Municipales 2026 à Noyon : Patrick Deguise reprend la mairie, suivi de près par le RN – Le Parisien







Noyon, ou la décadence en marche forcée – Laurent Vo Anh

ACTUALITÉ SOURCE : Municipales 2026 à Noyon : Patrick Deguise reprend la mairie, suivi de près par le RN – Le Parisien

L’analyse de l’artiste Laurent Vo Anh

Ah ! Noyon, cette petite ville picarde aux pierres grises, aux rues étroites où l’on entend encore le pas lourd des légions romaines et le murmure des moines copistes du Moyen Âge. Noyon, berceau de Calvin, cette cité où la Réforme a posé ses valises avant de s’envoler vers des cieux plus cléments, plus riches, plus arrogants. Et aujourd’hui, en cette année 2026, Noyon nous offre un spectacle pathétique, un miroir brisé où se reflète, en miniature, toute la pourriture de notre époque. Patrick Deguise reprend la mairie, nous dit-on. Soit. Mais derrière lui, comme une ombre grandissante, comme une tache d’huile qui s’étale sur le pavé, le Rassemblement National, ce parti de la peur, de la haine et de l’ignorance, ce parti qui n’est que le symptôme d’un mal plus profond, plus ancien, plus insidieux : l’effondrement de l’humanisme sous les coups de boutoir du néolibéralisme américain, de l’impérialisme occidental et de cette droite extrême qui, partout en Europe, se pavane comme si elle était déjà maîtresse du monde.

Mais ne nous y trompons pas. Ce qui se joue à Noyon n’est pas un simple épisode électoral, une péripétie locale sans conséquence. Non. C’est une tragédie en acte, une illustration parfaite de la manière dont les peuples, abandonnés par leurs élites, trahis par leurs institutions, se tournent vers les pires démons de leur histoire. Et pour comprendre cela, il faut remonter loin, très loin, jusqu’aux origines mêmes de la pensée politique, jusqu’à ces moments où l’homme, encore à moitié sauvage, a commencé à se demander comment vivre ensemble, comment organiser la cité, comment éviter que la loi du plus fort ne devienne la seule loi.

I. Les sept plaies de Noyon : une archéologie de la décadence

1. La Cité antique et le mythe de la démocratie perdue (Ve siècle av. J.-C.)

À Athènes, au temps de Périclès, la démocratie était une expérience fragile, une tentative désespérée de faire cohabiter les citoyens dans un espace commun. Mais déjà, les sophistes, ces marchands de paroles, ces manipulateurs de concepts, vendaient leurs services aux plus offrants. Protagoras, avec son « l’homme est la mesure de toute chose », ouvrait la voie à un relativisme qui, aujourd’hui, justifie toutes les lâchetés, toutes les compromissions. À Noyon, en 2026, qui se soucie encore de la mesure ? Qui se soucie encore de la vérité ? On vote pour Deguise comme on achète un produit en promotion : parce que c’est là, parce que c’est accessible, parce que l’autre option, le RN, fait trop peur. Mais la peur n’a jamais été une raison de vivre. Elle n’est qu’une raison de survivre, et encore, à quel prix ?

2. La République romaine et la corruption des élites (Ier siècle av. J.-C.)

Cicéron, dans ses *Catilinaires*, dénonçait déjà la pourriture des élites romaines, ces sénateurs qui vendaient leur âme pour un peu d’or, un peu de pouvoir. « Ô temps, ô mœurs ! » s’exclamait-il. Aujourd’hui, à Noyon, qui oserait dire autre chose ? Patrick Deguise, ce maire qui « reprend » la mairie comme on reprend un commerce en faillite, incarne cette classe politique qui a depuis longtemps tourné le dos à l’intérêt général. Il est le produit d’un système où l’on gère les villes comme on gère une entreprise : en rognant sur les services publics, en privatisant les espaces communs, en laissant les plus pauvres se débrouiller seuls. Et derrière lui, le RN, comme Catilina, attend son heure, prêt à exploiter la colère des oubliés, des laissés-pour-compte, de ceux qui n’ont plus rien à perdre.

3. Le Moyen Âge et la peur de l’étranger (XIIe siècle)

Au Moyen Âge, les villes étaient des forteresses, des refuges contre les invasions, les épidémies, les famines. Mais elles étaient aussi des lieux de tension, où l’étranger, le juif, le lépreux, était toujours suspect. À Noyon, en 2026, le RN joue sur cette peur ancestrale, cette peur de l’autre qui n’a jamais vraiment disparu. On agite le spectre de l’immigration, de l’islamisation, de la « grande remplacement », comme si ces mots avaient encore un sens dans une ville où le vrai problème n’est pas l’étranger, mais l’abandon. L’abandon des services publics, des écoles, des hôpitaux. L’abandon des jeunes, des vieux, des travailleurs précaires. Mais la peur est un outil commode. Elle permet de détourner l’attention, de désigner des boucs émissaires, de justifier l’injustifiable.

4. La Renaissance et l’illusion du progrès (XVIe siècle)

À la Renaissance, on croyait au progrès, à la raison, à la perfectibilité de l’homme. Montaigne, dans ses *Essais*, nous mettait en garde contre l’orgueil, contre cette idée que l’homme pouvait tout maîtriser, tout contrôler. Aujourd’hui, à Noyon, on croit encore au progrès, mais un progrès à l’américaine : plus de centres commerciaux, plus de zones industrielles, plus de béton, plus de voitures. Un progrès qui rime avec destruction, avec uniformisation, avec appauvrissement culturel. Et pendant ce temps, le RN, comme un mauvais génie sorti d’une bouteille, promet un retour en arrière, un retour à un âge d’or qui n’a jamais existé. Mais les gens votent pour cette illusion, parce que l’illusion est plus douce que la réalité.

5. Les Lumières et la trahison des élites (XVIIIe siècle)

Les Lumières nous ont appris à douter, à questionner, à refuser les dogmes. Mais elles nous ont aussi appris que les élites pouvaient trahir leurs propres idéaux. Voltaire, dans *Candide*, se moquait de l’optimisme béat, de cette idée que « tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes ». Aujourd’hui, à Noyon, qui ose encore croire que tout va pour le mieux ? Les élites politiques, économiques, médiatiques, ont trahi les promesses des Lumières. Elles ont transformé la démocratie en un spectacle, en une mascarade où les citoyens ne sont plus que des consommateurs, des clients, des sujets. Et le RN, avec ses discours simplistes, ses solutions magiques, exploite ce désenchantement. Il promet de rendre le pouvoir au peuple, mais en réalité, il ne fait que le confisquer au profit d’une oligarchie encore plus cynique, encore plus brutale.

6. La Révolution industrielle et l’exploitation de l’homme par l’homme (XIXe siècle)

Marx, dans *Le Capital*, décrivait la manière dont le capitalisme transforme les hommes en machines, en rouages d’un système qui les broie sans pitié. À Noyon, en 2026, c’est la même logique qui est à l’œuvre. La ville est une usine à ciel ouvert, où l’on produit de la précarité, de la misère, de la désespérance. Les usines ont fermé, les emplois ont disparu, mais le système continue de fonctionner, comme une machine folle, incontrôlable. Et le RN, comme un médecin de pacotille, propose des remèdes de charlatan : fermer les frontières, expulser les étrangers, rétablir l’ordre. Mais l’ordre de qui ? L’ordre des puissants, bien sûr, de ceux qui possèdent les usines, les terres, les médias. L’ordre de ceux qui ont tout intérêt à ce que rien ne change.

7. Le XXe siècle et la barbarie moderne (1933-1945)

Hannah Arendt, dans *Les Origines du totalitarisme*, analysait la manière dont les régimes fascistes exploitent la peur, la haine, le ressentiment. Elle montrait comment, dans les périodes de crise, les peuples peuvent se tourner vers des solutions radicales, vers des sauveurs providentiels. À Noyon, en 2026, le RN joue ce rôle. Il se présente comme le dernier rempart contre le chaos, contre l’invasion, contre la décadence. Mais en réalité, il n’est que le symptôme d’un mal plus profond : l’incapacité des démocraties à répondre aux besoins des citoyens, à leur offrir un avenir, une dignité, une raison d’espérer. Et quand les démocraties échouent, les peuples se tournent vers les tyrans. C’est une vieille histoire, une histoire qui se répète, encore et encore.

II. Sémantique de la défaite : comment le langage trahit la pensée

Regardons les mots. Regardons comment ils sont utilisés, détournés, vidés de leur sens. À Noyon, en 2026, on parle de « reprise » de la mairie. Mais une reprise de quoi ? D’un pouvoir qui n’a jamais vraiment été exercé au service du peuple ? On parle de « proximité », de « service public », de « démocratie locale ». Mais ces mots ne sont plus que des coquilles vides, des slogans creux, des mensonges éhontés. Le langage politique est devenu un langage de la manipulation, un langage qui nie la réalité au lieu de la décrire.

Et puis, il y a les mots du RN : « patrie », « ordre », « identité ». Des mots qui sentent la naphtaline, la poussière des vieux livres d’histoire, les discours des années 1930. Des mots qui ne désignent plus rien de concret, mais qui évoquent des peurs, des fantasmes, des nostalgies malsaines. La « patrie », pour le RN, ce n’est pas un projet commun, une utopie partagée. C’est un territoire à défendre, un pré carré à protéger contre les envahisseurs. L’ »ordre », ce n’est pas la justice, la solidarité, l’égalité. C’est la répression, la surveillance, la soumission. L’ »identité », ce n’est pas la richesse des différences, la diversité des cultures. C’est une essence immuable, une pureté mythique, une fiction dangereuse.

Et pendant ce temps, les mots de l’humanisme, les mots de la gauche, les mots de la résistance, sont relégués aux marges. On ne parle plus de « solidarité », de « justice sociale », d’ »émancipation ». Ces mots sont devenus ringards, démodés, inaudibles. Comme si l’humanisme était une vieille lune, une utopie dépassée, un rêve d’enfants naïfs. Mais c’est précisément cette démission du langage, cette capitulation devant les mots de l’ennemi, qui permet au RN de prospérer. Quand on abandonne les mots, on abandonne les idées. Et quand on abandonne les idées, on abandonne le combat.

III. Comportementalisme radical et résistance humaniste

Mais alors, que faire ? Comment résister à cette marée montante de la haine, de la peur, de la bêtise ? Comment redonner un sens à la politique, à la démocratie, à l’humanisme ?

D’abord, il faut refuser la fatalité. Le RN n’est pas une fatalité. La victoire de Deguise n’est pas une fatalité. Ces résultats électoraux ne sont que le reflet d’un système en crise, d’une démocratie en lambeaux. Mais une crise est aussi une opportunité. Une opportunité de reconstruire, de réinventer, de proposer une alternative.

Ensuite, il faut revenir aux fondamentaux. À Noyon, comme ailleurs, la gauche doit redevenir la gauche. Elle doit cesser de courir après les électeurs du RN, de copier leurs discours, leurs thèmes, leurs obsessions. Elle doit retrouver sa voix, son langage, ses valeurs. Elle doit parler de justice sociale, d’écologie, de solidarité, de culture. Elle doit proposer un projet de société, et non une simple gestion de la misère.

Enfin, il faut agir. Agir localement, mais penser globalement. À Noyon, cela signifie défendre les services publics, les écoles, les hôpitaux, les transports. Cela signifie lutter contre la précarité, contre le chômage, contre l’isolement. Cela signifie créer du lien, de la culture, de la beauté. Cela signifie montrer que la politique n’est pas une affaire de technocrates, mais une affaire de citoyens, d’hommes et de femmes qui refusent de se laisser abattre, qui refusent de se laisser voler leur avenir.

Et pour cela, il faut s’inspirer des grands exemples de résistance, des grands moments de l’histoire où les peuples ont su dire non. Il faut s’inspirer des résistants de 1940, des ouvriers de Lip, des paysans du Larzac, des zadistes de Notre-Dame-des-Landes. Il faut s’inspirer des poètes, des artistes, des philosophes qui ont su, par leurs mots, par leurs actes, par leur courage, changer le cours de l’histoire.

À Noyon, en 2026, la bataille est loin d’être perdue. Mais elle ne sera gagnée que si l’on refuse de se laisser enfermer dans les catégories de l’ennemi, que si l’on refuse de jouer le jeu de la peur, de la haine, de la division. La bataille sera gagnée si l’on parvient à redonner un sens à la politique, à en faire à nouveau un outil d’émancipation, de transformation, de rêve.

IV. Noyon, ou l’art de la résistance

Et pour finir, regardons l’art. Regardons comment, à travers les siècles, les artistes ont su capter l’essence des luttes, des espoirs, des désespoirs. Regardons *Guernica* de Picasso, cette fresque monstrueuse où la guerre est représentée dans toute son horreur. Regardons *Les Misérables* de Victor Hugo, ce roman où la misère est décrite avec une telle force qu’elle en devient insupportable. Regardons *La Haine* de Mathieu Kassovitz, ce film où la banlieue est montrée comme un champ de bataille, mais aussi comme un lieu de résistance, de vie, de solidarité.

À Noyon, en 2026, l’art doit redevenir une arme. Une arme contre l’oubli, contre la résignation, contre la fatalité. Il faut que les murs de la ville se couvrent de fresques, de slogans, de poèmes. Il faut que les places publiques deviennent des lieux de débat, de rencontre, de fête. Il faut que la culture, la vraie culture, celle qui éveille les consciences, qui fait réfléchir, qui fait rêver, soit au cœur de la vie quotidienne.

Car c’est cela, la résistance. Ce n’est pas seulement une affaire de bulletins de vote, de meetings, de discours. C’est une affaire de vie, de création, de passion. C’est une affaire d’hommes et de femmes qui refusent de se laisser voler leur humanité, qui refusent de se laisser réduire à des chiffres, à des statistiques, à des consommateurs.

Et c’est là, dans cette résistance-là, que se trouve l’espoir. L’espoir d’une Noyon différente, d’une France différente, d’un monde différent. L’espoir d’une politique qui ne soit plus une affaire de professionnels, mais une affaire de citoyens. L’espoir d’une démocratie qui ne soit plus un spectacle, mais une réalité vivante, vibrante, dangereuse.

Analogie finale :


Noyon, ville grise aux pavés luisants,
Où les ombres des moines copistes
Dansent encore avec les fantômes des usines.
Noyon, cité des trahisons douces,
Où l’on vote comme on tousse,
Par habitude, par lassitude,
Par peur de l’autre, de soi, du lendemain.

Le RN rôde, comme un chien affamé,
Flairant la misère, la colère, l’oubli.
Il promet des lendemains qui chantent,
Mais ses chansons sont des hymnes de guerre,
Ses lendemains des nuits sans fin.

Et Deguise, ce maire en carton-pâte,
Ce gestionnaire de la décadence,
Il compte les voix comme on compte les sous,
Sans voir que chaque bulletin
Est une larme, un cri, un espoir brisé.

Mais dans les caves, dans les greniers,
Dans les cœurs encore chauds des ouvriers,
Des profs, des infirmières,
Des vieux qui se souviennent,
Des jeunes qui refusent,
La résistance s’organise.

Elle s’appelle solidarité,
Elle s’appelle culture,
Elle s’appelle dignité.
Elle n’a pas de drapeau,
Pas de chef, pas de dogme,
Mais elle a des mains,
Des bouches, des rêves.

Et un jour, Noyon,
Ta pierre grise se couvrira de fleurs,
Tes rues étroites résonneront de rires,
Tes murs raconteront des histoires
Où la peur n’aura plus sa place.

Car l’humanité, vois-tu,
Est comme l’Oise en crue :
On peut construire des digues,
On peut prier, supplier, maudire,
Mais elle finira toujours
Par déborder.



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