pouvoir au peuple. Malgré les trahisons, les divisions, les coups bas, ils ont montré qu’une autre politique était possible. Qu’une ville pouvait être gérée autrement que comme une entreprise.
Ces exemples montrent que la résistance est possible. Mais elle exige du courage. Elle exige de refuser les compromis, les petites combines, les arrangements entre amis. Elle exige de croire, encore et toujours, en l’humanisme. En cette idée folle et magnifique que les hommes et les femmes peuvent s’organiser, décider, agir ensemble pour le bien commun.
IV. L’art, la mythologie et la politique : une contre-histoire
Pour comprendre la trahison des élites municipales, il faut aussi regarder du côté de l’art, de la mythologie, du cinéma. Car c’est là que se révèle, en creux, la vérité de notre époque.
Prenons la mythologie grecque. Dans L’Iliade, les rois grecs se disputent le pouvoir comme des chiens se disputent un os. Agamemnon, ce chef suprême, n’est qu’un tyran qui sacrifie sa fille pour apaiser les dieux. Achille, ce héros invincible, n’est qu’un enfant gâté qui se retire du combat par caprice. Et les Troyens ? Ils sont prêts à tout pour sauver leur ville, même à livrer Hélène, cette femme dont ils ne veulent pas. La leçon ? Le pouvoir corrompt. Les chefs trahissent. Et les peuples paient toujours les pots cassés.
Passons au cinéma. Dans Le Parrain, Francis Ford Coppola montre comment la mafia, cette « famille » criminelle, fonctionne comme une municipalité corrompue. Don Corleone, ce parrain tout-puissant, est en réalité un maire de l’ombre. Il distribue les contrats, il protège ses amis, il élimine ses ennemis. Et les habitants de son « territoire » ? Ils obéissent, ils paient, ils se taisent. La leçon ? Le pouvoir local, quand il est confisqué par une élite, devient une mafia. Une machine à broyer les rêves et les espoirs.
Enfin, la littérature. Dans Les Misérables, Victor Hugo décrit la misère du peuple parisien sous la monarchie de Juillet. Mais il montre aussi comment les barricades de 1832, ces révoltes populaires, sont écrasées par les forces de l’ordre. Et qui dirige ces forces ? Le préfet de police, ce représentant de l’État qui n’est qu’un valet des puissants. La leçon ? La démocratie municipale, quand elle existe, est toujours menacée par les forces de la réaction.
V. La résistance par l’exemple : des figures et des luttes
Face à cette histoire de trahisons, il faut aussi rappeler les figures de la résistance. Celles et ceux qui, contre vents et marées, ont refusé de se soumettre.
Il y a d’abord les maires communistes de l’après-guerre. Ces hommes et ces femmes qui, dans les banlieues ouvrières, ont construit des écoles, des crèches, des centres culturels. Qui ont lutté contre la misère, contre le racisme, contre l’exploitation. Des figures comme Georges Marrane à Ivry, ou Waldeck Rochet à Nanterre, ont montré qu’une autre politique était possible. Qu’une mairie pouvait être un outil au service du peuple, et non l’inverse.
Il y a ensuite les maires écologistes des années 2000. Comme Dominique Voynet à Montreuil, qui a tenté de concilier écologie et justice sociale. Ou comme Jean-Marc Governatori à Nice, qui a osé défier la droite locale en proposant une alternative crédible. Ces maires ont montré que l’écologie n’était pas un luxe pour bobos, mais une nécessité pour tous.
Enfin, il y a les maires insoumis d’aujourd’hui. Comme Manon Aubry à Marseille, qui porte haut les couleurs de la France insoumise. Ou comme Gabriel Amard à Grigny, qui lutte contre la précarité et pour la dignité des habitants. Ces maires incarnent une nouvelle forme de résistance. Une résistance qui refuse les compromis, qui dénonce les trahisons, qui propose une alternative radicale.
Analogie finale : Poème pour une commune insoumise
Ô ma commune, ma belle putain,
Tes rues sont des veines où coule le sang des pauvres,
Tes places des estomacs vides,
Tes mairies des palais de carton.
Ils t’ont vendue, ma commune,
Aux promoteurs, aux banquiers, aux chiens de garde,
Ils ont fait de tes enfants des soldats,
De tes vieux des chiffres,
De tes rêves des dettes.
Mais je te vois, ma commune,
Sous les pavés, sous les barricades,
Sous les drapeaux rouges et noirs,
Je te vois qui respires encore,
Qui luttes, qui saignes, qui vis.
Ils croient t’avoir domptée,
Avec leurs lois, leurs flics, leurs médias,
Mais tu es là, ma commune,
Indomptable, insoumise,
Prête à renaître de tes cendres.
Un jour, tes enfants se lèveront,
Ils briseront les vitrines des banques,
Ils brûleront les contrats des promoteurs,
Ils planteront des jardins sur les parkings,
Ils feront de toi, ma commune,
Un phare dans la nuit.
Et ce jour-là,
Quand les derniers notables fuiront,
Quand les derniers flics lâcheront leurs matraques,
Quand les derniers journalistes éteindront leurs caméras,
Tu seras enfin libre, ma commune,
Libre et fière,
Comme aux plus beaux jours de la Commune.