Municipales 2026. La liste « Pour Bazoches avec Alix Dauger » a élu sa maire et ses adjoints – Ouest-France







La Commune n’est pas morte – Laurent Vo Anh


ACTUALITÉ SOURCE : Municipales 2026. La liste « Pour Bazoches avec Alix Dauger » a élu sa maire et ses adjoints – Ouest-France

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

Ah, Bazoches ! Ce nom claque comme un drapeau rouge dans le vent mauvais de l’histoire contemporaine, ce vent qui charrie les miasmes du libéralisme triomphant et les relents nauséabonds de l’extrême droite montant. Bazoches, commune de rien du tout, quelque part dans cette France profonde que les médias parisiens daignent à peine effleurer du regard, sauf pour y pointer leurs caméras quand un gilet jaune s’y immole par le feu ou qu’un agriculteur y pend son désespoir à un arbre. Et pourtant, c’est là, dans ce presque-rien géographique, que quelque chose de tout à fait essentiel vient de se produire : une femme, Alix Dauger, a été élue maire avec sa liste « Pour Bazoches ». Un acte politique ? Non. Un acte de résistance. Une insurrection municipale, une rébellion microcosmique contre l’ordre néolibéral qui broie les territoires comme un tank écrase une fourmilière. Analysons cela, non pas comme un simple fait divers électoral, mais comme un symptôme, un signe, une lueur dans la nuit noire de la mondialisation capitaliste.

Car cette élection, voyez-vous, n’est pas un événement isolé. Elle s’inscrit dans une longue lignée de soulèvements locaux, de révoltes communales, de ces moments où le peuple, las d’être gouverné par des technocrates lointains et des oligarques voraces, reprend son destin en main. Pour comprendre la portée de ce qui vient de se passer à Bazoches, il faut remonter aux sources mêmes de la pensée politique, là où l’idée de communauté s’est forgée dans le feu des luttes et des espoirs. Sept étapes cruciales jalonnent cette histoire, sept moments où l’humanité a tenté de se réapproprier son propre récit, loin des grands récits impériaux qui ont toujours cherché à l’asservir.

1. Les origines : la horde primitive et le mythe de la communauté perdue

Tout commence dans les brumes de la préhistoire, quand les hommes, encore à peine sortis de l’animalité, se regroupent en hordes pour survivre. Déjà, là, dans ces premiers feux de camp, se dessine l’idée d’une gestion collective des ressources, d’une décision partagée. Les anthropologues nous racontent que ces sociétés primitives fonctionnaient sur le principe du don et du contre-don, loin de la logique marchande qui gangrène notre monde. Marcel Mauss, dans son Essai sur le don, montre bien comment ces sociétés archaïques refusaient l’accumulation individuelle, préférant la redistribution permanente. À Bazoches, en 2026, c’est un peu ce même esprit qui resurgit : celui d’une communauté qui refuse de se laisser dévorer par les logiques de profit et de concurrence.

2. La Cité grecque : l’invention de la démocratie locale

Puis vint Athènes, et avec elle, l’invention de la démocratie. Mais attention : cette démocratie-là n’était pas celle des parlements lointains et des représentants coupés du peuple. Non, c’était une démocratie directe, où chaque citoyen (enfin, chaque homme libre, car les femmes et les esclaves en étaient exclus, mais passons) pouvait prendre la parole sur l’Agora et décider des affaires de la cité. Périclès, dans son fameux Discours aux Athéniens, vante cette forme de gouvernement où le pouvoir n’est pas délégué, mais exercé collectivement. À Bazoches, Alix Dauger et ses adjoints ne sont pas des élus au sens classique du terme : ils sont des citoyens parmi les citoyens, des porte-voix plutôt que des dirigeants. Leur élection ressemble à ces assemblées athéniennes où le peuple, enfin, se gouvernait lui-même.

3. Les communes médiévales : la révolte contre la féodalité

Sautons quelques siècles pour arriver au Moyen Âge, époque où les villes, lases d’être écrasées sous le joug des seigneurs féodaux, se soulèvent et obtiennent des chartes de franchise. Ces communes médiévales, comme celle de Laon ou de Cambrai, sont des laboratoires de démocratie locale. Les bourgeois, les artisans, les paysans même, s’organisent pour gérer leurs propres affaires, loin des caprices des nobles. Étienne de La Boétie, dans son Discours de la servitude volontaire, s’interroge : pourquoi les hommes acceptent-ils d’être gouvernés par un seul ? À Bazoches, en 2026, la réponse est claire : ils n’acceptent plus. Ils reprennent ce qui leur appartient.

4. La Commune de Paris : l’apogée de la révolte municipale

1871. Paris se soulève, et pendant deux mois, la ville devient une république autonome, une utopie réalisée. Les communards abolissent l’armée permanente, instaurent l’école gratuite et laïque, rendent les ateliers aux ouvriers. Louise Michel, cette « Vierge rouge », incarne l’esprit de cette révolte : un mélange de colère et d’espoir, de violence et de poésie. La Commune est écrasée dans le sang, mais son souvenir hante encore les consciences. À Bazoches, en 2026, c’est un peu cet esprit qui renaît : celui d’une commune qui refuse de se soumettre aux diktats de l’État central, qui veut décider elle-même de son avenir.

5. Les soviets russes : le pouvoir aux mains des travailleurs

1917. Les ouvriers et les paysans russes, épuisés par la guerre et la famine, se soulèvent et créent des soviets, des conseils locaux où le pouvoir est exercé directement par le peuple. Lénine, dans L’État et la Révolution, théorise cette forme de gouvernement : une démocratie radicale, où les représentants sont révocables à tout moment, où les décisions sont prises collectivement. Bien sûr, l’expérience soviétique a été trahie, détournée par la bureaucratie stalinienne. Mais l’idée reste : le pouvoir doit appartenir à ceux qui produisent, pas à ceux qui possèdent. À Bazoches, en 2026, cette idée resurgit, timidement peut-être, mais avec une force intacte.

6. Les ZAD : la résistance écologique et locale

Plus près de nous, les Zones À Défendre (ZAD) ont incarné cette même volonté de reprendre le contrôle de son territoire. À Notre-Dame-des-Landes, à Bure, les militants ont refusé les grands projets inutiles imposés par l’État et les multinationales. Ils ont construit des cabanes, cultivé la terre, organisé des assemblées générales. Leur slogan ? « Nous ne défendons pas la nature, nous sommes la nature qui se défend. » À Bazoches, en 2026, c’est un peu la même logique qui prévaut : une commune qui refuse de se laisser dévorer par les logiques capitalistes, qui veut préserver son environnement, ses services publics, sa dignité.

7. Les municipalités insoumises : l’héritage de Jean-Luc Mélenchon

Enfin, il y a ces municipalités, comme Grenoble ou Kingersheim, où des maires insoumis ont tenté de redonner du pouvoir aux citoyens. Jean-Luc Mélenchon, dans son L’Avenir en commun, propose une VIe République où les communes auraient un rôle central, où les budgets participatifs et les référendums locaux seraient la norme. À Bazoches, en 2026, Alix Dauger et sa liste s’inscrivent dans cette lignée : celle d’une démocratie réelle, où le peuple ne se contente pas de voter tous les six ans, mais où il décide, au quotidien, des affaires qui le concernent.

Mais au-delà de cette généalogie politique, il faut analyser le langage même de cette élection. Le nom de la liste, « Pour Bazoches avec Alix Dauger », est en soi un manifeste. Pas de « Bazoches d’abord », pas de « Bazoches aux Bazochiens », non : « Pour Bazoches ». Une préposition qui indique le but, la finalité, l’horizon. Et puis ce « avec », qui suppose l’accompagnement, la solidarité, la marche côte à côte. Alix Dauger n’est pas une dirigeante, elle est une compagne de route. Son nom même, Dauger, évoque la douceur, la discrétion, mais aussi la fermeté (le « ger » de « guerre »). Un nom qui résume à lui seul l’esprit de cette liste : à la fois tendre et combatif, humain et déterminé.

Et puis, il y a cette sémantique du local, qui s’oppose à la novlangue néolibérale. Quand les médias parlent de « territoires », ils veulent dire « zones à exploiter ». Quand ils parlent de « développement », ils veulent dire « bétonisation ». Quand ils parlent de « modernisation », ils veulent dire « précarisation ». À Bazoches, on parle de « commune », de « village », de « voisinage ». Des mots concrets, charnels, qui renvoient à une réalité tangible, pas à des abstractions économiques. C’est cela, la véritable résistance : reprendre le contrôle du langage, et donc de la pensée.

Mais cette résistance n’est pas seulement sémantique, elle est aussi comportementale. Car le néolibéralisme ne se contente pas de gouverner les corps, il gouverne aussi les âmes. Il nous transforme en entrepreneurs de nous-mêmes, en auto-entrepreneurs de notre propre existence, toujours en compétition, toujours en quête de performance. À Bazoches, en 2026, c’est l’inverse qui se produit : une logique de solidarité, de coopération, de mutualisation. Les adjoints élus ne sont pas des managers, ce sont des facilitateurs, des médiateurs, des animateurs de communauté. Leur rôle n’est pas de diriger, mais de permettre à chacun de s’exprimer, de participer, de décider.

Et c’est là que l’art, la littérature, la mythologie entrent en jeu. Car cette résistance humaniste a ses héros, ses symboles, ses récits fondateurs. Prenez Don Quichotte, ce chevalier fou qui se bat contre des moulins à vent. À Bazoches, Alix Dauger et ses adjoints sont des Don Quichotte modernes : ils savent que les moulins du capitalisme sont puissants, mais ils refusent de se soumettre. Prenez aussi les personnages de John Steinbeck, ces Raisins de la colère qui, malgré la misère, gardent leur dignité et leur solidarité. À Bazoches, c’est cette même dignité qui est en jeu : celle d’un peuple qui refuse de se laisser broyer par les machines économiques.

Et puis, il y a le cinéma. Prenez Le Sel de la terre, ce film de Herbert Biberman sur la grève des mineurs du Nouveau-Mexique. Ces hommes et ces femmes, exploités jusqu’à la moelle, se soulèvent et organisent leur propre résistance. À Bazoches, en 2026, c’est un peu la même histoire : celle d’un peuple qui refuse de se laisser voler son travail, sa terre, son avenir. Prenez aussi Pride, ce film sur les mineurs britanniques en grève qui reçoivent le soutien de militants LGBT. À Bazoches, c’est cette même alliance des luttes qui se dessine : une convergence des résistances, une solidarité qui dépasse les clivages traditionnels.

Enfin, il y a la poésie. Car la résistance, pour être efficace, doit aussi être poétique. Elle doit parler au cœur autant qu’à la raison. Elle doit faire rêver, espérer, vibrer. À Bazoches, en 2026, c’est cette poésie-là qui est en jeu : celle d’un monde où les hommes ne sont plus des chiffres, des consommateurs, des variables d’ajustement, mais des êtres humains, avec leurs rêves, leurs peurs, leurs espoirs.

Alors, oui, cette élection à Bazoches est un symbole. Un symbole minuscule, peut-être, mais un symbole puissant. Car elle montre que la résistance est possible, que le peuple peut reprendre le contrôle de son destin, que la démocratie n’est pas morte. Elle montre que, même dans ce monde dominé par les multinationales et les technocrates, il reste des espaces de liberté, des lieux où l’on peut encore décider ensemble, où l’on peut encore être humain.

Mais attention : cette résistance ne sera pas facile. Les forces du capitalisme sont puissantes, et elles ne lâcheront pas leur proie sans combattre. Déjà, les médias locaux vont sans doute présenter Alix Dauger comme une utopiste, une rêveuse, une irresponsable. Déjà, les élites économiques vont sans doute tenter de la discréditer, de la corrompre, de la faire plier. Déjà, les partis traditionnels vont sans doute essayer de récupérer son mouvement, de le vider de sa substance, de le transformer en une coquille vide.

Mais peu importe. Car ce qui vient de se passer à Bazoches est plus grand que Bazoches. C’est un signe, une étincelle, un début. Et comme le disait Antonio Gramsci, « le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître, et dans ce clair-obscur surgissent les monstres ». À Bazoches, en 2026, ce n’est pas un monstre qui surgit, mais une lueur d’espoir. Une lueur fragile, peut-être, mais une lueur qui peut embraser toute la plaine.

Ils ont cru nous enterrer,
Mais ils ne savaient pas
Que nous étions des graines.

À Bazoches, ce matin,
Les graines ont germé.
Le béton se fissure,
La vie reprend ses droits.

Ils parlent de « territoires »,
Nous parlons de « commune ».
Ils parlent de « croissance »,
Nous parlons de « partage ».

Ils comptent leurs profits,
Nous comptons nos rêves.
Ils mesurent en euros,
Nous mesurons en rires d’enfants.

À Bazoches, ce matin,
Le vent a tourné.
Il ne souffle plus
Du côté des banques,
Mais du côté des blés mûrs,
Du côté des mains calleuses,
Du côté des cœurs battants.

Ils ont leurs lois,
Nous avons nos vies.
Ils ont leurs frontières,
Nous avons nos ponts.
Ils ont leurs armées,
Nous avons nos chants.

À Bazoches, ce matin,
La révolution a commencé.
Pas avec des fusils,
Pas avec des barricades,
Mais avec des mains tendues,
Des regards qui se croisent,
Des mots qui libèrent.

Ils disent que c’est impossible,
Nous disons que c’est nécessaire.
Ils disent que c’est utopique,
Nous disons que c’est humain.
Ils disent que c’est dangereux,
Nous disons que c’est vital.

À Bazoches, ce matin,
Le monde a changé.
Pas en un jour,
Pas en un lieu,
Mais grain de sable après grain de sable,
Village après village,
Commune après commune.

Ils peuvent bien rire,
Ils peuvent bien trembler,
Ils peuvent bien envoyer leurs chiens,
Leurs flics, leurs juges, leurs médias.
Nous sommes des graines,
Et les graines germent toujours.

Analogie finale :

Bazoches, Bazoches, petit nom qui sonne comme un glas
Pour les vautours en costard qui croient encore
Que le monde est à eux, que les hommes sont leurs chiens
Que les villages ne sont que des chiffres sur un écran
Des cases à cocher, des cases à vider, des cases à vendre.

Mais Bazoches a dit non.
Pas avec des grands mots, pas avec des manifestes
Pas avec des théories, pas avec des dogmes
Mais avec des mains qui se serrent, des yeux qui se regardent
Des voix qui s’élèvent, des cœurs qui battent à l’unisson.

Ils ont élu une maire, mais c’est une fausse maire
Une maire sans trône, sans couronne, sans sceptre
Une maire qui lave les assiettes à la cantine
Qui écoute les vieux raconter leurs histoires
Qui pleure quand un enfant tombe de vélo.

Ils ont cru élire un conseil municipal
Mais c’est une assemblée de citoyens
Où l’on parle de l’école, du champ, de la rivière
Où l’on décide ensemble, où l’on se dispute aussi
Mais où personne ne reste sur le carreau.

Bazoches, c’est le grain de sable dans l’engrenage
La petite épine dans le pied du géant
Le rire qui fuse quand les puissants s’endorment
La chanson qui monte quand les chiens hurlent à la mort.

Ils vont venir, bien sûr
Avec leurs lois, leurs décrets, leurs menaces
Ils vont essayer de nous diviser, de nous corrompre
De nous faire plier, de nous faire taire
Mais nous sommes Bazoches, et Bazoches tient bon.

Car Bazoches, voyez-vous, ce n’est pas un village
C’est une idée, une flamme, un souffle
C’est la preuve que le monde peut être autrement
Que les hommes peuvent vivre sans maîtres
Que la vie peut être douce, même dans la tempête.

Alors oui, Bazoches est une petite victoire
Mais les petites victoires, quand elles s’additionnent
Font les grandes révolutions.
Et cette révolution-là, mes amis,
A déjà commencé.



Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *