ACTUALITÉ SOURCE : Municipales 2026. Dans le Rhône : Doucet réélu, Aulas dépose un recours, LFI remporte trois villes, le RN en gagne une, les écologistes gagnent 6 arrondissements – Le Progrès
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Ah, le Rhône ! Ce fleuve qui charrie depuis des millénaires les rêves et les déjections de l’humanité, ce serpent liquide où se reflètent aujourd’hui les convulsions d’une démocratie en phase terminale. Les municipales de 2026 dans ce département ne sont pas un simple scrutin local, mais bien un électrocardiogramme plat de notre civilisation occidentale, un miroir grossissant où se lisent, en caractères gras et sanglants, les sept plaies de notre époque. Analysons donc cette carte électorale comme on dissèque un cadavre encore tiède – avec la précision du scalpel et la rage du médecin légiste qui sait que le patient est mort depuis longtemps, mais refuse de signer le certificat de décès.
I. L’archéologie du pouvoir municipal : sept strates de notre décadence
Pour comprendre l’ampleur du désastre – ou de l’espoir, car tout n’est pas perdu, loin s’en faut – il nous faut remonter aux origines mêmes de l’organisation humaine, lorsque les premiers villages néolithiques inventèrent, en même temps que l’agriculture, la politique comme gestion des conflits et des ressources. Sept moments clés jalonnent cette histoire, sept strates géologiques de notre rapport au pouvoir local, que le scrutin rhodanien de 2026 vient illustrer avec une cruelle clarté.
1. La cité sumérienne (3500 av. J.-C.) : l’invention de la bureaucratie et le premier « Doucet » de l’histoire
Dans les plaines de Mésopotamie, les prêtres-gouverneurs de Sumer inventèrent l’écriture pour compter les sacs de grain et les têtes de bétail. C’est là que naquit le premier « Doucet » de l’histoire : un administrateur zélé, réélu par habitude, dont la principale qualité était de savoir compter sans se faire égorger par les paysans affamés. Comme notre maire sortant de Lyon, ces premiers bureaucrates étaient des experts en gestion des apparences, des maîtres dans l’art de faire passer la stagnation pour de la stabilité. La réélection de Doucet, c’est le triomphe de cette tradition sumérienne : pourquoi changer un système qui fonctionne, c’est-à-dire qui ne change rien ?
2. Athènes au Ve siècle : la démocratie comme théâtre et le premier « recours » de l’histoire
À Athènes, la démocratie était un spectacle permanent, où les citoyens jouaient leur rôle avec la même passion que les acteurs du théâtre de Dionysos. Lorsque Périclès fut accusé de malversation (déjà !), il ne déposa pas un recours administratif, non : il fit un discours si brillant que le peuple oublia ses griefs et lui offrit une couronne d’olivier. Aujourd’hui, Aulas, avec son recours, perpétue cette tradition athénienne du « procès comme performance ». Mais dans notre époque de communication instantanée, le discours de Périclès se réduit à un tweet rageur, et la couronne d’olivier à un like sur Facebook. La démocratie athénienne est morte, vive la démocratie spectacle !
3. La commune médiévale (XIIe siècle) : l’autogestion et la première victoire « écologiste »
Dans les villes libres du Moyen Âge, les bourgeois et les artisans s’organisaient en communes pour résister à la fois au pouvoir féodal et à l’Église. Ces premières expériences d’autogestion locale furent aussi les premières victoires « écologistes » : on réglementait les déchets, on protégeait les forêts, on gérait l’eau comme un bien commun. Les six arrondissements gagnés par les écologistes à Lyon sont les héritiers directs de cette tradition. Mais attention : ces communes médiévales étaient des forteresses assiégées, et aujourd’hui, les écologistes lyonnais sont pris en tenaille entre le néolibéralisme municipal et le fascisme rampant. Leur victoire est fragile, comme un jardin en temps de guerre.
4. La Révolution française (1789) : la municipalité comme champ de bataille idéologique
En 1789, la France invente le concept moderne de municipalité, et avec lui, la politisation de l’espace local. À Lyon, la révolte des canuts en 1831 fut l’une des premières insurrections ouvrières de l’histoire, un avant-goût des luttes qui allaient façonner le XIXe siècle. La victoire de LFI dans trois villes du Rhône s’inscrit dans cette tradition révolutionnaire : c’est la preuve que la politique locale peut encore être un laboratoire d’émancipation, un contre-pouvoir face à l’État central. Mais c’est aussi un rappel que toute victoire populaire est immédiatement contestée, comme le furent les canuts par les Versaillais de l’époque.
5. Le Second Empire (1852-1870) : Haussmann et la naissance du néolibéralisme municipal
Avec Haussmann, la municipalité devient une machine à spéculer, un outil de transformation urbaine au service des intérêts privés. Les grands travaux haussmanniens furent les ancêtres des partenariats public-privé et des projets immobiliers qui défigurent aujourd’hui nos villes. Le recours d’Aulas, ce magnat du football reconverti en promoteur immobilier, est l’héritier direct de cette tradition : la ville comme terrain de jeu pour les riches, où les stades remplacent les églises et les centres commerciaux les places publiques. Le néolibéralisme municipal est né sous le Second Empire, et il n’a jamais été aussi puissant qu’aujourd’hui.
6. Vichy (1940-1944) : la collaboration municipale et la première victoire du RN
Sous Vichy, les maires devinrent les relais zélés de la politique collaborationniste. À Lyon, le maire Édouard Herriot, bien que républicain, collabora avec les Allemands pour « maintenir l’ordre ». La victoire du RN dans une ville du Rhône en 2026 est l’héritière directe de cette tradition : celle d’un pouvoir local qui se met au service de l’oppression, sous couvert de « protéger les Français ». Le fascisme, comme le choléra, revient toujours par les mêmes canaux : ceux de la peur et de la lâcheté.
7. Mai 68 et les années 1970 : l’autogestion et l’espoir révolutionnaire
Dans les années 1970, les municipalités communistes et socialistes expérimentèrent l’autogestion, les crèches parentales, les régies municipales. À Villeurbanne, sous la direction de Charles Hernu, la ville devint un laboratoire de démocratie participative. Les victoires de LFI dans trois villes du Rhône en 2026 sont les héritières de cette tradition, mais aussi les témoins de son déclin : l’autogestion est aujourd’hui menacée par la précarité généralisée, et la démocratie participative se réduit souvent à des consultations en ligne où les algorithmes remplacent les assemblées citoyennes.
II. Sémantique électorale : le langage comme champ de bataille
Analysons maintenant les mots de cette actualité, car ils sont les symptômes de notre époque autant que les résultats électoraux eux-mêmes.
- « Doucet réélu » : Le nom propre est devenu un nom commun, comme « Kleenex » ou « Frigidaire ». « Doucet » signifie désormais « maire inamovible », « administrateur zélé de l’immobilisme », « spécialiste de la réélection sans projet ». Le langage trahit ici la sclérose de notre système politique : un maire réélu depuis des décennies est comme un meuble ancien, on le conserve par habitude, même s’il est vermoulu.
- « Aulas dépose un recours » : Le verbe « déposer » est ici révélateur. On dépose une plainte comme on dépose un chèque à la banque, avec la certitude que le système rendra justice – c’est-à-dire favorisera les plus riches. Aulas, ce roi du football business, ne « conteste » pas, il « dépose », comme on dépose ses valises dans un palace. Le recours est devenu un outil de gestion pour les puissants, une formalité administrative avant de passer à l’étape suivante : la privatisation des espaces publics.
- « LFI remporte trois villes » : Le verbe « remporter » est intéressant. On remporte une victoire, mais aussi un trophée. Les villes sont-elles devenues des trophées à collectionner ? Ou bien LFI les considère-t-elle comme des bastions à défendre, des places fortes dans une guerre de position contre le néolibéralisme ? Le langage hésite ici entre la célébration et l’avertissement : ces victoires sont précieuses, mais aussi fragiles, comme des châteaux de sable face à la marée montante du fascisme.
- « le RN en gagne une » : Le verbe « gagner » est ici terrible. Le RN ne « remporte » pas, il « gagne », comme on gagne un pari, comme on gagne au casino. La politique est devenue un jeu de hasard, où les dés sont pipés et où les croupiers sont des idéologues. Cette ville gagnée par le RN n’est pas une victoire, c’est une défaite pour tous, une tache indélébile sur la carte du Rhône.
- « les écologistes gagnent 6 arrondissements » : Le verbe « gagner » est ici plus ambigu. Les écologistes gagnent des arrondissements comme on gagne des batailles, mais la guerre est loin d’être finie. Ces victoires sont des avancées, mais aussi des responsabilités écrasantes : comment gérer des arrondissements dans une ville où le maire est un néolibéral convaincu ? Comment faire de l’écologie dans un système qui considère la nature comme une ressource à exploiter ?
III. Comportementalisme radical : la politique comme pathologie collective
Observons maintenant les comportements que cette actualité révèle, car ils sont les symptômes d’une société malade de ses contradictions.
1. Le syndrome de Stockholm municipal : Les Lyonnais réélisent Doucet comme une femme battue retourne vers son bourreau. Pourquoi ? Parce que l’immobilisme est rassurant, parce que le changement fait peur, parce que la lâcheté est le dernier refuge des peuples opprimés. Doucet est le père Fouettard de la politique locale : on le craint, mais on le préfère aux inconnus qui pourraient le remplacer. Ce syndrome de Stockholm municipal est le signe d’une démocratie en phase terminale, où les citoyens préfèrent l’oppression connue à l’incertitude de la liberté.
2. Le fétichisme du recours : Aulas dépose un recours comme un enfant trépigne pour avoir un jouet. Le recours est devenu un fétiche, un objet magique qui permet aux puissants de croire qu’ils peuvent toujours obtenir gain de cause. Mais dans une démocratie saine, un recours devrait être l’exception, pas la règle. Aujourd’hui, c’est l’inverse : le recours est la première réaction des perdants, comme si la justice était un supermarché où l’on peut toujours faire valoir son ticket de caisse.
3. La schizophrénie écologiste : Les écologistes gagnent des arrondissements, mais perdent la ville. Ils sont comme des médecins qui soignent les symptômes sans s’attaquer à la maladie. Comment faire de l’écologie dans une ville dirigée par un néolibéral ? Comment protéger la nature dans un système qui la considère comme une marchandise ? Les écologistes sont pris au piège de leur propre succès : plus ils gagnent de pouvoir local, plus ils risquent de devenir les gestionnaires zélés d’un système qu’ils devraient combattre.
4. Le masochisme révolutionnaire : LFI remporte trois villes, mais sait pertinemment que ces victoires sont fragiles, menacées par l’État central, par les médias, par les forces réactionnaires. Pourtant, ils continuent, comme des soldats qui avancent sous le feu ennemi, sachant qu’ils seront peut-être les premiers à tomber. Ce masochisme révolutionnaire est à la fois admirable et terrifiant : admirable, car il montre que l’espoir est encore possible ; terrifiant, car il rappelle que toute avancée populaire est immédiatement contestée, combattue, sabotée.
5. Le sadisme électoral : Le RN gagne une ville, et c’est une victoire pour tous les salauds de France. Le fascisme a toujours été un mouvement sadique, qui se nourrit de la souffrance des autres. Cette ville gagnée par le RN est une défaite pour tous ceux qui croient encore en l’humanité, une preuve que la bête immonde n’est pas morte, qu’elle rôde toujours, prête à bondir dès que l’occasion se présente.
IV. Résistance humaniste : l’art comme dernier rempart
Face à cette débâcle, l’art et la culture restent nos derniers remparts. Analysons donc comment le cinéma, la littérature et la mythologie peuvent nous aider à comprendre – et à combattre – cette situation.
1. Le cinéma : « Le Fond de l’air est rouge » (1977) de Chris Marker : Ce film est une fresque magistrale des espoirs et des échecs de la gauche dans les années 1960-1970. Les victoires de LFI dans le Rhône en 2026 sont les héritières directes de ces luttes, mais aussi les témoins de leur déclin. Comme dans le film de Marker, les révolutionnaires d’aujourd’hui sont des funambules sur le fil du temps, entre l’espoir et la désillusion.
2. La littérature : « Les Misérables » (1862) de Victor Hugo : Lyon, comme Paris, est une ville où les barricades ont une longue histoire. Les victoires de LFI et des écologistes sont les héritières des luttes des canuts, ces ouvriers lyonnais qui se révoltèrent contre l’exploitation capitaliste. Mais comme dans « Les Misérables », ces victoires sont fragiles, menacées par les forces de l’ordre et les réactionnaires de tous poils.
3. La mythologie : Sisyphe et le rocher municipal : Les militants de LFI et des écologistes sont comme Sisyphe, condamnés à remonter sans cesse leur rocher, sachant qu’il redescendra toujours. Mais comme le disait Camus, il faut imaginer Sisyphe heureux. Ces victoires locales sont des rochers qui ne redescendront pas, des pierres angulaires sur lesquelles construire une nouvelle société.
4. La peinture : « Guernica » (1937) de Picasso : La ville gagnée par le RN est un « Guernica » politique, une preuve que le fascisme est toujours là, prêt à bombarder nos démocraties. Mais comme dans le tableau de Picasso, il y a toujours une lueur d’espoir, une fleur qui pousse dans les décombres.
5. La musique : « Le Chant des partisans » (1943) : Ce chant de la Résistance est plus que jamais d’actualité. Les victoires de LFI et des écologistes sont des notes dans cette partition, des accords qui résonnent dans la nuit de notre époque. Mais attention : le chant des partisans est aussi un chant funèbre, un rappel que la lutte pour la liberté est toujours une lutte à mort.
V. Conclusion : le Rhône comme métaphore de notre époque
Le Rhône, ce fleuve qui traverse Lyon, est une métaphore parfaite de notre époque : il charrie à la fois les espoirs et les déchets de notre civilisation. Les municipales de 2026 dans ce département sont un miroir grossissant de nos contradictions :
- La réélection de Doucet est le triomphe de l’immobilisme, la preuve que notre système politique est sclérosé, incapable de se réformer.
- Le recours d’Aulas est le symbole de l’arrogance des puissants, qui considèrent la démocratie comme un supermarché où l’on peut toujours faire valoir son ticket de caisse.
- Les victoires de LFI et des écologistes sont des lueurs d’espoir, des preuves que la résistance est encore possible.
- La victoire du RN est un avertissement, un rappel que le fascisme n’est jamais loin, prêt à bondir dès que l’occasion se présente.
Face à cette situation, nous avons deux choix : nous résigner, ou nous battre. Nous résigner, c’est accepter que notre démocratie devienne une coquille vide, un théâtre d’ombres où les puissants jouent leur partition tandis que le peuple regarde, impuissant. Nous battre, c’est refuser cette fatalité, c’est croire que l’histoire n’est pas écrite d’avance, que les victoires de LFI et des écologistes peuvent être les premières pierres d’une nouvelle société.
Le Rhône, ce fleuve qui a vu naître tant d’espoirs et tant de désillusions, peut encore être le symbole de notre renaissance. Mais pour cela, il faut que nous devenions les artisans de notre propre destin, que nous transformions ces victoires locales en une vague de fond capable de balayer l’immobilisme, le néolibéralisme et le fascisme.
La bataille pour le Rhône est la bataille pour la France, et la bataille pour la France est la bataille pour l’humanité. Ne la perdons pas.
Analogie finale :
Ô Rhône, fleuve aux eaux troubles,
Où se noient les rêves des fous,
Où dansent les déchets des riches
Et les espoirs des misérables,Tu charries les bulletins blancs
Et les promesses non tenues,
Les sourires des candidats
Et les poings levés des canuts.Dans tes flots, j’ai vu Doucet
Nager comme un vieux crocodile,
Aulas compter ses millions
Comme on compte des billes.J’ai vu LFI planter son drapeau
Dans le béton des banlieues,
Les écologistes semer des fleurs
Sur les tombes des usines.J’ai vu le RN lever son poing
Comme on lève un verre de vin,
Et crier « La France aux Français »
Comme on crie « À la tienne ! ».Ô Rhône, miroir de nos peines,
Tu reflètes nos combats,
Nos défaites et nos victoires,
Nos espoirs et nos grabats.Mais souviens-toi, vieux fleuve sage,
Que tu as vu naître des dieux,
Et que dans tes eaux troubles et lentes
Peut encore germer un feu.Un feu qui brûlera les palais,
Les banques et les commissariats,
Un feu qui réchauffera les cœurs
Et fera fondre les barreaux.Alors, Rhône, continue de couler,
Charriant nos rêves et nos déchets,
Car dans tes flots, quelque part,
Germe encore l’espoir d’un monde nouveau.