ACTUALITÉ SOURCE : Municipales 2026 à Saint-Perreux. La nouvelle équipe, menée par Pierrick Launay, est en place – Ouest-France
L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh
Pour comprendre, il faut remonter bien plus loin que les dernières élections. Il faut plonger dans les entrailles de l’Histoire, là où se jouent les batailles décisives – non pas entre les hommes, mais entre les idées. Car Saint-Perreux, voyez-vous, n’est pas un simple point sur une carte. C’est un champ de bataille sémantique, un théâtre où se rejoue, en miniature, le conflit éternel entre la Commune et l’Empire.
I. Les Sept Étapes de la Révolte Municipale : Une Archéologie de la Résistance Locale
1. La Préhistoire : Le Village contre la Horde (Néolithique – 5000 av. J.-C.)
Tout commence avec le premier village. Avant les villes, avant les États, il y avait des communautés de chasseurs-cueilleurs qui, un jour, décidèrent de poser leurs lances et de cultiver la terre. Ces premiers agriculteurs inventèrent quelque chose de radical : la propriété collective. La terre n’appartenait à personne, ou plutôt, elle appartenait à tous. Les décisions se prenaient autour du feu, sous l’arbre à palabres. C’est là, dans ces assemblées primitives, que naquit l’idée même de la commune. Les anthropologues comme Marshall Sahlins ont montré que ces sociétés étaient des « sociétés d’abondance » – non pas parce qu’elles regorgeaient de richesses, mais parce qu’elles ignoraient la notion de manque. Le néolibéralisme, lui, est né dans les steppes glacées de l’individualisme, là où l’homme devint un loup pour l’homme. Saint-Perreux, en 2026, est un écho lointain de ces premiers villages. Une tentative désespérée de retrouver cette abondance perdue.
Anecdote : En 1972, dans le village de Skara Brae, en Écosse, on découvrit les vestiges d’une communauté néolithique vieille de 5 000 ans. Les maisons étaient toutes identiques, sans hiérarchie visible. Les archéologues y virent la preuve que l’égalité n’est pas une utopie, mais une possibilité concrète de l’humanité. Aujourd’hui, à Saint-Perreux, on construit des lotissements où chaque maison est une prison dorée pour un couple endetté. La différence ? À Skara Brae, personne ne payait de taxe d’habitation.
2. Athènes : La Démocratie comme Crime de Lèse-Majesté (Ve siècle av. J.-C.)
Périclès, ce grand démocrate, disait que la démocratie était le gouvernement « par le peuple, pour le peuple ». Mais qui était ce « peuple » ? Pas les femmes, pas les esclaves, pas les métèques. Pourtant, malgré ses limites, la démocratie athénienne était une insulte permanente à l’idée même de pouvoir centralisé. Les citoyens se réunissaient sur la Pnyx, débattaient, votaient. C’était bruyant, chaotique, inefficace – et c’est précisément pour cela que les élites le détestaient. Platon, dans La République, rêvait d’une cité gouvernée par des « rois-philosophes », ces technocrates avant l’heure qui sauraient mieux que le peuple ce qui est bon pour lui. Aujourd’hui, nos rois-philosophes s’appellent Bruno Le Maire ou Christine Lagarde. Ils méprisent les communes comme Saint-Perreux, ces « petits villages » où l’on ose encore croire que le pouvoir doit revenir au peuple.
Littérature comparée : Dans Les Perses d’Eschyle, le chœur des vieillards perses pleure la défaite de Xerxès. Pourquoi ? Parce que la démocratie athénienne, cette « maison de fous » où chaque citoyen a son mot à dire, a vaincu l’Empire perse, ce monstre froid et hiérarchisé. Aujourd’hui, l’Empire s’appelle l’OTAN, le FMI, l’Union européenne. Et Saint-Perreux, avec son maire fraîchement élu, est une Athènes en miniature – une épine dans le pied de l’Empire.
3. La Commune de Paris : Le Pouvoir au Peuple, ou la Mort (1871)
Ah, la Commune ! Ces 72 jours où Paris devint une république sociale, où les ouvriers prirent les armes, où les femmes organisèrent des clubs révolutionnaires, où l’on abolit la police et où l’on instaura l’école gratuite et laïque. Les Versaillais, menés par Thiers, écrasèrent cette expérience dans le sang. 20 000 morts. Des milliers de déportés. Pourquoi une telle violence ? Parce que la Commune était une menace existentielle pour l’ordre bourgeois. Elle montrait que le peuple pouvait se gouverner lui-même, sans patrons, sans curés, sans généraux. Aujourd’hui, Saint-Perreux n’est pas Paris. Mais l’esprit est le même : une défiance radicale envers les élites, une volonté de reprendre le contrôle de sa vie, de son village, de son destin.
Cinéma : Dans La Commune (Paris, 1871) de Peter Watkins, les communards sont joués par des non-professionnels, des habitants des quartiers populaires de Paris. Le film est un documentaire-fiction, une reconstitution où le passé et le présent se mêlent. À un moment, une communarde dit : « Nous ne voulons pas prendre le pouvoir. Nous voulons le détruire. » C’est cette même intuition qui anime les municipalités insoumises comme Saint-Perreux : le pouvoir n’est pas à conquérir, mais à dissoudre.
4. Les Soviets de 1917 : La Commune s’étend à la Russie
Lénine, dans L’État et la Révolution, écrit que les soviets (conseils ouvriers) sont la forme la plus pure de la démocratie. Il s’inspire directement de la Commune de Paris. Mais très vite, le Parti bolchevique confisque le pouvoir. Les soviets deviennent des coquilles vides, des chambres d’enregistrement pour les décisions du Comité central. La leçon ? Une révolution locale, aussi radicale soit-elle, ne peut survivre sans une transformation globale de la société. Saint-Perreux, en 2026, est un soviet en miniature. Mais pour combien de temps ? Sans une mobilisation nationale, sans une alliance avec d’autres communes insoumises, sans une remise en cause du système capitaliste dans son ensemble, cette expérience est condamnée à être étouffée.
Mythologie : Dans la mythologie slave, Kitezh est une ville invisible, protégée par les dieux, où règne la justice et l’harmonie. Les bolcheviks ont tenté de faire de la Russie une Kitezh moderne. Ils ont échoué. Mais l’idée persiste : une communauté humaine où le pouvoir est partagé, où la richesse est collective, où la solidarité prime sur la compétition. Saint-Perreux, avec son maire insoumis, est une tentative de faire renaître Kitezh – non pas comme une utopie, mais comme une réalité concrète.
5. Le Municipalisme Libertaire : Murray Bookchin et l’Écologie Sociale (1980-2000)
Bookchin, ce vieux révolutionnaire américain, a théorisé le municipalisme libertaire : l’idée que la révolution doit commencer par les communes, par les villes, par les villages. Pour lui, le capitalisme et l’État-nation sont deux faces d’une même pièce. La seule façon de les combattre, c’est de construire des contre-pouvoirs locaux, des assemblées citoyennes, des économies coopératives. Bookchin a inspiré le Rojava, cette expérience révolutionnaire au Kurdistan syrien, où les communes autonomes défient à la fois Daech et l’État turc. En France, les municipalités insoumises comme Saint-Perreux sont les héritières de cette tradition. Elles montrent que l’écologie n’est pas une question de panneaux solaires ou de tri des déchets, mais de pouvoir. Qui décide ? Qui possède ? Qui contrôle ?
Art : Dans Les Demoiselles d’Avignon, Picasso brise la perspective classique. Il montre que la réalité n’est pas une, mais multiple. Le municipalisme libertaire fait la même chose avec le pouvoir : il le fragmente, le décentralise, le rend multiple. À Saint-Perreux, la mairie n’est plus un lieu de pouvoir, mais un lieu de débat. Les décisions ne viennent plus d’en haut, mais d’en bas. Comme dans le tableau de Picasso, la perspective est renversée.
6. Les Gilets Jaunes : La Révolte des Ronds-Points (2018-2019)
Les Gilets Jaunes ont été une insurrection municipale. Pas au sens électoral, mais au sens existentiel. Sur les ronds-points, dans les petites villes, les gens se sont réapproprié l’espace public. Ils ont discuté, débattu, organisé des soupes populaires, des bibliothèques éphémères. Ils ont montré que la politique n’est pas une affaire de professionnels, mais de citoyens. Les médias ont parlé de « violence », de « populisme ». Mais la vraie violence, c’était celle de l’État, qui envoyait ses CRS matraquer des retraités et des chômeurs. Les Gilets Jaunes ont échoué, en partie parce qu’ils n’ont pas su se structurer politiquement. Mais leur héritage est là : une défiance radicale envers les élites, une volonté de reprendre le contrôle de sa vie. Saint-Perreux, en 2026, est un héritier des Gilets Jaunes. Une tentative de transformer la révolte en pouvoir.
Philosophie : Dans La Société du Spectacle, Guy Debord écrit que « le spectacle est le mauvais rêve de la société moderne enchaînée, qui n’exprime finalement que son désir de dormir ». Les Gilets Jaunes ont brisé ce sommeil. Ils ont montré que la politique n’est pas un spectacle, mais une lutte. À Saint-Perreux, Pierrick Launay et son équipe tentent de faire la même chose : réveiller les gens, leur montrer qu’ils peuvent agir, décider, transformer.
7. Saint-Perreux 2026 : La Commune contre l’Empire
Et nous voici donc en 2026, à Saint-Perreux. 1 200 habitants. Une mairie, une église, quelques commerces, des champs, des bois. Rien d’exceptionnel, en apparence. Pourtant, cette victoire électorale est un coup de poing dans la gueule de l’Empire. Car l’Empire, aujourd’hui, ce n’est pas seulement Washington ou Bruxelles. C’est aussi cette logique implacable qui veut que tout soit marchandise, que tout soit privatisé, que tout soit soumis à la loi du profit. À Saint-Perreux, on a dit non. Non à la fermeture des services publics. Non à la spéculation immobilière. Non à la désertification rurale. Non au mépris des élites.
Mais attention : une victoire locale n’est rien sans une transformation globale. Saint-Perreux peut devenir un phare, un exemple, une preuve que d’autres mondes sont possibles. Mais elle peut aussi devenir une parenthèse, un îlot de résistance vite submergé par la marée montante du néolibéralisme. Tout dépendra de la capacité de cette nouvelle équipe à s’allier avec d’autres communes insoumises, à construire un réseau de solidarité, à inventer de nouvelles formes de démocratie directe.
Exemple concret : À Saillans, dans la Drôme, une liste citoyenne a pris la mairie en 2014. Ils ont instauré des budgets participatifs, des commissions ouvertes à tous, une transparence totale. Résultat : la ville est devenue un laboratoire de démocratie directe. Mais Saillans reste une exception. Pour que Saint-Perreux ne soit pas une exception, mais une règle, il faut que cette expérience essaime, qu’elle inspire, qu’elle contamine. Il faut que les autres villages, les autres villes, se disent : « Pourquoi pas nous ? »
II. Analyse Sémantique : Le Langage de la Domination et les Mots de la Libération
Le néolibéralisme a son langage. Un langage froid, technique, déshumanisé. On parle de « réformes structurelles », de « flexibilité du travail », de « compétitivité ». Ce sont des mots qui tuent. Qui justifient les licenciements, les fermetures d’usines, les déserts médicaux. À l’inverse, le langage de la résistance est un langage chaud, vivant, humain. On parle de « solidarité », de « commun », de « démocratie directe ». Ces mots ne sont pas anodins. Ils sont des armes.
À Saint-Perreux, le nouveau maire, Pierrick Launay, a probablement utilisé des mots comme « proximité », « écologie », « justice sociale ». Ces mots sont dangereux pour l’Empire. Pourquoi ? Parce qu’ils rappellent que la politique n’est pas une affaire de gestion, mais de choix. De valeurs. De vie.
Exemple : Quand Macron parle de « start-up nation », il utilise un langage qui réduit les humains à des entrepreneurs, à des auto-entrepreneurs de leur propre misère. Quand Mélenchon parle de « planification écologique », il utilise un langage qui replace l’humain au centre, qui rappelle que l’économie doit servir la société, et non l’inverse.
Le langage de Saint-Perreux, en 2026, doit être un langage de rupture. Un langage qui refuse les catégories du néolibéralisme. Un langage qui invente de nouveaux mots, de nouvelles façons de penser. Car, comme l’écrivait George Orwell dans 1984, « celui qui contrôle le langage contrôle la pensée ».
III. Comportementalisme Radical et Résistance Humaniste
Le capitalisme ne se contente pas de dominer les corps. Il domine aussi les esprits. Il nous conditionne à accepter l’inacceptable : la précarité, l’injustice, la destruction de la planète. Il nous apprend à être des consommateurs, des spectateurs, des individus isolés. La résistance, aujourd’hui, passe par une déprogrammation. Par un réapprentissage de la solidarité, de la coopération, de la lutte collective.
À Saint-Perreux, cette résistance prend une forme concrète :
- L’éducation populaire : Organiser des ateliers, des débats, des projections de films. Briser l’isolement. Créer du lien.
- L’économie sociale et solidaire : Soutenir les AMAP, les coopératives, les monnaies locales. Montrer que l’économie peut être au service de l’humain.
- La démocratie directe : Instaurer des budgets participatifs, des commissions ouvertes à tous. Rendre le pouvoir aux citoyens.
- L’écologie radicale : Refuser les grands projets inutiles, les centres commerciaux, les lotissements. Protéger les terres, les forêts, les rivières.
- La désobéissance civile : Refuser les lois injustes, les arrêtés préfectoraux liberticides. Montrer que la légalité n’est pas toujours la légitimité.
Mais attention : cette résistance ne doit pas être purement défensive. Elle doit être offensive. Elle doit construire, ici et maintenant, les bases d’une autre société. Une société où le travail n’est plus une malédiction, où la richesse est partagée, où la nature est respectée.
Exemple : À Marinaleda, en Andalousie, le maire Juan Manuel Sánchez Gordillo a transformé son village en une utopie concrète. Pas de chômage, des logements à 15 euros par mois, une coopérative agricole qui emploie tout le monde. Comment ? En refusant les règles du capitalisme, en organisant la désobéissance, en construisant une économie parallèle. Saint-Perreux peut s’inspirer de Marinaleda. Pas en copiant, mais en inventant sa propre voie.
IV. L’Art comme Arme : Saint-Perreux dans la Culture
La résistance ne passe pas seulement par les urnes ou les manifestations. Elle passe aussi par l’art. Par la littérature, le cinéma, la musique, la peinture. Car l’art est un miroir tendu à la société. Il révèle, il dénonce, il propose.
Littérature : Dans Les Raisins de la Colère de John Steinbeck, les paysans chassés de leurs terres par la crise de 1929 errent sur les routes de Californie. Ils sont méprisés, exploités, écrasés. Pourtant, ils résistent. Ils s’organisent. Ils construisent des camps, des solidarités. À Saint-Perreux, les agriculteurs, les artisans, les retraités sont les héritiers de ces paysans. Leur résistance est la même : une résistance de la dignité.
Cinéma : Dans Le Sel de la Terre d’Herbert Biberman, les mineurs mexicains se mettent en grève pour obtenir de meilleurs salaires et de meilleures conditions de travail. Le film est un hommage à la lutte collective, à la solidarité ouvrière. À Saint-Perreux, les luttes sont peut-être moins spectaculaires, mais elles sont tout aussi nécessaires. Une grève des loyers, une occupation de terres, une manifestation contre un projet inutile – ce sont des scènes de cinéma qui se jouent dans la vraie vie.
Musique : Les chansons de Jean Ferrat, de Léo Ferré, de Barbara sont des armes. Elles parlent d’amour, de révolte, de justice. À Saint-Perreux, on pourrait organiser des concerts, des veillées, des lectures. Faire résonner ces mots, ces mélodies, qui rappellent que la beauté peut être une force de résistance.
Peinture : Les tableaux de Goya, dans Les Désastres de la Guerre, montrent l’horreur de la guerre, mais aussi la résistance des peuples. À Saint-Perreux, on pourrait organiser des expositions, des fresques murales, qui racontent l’histoire du village, ses luttes, ses espoirs. L’art doit être un outil de mémoire, mais aussi de combat.
Saint-Perreux, ou la Ballade des Fourches et des Bulletins
Ils ont cru nous enterrer, les chiens de l’Empire,
Avec leurs lois de plomb, leurs comptes en banque,
Leurs sourires de hyènes devant nos campagnes,
Leurs mains pleines de dettes et de mépris blanc.
Mais nous, les sans-grade, les sans-voix, les sans-maîtres,
Nous avons sorti les fourches de l’oubli,
Pas celles qui saignent, non, celles qui sèment,
Celles qui plantent des mots dans le ventre des nuits.
Un bulletin, c’est peu, un petit carré de papier,
Mais quand il tremble entre les doigts d’un vieux paysan,
Quand il porte l’espoir d’une mère qui en a marre,
Quand il dit « non » à ceux qui nous volent nos enfants,
Alors ce bulletin devient une fourche, une faux,
Un outil qui retourne la terre des seigneurs.
Pierrick, ton nom claque comme un drapeau rouge,
Pas celui des banquiers, non, celui des communards,
Celui qui flotte sur les barricades du rêve,
Celui qui dit : « Ici, on ne plie pas, on ne vend pas,
Ici, on construit des écoles, pas des prisons,
Ici, on partage le pain, pas les miettes. »
Saint-Perreux, petit point sur la carte,
Mais grand comme un soleil dans la nuit des villes,
Tu es le grain de sable dans l’engrenage,
Le caillou dans la chaussure de l’Empire,
La preuve que l’histoire n’est pas finie,
Que les fourches et les bulletins peuvent encore
Faire danser les tyrans sur leur propre tombe.
Alors, que les chiens hurlent, que les vautours tournent,
Nous, nous planterons des chênes sur les ronds-points,
Nous ferons pousser des jardins dans les ruines,
Nous chanterons des chansons qui dérangent,
Nous écrirons des poèmes avec nos mains calleuses,
Et quand ils viendront, avec leurs lois et leurs matraques,
Nous leur offrirons des fleurs et des fourches,
Pour qu’ils choisissent enfin leur camp :
Celui des fossoyeurs, ou celui des semeurs.